COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -    Samedi 22 mars 2003      N° 878
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Martinique
Les employés municipaux se préparent à la lutte

Le jeudi 13 mars près de 200 responsables des sections syndicales de la CGTM – SOEM étaient réunis à la Maison des Syndicats à Fort de France. En effet à partir du 3 avril, les employés municipaux de 29 communes sur les 34 que compte la Martinique ont décidé de se mettre en grève illimitée pour résoudre la situation de l’emploi précaire. Après avoir mené plusieurs actions ponctuelles dans les mairies, ils ont l’impression d’être «les jouets politiques» des mairies. Aujourd’hui, 6 à 7000 employés municipaux soit 85% du personnel se trouvent en situation de précarité. Certains temporaires ne font que 4 heures de travail par jour et touchent moins que le RMI. Il y a aussi tous les emplois sous contrat CIA (contrat d’insertion par l’activité), contrat d’emploi solidarité (CES) et autres emplois-jeunes dont les emplois sont menacés.
Jusqu’à présent, les réponses des maires restent vagues et bien souvent ils n’ont mis en place aucun plan de titularisation. Alors, même si aujourd’hui le président de l’association des maires de la Martinique, Serge Larcher, déclare «Nous avons demandé à l’Etat de s’engager», les employés municipaux sont exaspérés et se mettront en grève pour obtenir satisfaction.



Martinique
Les maires doivent repecter les textes

Le dimanche 16 mars, RFO Martinique recevait trois maires dans le cadre d’une émission dominicale traitant de l’actualité sociale, politique et économique. Etaient donc présents Lavenaire du Marigot, Lesueur de Rivière Salée, et Jeanne-Rose de Saint Joseph.
A bien les écouter, on avait bien du mal à savoir où se situait la différence entre eux. Car tous les trois développaient exactement les mêmes idées de fond sur la gestion communale, s’en prenant aux responsables syndicaux qui demanderaient des choses exorbitantes. Dans ce domaine la palme revient tout de même au maire de Saint Joseph, certainement frappé d’amnésie, qui s’est employé à discréditer les syndicats.
Les maires ne respectent pas la loi en matière de gestion des personnels: embauche, salaires, etc. Et c’est tout naturellement que les syndicats exigent des municipalités qu’elles respectent les textes. Mais plutôt que d’exiger de l’Etat les moyens pour assurer un service public de qualité, les maires préfèrent faire pression sur leurs employés et gérer comme bon leur semble la carrière de ces derniers.
Quand on sait que la nouvelle loi sur la décentralisation concoctée par Raffarin et votée le 17 mars par le congrès du Parlement est destinée à confier plus de responsabilités aux collectivités pour faire réaliser des économies à l’Etat central, on peut prévoir des difficultés dans les périodes à venir. On sait en effet que l’Etat transfère les compétences, mais pas les moyens qui vont avec, ou très peu.
De ce fait, les maires n’ont pas fini de voir les syndicats et leurs salariés les rappeler à leurs obligations : le respect de la loi.



HAÏTI
Nouvelles force de police, vieilles méthodes crapules et sanguinaires

Au début de cette année, le gouvernement américain avait retiré les visas de certains hauts gradés de la police haïtienne qui sont impliqués dans le trafic de drogue. Ces derniers font transiter cette drogue en provenance de la Colombie notamment vers les USA. Le gouvernement d’Aristide avait protesté arguant qu’il était victime d’une campagne de déstabilisation orchestrée par la «communauté internationale».
Le 13 février dernier, le responsable du bureau de lutte contre le trafic des stupéfiants a été pris la main dans le sac. Il a été arrêté à Port-au-Prince avec plusieurs kilos de cocaïne dans sa voiture. Le 21 février, la police avait intercepté plusieurs tonnes de cocaïne à Port-au-Prince à bord d’un yacht. Aucune arrestation n’a été effectuée. La police a annoncé que les truands ont eu le temps de prendre la fuite mais là encore le haut commandement de la police a été mis en cause. Des conseillers du directeur de la police ont été mis en examen. D’autres suspects bien connus ont gagné les frontières de la république dominicaine. Ce ne sont là que certains scandales connus du grand public pendant le seul mois de février.
Au début de cette année également, la police a été mêlée à certains crimes crapuleux dans le pays comme l’assassinat à Carrefour de plusieurs jeunes. Il faut ajouter à cela la répression des politiciens de l’opposition et la complicité de l’institution policière avec les «chimères» (bandes armées) lavalassiens dans leurs actes de brigandage à travers le pays pour tenter de soutenir le gouvernement d’Aristide en perte de vitesse.
En 1994, Aristide avait dissout l’armée sanguinaire des Duvalier qui avait été mise en place depuis l’occupation américaine en 1915. Il présentait cette nouvelle police comme un progrès, comme l’avènement de la démocratie en Haïti. Inconsciemment, victimes il est vrai du chômage, plusieurs milliers de jeunes se sont faits enrôler dans la police pour « servir leur pays » disait Aristide à l’époque.
Mais loin de servir le pays, la police, à l’instar de l’armée des tontons macoutes et des riches, n’a pas pris beaucoup de temps pour montrer qu’elle n’avait pas de différence avec ses prédécesseurs. La nouvelle force de police a plutôt pris le relais de l’armée dans ses tâches de défense des intérêts des riches et de répression de la population pauvre. On a vu cette force de police en action contre la population pauvre dans des manifestations contre la vie chère, contre les diktats de FMI. Aujourd’hui, cette police est instrumentalisée, asservie par Aristide qui l’utilise pour garder son pouvoir. Comme l’un ne va pas sans l’autre, cette police est un bel exemple de corruption. Si la grande presse ne relate que les hauts faits des chefs, par ci par là, des échos mettent en évidence des cas de rapine, de malversations, de vol, de viol perpétrés par les membres de cette nouvelle police.
La police haïtienne tout comme ses frères d’armes de l’ancienne armée d’Haïti n’est que le bras armé d’un Etat complètement au service des nantis contre les pauvres. C’est la police des Mews, Brant, Acra les grandes familles riches d’Haïti qui sucent le sang du peuple haïtien avec leurs compères capitalistes nord américains et ceux des autres puissances impérialistes.



Martinique
Après la mort de Frantz Agasta

Frantz AGASTA l’ancien dirigeant syndicaliste vient de mourir après une longue maladie.
On retiendra de lui qu’il fut à l’origine de la création de la CSTM (Centrale Syndicale des Travailleurs Martiniquais) après avoir été pendant de longues années le responsable de l’Union Départementale Force Ouvrière en Martinique.
L’un des importants mouvements qu’anima Frantz Agasta avec Force Ouvrière fut la grève des salariés de France Antilles de décembre 73 à janvier 74. Grève qui fut dure, et symbolique. Car à l’époque, bien plus qu’aujourd’hui, France Antilles était le quotidien colonialiste par excellence, celui d’une administration colonialiste, du lobby blanc béké et autres possédants.
Si cette grève fut l’élément déclencheur du changement de cap d’Agasta, cela tient d’abord au désaveu de la direction de la confédération Force Ouvrière qui n’aurait pas apprécié la durée très longue, trop longue selon eux, de cette grève des salariés de France Antilles.
Mais ce changement a été également le résultat d’une situation politique qui mûrissait en Martinique et qui a donc favorisé l’évolution de certains hommes dans le climat de «guerre sociale» de l’époque.
Les années 72, 73 et 74 virent l’émergence de mouvements politiques nationalistes, dont certains se réclamant des travailleurs. Ces groupes politiques se livrèrent une guerre d’influence en cherchant à tout prix à s’adosser au mouvement social très agité durant ces années là. Jusqu’à cette période, la CGTM, influencée par le Parti Communiste Martiniquais, était le plus important syndicat et bénéficiait d’un important crédit parmi les travailleurs.
Les mouvements politiques qui prirent naissance dans la période, cherchèrent à se différencier des autres courants politiques majoritaires. Ils tenaient un discours se voulant plus radical et influencèrent des mouvements sociaux. On peut citer Baselto et le mouvement des locataires de Dillon ou encore Vasté dans le bâtiment et dans le secteur agricole. Ces organisations furent de plus en plus présentes sur le terrain.
Pour animer cette propagande et rechercher une légitimité et une notoriété qui leur faisaient défaut, un certain nombre de ces militants créèrent des journaux politiques tels que «En Avant» de Guy Cabort - Masson, le «Prolétariat de la Martinique» de Ludovic Bravo, «Septembre 70». Certains donnèrent naissance à l’UPSOA (Union Patriotique de Solidarité avec les Ouvriers Agricoles) en janvier 74 et à l’UTAM « Union des Travailleurs Agricoles de la Martinique » en décembre 74. Il y eut aussi la «La parole au Peuple» et «Simao».



Guadeloupe
Les étudiants, IATOSS et enseignants de Fouillole ont eu raison de se battre

Au bout de 5 semaines de grève, personnels et usagers de l’Université Antilles Guyane en Guadeloupe ont pu négocier directement avec deux délégués du ministère qui avaient pouvoir de décision. Leur venue a suivi différentes actions fortes, manifestations dont une avec les syndicats contre la précarité, délégation en masse chez les politiques, le recteur, le préfet, blocage de l’administration centrale de l’université avec occupation des locaux jour et nuit, appel au soutien des lycéens par des délégation actives d’étudiants sur toute la Guadeloupe.
En ce qui concerne les bâtiments, la totalité des revendications a été acceptée. Les étudiants de STAPS (études sportives) vont cesser de courir entre Bergevin, Fouillole, Bas du Fort au Gosier et les installations sportives à l’extérieur. Tous leurs cours théoriques seront donnés dans nouveaux locaux à Fouillole à partir de septembre 2003. Cela n’empêchera pas l’installation future d’un campus au Lamentin dans 3 ans environ. La suite des travaux de réhabilitation à Fouillole a été garantie. Il semble qu’une partie des crédits destinés à un accueil décent au campus de Fouillole a été utilisé ailleurs. Le mal sera réparé dans l’immédiat, mais des inspecteurs veillent à retrouver les sommes affectées. Même chose pour que les enseignants de droit et sciences économiques aient enfin des bureaux pour leurs recherches et pour recevoir les étudiants.
Le second point important est celui de l’emploi précaire, criant à l’université. Le personnel administratif et technique (les IATOSS) est constitué de presque autant de précaires que de titulaires. Or tous contribuent au bon fonctionnement de l’université. Ce manque cruel de postes de titulaires est à l’origine de la grève, car seuls 2 postes ont été obtenus en 2003, et cela pour les 3 pôles : Guadeloupe, Martinique, Guyane. La mobilisation a commencé en Martinique où elle a rapporté 20 postes du ministère et des aides du rectorat. En Guadeloupe, dans l’immédiat, 8 postes à la charge de l’état ont été attribués dans le cadre de la loi Sapin et 18 postes serviront à l’intégration aux collègues précaires en fonction de leur ancienneté avec obligation pour l’université d’utiliser les départs en retraite et autres postes vacants pour cette politique de titularisation. A plus long terme, le ministère a signé l’ouverture automatique de postes pour l’entretien des bâtiments qui doivent être construits à Pointe a Pitre, au Lamentin et enfin à Saint Claude où, dès septembre 2003, doivent s’ouvrir des enseignements de Lettres. Pour ce dernier point, 3 postes de professeurs agrégés en Lettres ont été assurés.
Pour le suivi, le comité de grève a été invité à être vigilant. Cette activité a déjà commencé. Les problèmes internes, sur la vie de l’étudiant, la gestion des postes, sont encore en discussion malgré la reprise des cours. Les grévistes ont découvert la force de l’action commune étudiants-personnels.




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