COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -    Samedi 31 mai 2003      N° 883
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HAÏTI
Pouvoir guadeloupéen pour changer quoi?

Différentes organisations politiques et syndicales de Guadeloupe réclament l’application de l’article 74 de la nouvelle constitution française afin disent-ils de créer “un pouvoir guadeloupéen”.
Cette perspective peut, certes, être le point de départ d’une mobilisation large des classes laborieuses sur l’idée qu’il faut faire les lois localement, toutes les lois, qui concernent la vie de la population, sur l’idée qu’il faut décider localement donc avoir un exécutif, un pouvoir local! Ce qui est plus légitime que décider à Paris, à 7000 km des peuples et territoires concernés!
Une grande partie, sinon la majorité, de la population pense qu’il serait bien de pouvoir décider ici, de faire des lois ici et non, comme maintenant, loin des yeux et de l’intervention de la population de ce pays, sans aucun contrôle possible de sa part. Il est évidemment préférable que des décisions importantes concernant la vie de la population de Guadeloupe soient prises ici même en Guadeloupe, que des lois concernant cette vie locale soient faites et votées ici, sous les yeux et sous le contrôle de la population!
Mais, pour les travailleurs, ce pouvoir à ériger, s’il est guadeloupéen de fait, ne doit pas se limiter à une telle définition! Les travailleurs ne peuvent se contenter d’un simple changement de forme du statut, qu’il s’appelle Assemblée unique ou Collectivité d’outre-mer! La population, les travailleurs, les couches pauvres veulent plus que cela, ils veulent de réels changements.

DES MAUX A COMBATTRE

Pour eux, les maux auxquels il faut s’attaquer sont bien réels. Ils vivent et travaillent dans un pays où un adulte en age de travailler sur trois est au chômage, où 1 personne sur 6 vit avec des revenus situés au-dessous du seuil de pauvreté. Où il y a 29.000 Rmistes pour 103.000 salariés et 20 .000 emplois dits aidés, donc précaires! C’est un pays où 86 % des exploitants agricoles disposent en moyenne de moins de 5 hectares tandis que les 14 % des exploitants restant possèdent au total plus de terres que la majorité des agriculteurs!
Ici, entre 20 et 30 % des logements sont réputés insalubres. L’essentiel de la nourriture est importé tandis que les meilleures terres sont consacrées à des cultures d’exportation qui ne rapportent qu’aux gros exportateurs, notamment grâce aux diverses subventions d’Etat, ou transformées en lotissements qui empiètent de plus en plus sur les terres agricoles. La faiblesse des revenus se retrouve aussi de façon claire dans l’éventail des revenus fiscaux imposés ou non.
C’est pour changer cela que les travailleurs auront besoin d’un pouvoir local réel et non de pure forme. Se limiter ou se contenter de le baptiser “pouvoir guadeloupéen” ne suffira pas pour qu’il ait prise sur la réalité et qu’il s’attaque aux maux dénoncés. Il faut que ce pouvoir soit placé sous l’emprise directe des travailleurs. Il faut un “pouvoir” sur lequel les travailleurs pourront exercer une pression permanente pour l’obliger à agir en faveur des classes laborieuses et des pauvres.

POUR UNE ASSEMBLEE OU LES CLASSES LABORIEUSES SERONT MAJORITAIRES

C’est ainsi que s’il prend naissance une Assemblée qui fait réellement des lois, il faudra que les classes laborieuses y soient directement représentées et en majorité. Car elles constituent la majorité productive et créative de la société, liées à la grande majorité pauvre.
Il faut que l’Exécutuf sorte directement de cette majorité et soit placé sous son contrôle. Il n’y a aucune raison pour que des notables parlent au nom des travailleurs et les représentent. Et encore moins que les catégories sociales minoritaires, possédants, notables, etc… soient majoritaires dans une nouvelle assemblée faisant des lois locales!
La population déplore souvent le manque de fidélité ou de sérieux des élus, alors pour y mettre un terme le mieux c’est que les travailleurs, les ouvriers, les employés, soient repréentés par des travailleurs comme eux. Lorsqu’ils agiront mal ou ne seront plus capables d’assumer correctement leur mandat d’élus, ils seront révoqués et remplacés par d’autres travailleurs élus.



Assemblée unique ou collectivité d'Outre-Mer, c'est le contrôle des travailleurs qui sera décisif pour de réels changements

Seule la mobilisation de la majorité des travailleurs, mettant en avant un ensemble de revendications qui visent un réel changement dans la situation des masses laborieuses et pauvres,
-permettra d’utiliser les moyens du pouvoir, l’argent public, les lois faites sur place pour créer des emplois, de transformer les emplois précaires ou saisonniers en emplois durables;
-permettra de prendre des mesures économiques favorables aux travailleurs, aux chômeurs, aux petits paysans, aux artisans, aux couches populaires d’une façon générale.
Seule une telle mobilisation pourra aboutir à la mise en place d’une Assemblée réellement législative et d’un Exécutif ayant un réel pouvoir.
Pour cela, ils doivent être dirigés et contrôlés, dès leur mise en place, par la majorité populaire, c’est à dire par les travailleurs, par toute la population laborieuse et pauvre!



IRAK
Le visage peu rassurant de la liberté qu'installent les forces d'occupation

En trois semaines, du 19 au 9 avril, les forces américano-britanniques ont renversé le régime irakien affaibli par la première guerre du golfe, dix années d’embargo, et par des frappes aériennes meurtrières. Le saccage du pays, l’assassinat de sa population s’est fait au nom de la liberté pour le peuple irakien!!
Pourtant les faits d’aujourd’hui montrent que les forces d’occupation sont uniquement préoccupées par le seul pétrole. Sécurisé dès le 9 avril par les blindés américains, 5 semaines après la chute de Bagdad, c’est la seule administration qui fonctionne a peu près: la production à repris au rythme de 200.000 barils–jour et on envisage 3 millions de barils d’ici décembre. Un vétéran de la Shell (le géant trust pétrolier américain) Philip J. Carroll, préside le conseil d’administration flanqué d’un vice-président ex responsable sous Saddam Hussein.
Pendant ce temps les forces d’occupation venues soi-disant installer la démocratie, laissent les villes irakiennes au pillage et au chaos. Pas de police, ni un minimum de services pour assurer la continuité de l’administration, universités et écoles fermées, entreprises à l’arrêt quand elles n’ont pas été détruites par les bombardements avant d’être mises à sac par les pillards. Violence, anarchie, l’insécurité est quasi quotidienne. Certaines zones du pays sont sous la coupe d’une véritable mafia armée jusqu’aux dents. Ce à quoi s’ajoute le chômage, le non rétablissement de l’électricité, de l’eau potable et des liaisons téléphoniques. A Bassora, deuxième ville du pays, les stations de pompage de l’eau, détruites, ne sont pas réparées, et l’eau potable manque cruellement. Enfants et blessés soignés à l’hôpital universitaire en sont réduits à avaler une eau croupie, à l’origine de terribles diarrhées. Tout cela augmente la menace de maladies endémiques.

Sur le plan politique, les américains avaient affirmé “vous pouvez former votre propre gouvernement intérimaire, un gouvernement irakien libre, conçu par les irakiens” pour préciser tout aussitôt qu’ils  resteront le temps qu’il faudra pour “aider” les irakiens à le mettre en place!
Pourtant les forces politiques irakiens ayant émergé après la guerre ne peuvent s’imposer face à la coalition. Par exemple, à Bassora, le conseil local mis en place après l’entrée des troupes britanniques, s’est vu reprocher son autonomie d’action par le commandement de la coalition qui à décidé de lui substituer un comité de technocrates présidé par un officier britannique!!
Radio et télévision sont également sous le contrôle de la coalition, même le journal quotidien dans le sud du pays est diffusé par les militaires britanniques depuis leurs chars. La désillusion qui commence pousse alors de plus en plus la population vers les religieux qui représente la seule structure organisé. Effectivement. A Bassora, alors que la ville sombrait dans l’anarchie, sous le regard impassible des soldats, ce sont les proches des mollahs qui ont su ramener le calme. Cette attitude indifférente de la coalition a permis au clergé chiite de renforcer sa mainmise sur la population. Les imams, les mollahs, les cheiks ont désormais la haute main sur les affaires de la cité. C’est le cas dans de nombreuses villes, où déjà des garçons zélés et en armes font la loi, et leur chef parle de prohiber l’alcool, mais aussi d’imposer le port du voile aux femmes et la barbe aux hommes quelle que soit leur religion!!

La misère, les forces les plus réactionnaires, la dictature des ayatollahs voilà à quoi ressemble la “liberté” apporté par les blindées de la coalition américano-britanniques.



Changement de statut, selon l'art. 73 ou l'art. 74
Une affaire où les travailleurs doivent s'engager avec leur propre programme de revendications et leurs propres moyens de lutte!

Lors de la dernière réunion du Congrès de Guadeloupe, les élus des assemblées départementale et régionale ont débattu du changement dit institutionnel ou changement de statut. Quelques jours avant, les léus de Martinique avaient eux opté pour un statut découlant de l’article 73, mais avec une négociation pour obtenir du gouvernement des particularités législatives. C’est à dire la possiblité de faire localement certaines lois, tout en restant malgré tout dans le cadre commun défini par l’article 73.
Tous ces élus ont donc un accord entre eux sur la création de l’Assemblée unique découlant de l’application de l’article 73 de la Constitution. Celle-ci autorise à fusionner les deux assemblées en une seule. Seuls trois élus de Guadeloupe ont affirmé vouloir utiliser les possibilités de l’article 74 permettant la création d’une collectivité d’Outre-mer, ayant une certaine capacité de faire des lois locales et disposant d’une certaine autonomie par rapport à Paris.
Dans la population, on remarque qu’une certaine inquiétude apparaît sur ce qui va ou non changer. Dans certains syndicats, des discussions sont organisées sur le sens de la décentralisation et de son application particulière, avec les articles 73 et 74 de la nouvelle Constitution.
En principe, le gouvernement a prévu d’organiser un référendum sur toute forme d’évolution du statut actuel. La discussion au Congrès de Guadeloupe a porté sur la date de ce référendum sans qu’aucun accord ne soit possible entre ceux qui demandaient à faire cette consultation le plus tard possible et ceux qui voulaient la faire tout de suite. Il n’y a pas d’accord non plus sur le mode de scrutin ou sur le nombre de sièges dans cette nouvelle Assemblée unique.
Les travailleurs ont intérêt à se situer dans cette affaire par rapport à leurs propres sintérets. Ceux-ci sont spécifiques et personne, dans le milieu politique officiel ou traditionnel, celui des politicens et des notables, ne les défendra.
Le problème pour les travailleurs, sera, dans cette affaire de changement de statut, de défendre eux-mêmes leur propre point de vue, d’avoir leur propre politique. C’est en agissant sur la base de leur propre point de vue, qu’ils vont défendre aussi les intérets de l’ensemble des couches pauvres des Antilles.

BARBADE
Un nouveau gouvernement dans la même ligne

Suite aux élections législatives du 21 mai, le parti déjà au pouvoir, le BLP (Barbados Labour Party) ou Parti Travailliste a gagné les élections. L’opposition est essentiellement constituée par le DLP (Democratic Labour Party).
Le 26 mai, le premier ministre Arthur Owen a constitué et présenté son gouvernement avec 17 ministres dont seulement 2 sont nouveaux. Il s’est engagé à combattre la corruption dans l’administration. Il semble en effet que pendant la campagne électorale certains scandales récents ont été fortement dénoncés par l’opposition. Rappelons que la Barbade a comme ressources un peu de pétrole et de gaz naturel et le tourisme. Cette île connaît aussi de grandes inégalités sociales, les riches étant bien sûr regroupés autour des politiciens au pouvoir.




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