COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 8 février 2003      N° 875
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À la Une

Éditorial

Aucune illusion dans un quelconque changement de statut!
Comptons sur nos propres luttes pour changer notre sort!

Désormais, il ne reste au gouvernement qu’à réunir son “Congrès” à Versailles pour faire voter les modifications de la constitution qui légaliseront une nouvelle décentralisation. Les assises pour les libertés publiques, sorte de show ministériel itinérant pour rallier l’opinion de notables, sont finies.
Ni ces assises, ni les discussions au parlement n’ont intéressé l’opinion publique. Cette affaire de “décentralisation” est restée une affaire de politiciens et de notables.
Les partis autonomistes ou indépendantistes des deux îles s’étaient alliés avec Michaux-Chevry, croyant en ses déclarations à double sens sur “la région autonome”. Ils sont aujourd’hui largués par la manoeuvrière qu’elle n’a jamais cessé d’être. Elle voulait un consensus réalisé autour d’elle, autour de sa personne. Elle l’a eu pendant quelque temps, juste celui de voir revenir au pouvoir ses amis de la droite, aujourd’hui majoritaires en France.
Les trois partis pour qui la pilule de la “décentralisation “ à la Girardin-Raffarin est dure à avaler sont les partis communistes de Guadeloupe et Martinique et le MIM de Marie-Jeanne qui avait beaucoup misé sur la “déclaration de Basse-Terre” et sur ses suites. Cette “déclaration “ qu’on nous avait présentée comme historique, comme une chance de faire avancer au moins “l’autonomie”, etc. Et que différents courants indépendantistes voyaient même déjà comme un tremplin idéal, a accouché d’une souris, la décentralisation!
Trois articles de la constitution française, 72, 73, 74 donneront aux uns et aux autres le choix du type de décentralisation qu’ils veulent “dans le cadre de la république française”, bien entendue! Rien d’historique, rien de nouveau car ces articles certes dépoussiérés, précisés, existaient déjà dans la constitution.
Alors tous ceux qui comptaient sur un “petit coup de pouce du destin” en sont pour leurs frais. Si on veut changer, vraiment, il faut s’appuyer sur les mobilisations des masses laborieuses et populaires. Il n’y a pas de miracle, ni de “ chance historique”. C‘est le lent travail d’usure des classes opprimées, c’est à dire les luttes de toutes natures, les mobilisations massives qui leur permettront de changer la situation sociale et politique, c’est cela seul qui permet de nourrir des espoirs. Tout le reste ne peut que maintenir les choses en l’état et pis que cela : créer des illusions. Or comme on le sait les illusions sont parfois mortelles ou en tout cas paralysent!
Autant ouvrir les yeux et se dire que ni cette décentralisation, ni aucune réforme de l’Etat faite par lui-même ne permettra pas aux classes laborieuses de changer leur sort. Tout au plus les masses laborieuses pourront-elles profiter des failles, des ouvertures dans le système pour rassembler leurs forces, pour les mobiliser et devenir plus aptes à se défendre et à faire reculer leurs oppresseurs.
Il y aura un référendum pour dire quelle modification du statut on veut. A vrai dire, il serait étonnant que la question soit posée de façon à nous permettre de choisir vraiment ce qui nous intéresse. Attendons la ou les questions : on verra!
Par la suite, il faudra élire des hommes et femmes pour une assemblée qui sera chargée de gérer les affaires de nos régions. Cette assemblée sera ensuite dotée d’une tête, d’un exécutif. Elle prendra des décisions qui vont être favorables ou défavorables pour notre vie. Alors, il faudra être capables de s’opposer à ce qui nous fait du tort.
Petit avantage pour les classes laborieuses, mais pas dérisoire, ce pouvoir exécutif local, qui aura une partie des pouvoirs de l’Etat, se trouvera géographiquement plus près, à Fort-de-France ou Basse-Terre. Autant dire, que les travailleurs et tous les pauvres, les chômeurs, ne devront pas se gêner pour y aller et lui dire ce qu’ils pensent de ses actes néfastes et l’obliger à les corriger dans le bon sens.



LES TRAVAILLEURS COMMUNAUX EN LUTTE!

Depuis le 16 janvier les employés communaux affiliés à l’UTC-UGTG ont entamé un mouvement de grève. La principale revendication est le respect de toutes les dispositions du statut des agents des collectivités et l’intégration de tous les emplois précaires.
Le mouvement va en s’amplifiant et concerne actuellement presque toutes les communes. Ne sont pas en grève les communes de Marie-Galante, Terre de Haut aux Saintes, St Barthélemy, Ste-Rose, Vieux-Habitants, Baillif et Trois-Rivières.
La plupart des communes sont donc bloquées par les grévistes qui sont nombreux dans les services techniques, la Caisse des Ecoles. Ces derniers ont décidé de mettre l’accent surtout sur un problème crucial en Guadeloupe : l’emploi précaire. L’Etat a décidé de ne pas renouveler les contrats aidés (en particulier les Emplois-Jeunes). Selon l’UTC-UGTG ces contrats concernent cinq mille personnes en Guadeloupe, ce qui est énorme. Et certains travailleurs se retrouveraient à la rue du jour au lendemain et viendraient encore grossir le lot des chômeurs ! L’Etat a décidé d’arrêter le financement de ces emplois à compter du 28 février 2003.
L’UTC-UGTG lutte également pour le respect des différents accords signés par les maires suite à plusieurs grèves. Des accords de fin de conflit sont signés et ne sont jamais respectés. A chaque fois, les agents doivent se remettre en grève pour faire respecter un protocole d’accord déjà signé. Et après on accuse les travailleurs d’être trop souvent en grève, mais on ne dénonce pas l’attitude scandaleuse des Maires.
Le président de l’Association des Maires, Julien Chovino s’est dit favorable au règlement de ce problème, mais n’a pas le pouvoir de le régler. Le lundi 3 février une importante délégation des grévistes a rencontré une délégation de l’association des maires à la Chambre de Commerce de Basse-Terre. Etaient présents les maires Julien Chovino, Ary Broussillon, José Moustache, Simon Barlagne et Albert Dorville. Après plus de deux heures de discussion, les maires ont pris trois résolutions qui ne les engagent à rien en réalité. Qu’à cela ne tienne, ils «s’engagent» …
1) «A traiter le dossier».. Comique.
2) «A répondre à la demande des grévistes qui est l’organisation d’une table ronde avec les représentants de l’Etat, les parlementaires, les présidents du Conseil Général et Régional» Ils s’engagent à … répondre .
Et en contre-partie de ces engagements si fermes :
3) Ils demandent le déblocage des mairies.
L’UTC a évidemment rejeté le premier point et surtout la demande de débloquer les mairies. Pour le syndicat ce n’est que le début de la mobilisation et il n’est pas question de reculer.
Il est sûr qu’il faudra une très forte mobilisation et surtout la solidarité de l’ensemble des travailleurs pour que leurs revendications aboutissent. L’UTC a d’ailleurs dans un communiqué de presse lancé un appel à tous les précaires de la Guadeloupe pour rejoindre le mouvement.
La journée de mobilisation prévue le 14 février avec plusieurs organisations syndicales aura également pour thème le problème de l’emploi précaire en Guadeloupe.
Les maires se plaignent de ne pas avoir le financement nécessaire pour la résorption de l’emploi précaire, mais ils n’interpellent pas vigoureusement le gouvernement pour régler définitivement ce problème et ont tendance à s’en prendre aux travailleurs. Ils veulent se donner une image de bons gestionnaires (quand ça les arrange) avec leur petit budget et soigner une image respectable aux yeux du gouvernement. Jamais ils ne cherchent à mobiliser la population pour exiger du gouvernement plus de moyens financiers. Mais ils n’hésitent pas souvent à embaucher avant les élections pour gagner des voix supplémentaires et ensuite licencier ou refuser de titulariser les employés. Certes, les plus honnêtes d’entre eux embauchent parfois aussi pour soulager les problèmes des familles. Ces maires subissent aussi les conséquences du chômage endémique qui règne aux Antilles. Alors c’est contre l’Etat qu’il faut se retourner. Que les maires n’envisagent-ils pas de grandes mobilisations pour l’emploi ! Mais cela c’est une question de courage politique et comme l’a dit un délégué de l’UTC UGTG, concernant ce courage là est en panne du côté des maires.

EN MARTINIQUE, la CGTM a déposé un préavis de grève dans plusieurs communes, notamment à Case Pilote. Les travailleurs réclament notamment la titularisation des agents, l’application effective des 35 heures. Dans certaines communes il y aurait plus de 80% des agents encore non titularisés.




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