COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -    Samedi 28 juin 2003      N° 884
Sommaire > Page précédente > Accueil > Archives > e-mail 

Page 4

Aimé Césaire, une traversée "non paradoxale" du siècle

Un colloque international consacré à Aimé Césaire se déroule ces jours-ci à l’atrium à Fort de France. Plusieurs manifestations consacrées à Césaire auront lieu cette année. C’est que l’homme a eu 90 ans le 25 juin et c’est l’occasion pour ses amis, ses partisans politiques, comme pour les universitaires, les chercheurs de retracer l’œuvre et la pensée de Césaire.
Césaire est un grand poète. Mais il joua aussi un rôle politique non négligeable en Martinique. Il s’est engagé, il a pris parti. Et à ce titre il a joué un certain rôle auprès des masses populaires de la Martinique. Pour des militants de la classe ouvrière, il n’est donc pas indifférent de déterminer quel fut ce rôle en fonction des intérêts des travailleurs.
Césaire comme bon nombre d’intellectuels adhéra très tôt au Parti Communiste martiniquais. C’est en tant que membre du Parti communiste martiniquais qu’il fut élu maire de Fort de France et député dès 1945. En 1956, il se sépara du PCM et aussi du PCF. Il créa le PPM (parti progressiste martiniquais)en mars 1958. C’est sous l’étiquette PPM qu’il fut alors pendant prés de 35 ans élu député et maire de la ville de Fort de France. Il fut proche des socialistes français. Et même avec quelques variantes c’est toujours la politique du Parti socialiste français qu’il soutint tout au long de sa carrière politique. Césaire était donc du côté d’un des grands pôles politiques de la bourgeoisie française. Et à ce titre il aura contribué à enchaîner une bonne partie de la population aux illusions semées par cette gauche. Faire croire aux travailleurs que leur sort allait changer en votant à gauche, c’est là tout le travail des politiciens du PS pour parvenir au pouvoir et aux postes quitte ensuite à décevoir la population. Césaire fut de ceux là.
Fort de son charisme, fort de son image de défenseur de la dignité noire, lui et son appareil politique du PPM enchaînèrent une bonne fraction de travailleurs et de la population aux illusions de la gauche en un avenir meilleur. Ils servirent de soupape de sûreté, de garants de la paix sociale aux différents gouvernements de gauche de 81 à 2002 (en dehors des périodes de cohabitation)qui pourtant menaient une politique de soutien au grand patronat et d’austérité pour les travailleurs. Pour ne pas mécontenter cette gauche Césaire mit en place le «moratoire» sur la question du statut.

LA NÉGRITUDE AU SERVICE DU STATU QUO SOCIAL

Certes l’un des grands mérites d’Aimé Césaire est d’avoir dénoncé le colonialisme et ses méfaits dans de nombreux écrits, articles, discours. Et il le fit à travers une œuvre poétique et un theâtre d’une immense qualité reconnue mondialement. Mais dénoncer le colonialisme et revendiquer la dignité de la race noire n’étaient que dénonciations de certains aspects du système capitaliste mais pas la remise en cause de ce système. Toute une génération d’intellectuels noirs colonisés a surfé sur ces thèmes anti colonialistes au moment même où les sentiments d’oppression raciale et coloniale s’exprimaient dans les colonies. Des années 30 aux années 60, portée par plusieurs vagues successives de contestation de l’ordre colonial, une élite intellectuelle noire surgit et fut propulsée peu à peu aux postes de direction en Afrique, aux Antilles. Soit elle fut mise en place par l’administration française elle-même, soit elle se fit elle-même une place à la faveur des indépendances et des mouvements de décolonisation. C’est dans ce contexte mondial là que des hommes comme Aimé Césaire furent portés à la députation. Césaire bénéficia en plus de l’influence du Parti Communiste Martiniquais très ancré à l’époque dans la classe ouvrière. Le PPM devait hériter pendant longtemps d’une partie de cette implantation au sein des masses pauvres. Et c’est tout naturellement que le fondateur du mouvement de «la négritude» bénéficia politiquement du désir d’émancipation coloniale et sociale de la masse des travailleurs noirs, ayant souffert depuis des décennies non seulement de l’esclavage mais de la discrimination coloniale et raciale. Mais Césaire ne représente qu’une partie des aspirations des masses noires pauvres. Noir et chantre de la négritude il représente les Noirs, mais il ne représente pas forcément les intérêts de classe des travailleurs noirs et des noirs pauvres. Ces derniers aspiraient au changement social profond. Ils n’eurent que des miettes, des succédanés. Tout comme les socialistes français, ou même beaucoup d’hommes politiques de droite, Césaire s’attaqua certes à gommer certaines inégalités les plus criantes, à sortir les gens du trop criant manque d’hygiène, du manque d’eau, d’électricité, d’habitat insalubre. Mais il ne devait jamais remettre en cause fondamentalement l’ordre des gros possédants békés et autres capitalistes sur l’exploitation des travailleurs et des pauvres. C’est en ce sens que l’action politique de Césaire s’est cantonnée aux limites de la politique bourgeoise. C’est aussi ce raisonnement qui permet de comprendre l’apparente contradiction entre la violence, la révolte de Césaire dans son œuvre littéraire et l’extrême modération de ses propos et actes politiques. Certains comme Raphaël Confiant y ont vu une «traversée paradoxale du siècle». Mais, de paradoxe il n’y en eut pas. Au contraire tout fut lié.



IRAK
Mécontentement et attentats contre la présence militaire américaine

Attentats et attaques se multiplient contre la présence des troupes américaines en Irak. Selon les Etats Unis, 14 militaires ont été tués dans des attaques depuis le 1er mai.
Le dernier incident a eu lieu le lundi 23 à Bagdad contre une patrouille. Un soldat est mort. Un groupe irakien inconnu du nom des «brigades de résistance irakienne» a revendiqué ces attaques. Les partis chiites manifestent leur opposition à la présence américaine avec l’appui d’une forte majorité de la population. Mais les attaques violentes voire les actions terroristes contre les soldats américains ne semblent pas venir de leur camp. Les Etats Unis accusent les populations sunnites du Nord et du nord ouest de l’Irak où il y a eu plus de 400 arrestations dans une opération baptisée «scorpion du désert». Cette répression frappe surtout ceux qui soutiennent Saddam Hussein.
Si les Irakiens ont souffert du régime de Saddam, ce n’est pas pour autant qu’ils acceptent facilement la présence militaire américaine. Les Irakiens supportent de moins en moins l’arrogance et le mépris de l’armée américaine qui réprime sans scrupules y compris dans les mosquées, provocant des incidents violents.
Le chaos règne toujours dans le pays. La population est privée de nourriture, de médicaments distribués difficilement par les organisations humanitaires. L’Etat américain se soucie fort peu du sort des Irakiens. Il continue de s’imposer par la force pour bien montrer qu’il est le gendarme du monde. Le malaise créé par cette situation a pour conséquence une certaine radicalisation des heurts entre la population et les soldats. Mais ces attaques restent limitées et demeurent localisées. Les Etats Unis s’en servent pour justifier leur présence dans ce pays. L’objectif est de s’appuyer sur une fraction plus représentative de la population comme les Chiites pour instaurer un régime civil. On en est loin pour l’instant.



Palestine
"La feuille de route" ne règle aucun problème

Suite à ce qu’il appelle une victoire en Irak, Bush, pensait régler à sa manière le conflit israélo-palestinien. Soutenu par la Russie et l’Europe, il a fait accepter par Sharon, Premier ministre d’Israël et Mahmoud Abbas, Premier ministre palestinien un plan de paix, la «feuille de route». Aux Israéliens, elle impose de mettre fin aux colonies illégales construites en territoire palestinien, aux Palestiniens elle impose la fin de l’Intifada. Elle demande ni plus ni moins que le Premier ministre palestinien réprime la population palestinienne. Cette population qui affronte les blindés et les soldats israéliens pour reconquérir sa dignité, pour mettre fin à la misère, aux vexations qu‘elle subit. En contre partie Bush ne propose que le démantèlement de quelques baraquements, quelques tentes, tout en laissant intacte l’occupation du territoire palestinien par les colons israéliens. Dans ces conditions même si Abbas le Premier ministre a accepté ce plan, la population, elle, l’a refusé. Elle continue à se battre et les blindés et hélicoptères israéliens ont poursuivi leurs rondes macabres. A chaque action menée par les Palestiniens, l’armée d’Israël assassine des dizaines d’entre eux. Des tirs de missiles contre la population de Gaza et des Villes palestiniennes semblent être aujourd’hui la seule chose qui reste de cette «feuille de route» ? La récente visite de Collin Powell ne semble pas avoir arrangé les choses.
Bush et Sharon veulent écraser la résistance des Palestiniens. Ils ne sont pas encore décidés à permettre à ce peuple de vivre de façon décente et digne sur un territoire national sûr, sans la présence de soldats d’Israël.



CONGO
Intervention française pour défendre les intérêts des capitalistes français

La France reprend pied dans la région des grands lacs, région qui s’étend en partie sur le Rwanda, l’Ouganda et le Congo. Sous l’autorité de l’ONU, la France dirige un contingent de 1 400 soldats européens chargé nous dit-on de mettre fin à la guerre tribale entre Hémas et Lendus, ethnies qui peuplent le district d’Ituri dans le nord est de la république démocratique du Congo. Ces combats d’une extrême cruauté ont déjà fait 50000 morts en quatre ans. Ils sont entretenus par les armées rwandaise et ougandaise qui chacune soutient une ethnie. La France a sauté sur le premier prétexte venu pour reprendre pied dans la région. Elle avait été évincée pour avoir soutenu jusqu’au dernier moment le dictateur Mobutu du Congo qui a été renversé, et pour avoir laissé faire, sinon organisé en sous main, le génocide des Tutsis au Rwanda. Mobutu chassé de Kinshasa (capitale du Congo) et les Tutsis au pouvoir à Kigali (capitale de Rwanda), les affaires françaises dans la région étaient en perte de vitesse.
Son armée dans la région des grands lacs n’est là pour sauver des vies, qu’en apparence. En réalité c’est, l’or, les diamants et le pétrole dont le sous-sol de la région regorge qui l’attirent. L’impérialisme français estime que l’Afrique est sa chasse gardée, et elle se donne tous les moyens militaires pour continuer à la piller.



Libérez José Bové

José Bové a été arrêté et emprisonné dans des conditions rocambolesques. Pas ridicules Sarkozy et sa police! Le leader de la Confédération paysanne a été saisi pendant son sommeil par les gendarmes. Ces derniers ont brisé une porte, après avoir entouré sa maison. Il fut enlevé en hélicoptère et conduit à la prison. Bové est accusé d’avoir détruit des plants d’OGM (organisme génétiquement modifiés). Il s’oppose à la plantation de ces nouveaux organismes ainsi que les militants de la Confédération paysanne.
Cette arrestation a provoqué un véritable tollé. De nombreuses manifestations de protestation se déroulent tous les jours en France devant la prison où est incarcéré José Bové mais aussi symboliquement devant bon nombre de prisons. D’autres sont organisées devant le ministère de la justice à Paris. Le contraste est frappant entre l’emprisonnement d’un syndicaliste paysan et le non-lieuu dont bénéficient les responsables politiques dans l’affaire du sang contaminé.. Il y a aussi la loi que Chirac s’est préparée sur mesure pour échapper aux poursuites. Le gouvernement et son premier flic Sarkozy à force d’en faire trop finissent par exaspérer une bonne partie de la population. Pour l’heure, Combat Ouvrier s’associe à toutes les protestations pour exiger la libération immédiate du leader paysan José Bové.




Sommaire > Page précédente > Accueil > Archives > e-mail 

Copyright © 2001-2003 Combat Ouvrier - Tous droits révervés aux militants.
 

Valid XHTML 1.0!