COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 22 mars 2003      N° 878
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À la Une

Éditorial

La loi de l'impérialisme

Ainsi l’administration Bush a décidé de faire la guerre à l’Irak pour obtenir le départ de Saddam Hussein. Bush et ses acolytes n’ont fait aucun cas des positions et de l’opinion de la majorité des Etats membres de l’ONU. Ni d’une opinion mondiale opposée elle aussi à cette guerre.
Jusqu’ici, les Etats-Unis avaient fait en sorte que leurs agressions militaires soient plus ou moins couvertes du manteau légal de l’ONU ou de l’OTAN. Cette fois, les intérêts divergents des puissances secondaires comme la France, l’Allemagne, la Russie ou la Chine ont poussé ces pays à refuser d’avaliser l’opération américaine. Et du coup, cela a placé les Etats-Unis dans la situation d’aller mener leur agression sans camouflage.
On voit d’ailleurs, dans la mise en route de cette guerre, à quel point la prétendue «démocratie» dont on nous rebat les oreilles, le fameux «état de droit»  a peu de valeur. Cette guerre contre l’Irak a beau être impopulaire, rejetée par des millions de citoyens, de la plupart des pays, cela n’empêche pas certains dirigeants des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, d’Australie, d’Espagne, d’Italie, etc…de s’y engager. Cette guerre est tout à la fois une expédition punitive pour laver l’affront du 11 septembre et une opération de redistribution des cartes dans un Moyen-orient instable. C’est la ré-affirmation aux yeux du monde de la toute-puissance américaine pour faire régner “son ordre” à l’échelle mondiale.
L’équipe Bush en faisant cette démonstration, croyant régler ainsi les problèmes de terrorisme et d’instabilité, obtiendra évidemment l’inverse de ce qu’elle recherche. Car une telle expédition punitive est humiliante pour les peuples arabes et musulmans. Elle causera d’innombrables souffrances qui ne seront en rien compensées par le renversement de Saddam Hussein. Car seuls les gens aisés, les privilégiés du régime pourront faire face aux difficultés économiques graves, aux privations qui suivent toute période de guerre. Pour l’immense majorité de la population, c’est une période encore plus dure qui va s’ouvrir après des années d’embargo meurtrier. Cette guerre impérialiste ne pourra donc que susciter la haine envers les Etats-Unis et la montée d’un esprit de révolte dans la jeunesse des régions arabo-musulmanes.
Souhaitons que l’exacerbation des sentiments des masses populaires de ces régions les conduise à se battre, non dans la voie d’un terrorisme stérile, mais contre leurs propres régimes réactionnaires et soumis à l’impérialisme. La guerre peut être un accélérateur de l’histoire. La guerre de Bush pourrait bien précipiter demain le soulèvement des innombrables masses pauvres de ces régions arabo-musulmanes dans une lutte pour vraiment changer leur sort, en changeant de régime social et politique.
Ici, dans les pays éloignés du théâtre de cette guerre, il est important que des voix s’élèvent, que des manifestations éclatent. Dès le premier jour et pendant toute la durée de cette guerre, où que chacun se trouve, au travail, dans la rue, en voiture, chez soi, il faut crier notre opposition: “cette guerre n’est pas la nôtre, ce n’est pas en notre nom que Bush bombarde, assassine les Irakiens, écrase ou occupe l’Irak”!



Une guerre injuste

Certains hauts gradés de l’armée américaine ont affirmé que la première étape de la guerre contre l’Irak consisterait à écraser le pays sous un tapis de bombes. Il n’est même plus question de prétendre de façon hypocrite qu’il s’agit de “frappes chirurgicales”
Le massacre va commencer dans quelques heures, ce jeudi ou plus tard, mais il parait inéluctable. La volonté de l’administration Bush est claire : il faut chasser le dictateur Saddam Hussein et le remplacer par une administration aux ordres des grands trusts pétroliers.
Cette guerre fera des milliers et des milliers de victimes, de morts, de blessés, d’estropiés. Elle plongera dans une misère encore plus grande toute une population.
Cette guerre est bien sûr injuste, inadmissible, révoltante. Pourtant, en dépit de ce que pensent et expriment les peuples du monde entier, elle aura lieu, elle est peut être déjà commencée au moment où parait cet article.
En France, du fait de la position anti-guerre de la diplomatie française, Chirac apparaît comme l’opposant résolu à la guerre contre la volonté américaine. Et toute la gauche socialiste, communiste, Verts et cie ne cessent de lui adresser leurs louanges. Sa popularité est au plus haut. Et cela permet à Raffarin, dans son sillage, de poursuivre les mauvais coups contre les travailleurs. Il serait tout à fait illusoire de croire l’impérialisme français “meilleur“ que ses semblables britannique ou espagnol qui se sont ralliés à la guerre de Bush.
L’impérialisme français sait qu’il n’aura rien à gagner au pillage des ressources de l’Irak qui aura lieu au lendemain de la guerre. Les Américains se garderont non seulement le pétrole irakien mais aussi toute la manne financière qui découlera de la reconstruction de l’Irak. Chaque fois qu’il y a eu un pays détruit par la guerre, ce sont ces grands trusts qui ont eu la mainmise sur le pactole qui a coulé du fait de la reconstruction.
Chirac peut très bien caracoler à la tête du mouvement anti-guerre et se faire ainsi une popularité à bon compte, il ne faut pas oublier que ce ne sont pas seulement les gouvernements américain et britannique qui ont fourni à Saddam Hussein les armes qu’on lui demande de détruire. C’est aussi la France, l’Allemagne et bien d’autres vertueusement opposés à la guerre qui ont équipé l’armée de Saddam Hussein et lui ont vendu de quoi fabriquer les armes chimiques ou autres qu’il a utilisées contre son peuple ou contre le peuple iranien.
Alors leur opposition, aujourd’hui, à la guerre est bien une affaire d’intérêt plus que de sympathie envers le peuple irakien qui a eu déjà à souffrir des armes qu’ils avaient fournies à Saddam Hussein.



Manifestation contre la guerre en Irak

Samedi 15 mars, une centaine de personnes ont manifesté contre la guerre en Irak, à l’appel du collectif et de plusieurs organisations et syndicats, dont Combat Ouvrier.
Malgré la faible mobilisation, les participants ont tenu à exprimer leur révolte contre cette guerre. Ils ont défilé dans le centre ville de Pointe à Pitre avant de se retrouver sur la place de la Mairie. Plusieurs des organisateurs ont souligné la nécessité de continuer la mobilisation, et surtout de la renforcer. Ils ont convenu de se retrouver à 18h devant le Centre culturel Rémy Nainsouta, sans appel préalable, le jour où la guerre serait effectivement déclarée. Le représentant de Combat Ouvrier a appelé les participants à organiser des actions de protestation : manifestations dans les lycées, rassemblements dans la cour, débrayages même brefs dans les entreprises, concerts de klaxon, minutes de silence etc.
Il a aussi appelé à manifester à nouveau le samedi 22 mars à 10H sur la place de l’hôtel de ville de Pointe à Pitre.




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