COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -    Samedi 24 janvier 2004      N° 896
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HAÏTI
Manifestations d'opposition sous les balles

Le 16 janvier, l’enterrement de Maxime Desalmour a été le point de départ d’une nouvelle manifestation demandant le départ d’Aristide de la présidence d’Haïti, les étudiants ont pris la tête d’un cortège qui a tenté de se rapprocher du Palais National et a été finalement dispersé à coup de grenades lacrymogènes et de tirs d’arme par les policiers faisant partie de l’unité des gardes du palais national. Maxime Desalmour un étudiant d’une trentaine d’année, a été tué le 7 janvier, alors qu’il participait à une manifestation anti-Aristide.
Dimanche 18 janvier une nouvelle manifestation appelait à la démission d’Aristide avec à sa tête des représentants de la plate-forme de l’opposition comme le patron André Apaid, des membres de la Convergence comme Evans Paul. Cette manifestation a sillonné les rues de Delmas où elle a été rejointe par des milliers de personnes qui ont grossi le cortège.
En dehors des étudiants qui demandent le rétablissement de la justice dans les universités après les exactions du mois de décembre, ces manifestations rassemblent des habitants des quartiers populaires qui viennent manifester leur soutien à ces jeunes qu’ils trouvent courageux de dénoncer le système de terreur que les civils en armes font régner dans les quartiers. Derrière cette réclamation du départ d’Aristide, ils dénoncent aussi la situation catastrophique dans les quartiers : l’absence d’électricité, d’eau, les ordures qui s’amoncellent, le prix des denrées qui ne cessent d’augmenter. Surtout, ils clament leur désillusion à propos des promesses d’Aristide comme la paix, la démocratie ou encore l’amélioration de leur condition, promesses jamais tenues.
Les étudiants, consciemment ou pas, servent ainsi de passerelle pour grossir les rangs des participants qui manifestent derrière les bannières des groupes de l’opposition. Ces groupes drainent toutes sortes de politiciens qui ne veulent la chute d’Aristide que pour prendre sa place. Ces politiciens regroupés dans une plate-forme qui va des anciens amis d’Aristide aux duvaliéristes en passant par les anciens militaires, sont tellement déconsidérés aux yeux de la population laborieuse qu’ils n’avaient pas réussi à monter une alternative face à la «Fanmi Lavalasse».
La bourgeoisie locale a donc tenté de se mettre en avant dans le mouvement revendiquant le départ d’Aristide, à travers la «Société Civile». Des patrons ont animé le regroupement des possédants petits et grands lors des manifestations. Des patrons comme Apaid ou Baker sont apparus comme des meneurs, rassembleurs de la bourgeoisie locale. Ils font figure de «nouveaux» dans le paysage politique, n’ayant pas été impliqués dans les magouilles des gouvernements pro ou anti-Aristide.
Aux yeux de certains médias en Haïti comme à l’étranger ils apparaissent comme l’alternative à Aristide, mais une partie de la population laborieuse, les travailleurs de la zone industrielle en particulier, les connaissent comme des patrons pour lesquels seul le profit compte. Ils sont, tous les deux, patrons d’entreprises de textile, de fabrication de vêtements où le salaire journalier des ouvriers est de moins de deux Euros. Les syndicats sont interdits dans ces entreprises et les révocations (licenciements) tombent sans motif.
En l’absence d’un parti défendant les intérêts de la population laborieuse, la dictature imposée par les bandes armées au service de Lavalasse pousse la population laborieuse à rejoindre les rangs des partis de l’opposition au service de la bourgeoisie.



Dominique
Décès de Pierre Charles

Samedi 17 janvier ont eu lieu les obsèques de Pierre Charles, Premier Ministre de la Dominique, décédé le 6 janvier dernier d’une crise cardiaque.
Né en 1954 à Grand Bay, il exerce d’abord la profession d’enseignant. Dans les années 70, il participe à l’organisation du groupe «l’Echelle», qui fait partie d’une mouvance proche des idées castristes ou tiers-mondistes, ayant des liens avec des organisations similaires à Grenade, Saint-Vincent, Sainte-Lucie. Ce groupe participe au «Comité pour l’Indépendance» animé par Rosie Douglas au moment de l’accès de la Dominique à l’indépendance en 1978.
Après le renversement du Premier Ministre Patrick John à la suite d’une grève générale en 1979, il représente le Conseil de la Jeunesse (Youth Council) et devient l’un des membres du Comité pour le Salut National qui met en place un gouvernement provisoire. Il est nommé sénateur du parlement provisoire qui siège jusqu’aux élections générales de 1980, lesquelles seront remportées par le Freedom Party de Eugenia Charles (la droite).
Quand cette dernière sert de caution à l’impérialisme américain en 1983, en demandant à Reagan d’intervenir militairement pour renverser le régime pro-castriste à Grenade, il est de ceux qui dénoncent cette agression.
En 1985 il est élu député pour le compte du Parti Travailliste Dominicain (Dominica Labour Party) dirigé par Michael Douglas et siège dans l’opposition parlementaire. Il est constamment réélu à ce poste jusqu’en 2000, où son parti dirigé alors par Rosie Douglas revient au pouvoir, au prix d’une coalition avec… le Freedom Party, qui avait été battu 5 ans auparavant, après le départ d’Eugenia Charles.
Quelques mois après son élection, le premier ministre Rosie Douglas meurt brusquement d’une crise cardiaque. Pierre Charles lui succède alors à la tête du gouvernement. Mis à part des prises de position contre les interventions américaines en Afghanistan et en Irak, et un appel à la levée de l’embargo à l’encontre de Cuba, on ne saurait dire que la politique de Pierre Charles se soit démarquée de l’impérialisme qu’il dénonçait dans sa jeunesse, et encore moins qu’il ait pris des mesures favorables aux travailleurs.
Bien au contraire, face à l’endettement chronique de la Dominique, aggravé par la libéralisation du commerce mondial imposé par l’impérialisme, Pierre Charles a obéi à partir de 2002 aux injonctions du Fonds Monétaire International (FMI). Sous la tutelle de cet organisme, il a imposé des mesures draconiennes à la population : baisse des salaires et du nombre des fonctionnaires, baisse des crédits en matière d’éducation et de santé, augmentation des impôts et des tarifs de l’eau et l’électricité, etc. Ces mesures avaient entraîné une vague de protestations, des grèves et des manifestations, qui rappelaient la situation de 1979 qui avait abouti au renversement de Patrick John.
Face à ces manifestations, Pierre Charles avait fait voter à la manière de Bush une «loi anti-terroriste», qui obligeait à demander une autorisation préalable avant de manifester. Des mesures allant vers la privatisation de la banque nationale étaient prises, ce qui provoquait la colère d’une grande partie de la population, dont le mécontentement était soutenu notamment par une radio animée par un de ses anciens partisans.
Ce n’est donc pas sans difficulté que P. Charles mettait en place la politique anti-ouvrière exigée par le FMI en échange de prêts pour faire face à la dette publique accumulée précédemment.
Dans ce contexte, courant 2003, il connut des ennuis de santé, et subit deux pontages. Ses propres partisans lui conseillaient de se retirer, mais il s’acharna à rester au pouvoir, parlant même de se représenter en 2005.
Comme il est d’usage, les commentaires de la presse et des politiciens bourgeois sont élogieux après la mort de Pierre Charles. Mais ce n’est pas un ami des travailleurs qui est mort le 6 janvier dernier, malgré les idées tiers mondistes qu’il défendait dans sa jeunesse. Il est mort à son poste, au service de la bourgeoisie locale corrompue et de l’impérialisme, laissant les travailleurs et les pauvres de Dominique sous la botte impitoyable du FMI.
Il est peu probable que son successeur, Roosevelt Skeritt, âgé d’une trentaine d’années, et ancien membre de son gouvernement, mène une politique très différente de la sienne.



France
Un préfet d'origine algérienne; un peu de poudre aux yeux

Déjà en campagne pour les présidentielles, le ministre de l’intérieur Sarkosy veut flatter les électeurs issus de l’immigration en particulier les magrébhins. Il a nommé à grand renfort de publicité, un préfet d’origine algérienne dans le Jura.
Après avoir donné des gages à la droite et à l’extrême droite en expulsant les immigrés en situation irrégulière, en renforçant les effectifs, l’armement et les prérogatives de la police, maintenant il fait un geste en direction des électeurs maghrébins. Geste qui ne lui coûte rien et qui ne change rien. Un préfet algérien, d’accord, mais aux dizaines de milliers de jeunes et de travailleurs émigrés des banlieues sans travail, en butte aux provocations policières, Sarkosy ne propose pas de solutions. Car c’est un problème social. Pour les intégrer, il faudrait d’abord leur donner un travail correctement payé et stable. Ça l’industrie française en crise ne veut pas le faire. Sarkosy, défenseur des bourgeois, ne veut pas les contraindre à le faire, en prélevant sur leurs profits les sommes nécessaires pour mettre en place un plan d’embauche de tous les chômeurs et donc des arabes et émigrés. En faisant cela il réintégrerait dans la société une bonne partie de tous les laissés pour compte de la société capitaliste. Ce n’est pas son but, il ne veut que les voix des électeurs, et rien de plus, alors il se lance dans un show médiatique en jouant avec les espoirs de la population d’origine maghrébine.



Antigue
Grève à l'hôpital

Sur l’île anglophone d’Antigue, voisine de la Guadeloupe, l'hôpital Holberton est en grève depuis le 12 janvier. Cette grève touche les employés affectés au ménage, à la cuisine, au standard, à l'intendance. Ils contestent le paiement des heures supplémentaires et des primes de repas depuis 2000, ainsi que certaines indemnités depuis octobre 2003, et des taxes indûment déduites sur ces indemnités et celles des travailleurs non titulaires depuis 1994.
La colère a explosé quand, lors de négociations, les travailleurs ont appris, le 14, que les titulaires recevraient leur indemnité de déplacement pour 2000 et 2001 et les non titulaires seulement pour octobre 2003. Or il n'y a qu'un titulaire concerné sur les 93 grévistes ! Les grévistes en colère sont déterminés à faire cesser une injustice qui dure depuis des années : "Tout le système est mauvais. Pour 2004, cela doit cesser" déclarent-t-ils.
Les grévistes et leur syndicat "The Antigua Trades and Labour Union" (AT and LU) devaient rencontrer la direction de l'hôpital et le ministre de la santé.
A l'heure où nous écrivons la situation est bloquée. La direction de l'hôpital reste sur sa proposition insuffisante. Les grévistes assurent qu'ils ne reprendront pas le travail tant qu'ils n'auront pas touché tout ce que l'administration de l'hôpital leur doit.




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