COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 21 février 2004      N° 898
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À la Une

Éditorial

Le mécontentement des travailleurs grandit; il faut mettre la grève générale à l'ordre du jour!

Au moment où nous écrivons, différentes catégories de travailleurs ont exprimé à tour de rôle leur mécontentement en Guadeloupe et en Martinique. Près d’une centaine d’ouvriers agricoles se sont réunis à Capesterre à l’appel du syndicat CGTG. Ils ont affirmé que si les patrons persistent dans leur intention de fermer les grandes plantations de banane et de licencier, ils appliqueront leur droit à réquisitionner ces entreprises, c’est à dire à les occuper et à y travailler pour gagner leur vie. Les grands patrons de la banane ne leur donnent pas le choix. Ces gens-là, eux, ont le choix. Car ils ont plusieurs sources de revenu, comme ce monsieur Le Metayer, qui est propriétaire des Leader Price, comme Dormoy qui possède aussi un commerce de machines agricoles, comme ces grands planteurs de Martinique, Hayot, Fabre et Cie, qui possèdent des dizaines d’entreprises commerciales, hôtelières etc. Pour eux, fermer quelques plantations, ce n’est pas un drame. Pour les travailleurs jetés au chômage, c’est très grave. C’est toute leur vie, celle de leur famille, qui en pâtit, et parfois très durement.
Mais d’autres catégories ont exprimé leur volonté de se battre et de ne pas se laisser écraser par les patrons. C’est ainsi que les travailleurs de la Centrale Thermique du Moule ont annoncé pour bientôt le début d’une grève illimitée. C’est ainsi que les travailleurs de Gardel (sucrerie), refusent de démarrer la récolte tant qu’ils ne seront pas satisfaits des résultats de la NAO en cours (Négociation annuelle obligatoire).
En Martinique, des salariés de DHL (entreprise de distribution de courrier et colis) bloquent l’entreprise pour s’opposer à des licenciements pour faits de grève et activités syndicales. Le syndicat CDMT et CGTM ont décidé de se mobiliser pour apporter tout le soutien possible aux travailleurs des banques. Les travailleurs de l’EDF Martinique viennent d’annoncer qu’ils entreraient en grève pour leurs revendications et pour soutenir les travailleurs des banques. Mardi soir à Pointe à Pitre, la majorité des syndicats de Guadeloupe se sont réunis autour des travailleurs des banques pour examiner les moyens de les soutenir jusqu’au bout face à l’AFB.
On sent monter un mécontentement parmi les travailleurs et dans la population pauvre, qui ressent de plus en plus mal la volonté d’agression du patronat, l’arrogance de ces messieurs de l’AFB, et la dégradation constante de la situation sociale des couches laborieuses et pauvres.
Depuis deux ou trois ans, de nombreuses catégories de travailleurs : des plantations, des municipalités, du commerce, de l’électricité, des enseignants, ont tour à tour manifesté, barré les routes, bloqué leur entreprise, pour obtenir satisfaction. Sans compter les mouvements partiels, localisés à l’intérieur des grandes administrations, comme dans les CHU, dans certaines écoles etc.
Aujourd’hui, il faut dépasser le cadre des mouvements isolés, partiels, il ne faut plus se battre seulement tour à tour, les uns après les autres. Il faut appeler à la lutte l’ensemble de la classe des travailleurs, appuyés par toute la population laborieuse et pauvre.
Aujourd’hui, les conditions sont peut être réunies pour une mobilisation vers une grève générale, afin de faire savoir au patronat et au gouvernement que les salariés, l’ensemble de la population laborieuse, ne sont pas décidés à subir sans réagir les contre-coups néfastes de la politique gouvernementale, et l’arrogance destructrice du gros patronat.


Pointe-à-Pitre
Succès judiciaire des grévistes des banques, mais la grève continue

Les grévistes des banques AFB avaient assigné l’AFB (Association Française des Banques) devant le tribunal de Grande Instance de Pointe-à-Pitre le 6 février dernier au motif que la dénonciation de la convention ne s’était pas régulièrement faite. L’affaire a été mise en délibéré au vendredi 13 février. Et le tribunal a donné raison aux grévistes en déclarant que l’AFB n’avait pas adressé la dénonciation de la convention locale au bon destinataire. Effectivement l’AFB avait dénoncé la convention auprès du syndicat CGTG BNP alors qu’il fallait l’adresser à la Fédération CGTG des Organismes Financiers qui était la continuation de l’Union Syndicale des Employés de Banques et Cadres CGTG signataire de la convention en 1977.
Avec cette décision de justice l’AFB doit refaire toute sa procédure à zéro et cela donne un sursis aux salariés de près de 18 mois pour négocier une autre convention. Mais cette décision ne concerne que la Guadeloupe.
Les salariés ont appris cette décision avec soulagement d’autant plus qu’en principe ils devraient être payés de l’intégralité des jours de grève puisque la grève découle de la décision de l’AFB. Cette dernière s’est donné un délai pour faire appel mais de toute façon l’appel n’est pas suspensif et l’AFB devra s’exécuter.
Pour le moment la grève n’est pas terminée. Les grévistes dans une conférence de presse ont expliqué qu’ils attendent de signer un protocole de fin de conflit avec les directeurs des différentes banques précisant les modalités de reprise du travail. De plus ils doivent signer un accord demandant la levée des poursuites judiciaires et de toute sanction disciplinaire pour fait de grève.
Il se pose aussi le problème de l’intersyndicale car cette décision ne concerne pas la Martinique et la Guyane. Les grévistes doivent discuter de tous ces problèmes en assemblée générale le lundi 16 février et prendront une décision. En attendant la mobilisation sera encore plus importante cette semaine. D’autres centrales syndicales (CFTC, CFDT, CGTG, FSU, SNUI Impôts, SNETAA, SPEG, UNSA, UGTG, Intersyndicale du Crédit Agricole et Intersyndicale des banques) ont déclaré soutenir de façon active les travailleurs en conflit dans différents secteurs et ont proposé plusieurs manifestations.
Ainsi le mardi 17 février aura lieu un meeting sur la place de Rénovation à Pointe-à-Pitre et un autre le jeudi 19 février sur la place de la mairie à Basse-Terre. Le vendredi 20 février sera une journée de mobilisation et de grève pour protester contre les nombreuses attaques touchant les travailleurs.
La décision du tribunal est un succès moral pour les grévistes mais ne règle pas tous les problèmes. L’AFB par la voix de son représentant indique bien qu’elle a toujours l’intention d’appliquer la convention nationale. Les grévistes eux luttent pour le maintien des « avantages acquis » car leur convention locale est plus avantageuse.
Mais il est sûr que c’est la mobilisation des grévistes, leur détermination qui aura peut-être joué en leur faveur et va encore peser sur la suite du mouvement. Il y a eu également le soutien actif des salariés du Crédit Agricole et de la Bred qui ont participé nombreux à la journée de mobilisation appelée par la CGTG le 6 février et où des travailleurs de différents secteurs ont participé. C’est d’ailleurs ce que les patrons des banques craignent le plus : une généralisation du mouvement. Et ils risquent bien de l’avoir s’ils persistent dans leur attitude ; c’est tout le patronat qui paiera pour l’arrogance de l’AFB.



Martinique
La clinique Sainte-Marie mise en redressement judiciaire

Le directeur de cette clinique; Jean - Claude Suzeau a annoncé à la presse, le lundi 9 février que son entreprise déposera son bilan, «endettée de 8 millions d’euros… il faut mettre des moyens en corrélation avec nos coûts» a t-il affirmé.
Ainsi, l’appel en direction de l’Etat ayant été lancé, c’est à lui et à son administration toujours au service du patronat à s’exécuter!
Et dès le lendemain, le mardi 10 février, le dossier de la clinique était évoqué au tribunal du commerce suite au dépôt de bilan. Elle a été mise en redressement judiciaire. Et après qu’un administrateur judiciaire ait été désigné, une période d’observation a été fixée jusqu’au 22 juin 2004. Cette clinique comprend 259 agents, elle effectue près de 1500 accouchements par an et plus de 10 000 personnes s’y font soigner chaque année.
Le directeur de l’agence régionale de l’hospitalisation, lui, a annoncé qu’il cherche à préserver les emplois. C’est bien la moindre des choses, d’autant que l’activité de cette clinique est nécessaire à l’offre de soins dans le département. Mais, les salariés de la clinique Ste Marie restent méfiants quand leur directeur annonce que «les employés ne sont pas menacés par la restructuration qui va intervenir».
D’ailleurs, très satisfait, tout en se frottant les mains, le directeur de la clinique ainsi soutenu par le directeur de l’Agence régionale de l’hospitalisation a qualifié de la décision du tribunal du commerce de ballon d’oxygène.
Mais les dettes fiscales, les charges dues à la Sécurité Sociale, aux ASSEDIC et organismes de retraite qui n’ont pas été payées depuis plusieurs années, qui va les payer? Les dirigeants de cette clinique, les riches ou bien les assemblées locales avec l’argent public? Il est certain que ceux qui vont être pressurés ne seront pas les premiers cités.
Et on peut être sûr que ni les hommes politiques locaux ni les représentants de l’Etat ne demanderont des comptes aux patrons de cette clinique privée. Ils ne leur demanderont pas non plus où sont passés les bénéfices réalisés par la clinique. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’Etat et les hommes politiques viennent au secours des entreprises privées, - comme pour l’usine d’ananas Socomor par exemple, soit en leur donnant des subventions avec l’argent public, au nom de l’emploi, soit en les mettant en redressement judiciaire c’est à dire leur permettant d’apurer leurs dettes pour redémarrer sur de «bons pieds». Ainsi le tour est joué.
Pour ne pas être victimes d’une politique malhonnête des dirigeants de leur entreprise, les salariés auront à s’organiser pour obliger à ces derniers à leur ouvrir leur comptabilité, à contrôler les bénéfices réalisés. Ils auraient aussi à interdire la «libéralisation des prix exercée depuis quelques années au sein de cette clinique. En effet, l’Etat a autorisé qu’un plan de «libéralisation des prix» soit appliqué. Ainsi, des médecins ont pu se remplir les poches sur le dos de la population et sans être inquiétés.
Alors aujourd’hui, les personnes de condition modeste ne peuvent plus être soignées dans cette clinique à cause des coûts élevés qui sont pratiqués. Et il semble que cette baisse de fréquentation n’est pas étrangère aux difficultés financières. Cette politique d’aides aux établissements de santé privés est donc néfaste aux travailleurs de l’entreprise et à la population. Pour s’y opposer, et obliger le gouvernement à développer le service public, les travailleurs auront à se mobiliser.




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