COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 28 juin 2003      N° 884
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À la Une

Éditorial

Quand les politiciens parlent “d’adapter les lois”, dans l’Assemblée unique, c’est pour les rendre moins favorables pour les travailleurs

Les politiciens de droite et de gauche, de Martinique ou de Guadeloupe, continuent d’exposer sur les ondes, dans les télés, le contenu de la nouvelle transformation administrative découlant de la décentralisation. La constitution française a été modifiée et permet (entre autres choses) que soit créée ici une “assemblée unique”. C’est à dire que la région et le département vont disparaître au profit d’une nouvelle collectivité dite “assemblée unique”.
Celle-ci aura plus ou moins de pouvoir selon que ce sera l’article 73 ou 74 qui s’appliquera au fonctionnement de cette “assemblée unique”.
Aussi, il ne passe pas de jour sans que l’un ou l’autre de ces politiciens n’insiste sur l’utilité de cette transformation institutionnelle. Et ils insistent sur le fait que les lois françaises pourront être “adaptées”. Lucette Michaux-Chevry a expliqué récemment que ce qui est important c’est la loi organique qui définira précisément les “compétences” de cette assemblée. C’est à dire définir ce qu’elle pourra faire, les dispositions pratiques, les impôts qu’elle pourra lever, la façon dont elle pourra gérer les personnels décentralisés, plus nombreux dont elle va hériter. Autant dire, que dans un cas ou l’autre, article 73 ou 74, les politiciens, les notables locaux veulent surtout de cette nouvelle version administrative dite “assemblée unique” pour gérer non pas au service des couches laborieuses et populaires, mais au service des gros possédants.
Lorsque ces politiciens parlent “d’adapter les lois”, ne nous faisons aucune illusion sur ce que cela veut dire. Il ne s’agit pas “d’adapter” les lois votées en France pour les rendre plus favorables aux travailleurs et aux gens pauvres. Bien au contraire. Tous les jours ces politiciens nous disent eux-mêmes ce qu’ils pensent, ce qu’ils souhaitent faire. Il faut écouter leurs propos et y réfléchir.
Ils nous disent qu’il y a trop d’allocations, d’aides données aux gens de la population pour le chômage, pour le RMI, pour les femmes isolées etc. Certains vont jusqu’à penser qu’on donne trop d’allocations familiales. D’autres, ou les mêmes, disent aussi que le S.M.I.C. aligné sur celui de France, c’est trop, cela pénalise l’économie guadeloupéenne! Comprenez par-là que cela coûte trop cher aux possédants qui voudraient faire plus de profit en payant des salaires plus bas!
Certains rêvent aussi de mettre des taxes plus fortes sur des produits importés de première nécessité pour disent-ils “protéger la production guadeloupéenne ou martiniquaise”.! Ce qui aurait pour résultat immédiat de renchérir le coût de la vie. Et au profit de qui? De celui de prétendus producteurs guadeloupéens ou martiniquais, bien sûr, dont les seuls intérêts et soucis sont de s’enrichir en exploitant leurs salariés. Et bien souvent ces gens-là sont des prête-noms de grosses sociétés internationales ou françaises!
Lucette Michaux-Chevry a déjà dit qu’elle voulait en finir avec les primes de vie chère touchées par les salariés de la Fonction publique. Mais elle n’est pas la seule, c’est aussi le projet de tout le gouvernement Raffarin qui a récemment envoyé un sous ministre pour tâter le terrain. Ce dernier a été très mal reçu en Martinique par de nombreux manifestants.
Alors lorsque nous entendons tous ces gens, notables de tous bords, politiciens de toutes étiquettes, nous parler des avantages de l’assemblée” unique, de l’adaptation des lois locales, etc...gardons-nous de croire qu’ils pensent à nos intérêts de travailleurs, de pauvres ou de chômeurs ! Les projets de ces gens là sont totalement opposés aux intérêts des couches laborieuses et pauvres.
Et il faut se dire que lorsque cette assemblée unique entrera en fonction, les salariés, les chômeurs, les pauvres d’une façon générale, devront se donner les moyens de peser sur les décisions de la dite assemblée. Pour l’empêcher de mener à bien les projets anti-ouvriers ou anti-populaires des notables et politiciens locaux. La plupart de ces gens là se sentent une fidélité et montrent soumission et dévouement vis à vis des gros possédants, mais absolument pas vis à vis de la population. Pour qu’ils marchent droit, il faudra les y contraindre.



LES ATTAQUES DU GOUVERNEMENT CONTRE LES TRAVAILLEURS

La loi sur les retraites a soulevé l’indignation et la colère des travailleurs du public et de certains du privé, qui ont compris que dans la foulée, ils en seraient aussi victimes. Mais au delà, c’est toute une série d’attaques que le gouvernement a programmées ou déjà mises en œuvre. Si les travailleurs laissaient faire, il verraient leur situation régresser à des dizaines d’années en arrière. Mais manifestement, l’ampleur des mobilisations a prouvé qu’ils n’ont pas l’intention d’accepter cela.
Pour ce qui est des retraites, le gouvernement au service des patrons prévoit de faire passer à 42 le nombre d’annuités de cotisations, aussi bien pour le public que pour le privé. Depuis la loi Balladur, en 93, les travailleurs du public ont perdu 10% de leur retraite. D’ici 2008, ce sera 20%. Les périodes de chômage ne seront plus prises en compte dans les annuités. Les bonifications, en particulier pour les femmes mères de trois enfants, sont menacées. La préretraite sera supprimée, ou le départ se fera à 60 ans, et non plus à 56,5 ou 57 ans comme c’est le cas actuellement.
Dans le même temps, l’emploi précaire se développe, les patrons licencient, et les chômeurs de plus de 50 ans ne retrouvent pas d’emploi car on leur dit qu’ils sont trop vieux.
Le gouvernement veut nous faire croire que la réforme des retraites est inévitable, car il n’y a plus assez d’actifs pour cotiser pour les retraités. Il ment. 92% des cotisations sont payés par les salariés, 8% seulement par les patrons, qui réalisent d’énormes profits par l’exploitation de ceux qui travaillent. Si le nombre d’actifs diminue par rapport à celui des retraités, leur productivité, elle, a considérablement augmenté depuis 20 ou 30 ans. Et c’est sur cette productivité que le patronat s’enrichit. Il serait donc légitime de prélever sur ces profits l’argent nécessaire pour les retraites. Mais les patrons ne s’y résoudront que sous la pression des luttes, même si ce n’est pour eux qu’un sacrifice mineur.
En ce qui concerne l’emploi, le gouvernement a prévu de faire baisser à 4% le taux du chômage, qui est aujourd’hui en France de 9,3%. Tout comme le gouvernement précédent, il veut faire croire qu’il va réaliser cet exploit en faisant de nouveaux cadeaux aux patrons : encore plus d’exonérations de charges fiscales et sociales. Mais cette politique perdure depuis 30 ans, sans autre résultat que d’enrichir encore plus les riches. Avec ces milliards d’euros, de nombreux emplois directs et utiles auraient pu être créés par l’Etat.
Le RMI (Revenu minimum d’insertion), va être transformé en RMA (Revenu minimum d’activité). Les Rmistes devront travailler 20 heures par semaine pour un revenu équivalent à la moitié du SMIC. Cela, bien que deux fois 20 heures font 40 heures, et non pas 35. Ils toucheront donc par mois 62 euros de plus que le RMI, avec à leur charge les transports et tous les frais afférant à l’emploi. Ces 62 euros, et seulement cela, seront versés par le patron. Le reste étant à la charge des collectivités (Conseil général ou assemblée unique). Il est donc prévisible que les patrons cesseront d’embaucher, voire licencieront, des employés en CDD, pour privilégier ce système qui est taillé pour eux sur mesure.
Après les retraites et l’emploi, le gouvernement s’attaque à la Sécurité Sociale. Le ministre Mattéi a présenté un projet de loi sur la Santé publique, et annonce une « réforme » de la Sécurité sociale. Après la « réforme » des retraites, on peut s’attendre au pire. Déjà, durant le week end de Pâques, une liste de 617 médicaments ont vu leur remboursement passer de 65 à 35%. Il faut donc s’attendre à ce que de plus en plus de médicaments et de soins soient moins ou plus du tout remboursés. Les assurances privées prendront donc le pas sur la Sécu, avec une conséquence dramatique : ceux qui ne peuvent pas les payer ne pourront plus se soigner.
Il s’agit donc bien d’une offensive générale et dévastatrice menée contre le monde du travail, par un gouvernement qui est entièrement à la solde du patronat. Contre cela, les travailleurs n’ont qu’une parade : la lutte. Une lutte d’ensemble suffisamment puissante pour faire craindre aux patrons de perdre plus qu’ils n’auraient gagné en ne cédant pas.




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