COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -    Samedi 21 février 2004      N° 898
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Vers une médecine à deux vitesses, vers une privatisation de la santé

Après les attaques contre la retraite, le gouvernement attaque le droit des salariés à la santé, pour cela il s’est doté d’un Haut Conseil sur l’avenir de la sécurité sociale. Celui a posé son diagnostic: «Le déficit devrait atteindre 10 milliards d'euros cette année. Et il continue à croître chaque année car les dépenses sont nettement plus dynamiques que les recettes. Le Haut Conseil a montré que, si cette tendance se poursuivait, le déficit atteindrait 100 milliards d'euros en 2020.» Pour eux, cela veut dire qu'on se soigne trop.
Voilà de quoi faire peur dans les foyers et donner des arguments à Raffarin et Mattéi pour justifier leur «réforme de l’assurance maladie», ils enfoncent le clou en ajoutant: « préserver notre modèle est possible si nous savons assurer la viabilité financière de l'assurance-maladie. Nous ne pouvons pas laisser les choses en l'état ».
Ce que Raffarin et Mattéi appellent une réforme vise, en fait, le non-remboursement ou la baisse du remboursement de nombreux médicaments, le transfert de la couverture vers des complémentaires ou des assurances privées.
Ces ministres reprennent les recettes que les gouvernements de droite, comme de gauche, avaient appliquées par le passé. En 1977, sous la présidence de Giscard d'Estaing, la ministre Simone Veil avait passé de 70 à 40% le remboursement de ce qu'elle qualifiait de "médicaments de confort". Sous Jospin, Martine Aubry a inauguré la notion de "service médical rendu" (SMR) et dressaient une liste de médicaments à SMR "insuffisant", elle a ouvert le chemin aux déremboursements actuels.
En mai 2003 le remboursement de 617 médicaments est passé de 65 à 35%, sous prétexte "d'efficacité thérapeutique modérée". En juin 835 autres spécialités on été déremboursées. En septembre, 82 médicaments n'étaient plus remboursés du tout et il est prévu que près de 600 autres, dont le SMR était jugé insuffisant, suivraient dans les deux ans.
L’instauration des médicaments génériques qui était prévu pour avoir des médicaments à bas prix est détourné de sa fonction et permet aussi de faire payer le malade. Si le médicament prescrit existe sous forme générique, et que la forme labo est prescrite, le remboursement ne sera fait que sur la base du prix du médicaments générique. La différence de coût est payée par le malade.
Avec toutes ces mesures, Mattei assure qu'il veut sauver la Sécurité sociale et combler le «déficit». Pour y faire face l’argent existe certainement, dans la bataille boursière qui oppose les deux trusts pharmaceutiques, Sanofi et Aventis, Sanofi est prête à mettre sur la table 50 milliards d'euros pour acheter Aventis,. Cette somme suffirait à boucher le trou officiel de la Sécurité sociale pour les quatre ans à venir!
L’argent existe encore au niveau des cotisations patronales, mais celles ci sont constamment abaissée par les gouvernements successifs. Le montant des exonérations de cotisations patronales a été en 2002, d'environ 19,5 milliards d’euros pour le régime général de la Sécurité sociale. De plus les patrons sont de mauvais payeurs, en 2002, les cotisations patronales dues aux Urssaf et donc à la Sécurité sociale s'élèvent à 8,6 milliards d'euros. Si les patrons payaient leur dette, il n'y aurait aucun déficit.
De plus, l’argent de la Sécu sert à financer "le fonds de modernisation des cliniques privées" à hauteur de 181 millions d'euros. L'argent de la santé n'a pourtant pas à payer les profits des patrons privés de cliniques. Pas plus qu'il n'a à payer les profits fantastiques des laboratoires pharmaceutiques.
Alors que les ministres trouvent choquant un déficit de la sécurité sociale, la ponction qui est faite chaque année dans le budget de l’Etat par les dépenses militaires, la construction de nouveau porte-avions, les milliards d’euros versés en soutien à des «patrons en détresse» ne les choque pas.
Cette réforme, c’est l'instauration d'une médecine à deux vitesses, la voie ouverte vers une privatisation de la santé. La Sécurité sociale serait largement équilibrée si elle ne payait pas une partie des dépenses que l'Etat devrait prendre en charge, comme les infrastructures hospitalières. Si on supprimait toutes les exonérations sur les charges patronales et s'il y avait moins de chômage, il n'y aurait pas de trou de la Sécurité sociale!



Pointe-à-Pitre
Les locataires protestent contre les augmentations de loyers

Le 12 février dernier, les locataires des cités de Bergevin, Henri IV et Chanzy ont manifesté leur colère contre les augmentations de loyers et des charges qu’ils ont subies récemment. Les associations de quartiers regroupées en collectif ont élevé protestation après du maire de Pointe-à-Pitre, Henri Bangou. Mais H. Bangou les a renvoyées devant la direction de la société immobilière de la Guadeloupe, la S.I.G.
Ces locataires ont raison de protester contre les augmentations de loyers dont ils sont victimes. Aussi, leur colère est d’autant plus justifiée que ces logements sont vraiment vétustes. D’ailleurs, ces immeubles n’étaient construits que pour quelques décennies. Il est prévu que certains soient démolis incessamment. Alors pourquoi la S.I.G. gratte t’elle le fond de poche de ces locataires? Peut-être a-t-elle besoin de ces quelques petits centimes pour financer les reconstructions? Allez donc savoir!



HAÏTI
Vers une intervention militaire (américaines ou française?)

Au moment où nous écrivons, les évènements d’Haïti ont franchi un nouveau cap avec pratiquement la coupure en deux du pays entre le nord contrôle par les forces armées de l’ex-armée cannibale apparemment rejointe aujourd’hui par d’ex-militaires et civils para- militaires qui avaient fait le coup d’état de 1994. Plusieurs villes du centre et du nord sont aux mains des «rebelles» qui se nomment eux mêmes Front de libération de l'Artibonite. Et qui menacent de marcher sur Port au Prince.
C’est parce que cette menace devient plus qu’une simple rodomontade de bandes armées que les grandes puissances voudraient bien soutenir Aristide, au nom de l’ordre, de la légalité (dont ils ne s’embarrassent eux-mêmes pas beaucoup: voir les justifications mensongères de l’intervention américaine en Irak) ; mais c’est de «leur» ordre qu’il s’agit. Laisser aller les choses en Haïti risque d'aboutir à une situation incontrôlable aux portes mêmes des Etats-Unis, avec des conséquences incalculables, avec déjà celle de voir se déverser vers la Floride tous les "miséreux" chassés d'Haïti par l’aggravation brutale de la situation.
Les faits nouveaux de la situation, l'arrivée en renfort pour les rebelles de Gonaïves, d’ex-putschistes de 1991, la prise d’une grande ville comme Hinche et pratiquement le contrôle de Saint-Marc, un port où arrive marchandise, produits pétroliers et drogues, pousseront probablement les puissances internationales à intervenir pour empêcher le renversement par la force du régime de Aristide.
Mais si elles le font ce sera une autre façon pour Aristide de «tomber», de n'être plus qu'un pantin sans pouvoir. On peut toutefois se poser la question: la menace que font peser de ces ex-putschistes ne va t elle pas faire renaître la volonté des masses pauvres de le soutenir ou de s’opposer à ceux qui sont les ennemis et les assassins de 1994? Mais il est probablement top tard pour une telle réaction, dans un peuple qui a été trompé, écrasé en 1991, trahi de nouveau par le nouvel Aristide en 1994 et depuis 2000, où il fut réélu, un peuple qui est sous la pression de bandes de voyous subventionnés, cyniquement utilisés par Aristide. Il y a, malheureusement, peu de chance que dans la population se réveille un tel instinct de protection contre ces ex putschistes, alliés aux voyous de Gonaïves. Tous ces gens sont aussi des ennemis mortels de la population. Ce sont des trafiquants et mafieux qui ne se battent pour aucun idéal, pour aucune politique de changement mais tout simplement pour conserver la main mise sur leur fief, sur les trafics de drogue et de marchandises diverses auxquels ils se livrent sur le port de Saint-Marc et à Gonaïves.
Qui se lèvera pour défendre le régime lui-même archi-corrompu d’Aristide? Personne, à part une «mission militaire» de l’ONU, si les Américains l’autorisent, et/ou de la France qui par la bouche Dominique de Villepin, le ministre des affaires étrangère français, a déjà proposé ses bons offices. Il a proposé de faire des Antilles dites françaises, la base de départ pour une telle intervention. La proposition de Villepin était d’ailleurs assez ambiguë où il mélangeait volontairement les interventions humanitaires, l'assistance technique et économique avec l’intervention militaire! On verra bien si les dirigeants américains préfèrent laisser ce rôle à la France et se dessaisir du "dossier haïtien" plutôt que régler les problèmes de leur « arrière-cour » eux-mêmes.
Pendant ce temps, depuis 48 ans, un peuple est écrasé, laminé et souffre sous la botte des dictateurs civils ou militaires. En 48 ans les Haïtiens sont passés par les macoutes, les militaires, puis par les "chimères" d'Aristide. Aujourd’hui, ils sont sous la menace de la bien nommée "armée cannibale" de Gonaïves. Alors les grandes puissances, et spécialement la France et les Etats-Unis qui se bouchent le nez ou veulent aller jouer les arbitres, ont plus que leur part de responsabilité dans cette situation.
Il faut comprendre qu’historiquement elles ont fait payer très cher aux ex-esclaves noirs d‘Haïti leur audace de s'être libérés eux-mêmes de l'esclavage et cela en battant de vraies armées occidentales (françaises) lancées à leurs trousses. On leur a fait payer chèrement, tout au long du dix-neuvième et vingtième siècle, le fait d’avoir proclamé la première république noire. Ils ont dû vivre en autarcie, sous surveillance, coupé d’un monde où, pendant des dizaines d’années, a régné encore l'esclave (Etats-Unis: abolition en 1865!) et donc en vase clos. C’est dans ces conditions qu’a bouillonné le chaudron de sorcières d'où sont sortis les différents régimes dictatoriaux qui ont écrasé leur propre peuple depuis deux siècles, avec la bénédiction du grand voisin, pourvu que l’ordre fût respecté à leurs portes et que la misère fût contenue à l’intérieur du chaudron.



HAÏTI
La population pauvre victime de la guerre des gangs

Les gardes côtes américains ont déclaré être sur leurs gardes et ont prévenu que la base de Guantanamo à Cuba est prête à accueillir de nouveau des centaines de boat-people. Ils essaient ainsi de dissuader ceux qui seraient tentés de quitter Haïti par tous les moyens.
Les pauvres voient de nouveau le chemin de la mer comme issue à la situation qui devient intenable. Ils sont pris en étau entre des bandes armées rebelles, les forces de police d’Aristide qui brûlent tout sur leur passage d’une part et d’autre part des opposants, politiciens qui ne sont intéressés que par la prise du pouvoir.
Les «rebelles», ces anciens chimères qui ont retourné leur armes contre leur ancien patron Aristide, ont reçu l’appui de Louis-Jodel Chamblain et de l'ex-commissaire Guy Philippe, anciens putschistes à la solde de Raoul Cédras et Toto Constant. Tous deux sont revenus en Haïti alors qu'ils étaient en exil en République Dominicaine voisine avec pour but, selon eux, de s’attaquer à Port-au-Prince. En attendant, le «Front de résistance de l’Artibonite», comme ils se nomment, s’attaque à la population de la zone allant de Gonaïves à St Marc en débordant sur le plateau central, qui est rançonnée et est victime dans les affrontements. Dans les zones du pays où les Aristidiens contrôlent la situation, comme le département de l’Ouest et de Port au Prince, c’est sous la menace des chimères qui quadrillent les quartiers. Dimanche 15 février, une manifestation de la Plate-forme de l’opposition a été bloquée sur la route de Delmas par les «chimères» soutenus par les policiers tirant des grenades lacrymogènes. Tout en déclarant son soutien à la population du Nord du pays qui réclame le départ d’Aristide, le patron André Apaid, coordonnateur du Groupe des 184, a pris ses distances avec le mouvement armé des Gonaïves. Il rappelle le «caractère pacifique de la mobilisation anti-Lavalas».
Ce pacifisme, les patrons ne l’appliquent pas dans les entreprises qu’ils dirigent où ils continuent à exploiter les ouvriers pour le salaire dérisoire de 76 gourdes, inférieur à 2 euro, pour 8h de travail et où les ouvriers sont révoqués à la moindre allusion politique.
Les spéculateurs sont à leur aise et la gourde chute sur le marché des devises à un euro pour 59 gourdes. Cette situation d’affrontement, de désordre, favorise tous les rackets : Les prix des denrées de base flambent, les transports publics n’existent plus et c’est à la tête du client, le pétrole lampant devient une denrée rare, les agressions se multiplient, on est à la merci du premier venu porteur d’une arme. Dans les provinces du Nord dont la route d’accès est coupée à Gonaïves, la situation qui était précaire est devenue catastrophique pour la population pauvre.
Les combats que mènent Aristide et ses forces de répression n’ont pour but que de s’accrocher au pouvoir, ils sont lâchés par ceux qui sentent le vent tourner. Les gouvernements américain, canadien, français demandent à leurs ressortissants de quitter Haïti. Alors que les nantis quittent le pays, les bourgeoisies de St Domingue, des USA, du Canada mettent un cordon de sécurité pour empêcher aux pauvres de fuir par la mer.



La loi Perben II
Une arme à deux tranchants

Le mercredi 11 février, le parlement a définitivement voté la loi Perben II. Cette loi a provoqué le mécontentement au sein de l’ensemble du barreau. Plus de 600 avocats ont manifesté dans les rues de Paris puis devant le palais Bourbon. En Guadeloupe également, les avocats se sont mobilisés.
Cette loi prévoit de prolonger la garde à vue de plus de 48 heures. L’avocat ne pourra plus entrer en contact avec son client dès la première heure de la garde-à- vue. La police aura carte blanche pour installer des micros dans les appartements des suspects et utiliser les écoutes téléphoniques. Ces mesures qui renforcent les pouvoirs de police, ont été prises par le gouvernement pour lutter contre le grand banditisme. Mais les avocats dénoncent à juste raison les débordements que peuvent entraîner de telles mesures et le non-respect des droits de l’homme concernant la défense de leurs clients. Ils réclament des gardes-fous pour protéger ceux qui ne seraient pas concernés par ce grand banditisme.
Sous prétexte de mesures sécuritaire, le gouvernement donne des pouvoirs accrus à la police au risque de bavures. On l’a vu, même avant ces nouvelles mesures, comment la police traque les jeunes des quartiers pauvres en commettant des bavures graves allant parfois même jusqu’à l’usage mortel d’armes à feu. Des jeunes ont perdu leur vie dans des opérations de police avant qu’ils n’aient été jugés.
Ce n’est pas la loi Perben II qui empêchera le grand banditisme et la délinquance. Pour lutter contre la criminalité et l’organisation de réseaux mafieux, il faut s’en prendre à la racine du mal : la pauvreté et le chômage. Ces mesures répressives sans limites montrent bien l’hypocrisie d’un gouvernement qui en réalité veut faire la démonstration d’un pouvoir fort pour mieux soigner son image de marque à des fins politiques.En particulier, il cherche à gagner la sympathie des milieux d’extrême droite ou réactionnaires qui votent Le Pen.




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