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Intervention d'Arlette Laguiller
au meeting du mardi 5 février 2002 à Colmar
Travailleuses, travailleurs, camarades et amis,
Il n'y a vraiment pas de quoi se
passionner pour le faux suspense qu'entretiennent Chirac et Jospin
au sujet de leur candidature. C'est simplement ridicule.
Il n'y a pas de suspense non plus
pour ce qui est de leurs programmes électoraux, tels que
l'avancent leurs partis respectifs, le RPR et le Parti socialiste.
De toute façon, les quelques rares promesses
électorales que l'un comme l'autre adressent aux classes
populaires, ils ne les tiennent ni l'un ni l'autre.
En 1995, Chirac avait fait campagne
sur le thème de la "fracture sociale", qu'il
promettait de combler. Depuis sept ans, la fracture sociale n'a
cessé de s'élargir évidemment, sans que Chirac
fasse quoi que ce soit pour freiner le mouvement.
De son côté, deux ans
après, lors des élections législatives
anticipées, Jospin, alors porte-parole du PS, avait promis
de s'opposer à la fermeture de l'usine Renault de Vilvorde.
Mais, après les élections, Jospin, Premier ministre,
s'empressa d'oublier la promesse et laissa les licenciements
s'accomplir, ceux de Renault-Vilvorde comme bien d'autres
ensuite.
Cela dit, les promesses
elles-mêmes sont significatives.
Pour ce qui est du RPR, la couleur
est vraiment annoncée. Le programme du RPR s'adresse surtout
aux possédants, petits et grands, à qui il promet,
pêle-mêle, un abaissement supplémentaire du taux
de l'imposition des bénéfices, l'allégement de
l'impôt sur les successions, la réduction de la
tranche supérieure de l'impôt sur le revenu et bien
d'autres cadeaux qui ne concernent que les riches et ceux qui
vivent déjà confortablement.
Oh, pour toucher une part plus large
de l'électorat, le projet de programme du futur candidat de
la droite envisage aussi une réduction de quatre points de
l'impôt sur le revenu, sur toutes les tranches ! Mais une
réduction de quatre points sur un salaire de 8.000 F, ce
n'est pas un cadeau du même ordre qu'une réduction de
quatre points sur les impôts d'un milliardaire ! Sans parler
que ces réductions laissent de côté ces
millions de contribuables qui gagnent trop peu pour être
concernés par l'impôt sur le revenu mais qui payent
quand même les impôts indirects, des impôts
particulièrement injustes, comme la TVA, car ils frappent
proportionnellement plus les pauvres que les riches.
Et puis, la droite promet de
nouvelles baisses sur les charges sociales patronales.
Oui, ce sont des mesures ouvertement
en faveur de la bourgeoisie. Mais rappelons que, pendant ses cinq
ans de gouvernement, Jospin n'a annulé aucune des mesures
favorables aux riches, prises par ses prédécesseurs,
quand il n'y a pas rajouté les siennes propres.
Le Parti socialiste, qui recrute un
peu plus son électorat dans le monde du travail, se sent
obligé de faire quelques gestes dans sa direction. Oh,
ça ne va pas bien loin ! Aux jeunes chômeurs qui,
aujourd'hui, n'ont même pas droit au RMI, le PS promet des
"contrats volontaires de solidarité". Il proposera
aux jeunes de 18 à 25 ans de participer à un
"projet socialement utile" pour la somme royale de 381 _,
c'est-à-dire 2.500 F par mois ! Et, encore, ce type de
contrat serait limité à une période de 6
à 9 mois !
Il promet aussi 200.000 contrats
sociaux de travail, pour les chômeurs de plus de 50 ans et
les exclus.
Il est infiniment plus facile de
faire des promesses de ce genre, aussi insuffisantes que vagues, et
financées par l'Etat plutôt que d'obliger le grand
patronat à utiliser une partie de ses profits à
créer des emplois quitte à répartir le travail
entre tous.
Le PS a aussi trouvé son
slogan de campagne : "La vie en mieux, la vie ensemble".
La vie ensemble ? Mais qu'est-ce que
cela signifie ? Le PS veut-il demander aux licenciés d'AOM
ou de Valéo d'être solidaires de Sellière, leur
ex-patron, responsable de leur licenciement ? Et comment les
ouvrières de Moulinex, qui se retrouvent sur la paille au
bout de dizaines d'années de travail, pourraient-elles
envisager leur avenir "ensemble" avec les actionnaires qui
gardent les fortunes amassées sur leur dos ?
Les dirigeants du Parti Socialiste,
oui, vont vivre ensemble, pensent avec les Seillière et ceux
qu'il représente car ils sont du même monde. Mais ils
ne vivront ni avec, ni pour les travailleurs.
La réalité,
au-delà des slogans électoraux, c'est que la
société est divisée profondément entre
deux classes : une minorité qui dispose de la fortune, des
entreprises, des banques et qui exerce un pouvoir dictatorial sur
l'économie ; et une majorité qui ne dispose de rien
d'autre pour vivre que de sa capacité de travailler. Tout
oppose ces deux classes sociales. Ce qui est un drame pour les
travailleurs : les bas salaires, le chômage, est un avantage
pour les patrons et les actionnaires. Les bas salaires augmentent
leurs bénéfices et le chômage leur permet
d'imposer des salaires encore plus bas.
C'est cette réalité
sociale qu'on cherche à dissimuler en parlant des
"intérêts de la France" ou des
"intérêts des Français". C'est cette
inégalité profonde qui se cache derrière
l'affirmation que "citoyennes et citoyens", nous sommes tous
égaux devant la loi, tous disposant d'un bulletin de vote
et, donc, de la possibilité de changer le gouvernement
(exceptés les travailleurs immigrés, ce qui est une
injustice).
Pour ma part, si je m'adresse
systématiquement aux travailleuses et travailleurs, c'est
qu'on ne peut pas être à la fois dans leur camp et
dans celui des exploiteurs. Par travailleuses et travailleurs,
j'entends tous ceux qui produisent, qui font marcher la
société : ouvriers, employés, chauffeurs
routiers, techniciens, ingénieurs, cheminots. J'entends
aussi tous ceux dont le travail est utile pour le présent et
pour l'avenir de la société : personnel soignant,
enseignants, chercheurs. Mais j'entends aussi tous ceux que
l'économie capitaliste écarte de la production et
transforme en chômeurs ; comme j'entends la jeunesse
ouvrière, à qui on ne donne même pas sa chance
de trouver un travail satisfaisant, ou encore les anciens qui
doivent vivre, et souvent mal, de la retraite qu'on leur accorde,
après une existence passée à enrichir le
patronat. Tous ceux-là constituent une seule, une même
classe ouvrière, quelles que soient leur situation
juridique, leur origine, leur nationalité ou la couleur de
leur peau.
Eh bien, sans la vaste classe des
travailleurs, la société ne pourrait pas fonctionner
un instant, alors qu'elle pourrait se passer des patrons, des
actionnaires, des financiers, des spéculateurs, des
boursicoteurs ! La société pourrait se passer d'une
Madame Bettencourt, première fortune de ce pays, qui gagne
en une minute, sans rien faire, ce que gagnent les ouvriers de ses
usines en travaillant durant un mois entier. L'économie
pourrait se passer de ses semblables, presque aussi riches que la
précédente, dont la principale activité
consiste à se mener la guerre, à se disputer les
entreprises juteuses, en laissant sur leurs champs de bataille des
entreprises qui ferment et des travailleurs licenciés.
Et je dirais même : sans cette
couche de privilégiés qui vit de l'exploitation du
travail des autres et, plus grave encore, oriente les
capacités économiques de la société en
fonction de ses seuls intérêts, quitte à ce que
la société en crève, eh bien, sans cette
couche de parasites, la société se porterait
infiniment mieux !
Alors, dans l'élection
présidentielle à venir, les travailleurs, les
victimes des plans sociaux passés et à venir ne
peuvent pas soutenir la politique du gouvernement actuel, ni celle
des gouvernements passés ou à venir de la droite. Ni
Chirac ni Jospin et leurs alliés respectifs ne sont dans le
camp des travailleurs ; ils sont dans le camp de la bourgeoisie,
celui des riches et des possédants.
Les mesures anti-ouvrières
commencées par les uns sont poursuivies par les autres. Les
attaques contre le système de santé du plan
Juppé ont été poursuivies par le gouvernement
Jospin. Les privatisations commencées sous Balladur ont
continué sous Jospin aussi bien que sous Juppé. Et la
gauche a même privatisé davantage que la droite.
Balladur s'était attaqué aux retraites en allongeant
la durée de cotisation et, par conséquent,
l'âge où on peut partir avec une retraite pleine.
Jospin n'est pas revenu dessus et continue d'année en
année à exécuter les décisions de
Balladur. Les lois de Chevènement, lorsqu'il était
ministre de l'Intérieur, se situent dans la
continuité des lois Pasqua-Debré contre les
travailleurs immigrés.
Le bilan des vingt dernières
années est que cela va de mieux en mieux pour les profits
des entreprises, c'est-à-dire pour les revenus de la
bourgeoisie. Et cela va de plus en plus mal pour les
salariés, dont la part dans le revenu national ne cesse de
baisser.
Derrière les statistiques
générales, combien de drames individuels pour ceux
qui sont tombés dans le chômage et pour leurs familles
? Combien de malheurs pour ceux qui sont contraints de vivre avec
l'allocation de chômage, le RMI ou un salaire tellement bas
que s'en sortir tient du miracle ? Combien de malheurs pour ceux
qui sont contraints d'habiter dans des logements
délabrés et dont les enfants, dans
l'incapacité de poursuivre une scolarité convenable,
sont la proie des dealers et des voyous ?
Alors oui, les gouvernements qui se
sont succédé, de gauche ou de droite, ont tous
contribué à la dégradation du sort des
travailleurs, au point qu'en se remémorant ces vingt
dernières années, il est bien difficile de se
rappeler qui a porté les coups les plus durs à la
classe ouvrière.
C'est seulement au premier tour que
les travailleurs pourront exprimer leur colère et se
prononcer sur la politique qu'il nous faudra imposer. Car, au
deuxième tour, on n'aura le choix qu'entre deux responsables
différents d'une même politique
anti-ouvrière.
Les représentants de la gauche
gouvernementale me reprochent de ne pas faire la différence
entre la gauche et la droite. Si, bien sûr, que je fais une
différence entre l'électorat de droite et celui de
gauche. Car les partis de gauche trouvent l'essentiel de leur
électorat dans le monde du travail.
Et je sais aussi que des mesures
comme l'obligation de respecter la parité entre les femmes
et les hommes dans les élections, comme le Pacs, comme la
possibilité pour une jeune fille d'avoir accès
librement à la pilule dite du lendemain et quelques autres
similaires peuvent être prises plutôt par la gauche que
par la droite. Mais, d'une part, ces mesures sont soigneusement
choisies pour ne rien coûter au patronat. Et, surtout, elles
ne changent rien aux problèmes fondamentaux du
chômage, de la précarité, de l'aggravation des
conditions de travail et de l'exploitation.
La gauche comme la droite ont de plus
en plus de mal à faire croire qu'elles sont
différentes. Du coup, un nombre croissant d'électeurs
se détournent des élections.
Alors oui, pour l'électorat
populaire, il y a de quoi se détourner de leurs
simagrées, de leurs petites phrases, de leurs bagarres de
clans destinées à cacher qu'il n'y a aucune
différence dans la politique qu'ils appliqueront une fois au
pouvoir.
Mais se contenter de s'abstenir au
premier tour, c'est s'abstenir aussi de critiquer leur politique,
c'est encore leur laisser les mains libres pour mener la politique
des possédants.
Car le nom qui sortira des urnes au
lendemain du second tour n'a aucune espèce d'importance du
point de vue des intérêts des travailleurs : seul, le
premier tour permet d'exprimer un choix social.
Oh, ce n'est pas en raison de la
seule multiplicité des candidatures ! Car bien malin celui
qui fait la différence entre un Madelin et un Bayrou par
exemple, ou entre eux et Chirac, pour lequel ils feront d'ailleurs
voter de toute façon au second tour.
Ce n'est pas non plus en raison de la
différence de discours entre les partis de la gauche
plurielle pendant la campagne. On a pu vérifier pendant les
cinq ans qui se sont écoulés que, s'il arrive aux
écologistes, aux partisans de Chevènement et surtout
au Parti communiste de dire des choses différentes les uns
des autres et de se distinguer -en paroles- du Parti socialiste,
ils se sont tous retrouvés derrière le PS pour
cautionner sa politique.
Le Parti communiste, en particulier,
est en train de radicaliser son langage dans la campagne
électorale. Dans les mesures que Robert Hue propose, il y en
a qui vont dans le sens des intérêts des travailleurs.
Lorsqu'il défend "le droit à la retraite à
60 ans, au terme de 37,5 annuités de cotisation" ou
lorsqu'il revendique "un relèvement conséquent du
salaire minimum", je suis, bien sûr, d'accord avec ces
mesures.
Mais Robert Hue exigera-t-il de
Jospin qu'il s'engage à appliquer ces mesures, pour appeler
à voter pour lui au deuxième tour ? L'exigera-t-il
pour entrer dans un futur gouvernement de gauche, si tant est qu'il
y en aura un et que son parti y sera invité ?
Depuis cinq ans, il n'y aurait pas
de majorité socialiste sans le soutien des
députés communistes. Le Parti communiste aurait pu
imposer au gouvernement les mesures qu'il préconisait en
paroles. Robert Hue prétend qu'il faut être dans le
gouvernement pour changer les choses. Mais les ministres
communistes, qu'ont-ils changé d'important pour les
travailleurs ? Rien ! En revanche, ils ont cautionné les
mauvais coups de ce gouvernement qui s'est lavé les mains de
tous les licenciements !
En fait, Robert Hue se charge au
premier tour de faire aux travailleurs et aux classes populaires
les promesses que Jospin se garde de faire, pour ne pas perdre les
voix des électeurs du centre, voire de droite, qui se
porteront sur son nom. Robert Hue vise à recueillir le
maximum de voix venant du camp des travailleurs, pour les inviter
à se reporter sans condition sur Jospin au second tour, qui,
lui, n'aura rien promis aux travailleurs.
Six ministres en exercice se sont
bousculés devant les photographes au Forum social de Porto
Alegre qui vient de s'achever, sans parler de l'ex-ministre
Chevènement ni de Mamère qui, lui, s'y verrait bien
en ministre. Il est vrai qu'il y a trois autres ministres, et non
des moindres, qui sont allés au même moment à
New York où se tenait le Forum économique mondial, le
rendez-vous annuel des décideurs du monde capitaliste.
Un petit tour à Porto Alegre
pour séduire les électeurs hostiles à la
mondialisation. Un voyage à New York pour rendre hommage
à la domination du grand capital sur le monde. Mais je doute
que ce partage des rôles entre ministres, même assorti
de quelques discours creux à Porto Alegre contre "la
mondialisation libérale", fasse oublier aux travailleurs
que ce gouvernement mène ici la politique souhaitée
par le grand capital.
Pour ma part, je n'ambitionne de
participer à aucun gouvernement de la bourgeoisie, ni
même à aucune coalition pour en soutenir un. Et si je
me présente, c'est pour dénoncer l'ignominie,
l'injustice de cette société qui écrase tous
ceux qui, par leur travail, la font vivre. Je me présente
pour dénoncer la politique menée depuis ces vingt ans
où tous les gouvernements successifs ont consciemment
creusé l'écart entre la petite couche de riches et la
majorité de la population.
Depuis vingt ans, la politique de
chaque gouvernement a été de favoriser le profit des
grandes entreprises, c'est-à-dire la fortune de leurs
actionnaires. Avec cynisme, ils ont tous présenté
cette politique comme allant dans le sens de l'intérêt
de toute la société.
Alors, ils ont sacrifié le
pouvoir d'achat des travailleurs.
Ils ont sacrifié l'emploi.
Ils ont sacrifié la protection
sociale, en diminuant les remboursements de la
Sécurité sociale. Et, si on annonce
périodiquement le déficit de cette
Sécurité sociale, c'est la conséquence des
aides au patronat et des baisses de cotisations sociales en faveur
des patrons, qui ont accru les dépenses et réduit les
recettes de la Sécu.
Ils ont sacrifié les services
publics, les hôpitaux, les écoles, la poste, les
transports en commun car c'est sur eux qu'on fait des
économies, pour donner plus aux entreprises.
Dans les hôpitaux, on fait des
économies sur tout. Pas assez d'infirmières,
d'aides-soignants, d'agents hospitaliers, de brancardiers. On
hospitalise des malades loin de chez eux, faute de place dans des
établissements plus proches, d'autant qu'on supprime des
hôpitaux et des maternités de proximité. On
oblige le personnel soignant à des horaires de travail
déments, ce qui compromet la qualité des soins. Car,
quand on va à l'hôpital, il vaut mieux ne pas
être pris en charge par quelqu'un qui a derrière lui
24 heures de garde. On justifie ces économies, faites au
détriment des malades aussi bien que du personnel, en
invoquant le manque de crédits pour les hôpitaux
publics. Mais, dans le même temps, on subventionne les
cliniques privées pour les aider à être
bénéficiaires !
Les différents secteurs de la
santé se succèdent pour manifester leur
mécontentement.
Celles et ceux des hôpitaux
publics, qui ont fait grève et ont manifesté la
semaine dernière notamment à Paris n'ont eu pour
réponse que les charges violentes des CRS, qui ont
indigné même les employés du ministère
de la Santé, témoins de la scène. Ce
gouvernement choisit de traiter le personnel hospitalier comme des
voyous, plutôt que de satisfaire leurs revendications
légitimes, à commencer par l'exigence d'embauche de
personnels supplémentaires en nombre suffisant pour que
l'application de la loi dite des 35 heures se traduise par une
réduction des heures de travail, et pas par une augmentation
des charges de travail !
L'Education nationale, elle aussi,
n'a pas les moyens en personnel ni en locaux pour prendre en main
réellement l'éducation des enfants issus des classes
populaires. On fait mine de s'étonner que les enfants issus
de l'immigration ne soient pas intégrés ! Mais
comment pourraient-ils l'être, quand non seulement ils sont
condamnés à grandir dans des ghettos de pauvres, mais
que l'Education nationale ne donne pas les moyens suffisants en
personnel enseignant, pour pouvoir les prendre par petits groupes
et leur apprendre à lire, à écrire
correctement, à acquérir ce minimum de connaissances
que leurs familles ne sont pas en situation de leur donner, et dont
le manque les handicape dès l'enfance et de façon
irrémédiable ?
Le patronat et le gouvernement ont
également sacrifié la retraite des vieux
travailleurs.
Ils ont sacrifié la jeunesse
ouvrière, dont la vie active, si l'on peut dire, commence
par le chômage ou par des stages bidons, des
prétendues formations non rémunérées
et, dans le meilleur des cas, souvent par des emplois
précaires avec beaucoup de travail et une petite paye.
Alors, pour de nombreuses familles
ouvrières, l'année 2002 commence comme s'est
terminée l'année 2001 : dans l'angoisse des plans de
licenciement qui vous transforment en chômeurs après
dix, vingt ou trente ans de travail dans la même
entreprise.
De Danone à Moulinex-Brandt,
en passant par Air Liberté, Delphi, Airbus, Valéo,
Bosch, Philips, Bata, Alstom, Aventis, Dim, Alcatel et bien
d'autres encore, la liste est longue des grandes entreprises qui
licencient et qui ferment des usines entières.
Atofina vient d'annoncer à
son tour la suppression de 500 emplois. Atofina, c'est la branche
chimique de TotalFinaElf, le trust responsable de la catastrophe de
l'usine AZF de Toulouse, comme il l'a été de
l'explosion de la raffinerie de La Mède, dans la
région de Marseille ; comme il l'a été du
désastre écologique du naufrage de l'Erika.
Les dirigeants de TotalFinaElf
évoquent, à chaque fois, l'accident ou la
fatalité. Mais, derrière, il y a la course à
la rentabilité, la volonté de tirer le maximum de
profit de matériels vétustes, de faire des
économies sur les dépenses d'entretien ou sur les
effectifs.
Et pourquoi faire, toutes ces
économies, qui se sont traduites par la mort de plusieurs
dizaines de femmes et d'hommes, par la destruction d'un quartier
entier ; qui se sont traduites par la pollution de centaines de
kilomètres de côtes ? Eh bien, simplement, pour que le
trust puisse se réjouir d'avoir augmenté ses profits
de 11 % l'an dernier et distribué des dividendes en hausse
de 40 % à ses actionnaires ! Ca, c'est le prix du sang !
Et TotalFinaElf continue à
licencier ici, à délocaliser là, comme si de
rien n'était, impuni qu'il est pour les morts et les
destructions ; impuni pour les ravages écologiques. Et
pendant ce temps-là, dans nombre d'appartements
affectés par l'explosion, même les réparations
les plus élémentaires n'ont pas été
effectuées. La justice la plus élémentaire
serait d'obliger TotalFinaElF à payer intégralement
les dégâts dont il est responsable ! A payer le
salaire intégral non seulement à tous les
travailleurs de l'usine AZF, mais à tous ceux qui ont perdu
leur emploi à la suite de l'explosion ! Et surtout de
l'obliger à prendre toutes les mesures, quel qu'en soit le
coût, pour que tout cela ne se reproduise pas !
Et, dans beaucoup d'entreprises,
combien de licenciements dans la discrétion, qui visent les
intérimaires ? Car ce ne sont pas seulement les petits
margoulins du capital qui abusent de l'intérim, ce sont
aussi les grandes entreprises.
Et, à côté des
grandes entreprises, combien de petites et moyennes, souvent
filiales ou sous-traitantes des précédentes, qui
ferment ou suppriment des emplois ? Ici, à Colmar, c'est une
salve de licenciements depuis quelques mois. Fermeture de France
Cotillons puis de Tricot France, en octobre 2001. Fermeture de TMG,
un sous-traitant de Cora, en décembre. Et les deux
dernières en date des entreprises qui licencient, la
Cotonnière d'Alsace, fermée ce mois de janvier en
supprimant une centaine d'emplois, et General Semi-Conductor avec
160 licenciements sur 470 salariés.
Alors, comment s'étonner que,
si Colmar a la réputation d'être une ville riche et si
elle l'est au centre ville, les quartiers populaires en revanche se
dégradent. Et c'est encore sur les quartiers populaires que
la municipalité fait des économies lorsqu'elle refuse
de subventionner le centre social de la ZUP Europe.
On nous parle beaucoup du sentiment
d'insécurité dans les villes et les banlieues. Cette
insécurité existe, c'est vrai. Mais qui nous parle
avec autant d'insistance du sentiment d'insécurité
qu'éprouvent tous les travailleurs quant à l'avenir
de leur emploi ? Pourtant, c'est une angoisse bien plus
justifiée statistiquement et bien plus profonde que celle de
se faire agresser. Il n'y aucune campagne de presse à ce
propos et, pourtant, il y a bien plus de victimes de ce fait, et
souvent aussi graves.
Le chômage, c'est une
catastrophe pour ceux qui en sont victimes, pour leurs familles et
pour leurs enfants. Mais c'est aussi sur le chômage que
s'appuie le patronat pour aggraver les conditions d'exploitation de
ceux qui restent au travail ; pour rendre partout le rythme de
travail inhumain, que ce soit sur les chaînes de production
ou aux caisses de supermarché. Cette menace de perdre son
emploi permet aux patrons de faire un chantage pour imposer des
horaires flexibles et, du coup, pour tirer toujours plus de profit
de chaque travailleur.
L'aggravation du chômage permet
aussi aux démagogues d'extrême droite de canaliser le
mécontentement contre les travailleurs immigrés, avec
des slogans xénophobes et racistes. A l'échelle
nationale, c'est le millionnaire réactionnaire Le Pen et son
ex-lieutenant et aujourd'hui concurrent Mégret, qui essaient
de faire de cette démagogie raciste un capital
électoral.
Comme si c'était les
travailleurs immigrés qui licencient, et pas les patrons, y
compris les patrons bien français !
Alors, travailleuses et travailleurs
de toutes nationalités, avec ou sans papiers, nous faisons
partie de la même classe ouvrière et notre seul ennemi
est le grand patronat ! Et j'en profite pour dire que je suis pour
que soient accordés toutes les libertés
démocratiques, tous les droits syndicaux et politiques, y
compris le droit de vote, à toutes celles et tous ceux qui
vivent et travaillent en France et qui se font exploiter ici pour
le compte de la bourgeoisie qui, elle, est de toutes les
nationalités.
Mais qu'est-ce que cette
économie où l'on pousse à l'inactivité
forcée des femmes et des hommes dont le travail pourrait
être utile à la société, pendant qu'on
en fait crever d'autres au travail ?
Eh bien, il n'est pas normal, il
n'est pas acceptable que plus de 2.200.000 travailleurs de ce pays
soient condamnés au chômage ;
que 4 millions d'autres, qui
travaillent régulièrement ou occasionnellement,
gagnent dans l'année moins que le Smic.
Il n'est pas normal, il n'est pas
acceptable qu'en comptant les familles, plus de 6 millions de
personnes soient obligées de vivre en dessous du seuil de
pauvreté ;
que plus d'un million de personnes
soient obligées de subsister avec l'aumône du RMI. Et,
même si le RMI a été légèrement
augmenté et que sa valeur est désormais
exprimée en euros, eh bien 405 _ ne permettent que de
survivre !
Il n'est pas normal, il n'est pas
acceptable qu'une partie de la population ait besoin des
Restaurants du coeur pour se nourrir. Et leur nombre
s'accroît d'année en année.
Eh oui, même dans ce pays parmi
les plus développés, ce système
économique reproduit et aggrave les
inégalités. Mais il aggrave aussi
l'inégalité entre un petit nombre de pays industriels
développés et la majorité
sous-développée des pays de la planète.
Les images que rapporte la
télévision permettent d'entrevoir la grande
misère des pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique
latine.
La misère a toujours
existé dans ces pays, diront les défenseurs de
l'ordre établi. A ceci près que, depuis des
décennies, l'Humanité a les moyens de mettre fin
à cette misère partout sur la planète. La
capacité productive des seuls pays industrialisés est
largement suffisante pour assurer à tous la nourriture, un
logement convenable, des soins, l'éducation. Mais cette
capacité productive est gaspillée. On détruit
de la nourriture dans des pays riches pour maintenir les prix
pendant que dans d'autres on meurt de faim. On ne fabrique pas et
on ne commercialise pas des médicaments indispensables, que
l'on sait pourtant fabriquer, parce que ceux qui en ont besoin
n'ont pas assez d'argent pour assurer des profits aux trusts
pharmaceutiques.
En contrepartie du pillage des
richesses naturelles des pays sous-développés, on
offre des armes à leurs dictateurs, pour continuer à
maintenir leurs peuples sous le joug et dans la
pauvreté.
Et, quand les achats d'armes et les
dépenses de luxe de la couche privilégiée d'un
pays pauvre endettent ce pays auprès des banquiers
d'Occident, c'est encore au peuple qu'on présente la
facture.
Le pillage éhonté de la
planète par quelques centaines de grands groupes
industriels, commerciaux ou financiers l'a transformée en
une poudrière.
Et, pour tenter d'étouffer les
explosions, les grandes puissances mobilisent une partie croissante
de l'intelligence humaine à inventer des moyens de
destruction de plus en plus meurtriers et y consacrent des sommes
colossales, comme jamais vu dans l'histoire de
l'Humanité.
Eh bien, cela ne peut pas continuer
ainsi ! Cela ne peut pas constituer notre avenir, l'avenir de nos
enfants, de nos petits-enfants, pour l'avenir de l'Humanité
!
Voilà pourquoi je suis
communiste et fière de l'être.
Voilà pourquoi nous agissons
pour une transformation radicale de l'organisation
économique et sociale à l'échelle du monde. Le
sens de cette transformation radicale est au fond simple : il
s'agit de mettre fin à la dictature des grands groupes
capitalistes sur la planète, en expropriant la grande
bourgeoisie et en transformant les usines, les banques, les
transports, les grands circuits de distribution capitalistes, en
propriétés collectives, sous le contrôle
conscient et sous le contrôle démocratique de toute la
population.
Cet objectif est abandonné
depuis longtemps par les grands partis qui se disent socialiste et
communiste, dénominations qui à l'origine indiquaient
leur volonté de transformation sociale. Mais cet objectif
est de plus en plus nécessaire. Il en va de la survie de
l'Humanité.
Et je pense que, malgré les
reniements, les trahisons de ces partis, dont l'origine s'enracine
dans le mouvement ouvrier, je pense que la classe ouvrière
internationale, dont le nombre grandit, a la capacité
d'oeuvrer pour son émancipation et pour
l'émancipation l'ensemble de la société. Et
c'est là-dessus que nous fondons tous nos espoirs pour
l'avenir !
Dans l'immédiat, l'objectif
politique prioritaire est d'arrêter la dégradation des
conditions d'existence du monde du travail, en contestant à
la classe capitaliste son droit d'user et d'abuser de sa situation
dominante dans l'économie.
Dans cette situation marquée
par un chômage en hausse, je le dis : Si les patrons ne sont
pas capables de faire fonctionner leurs entreprises sans
licenciements, c'est-à-dire sans aggraver le chômage,
eh bien, qu'ils s'en aillent ! Voilà pourquoi je dis qu'il
faut interdire les licenciements et, si les patrons licencient
quand même, les sanctionner par la réquisition de
leurs usines.
On nous dit que ces entreprises ne
sont plus rentables. Ce n'est vrai que du point de vue des
actionnaires qui exigent des profits de l'ordre de 15 %. Mais le
problème de rentabilité ne se pose pas dans les
mêmes termes, que l'on soit capitaliste ou travailleur ou
ménagère. Quand une entreprise produit des biens de
consommation utiles, qu'importe qu'elle ne dégage pas de
profits ! Si elle vendait sa production à prix
coûtant, après amortissement, sans avoir à
enrichir des parasites, elle pourrait maintenir un salaire à
ses salariés tout en rendant service à la
collectivité.
Et quand bien même les
entreprises qui ferment ne sont plus rentables, elles l'ont
été dans le passé. Elles ont rapporté
des fortunes à leurs propriétaires. Ces fortunes
n'ont pas disparu. Elles continuent à exister sous forme de
capitaux investis dans d'autres entreprises. Elles continuent
à exister sous forme de propriétés
immobilières, de châteaux, de biens de luxe, de yachts
ou d'avions privés.
Eh bien, pour assurer un emploi
à tous, pourquoi ne prendrait-on pas sur les fortunes
personnelles des propriétaires présents et
passés des entreprises ?
Ce serait une atteinte
intolérable à la propriété
privée ? Mais les licenciements, c'est une atteinte bien
plus intolérable à l'existence matérielle des
travailleurs et à leur dignité !
Les capitalistes savent utiliser les
circuits financiers, voire les paradis fiscaux, pour dissimuler
tout ce qu'ils possèdent. Eh bien, il faut contraindre les
grandes entreprises à rendre publique toute leur
comptabilité.
Il faut que la population puisse
vérifier quelle est, dans ces profits privés, la part
des subventions ou des cadeaux fiscaux, c'est-à-dire la part
de l'argent public.
Il faut que la population puisse
vérifier à quoi servent les bénéfices,
quelle est la part de ce qui est réinvesti dans la
production, et ce qui est gaspillé dans la
spéculation.
Il faut aussi une transparence
absolue sur les marchés publics, ceux de l'Etat, des
régions, comme des municipalités.
Avec le retour, aujourd'hui
même, de Didier Schuller, de son exile doré de Saint
Domingue, on reparle de ces affaires des HLM de la région
parisienne où des marchés publics ont
été indûment concédés à
des groupements immobiliers moyennant des pourboires
généreux à des notables, en l'occurrence de
droite, et par leur intermédiaire, à leurs appareils
de parti. Il est de notoriété publique qu'un grand
nombre d'hommes politiques étaient mouillés dans
l'affaire, jusqu'aux sommets de l'Etat. Comme sont de
notoriété publique les manoeuvres nauséabondes
pour écarter le juge Halphen, trop têtu dans son
enquête.
Les partis impliqués ont
empoché leur pourboire. Mais combien de milliards ont
gagné les bénéficiaires de ces
opérations, en grande partie avec l'argent des contribuables
? On ne le saura sans doute jamais, même si Didier Schuller
sera jugé.
Didier Schuller n'est qu'un petit
margoulin Mais les lois derrière lesquelles se
réfugient les petits escrocs sont là pour
protéger les grosses affaires de la grande bourgeoisie.
Pour mettre fin aux petites
escroqueries comme aux grands gaspillages, il faudra que les
comptes en banque de tous les grands actionnaires des entreprises,
de leurs patrons, de leurs PDG et de leurs hauts cadres, voire de
leurs prête-noms, comme les revenus et les fortunes de tous
les dirigeants politiques soient publics, afin que tout un chacun
puisse connaître la situation réelle.
Il faut une loi qui mette fin au
secret bancaire, au secret commercial et au secret des affaires qui
cachent tant de magouilles et de trafics. Oh, je sais bien que la
loi seule n'y suffirait pas. Mais qu'une fraction seulement de la
population ait la volonté de s'en servir et puisse
légalement se mêler des affaires des grandes
entreprises ou des grandes banques, et tout le monde pourrait
constater que les licenciements ne sont jamais
justifiés.
Alors oui, je me présente
à cette élection présidentielle pour
défendre tous ces objectifs.
Et aussi pour affirmer qu'il faut
arrêter toute subvention au grand patronat, tout avantage
fiscal et tout dégrèvement de cotisations
sociales.
Pour dire qu'il faut rétablir
l'impôt sur les bénéfices des
sociétés, au moins à son niveau de 50 %, comme
il existait il y a vingt ans.
Pour dire qu'il faut augmenter les
tranches supérieures de l'impôt sur le revenu, au lieu
de les diminuer. L'Etat aurait ainsi les moyens d'améliorer
les services publics, au lieu de les vendre par morceaux au secteur
privé. Ce n'est pas la révolution, mais tout
simplement des mesures indispensables et possibles, pour limiter le
pouvoir économique du grand patronat et ses
conséquences néfastes sur toute la
société.
Dans cette société, il
n'y a que le rapport de force qui compte. Et le rapport de forces
ne sera changé que par l'action collective des travailleurs,
par les manifestations, par les grèves, qui convergeront
dans une volonté collective d'imposer le contrôle sur
les entreprises, leurs comptes, leurs productions.
Cette élection ne changera pas
le sort du monde du travail. C'est vrai ! Mais elle peut permettre
de se compter. Et si nous sommes nombreux à nous compter sur
mon nom, sur ce programme, cela peut montrer à nos ennemis
que la classe ouvrière existe et qu'elle se renforce en tant
que force politique.
Oui, le nombre des suffrages qui se
porteront sur mon nom peut redonner confiance à tous ceux
qui se croient isolés, chacun dans son quartier, dans son
usine, dans son entreprise, impuissants face à des patrons
qui croient avoir tous les droits. Cette confiance peut nous rendre
plus forts moralement, politiquement, pour engager les luttes
collectives que, de toute façon, il nous faudra mener.
Car il n'y a pas d'autre choix que de
mener la lutte de classe, face à un patronat qui, lui, n'a
de cesse de faire la guerre au monde du travail.
Oui, si des millions de femmes et
d'hommes choisissent d'affirmer avec leur bulletin de vote qu'ils
partagent le constat que je fais, et disent aussi, ensemble, qu'il
est vital d'imposer les mesures que je propose, oui, je le pense,
cela aidera au développement de ces luttes, à leur
élargissement, à leur unification sur un programme
correspondant aux intérêts vitaux du monde du
travail.
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