COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -    Samedi 6 mars 2004      N° 899
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Page 4

Université Antilles Guyane
Encore de la précarité!

Il reste encore à Fouillole plus de 80 emplois précaires : CEC des associations, CEC, emplois jeunes, contrats d'établissement. Ces collègues ont fait leurs preuves, sous payés, surchargés des tâches que personne ne veut faire, pendant des années, pour certains jusqu'à 8 ans en équivalent temps plein. Ils sont restés à l'UAG parce qu'ils y sont utiles. Les responsables de différents services menacent ceux qui vont terminer leurs contrats de les envoyer aux ASSEDIC. Ils disent n'avoir pas de crédits pour payer. Il est certain que les emplois obtenus lors de la grève de 2003 sont des "emplois gagés". La direction de l'Université demande aux services de payer sur leurs crédits.
Mais le personnel ne l'entend pas de cette oreille. Les ASSEDIC paient de moins en moins et de moins en moins longtemps. Et le marché de l'emploi est quasiment fermé en Guadeloupe.
Des accords ont été pris avec le personnel lors des grèves successives où le problème de la précarité à l'UAG a été posé: 1998, 2001, 2003. L'équipe dirigeante reste quasiment la même. Elle s'était engagée en 2001lll à garder tous les personnels présents. En 2003, l'engagement avait été pris, à la fois par le Président de l'UAG et par les représentants du ministère venus négocier en Guadeloupe, de titulariser tous les collègues quel que soit leur type de contrat et en fonction de leur ancienneté. Ces collègues ne sont pas responsables de l'utilisation abusive de certains types de contrats qui ne donnent pas droit à la loi Sapin, loi qui permet une intégration quasi automatique. Il est urgent qu'un plan de titularisation s'instaure dans la transparence à l'UAG. Par ailleurs les titulaires veulent eux aussi la transparence dans la gestion de leurs dossiers jusqu'ici très obscure et sans équité.



Pointe-à-Pitre
Un mal au trou à l'université

Un trou de 4,7 millions d'euros dans la caisse. Et aucune explication. Le rapport de l'IGAEN (Inspection générale de l'Education nationale) reste caché. Et surtout les responsables de l'université ont fait le choix de ne pas faire "la chasse aux sorcières". Cela veut dire que malgré l'inspection et suite à son rapport, les responsables ne seront pas inquiétés. Cela entraîne que le ministère ne bouche pas le trou. Par conséquent, le trou sera bouché avec l'argent affecté à la bonne marche de l'Université.
A l'heure où les crédits d'enseignement et de recherche sont réduits par le gouvernement, l'argent versé n'est pas utilisé pour ces tâches. Il sert à boucher le trou. Malgré cela l'Université semble avoir encore le train de vie d'une université riche: voyages, réceptions. Seuls les plus faibles , les personnels à statut précaire, sont menacés.



Martinique
Priorité du droit de propriété sur le droit à l'emploi et au salaire

Le 30 Octobre 2003, le tribunal mixte de Fort-de -France attribuait la cession de sept habitations mises en redressement judiciaire du groupe Cobamar / Fabre à la société Canavèse Antilles. Les propriétaires des différentes habitations, anciens bailleurs du groupe Fabre, mais aussi gérants ou impliqués à divers titres dans la gestion des habitations s’étaient portés également repreneurs.
La cession a été attribuée au groupe Canavèse car le tribunal a estimé qu'il présentait les meilleures garanties pour la sauvegarde des emplois et le maintien de la production. Les propriétaires ont saisi la Cour d'Appel et celle-ci a décidé le 20 février 2004 la remise des entreprises dans les mains de leurs propriétaires.
Cette décision s'appuie sur une législation concernant les baux ruraux selon laquelle le tribunal doit attribuer le bail soit au propriétaire qui en fait la demande, soit à un repreneur désigné par le propriétaire. Selon cette législation, la cession à un repreneur tiers est impossible, quelle que soit l'importance des intérêts en jeux.
C'est donc le triomphe du droit de propriété privée du moyen de production, au mépris de tout autre droit, ici ceux des salariés.
Les salariés des sept habitations : Desfontaines (ST Pierre) , Eden (Ajoupa bouillon) , Kara (Lorrain), Lagrange (Marigot), Pirogue (Lorrain), Plaisance (ST Pierre) soit près de 250 salariés se sont réunis et ont demandé audience au Préfet.
Ils ont été reçus le 27 février. Mais ni le préfet, ni le directeur de l'agriculture et des forêts ni le directeur du travail ne peuvent leur donner des garanties quant à leurs emplois. Il semble, que le tribunal de commerce saisi cette fois par l'ancien repreneur (Groupe Canavèse ) devrait suivre la décision de la Cour d'Appel.
Entre temps les propriétaires n'ont pas perdu leur temps. Ils proposent sur les habitations où les salariés n’ont pas élu de délégués du personnel, le chômage technique et le licenciement de la moitié des effectifs.
Ils ont aussi demandé à l'administration d'expertiser les terrains pour déclarer que le matériel végétal était en mauvais état. Les surfaces plantées étant insuffisantes ils font appel à l'administration déjà consentantes à leur verser les aides pour l'achat de vitro plants; aides provenant du DOCUP, fonds de l’Etat et de l’Europe, aides des AGS (Assurances de garantie des salaires : fonds venant de cotisations patronales et de l’Etat, mobilisables par l’administrateur judiciaire dans le cadre du redressement ou de la liquidation judiciaire ) pour le paiement d'indemnités de licenciements, de pré - retraite, de salaires dûs.
Ainsi les propriétaires qui avaient délibérément mis en difficulté la production en péril par manque de soins voient se mettre à leur service toutes les administrations de l'Etat, alors qu'il n'est réservé aux salariés que licenciement et chômage.
Certains ouvriers agricoles ont compris cela et se préparent à refuser tout licenciement.



Martinique
Grève générale le jeudi 4 mars

Cela fait plus de deux mois que les travailleurs des banques de l’AFB de Martinique, Guadeloupe et de Guyane sont en grève ininterrompue. Ils luttent pour le maintien de leurs conventions collectives, car l’AFB veut leur supprimer les 40 % de prime de vie chère et s’attaquer également à leurs droits syndicaux. Ceux de l’hôtel Marouba dans la ville du Carbet, luttent depuis plusieurs mois également contre leur licenciement. La direction de cet hôtel veut se débarrasser de la moitié de ces employés, et dégoûter les autres. Elle utilise même le chantage contre eux.
C’est ainsi que l’on a appris le lundi 1er mars que la direction de l’hôtel a adressé une lettre aux 86 employés dans laquelle elle exerce des pressions contre eux pour qu’ils acceptent de faire une demande écrite pour un départ volontaire.
Quant à la direction de l’AFB, elle cherche par tous les moyens des prétextes pour ne pas négocier et ne pas répondre aux revendications des employés. En se comportant de la sorte, ces patrons affichent leur mépris vis à vis du personnel des banques et des travailleurs des Antilles Guyane.
Face à cette intransigeance, une Intersyndicale composée de la CDMT, CGTM, CFTC, CGTM-FSM, FSU, UGTM, UNSA, SNETAA-EIL appelle l’ensemble des travailleurs de la Martinique à une grève générale pour le jeudi 4 mars. Ces différentes centrales organisaient une conférence de presse le 1er mars à Fort de France pour donner leur position et pour appeler à une manifestation le jeudi 4 mars à partir de 9H30.
Le gouvernement Raffarin, avec les patrons du MEDEF, a pour objectif, de s’attaquer à tous les intérêts de la classe ouvrière. Aujourd’hui ce sont les retraites et les conventions collectives, qui sont remises en cause. Demain ce seront d’autres avantages dont bénéficient les travailleurs encore aujourd’hui, c’est à dire qu’ils s’attaqueront aux salaires, aux congés, aux allocations familiales ou ils chercheront à supprimer des maigres primes accordées à une catégorie de travailleurs. Bref, le patronat soutenu par les différents gouvernements qui se sont succédé veut réduire l’ensemble de la classe ouvrière à la mendicité.
C’est pour toutes ces raisons que tous les travailleurs quel que soit le secteur économique dans lequel ils travaillent sont appelés à apporter leur solidarité au mouvement du 4 mars.



HAÏTI
Après le départ d'Aristide, le retour des anciens militaires et des milices au pouvoir

Guy Philippe a fait une entrée triomphale à Port au Prince, il a été acclamé en libérateur d’Haïti par une foule qui couvrait une bonne partie du Champs de Mars. Une bonne partie était descendue depuis Pétionville pour venir remercier celui qu’elles appellent leur « libérateur ». Un « libérateur » de plus qui a montré de quel côté il se situait en occupant aussitôt le bâtiment qui était l’ancien quartier général de l’armée en face du palais national.
Le local avait été transformé en musée par l’équipe d’Aristide, les insurgés ont tout saccagé affirmant que le local reprenait sa vraie fonction : celle d’abriter le commandement de l’armée.
En dehors du périmètre du palais national, la sécurité est encore précaire, la prison a été défoncée libérant les détenus dont l’ancien général Prosper Avril . Malgré la présence des forces internationales, les pillages continuent dans divers quartiers. Ils ont été initiés par les chimères à l’annonce du départ d’Aristide, la zone commerciale a été dévastée dimanche, les markets (Big star, Lalue, Omni), les magasins de la Lalue ont été vidés, les banques (Sogebank, promobank, unibank) ont été défoncées, les stations d’essence ont été dévalisées, les vigiles n’ont pas fait le poids devant les chimères. Puis lundi, notamment au bord de mer sur la zone des dépôts comme le terminal du port, le Bicentenaire ou la Saline, des gens des quartiers proches ont défoncé les magasins de stockage pour se servir en produits divers.
Les possédants se plaignent amèrement, ce qu’ils ne voulaient pas est en train de se produire, une partie de leurs biens s’envole en fumée. Ils demandent une réaction énergique de la police à l’instar de ce Maurice Lafortune, patron de l’association des producteurs des produits pétroliers (ANADIPP) qui fait partie des 184. Il appelle les rebelles à la rescousse pour sécuriser la zone portuaire. Ce même patron était directeur des huileries nationales pendant la période du coup d’Etat et c’est en face de son usine que s’est monté «Koweit City» le lieu de trafic de carburant durant l’embargo, ce dont il a largement profité. Il se prépare à une nouvelle période où il pourra augmenter ses bénéfices, mais pour cela il faut le retour au calme.
C’est ce que demandent les politiciens qui restaient jusque là dans l’ombre de la nébuleuse du front résistance ou de la société civile, ils sortent sur la scène. Ils ont tous des déclarations enflammées sur les radios ou la Télévision nationale. C’est à celui qui se vendra le mieux pour un futur poste. On a ainsi une compétition allant de K.Plim à Manigat en passant par Micha Gaillard ou Rébu. Ceux qui restent du gouvernement lancent des appels au calme pour «permettre une transition vers la démocratie».
Si les gens de Pétionville se sont déplacés, ceux des quartiers populaires restent plutôt dans l’expectative. Rien n’est encore réglé, il y a toujours des zones où les chimères sont postés en attente, où des hommes en armes profitent de la situation pour régler des comptes. A Bel-Air, à Carrefour Feuilles, à Carrefour sur les hauteurs dominant Port au Prince, rien n’est sûr et à Cité Soleil on ne peut dire de quel côté on se situe. Le couvre-feu instauré par les gendarmes ne touche que le centre ville, dans les autres quartiers ce sont des échanges de tirs entre ceux qui ont les armes.
Ceux de la population qui se souviennent de la période du coup d’Etat restent stupéfaits devant la tête des nouveaux libérateurs, ils pensaient que ces gens avaient disparu vers Saint Domingue ou les USA, mais non, ils sont de retour avec l’arrogance des vainqueurs. Ils reconnaissent pêle-mêle des anciens militaires duvaliéristes ayant échappé au déchoukage, des tortionnaires qui ont servi durant le coup d’état sous les ordres de Toto Constant du Frap, ils sont venus avec leur chef, Jodel Chamblain, dirigeant du Frap, la milice néo duvaliériste appointée par la CIA. Les accompagnent des hommes de mains connus comme des chimères patentés qui ont lâché Aristide quand celui-ci a essayé de les mettre au pas, ils sont des mercenaires à la solde du nouveau pouvoir.
Bon nombre de policiers se disent prêts à collaborer avec Guy Philippe, qu’ils reconnaissent comme un des leurs, ancien militaire ayant été à la tête de la police de Port-au-Prince. Ils sont prêts à s’intégrer dans un encadrement qui leur fait défaut actuellement. C’est aussi le vœu des forces internationales qui sont dans l’incapacité de quadriller les quartiers et de maintenir leur ordre. Ils ont besoin d’un appareil d’Etat pour jouer ce rôle et cherchent à le construire en chapeautant une force composite de policiers, miliciens pour qu’ils ne dépassent les limites qu’ils permettraient. La zone industrielle est fermée, les entreprises ne fonctionnent pas, le trafic des camionnettes n’a pas repris. La rue n’est pas sûre, les marchandes ne sortent pas, la vie est encore bloquée dans les quartiers populaires de la capitale. Dans les quartiers il n’y a pas d’eau ni d’électricité, pas de générateurs non plus comme chez les nantis.
La majorité de la population est en attente de voir ce qui sortira de ce nouveau pouvoir qui s’installe au Champs de Mars, ce qui sortira des tractations entre les forces armées internationales, les forces armées des anciens militaires , les politiciens de l’opposition et les lavalassiens qui peuvent encore servir de tampons. Boniface Alexandre, magistrat, président de la Cour de Cassation devient le président par intérim, suivant la constitution haïtienne, il est bien connu des milieux diplomatiques où il a exercé comme avocat. Il est chargé de mettre sur pied un gouvernement d’intérim, de faire la transition, mais vers quoi? Beaucoup de gens de la population pauvre pensent que rien de bon ne sortira pour eux de tout cela.




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