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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 27 mars 2004      N° 900
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À la Une

Éditorial

Régionales 2004, quel enseignement?

Les résultats des élections en Martinique et Guadeloupe n’ont pas la clarté de ceux qu’on a enregistrés en France. Là, il apparaît clairement que le gouvernement Raffarin et sa politique anti sociale menée depuis deux ans, ont été désavoués. La gauche a bénéficié de ce désaveu et fait des résultats largement supérieurs à ceux de la droite. Cela ne signifie pas pour autant que cette gauche qui avait été elle-même désavouée lors des élections présidentielles, retrouve la confiance de l’électorat populaire. On voit aussi que le front national ne progresse pas, ses scores restent les mêmes. Les listes Lutte Ouvrière/LCR maintiennent les scores précédents, ce qui confirme que depuis plusieurs années, un électorat d’extrême gauche existe et reste stable.
En Martinique et en Guadeloupe, le scrutin est bien moins clair. Cependant, en Guadeloupe, on peut dire que la gauche dirigée par Lurel, arrivée en tête du premier tour, très largement devant la présidente sortante Lucette Michaux Chevry, a recueilli, elle aussi, un vote sanction, un désaveu du gouvernement Raffarin. Car Lurel avait appelé à ce vote, tout en se situant dans la logique de son ambition de gérer la Région et de jeter dehors Michaux Chevry.
A part la liste socialiste, la liste Combat Ouvrier était la seule à réclamer clairement ce vote de désaveu envers le gouvernement. Les 7 autres listes se tournaient vers des problèmes de gestion du Conseil régional. L’alliance PCG/Nationalistes, elle, poursuivait la ligne politique défendue lors du référendum du 7 décembre. Son seul cheval de bataille, c’était le problème de la «nouvelle gouvernance», de l’évolution des institutions, sans référence (ou si peu!) à la situation réelle des masses travailleuses, minées par le chômage et la précarité. En Martinique, la situation est encore moins claire du point de vue d’une position face aux attaques anti sociales du gouvernement Raffarin. Les problèmes de gestion de la Région ont dominé les élections. Il ne fut guère question de sanctionner le gouvernement Raffarin. Sur ce terrain là, Marie-Jeanne vient d’obtenir un succès. Il sort en tête du premier tour. D’une certaine façon, son bilan à la Région est aussi le bilan d’une partie de la droite qui l’a soutenu tout au long de son mandat.
La gauche classique, progressiste et socialiste, n’a pas subi de revers trop important, mais on est loin des années où elle était largement majoritaire dans la population. On peut penser qu’une partie des électeurs ayant voté à gauche ont sans doute exprimé leur opposition et leur crainte devant la politique outrageusement réactionnaire du gouvernement Raffarin.
La liste Combat Ouvrier/GRS fut la seule à appeler clairement à voter contre la politique du gouvernement, et contre les agressions du patronat. Elle fut la seule à proposer aux travailleurs une politique pour enrayer le chômage, interdire les licenciements et relancer l’engagement de l’Etat dans les services publics, grâce à l’économie réalisée en arrêtant la politique de subventions au patronat. Certes, seule une minorité de travailleurs ont voté dans ce sens. Mais c’est un vote qui est clairement significatif et, pour l’avenir, les 3145 électeurs qui ont fait ce vote, ont eu plus raison que les autres. Car, en dehors des urnes, demain, dans les entreprises, dans la rue, les travailleurs seront bien plus nombreux pour dire la même chose et exiger le moment venu l’application des mesures d’urgence défendues au cours de cette campagne par la liste CO/GRS.
La force des travailleurs n’est pas dans les élections. Les militants de CO et du GRS, en Martinique et Guadeloupe, ainsi que ceux de Lutte Ouvrière en France, ne sont pas des militants électoralistes. Nos organisations estiment nécessaire d’aller aux élections pour offrir, aux travailleurs qui le veulent, la possibilité de s’exprimer sur une politique qui soit vraiment la leur. Ce qui leur évite d’avoir à voter selon la sempiternelle alternance droite-gauche, qui sont aussi trompeuses l’une que l’autre. Mais c’est tout au long de l’année, dans les entreprises, dans les syndicats, sur des problèmes quotidiens ou à travers des luttes que ces militants participent à la vie des travailleurs et contribuent ainsi à changer leur sort.


Fin de la grève des banques
Les grévistes ont fait reculer l'AFB

La détermination des grévistes aura payé. Ainsi un accord a été signé le 12 mars dernier entre l’AFB et les grévistes des banques affiliées à l’AFB (BNP, BFC, SGBA et BDAF) sous l’égide du directeur du travail de la Guyane, de la Martinique et de la Guyane.
Il aura fallu de longues heures de négociation pour aboutir à la signature d’un accord. La délégation de l’AFB qui était venue en Guadeloupe avait commencé les négociations le mercredi 3 mars. Cette délégation était brusquement repartie le vendredi 5 sans aucune explication et un seul point avait été discuté. Le point d’achoppement était le paiement des jours de grève. La position de l’AFB était de ne rien payer alors que pour les grévistes cette dernière est la seule responsable de la durée de la grève, car elle a joué le pourrissement du mouvement. Le tribunal de Grande Instance dans un jugement du 13 février avait estimé que la dénonciation de la Convention n’avait pas été faite au bon destinataire et qu’elle ne s’était pas faite dans les règles. Le tribunal a donné raison aux grévistes mais l’AFB continue à vouloir imposer la Convention nationale.
Le départ de la délégation de l’AFB a eu pour effet de perturber certains grévistes. Mais M. de Massy a signé un document où il s’engageait à revenir à la table des négociations le 10 mars pour poursuivre les négociations.
Entre temps les grévistes continuaient leur mobilisation et ont reçu le soutien de nombreux travailleurs et de la population même si cette dernière souffrait de la situation.
La délégation patronale est donc revenue le mardi 9 et les négociations ont commencé le mercredi 10 à la CCI de Pointe-à-Pitre en présence d’importantes forces de police. Après de longues heures de négociations, un accord a été signé le vendredi 12 mars entre l’intersyndicale et l’AFB. Cet accord prévoit de prolonger les effets de la Convention locale jusqu’au 31 juillet 2004, avec une période supplémentaire ne pouvant excéder le 31 octobre 2004. Durant cette période les négociations vont commencer pour mettre en place une convention qui serait une synthèse des conventions locale et nationale.
Pour la Guadeloupe la situation est un peu différente, car l’AFB devra de nouveau dénoncer la convention, en respectant les formes. Mais les grévistes de Guadeloupe ont préféré participer aux négociations pour ne pas être isolés par la suite. Ce que les grévistes réclamaient depuis le début du mouvement, à savoir la prorogation de la convention locale en attendant la fin des négociations de la nouvelle, l’AFB a fini par l’accepter….après 81 jours de grève! Et on nous reparlera après cela de «dialogue social»!
Sur le paiement des jours de grève les discussions ont été particulièrement difficiles. Finalement l’accord stipule que l’AFB prendra en charge 40 % des jours de grève et les grévistes 60 %. Le paiement à la charge des grévistes sera étalé sur 24 mois. L’AFB a également proposé le paiement d’une prime qui sera payée à tous les salariés (grévistes et non-grévistes) dont le montant sera compris entre 400 et 750 euros en fonction du salaire. Selon l’AFB cette prime est versée pour faire face au surcroît de travail lié à l’ouverture à la clientèle.
L’accord prévoit l’annulation des sanctions disciplinaires et judiciaires pour fait de grève et la régularisation des mesures bancaires et financières prises à l’encontre des grévistes.
Pour les grévistes il s’agit d’un succès car l’AFB a reculé en reconnaissant l’existence des conventions locales. Elle ne voulait rien payer comme jour de grève et a pris en charge 40 %. Elle a dû remettre en vigueur la convention locale. Mais concernant le paiement des jours de grève une action devant le conseil des prud’hommes a été initiée par les grévistes. L’affaire devait passer le 8 mars dernier et avait été reportée au lundi 15 mars avec un délibéré pour le 22 mars. Finalement le conseil des prud’hommes n’a pas statué et a renvoyé l’affaire devant le juge départiteur pour le 27 avril. Les grévistes ont repris le travail la tête haute et satisfaits d’avoir fait reculer une grande puissance comme l’AFB. Dans l’ensemble la reprise s’est faite dans de bonnes conditions et avec le soutien des clients et de la population qui a toujours été très important.
Il s’agit d’une suspension du conflit car il faudra rester vigilants. Les négociations avec l’AFB d’une nouvelle convention doivent commencer en avril et il s’agit d’être sur ses gardes car certainement l’AFB voudra reprendre d’une main ce qu’elle a donné de l’autre. Mais les grévistes après 81 jours de grève ont le moral et ont appris à se battre. Ils ne sont donc pas prêts à se laisser marcher sur les pieds sans réagir et ils savent que c’est eux qui ont eu raison de se battre. Comme quoi seule la mobilisation paie!


Capesterre Belle-Eau
Un score plus élevé grâce aux votes des ouvriers des plantations de banane

Le score de la liste Combat ouvrier dans 33 communes sur 34 n’est pas très élevé. Mais à Capesterre Belle-Eau, nous obtenons 5,47% des suffrages avec 415 voix. C’est la première fois que nous franchissons la barre des 5% dans une commune dans les différentes élections auxquelles nous avons participé. Et cela s’explique par le fait que ce sont en grande partie des travailleurs de la banane qui ont voté pour la liste.
Notre camarade Jean-Marie Nomertin, lui-même ouvrier agricole de la banane, a mené à Capesterre plusieurs luttes importantes aux côtés des travailleurs de la banane tout au long de ces dernières années. Pendant la campagne même il y eut plusieurs actions menées avec lui pour protester contre les patrons de la banane qui parlent de fermer ou de vendre leurs plantations. Notons aussi que, jeune capestérrien, J-M Nomertin a commencé sa vie militante à Capesterre Belle-eau. De plus figuraient sur la liste plusieurs travailleurs combatifs de Capesterre, la plupart ouvriers agricoles de la banane, comme Marie Denise Jourson, ou Ander Maurice. Enfin, figurait aussi sur la liste notre camarade Philippe Anaïs, enseignant mais militant de longue date à Capesterre avec les travailleurs de la banane.




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