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PARAIT TOUTES LES DEUX SEMAINES -
Samedi 23 janvier 2010
N° 1021
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Editorial
La nature est cruelle mais l'organisation sociale aggrave les
maux!
Plus violent encore que les cyclones, que les inondations, le
séisme a prélevé son tribut de sang humain. Il a frappé partout,
brisant même les bâtiments qui affichaient leur solidité et leur
opulence. Ainsi, comme l'a dit un patron de Guadeloupe, le séisme
n'aurait pas fait de différence de classe. Pauvres et riches
auraient été frappés aussi impitoyablement. Jusque là c'est plus ou
moins vrai, mais ensuite? A notre connaissance, aujourd'hui,
on ne voit pas beaucoup de membres de la population riche et aisée
se plaignant dans les rues de Port-au-Prince de n'être
approvisionnés, ni en eau, ni en nourriture, ni en couvertures,
etc. La masse, écrasée, accablée, affamée, assoiffée, c'est la
masse des pauvres.
Que la nature détruit lorsqu'elle entre en furie, les hommes le
savent depuis toujours. Mais que pas une autorité, pas une
organisation gouvernementale ne soit en mesure de prendre en main
les secours, la fouille pour retrouver les victimes encore
vivantes, c'est le résultat de la faillite de l'organisation
sociale en place. Les gens se sont pris en main seuls pour tenter
de sauver ceux qu'ils trouvaient sous les décombres!
L'impressionnant compte de victimes (que pour l'instant on estime à
près de 100 000 morts et peut être plus), résulte debon nombre
de dégâts dus à l'incohérence de l'habitat à Port au Prince, à
l'entassement humain aberrant - conséquence de la misère. Dus aussi
à l'inexistence de formes de prévention, de directives
antisismiques dans la construction. Des séismes plus puissants ont
frappé au Japon sans qu'on ait eu à déplorer une catastrophe d'une
telle ampleur.
Mais, même si l'effet du séisme a été si dévastateur qu'on n'a pas
pu en atténuer les effets, on peut faire en sorte que l'après
séisme ne plonge pas tout un pays dans l'horreur. Toutes les villes
haïtiennes n'ont pas été frappées. Mais aucun secours n'est venu ni
de Cap-Haïtien, ni des Cayes ou d'autres grandes villes du
pays! Et ce n'est pas à cause de l'égoïsme ou de
l'indifférence des habitants de ces villes, mais à cause de
l'indigence, voire même de l'inexistence de toute forme
d'organisation, d'administration tant soit peu cohérentes. L'Etat
haïtien est en faillite depuis bien longtemps et le séisme n'a fait
que révéler cela au grand jour!
La déconfiture de l'état Haïtien, sa déliquescence depuis de
nombreuses années, qui contribuaient à plonger la majeure partie du
peuple dans la misère et la déchéance, est aujourd'hui une cause
majeure des difficultés où se trouvent les gens de la population
après le séisme. Difficultés pour boire et manger, pour trouver des
abris sûrs, pour acheminer de l'aide vers les sinistrés, aides qui
pourtant sont arrivées plutôt massivement sur Haïti.
L'impuissance du président Préval, de ses ministres, des
parlementaires à Port au Prince ne peut s'expliquer uniquement par
le fait qu'ils ont été eux-mêmes victimes du séisme, car comment
expliquer l'inexistence de l'état Haïtien dans toutes les zones non
touchées, l'absence de toute initiative partant de ces endroits non
touchés?
Les pauvres, les classes populaires vont sans doute en tirer une
leçon pour l'avenir! Se battre pour changer leur
situation, pour contraindre leur Etat à changer de comportement ou
à laisser la place, tout cela ne leur aurait pas coûté aussi cher
que le prix payé aujourd'hui!
Bien sûr, manifestations et protestations auraient peut être été
réprimées plus ou moins brutalement. Mais toute cette lutte, au
final, aurait coûté infiniment moins cher que de se retrouver dans
la situation d'aujourd'hui, où l'absence de toute politique en
faveur de la population a abouti au désastre que vivent les masses
pauvres d'Haïti.
L'Etat n'a rien fait pour organiser la vie, la sécurité de la
population, pour ne pas la laisser jour après jour s'enfoncer dans
le dénuement et même la déchéance, victime d'une petite minorité de
profiteurs égoïstes qui dictaient leur loi à cet Etat Haïtien.
Celui-ci aux yeux de ces profiteurs n'avait qu'une seule utilité,
protéger, maintenir et justifier le pillage éhonté qu'ils exercent
en Haïti.
En attendant, la population victime, les travailleurs sans emploi
par la force, les sinistrés en tous genres, ont tout intérêt à
compter sur leurs propres initiatives pour sortir de la situation
chaotique où ils se trouvent. Même pour bénéficier des aides
diverses qui arrivent, ils ont intérêt à se donner les moyens,
l'organisation, pour en contrôler l'acheminement et la
distribution. Sinon, tout cela sera encore détourné par les petits
et grands margoulins qui chercheront à en tirer du profit, même au
détriment de la santé et de la vie de la population.
Martinique
Grève d avertissement le 5 février 2010!
Le K5F appelle à une journée de mobilisation et de grève
générale pour la journée du 5 février. Ce jour là, les travailleurs
des secteurs publics et ceux du secteur privé, la population des
quartiers, femmes, jeunes, retraités, qui s'étaient mobilisés
durant 38 jours à partir du 5 Février 2009, sont appelés à
retrouver massivement le chemin de la grève et de la rue.
Il s'agit de préparer un avertissement massif pour rappeler leurs
engagements aux patrons, à l'Etat ou collectivités qui ont signé
les accords de mars 2009, leurs engagements et tous leurs
engagements.
Après 38 jours de mobilisation de février et mars 2009, les
travailleurs et l'ensemble des masses laborieuses ont fait reculer
le pouvoir et les possédants. L'Etat et les patrons ont été obligés
de lâcher des augmentations conséquentes du revenu des salariés les
moins payés. En effet, entre 30 et 100€ sur les salaires mensuels
et le fameux RSTA de 100€ calculé au prorata du nombre d'heures de
travail effectuées et versé par tranche de trois mois aux
travailleurs du secteur privé touchant un salaire inférieur à 1848€
brut, cela fait bien plus que les quelques dizaines d'euros
arrachés aux patrons lors des NAO les autres années. Et cela les
travailleurs le savent et sont fiers d'avoir pu l'arracher par leur
lutte collective et déterminée.
Pour autant, le compte n'y est pas.
Jusqu'à ce jour, le conseil général et le conseil régional,
collectivités qui s'étaient engagées pour compléter la part des
patrons et arriver aux 200 euros n'ont pas commencé à verser leur
part. Elles avaient annoncé en septembre 2009 que le versement se
ferait en fin d'année, par tranche de 6 mois mais pour l'instant,
cet argent n'est pas versé. Et cela est inadmissible car comme le
dit la CGTM dans un tract d'appel au mouvement: «on a gagné
un accord, il faut nous payer».
De plus certains patrons ne versent toujours pas leur part surtout
pour la partie de l'accord qui concerne les salaires supérieurs à
1840€. Ou bien encore, ils essaient de se «venger» en diminuant sur
les primes ou en refusant d'engager les NAO, en mettant les
salariés au chômage partiel, voire en multipliant les
licenciements.
Et puis il y a l'augmentation des prix qui est entrain de repartir.
D'abord l'augmentation de l'essence et du gaz, imposée en septembre
2009 et janvier 2010 par la ministre d'Outremer à la demande des
multinationales pétrolières sous prétexte que le prix du baril de
brut a augmenté et alors qu'il n'y a toujours aucune transparence
sur la structure du prix de ce brut. L'augmentation des loyers et
de nombreux aliments et produits de grande consommation. Les
augmentations des services (mutuelles, assurances qui compensent la
désengagement de la Sécurité sociale sur le remboursement des
médicaments ou le forfait hospitalier.
Il y a encore d'autres points de la plateforme revendicative du K5F
qui ne sont toujours pas discutés. Tels que la revalorisation des
minima sociaux et des retraites, le non-remplacement des départs à
la retraite, une réelle politique d'emploi pour les jeunes, la
baisse des prix des pièces détachées des véhicules, des matériaux
de construction, etc.
Alors effectivement le compte n'y est pas. Les travailleurs se
rendent bien compte que même s'ils ont pu faire reculer les patrons
en février 2009, ces derniers essaient «de revenir sur
eux».
Oui les travailleurs ont de nombreuses raisons de se préparer pour
faire du 5 février une démonstration de force pour exiger tout ce
qui leur est dû et se faire respecter. C'est une préparation dont
ils auront besoin pour engager de nouveaux combats afin de faire
face aux attaques actuelles imposées par les patrons et le
gouvernement. Ceux-ci veulent coûte que coûte maintenir leurs
profits en cette période de crise économique.
BATA-Antilles
La destruction des emplois continue...
Après le groupe belge SISB avec les magasins Match-Cora-Ecomax,
c'est au tour du groupe BATA d'annoncer son départ des Antilles. En
effet, en redressement judiciaire depuis mars 2009, les 38 magasins
BATA sont «à vendre». Le 15 janvier dernier était la date limite
pour les acquéreurs potentiels. A l'heure où nous écrivons, on ne
sait pas quelle est la situation. La presse avait annoncé il y a
quelques jours que 16 intéressés s'étaient manifestés, en ajoutant
qu'aucun des dossiers présentés n'étaient sérieux. C'est peut-être
un moyen utilisé par les propriétaires actuels et les éventuels ou
éventuel acheteurs de «jouer» avec les nerfs des 218
salariés.
La société BATA, propriété de la famille du même nom jusqu'à
aujourd'hui, a été fondée en 1894 par un Tchèque, Thomas Bata, à
Zlim dans l'empire Autro-Hongrois, aujourd'hui en république
Tchèque. Après bien des péripéties qui ont vu la disparition du
groupe, et la mort du fondateur dans un accident d'avion, son fils
T. Bata junior fonde en 1946 au Canada une nouvelle société,
la Bata Shoes Organisation dont le siège social est aujourd'hui à
Lausanne en Suisse. Le groupe est florissant et compte aujourd'hui
40 000 salariés de par le monde. Il possède des usines un peu
partout dans le monde, dont en Inde.
C'est dire que seul le désir de la famille Bata de réorganiser le
groupe dicte sa décision. Le sort des 218 pères et mères de famille
qui ont permis au groupe de ramasser des profits considérables aux
Antilles ne fait pas partie des préoccupations de la famille Bata.
C'est la loi du système capitaliste: seuls les profits des
propriétaires entrent en compte.
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