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Éditorial ASSEMBLÉE UNIQUE. AUCUNE ILLUSION À SE FAIRE!
Les commissions permanentes du Conseil Général et du Conseil Régional de Guadeloupe se sont déclarées d’accord pour l’assemblée unique. Cet accord devrait être voté par les deux assemblées réunies en congrès prochainement. On peut penser que le même processus se déroulera en Martinique. Le gouvernement a demandé que chaque «DOM» lui soumette un projet.
Ce projet doit lui être soumis avant le référendum local qui devrait avoir lieu au plus tard en octobre prochain. C’est sur la base de ce projet que seront rédigées les questions posées à la population lors du référendum.
Les élus des deux assemblées se prononcent pour une assemblée unique dans le cadre de l’article 73 de la constitution tel qu’il sera révisé le 17 mars prochain au congrès de Versailles en France. L’article 73 prévoit la création de «collectivités à statut particulier» en plus des communes, départements et Régions. Donc, «l’assemblée unique» entre dans ce cadre. L’article ne prévoit pas de véritable pouvoir législatif mais seulement des adaptations possibles des lois et règlements de la république française. C’est ce qui mécontente le Parti communiste guadeloupéen ainsi que certains indépendantistes comme ceux du KLNG ou de l’UPLG ou certains indépendantistes de Martinique ou encore le Parti communiste martiniquais. Ces derniers se réclament de l’article 74 qui prévoit un pouvoir législatif plus important. Marie Jeanne, le leader du MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais) semble déjà se ranger sur l’article 73. Il serait prêt semble-t-il à abandonner le projet plus autonomiste pour ne pas déplaire au gouvernement français.
Lucette Michaux Chevry avec sa déclaration de Basse Terre aux côtés de Marie Jeanne et de Karam, avait élaboré pratiquement un projet un peu plus autonomiste avec eux. C’est ainsi que dans la foulée elle avait convoqué l’ensemble des forces politiques y compris indépendantistes de tous bords, y compris Combat Ouvrier (qui a décliné ses invitations). Ces organisations avaient élaboré «le projet guadeloupéen» qui réclamait notamment un réel pouvoir législatif d’esprit autonomiste. Certains indépendantistes et membres des PC guadeloupéen et martiniquais s’estiment aujourd’hui trahis par Michaux. En fait ils l’ont été surtout été par leur propre aveuglement nationaliste. Cela dit, que l’on se fonde sur l’article 73 ou sur l’article 74, rien ne changera vraiment du point de vue des intérêts fondamentaux des travailleurs. Du point de vue nationaliste, peut être que l’article 74 aurait donné effectivement un peu plus de pouvoir local comme en Nouvelle Calédonie par exemple. Et encore ! Mais du point de vue de classe, du point de vue des intérêts de la classe ouvrière et des pauvres aucun changement n’est à attendre de ce changement de statut. Si ce n’est en pire. Il s’agit d’un réaménagement administratif qui est fait à l’échelle de la France entière, destiné à transférer certaines compétences de l’Etat aux régions.
Sous couvert de donner plus de responsabilités locales, le but du gouvernement est en réalité de réaliser le plus d’économies possible sur le dos des régions. On en a eu déjà plusieurs exemples depuis 82 et la loi de décentralisation de Gaston Deferre. Par exemple les routes départementales, les lycées et collèges ont dû être rénovés ou créés en grande partie avec l’argent du Département ou de la Région. L’Etat s’est en partie désengagé financièrement. Il faut savoir que l’argent économisé va dans la poche des patrons et des grosses sociétés sous une forme ou sous une autre.
L’assemblée unique aux Antilles ne sera qu’une version tropicalisée de la décentralisation. On prétend ainsi gommer les séquelles du colonialisme. On donnera une sucette aux élus qui réclament plus de pouvoir local et surtout plus d’argent à gérer. On passera encore sur leurs frasques, leurs détournements, à condition qu’ils sachent se montrer «responsables» aux yeux du gouvernement français. La seule responsabilité qui est exigée d’eux est de favoriser «la paix sociale». C’est à dire faire en sorte que les luttes des travailleurs, les grèves, soient moins nombreuses, que les travailleurs revendiquent moins. C’est qu’ils permettent au lobby patronal de continuer à faire des profits.
L'ASSEMBLÉE UNIQUE NE CHANGERA PAS LE SORT DES TRAVAILLEURS. SEULES LEURS LUTTES LE FERONT!
Ce n’est pas pour rien que la décentralisation tropicale s’accompagne d’une loi programme pour quinze ans. Cette loi est faite entièrement pour les patrons. Elle consiste en exonérations de charges sociales, défiscalisation dans des proportions énormes, zones franches où les patrons peuvent légalement échapper aux lois et règlements. Dans ces conditions le gouvernement et les notables ne peuvent que préparer que des attaques contre les travailleurs:
-Démantèlement des services publics dont certains travailleurs passeront sous le régime local et non plus d’État;
-Travail des rmistes pour 2000 F par mois sous la férule d’une Michaux Chevry ou d’un Marie Jeanne. ( puisque c’est l’assemblée unique qui gérera le RMI);
-Coupes sombres dans les primes de vie chère des fonctionnaires au profit d’on ne sait quelle banque «guadeloupéenne» ou «martiniquaise» sans contrôle populaire (rappelons-nous le scandale du Crédit martiniquais où des milliards ont été engloutis par une bande de petits copains békés);
-Levée possible de taxes supplémentaires sur la population;
-Levée d’impôts par les notables locaux sur la population pauvre.
Et tout à l’avenant.
Les notables locaux sont contre les travailleurs.
On le voit bien dans la grève des communes. La plupart des maires s’opposent aux grévistes. Ils estiment qu’ils «ne peuvent pas payer» embaucher durablement les précaires ni accorder à tous le statut légal de la fonction territoriale. Mais en même temps aucun n’est prêt à manifester avec les grévistes contre l’État. Ils veulent se montrer «respectables» surtout aux yeux du gouvernement français et des grands «chefs blancs». Tous ces «médiateurs» à la Chovino ou la Dorville ne sont pas là pour «apaiser les conflits» c’est à dire pour faire les travailleurs entrer dans le rang et se soumettre.
Seule la lutte des travailleurs changera leur sort. Celles qui se font déjà sont un bon signe. Leur généralisation et leur force offensive seront le seul garant pour les travailleurs et les pauvres de Guadeloupe et de Martinique d’obtenir de réels changements dans leur «statut» actuel d’exploités, de dominés, de chômeurs, d’exclus, de sans voix.
Vive les luttes et les grèves ! Impulsons les, renforçons-les ! Elles seules changeront notre sort, et pas l’assemblée unique qu’elle se fasse sur la base de l’article 73 ou de l’article 74.
Guadeloupe:
Sainte-Rose: la colère des habitants de La Boucan!
Encore une fois les riverains de La Boucan à Sainte-Rose, ont dû se mettre en colère pour protester contre la pollution de la distillerie de «Bonne Mère». Ils ont érigé un barrage sur le pont, empêchant toute circulation pendant plusieurs jours. La distillerie déverse dans la Grande Rivière à Goyaves de la vinasse qui tue les poissons et rejette dans l’air des produits nocifs. Les habitants de la Boucan et les riverains sont incommodés par les odeurs et les émanations toxiques des fumées de l’usine. Plusieurs locataires des HLM de Bois Rada (bâtiments construits par la SEMAG) sont particulièrement touchés par cette pollution, les logements ayant été construits au bord de la rivière et à deux pas de la distillerie.
La colère des riverains se justifie parce que rien n’a été réglé depuis le mouvement de 2000. En effet, au cours de cette année, les riverains s’étaient mis en colère en bloquant le pont de la Boucan durant plusieurs jours pour obliger le responsable de Bonne Mère et les pouvoirs publics à régler le problème de la pollution de la distillerie. C’est à la suite de ce mouvement que l’Etat à mis à la disposition de l’usinier des aides financières lui permettant de mettre en place un deuxième méthaniseur (dispositif permettant de limiter les rejets de vinasse).
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