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Guadeloupe
Au-delà des ambitions régionales, le succès de la gauche socialiste est un désaveu de la politique du gouvernement
La droite conduite par Lucette Michaux Chevry a été battue par la gauche conduite par Lurel. Celui-ci avait fait sa campagne non seulement sur la critique du bilan de la présidente sortante de la Région, mais également sur le vote sanction contre le gouvernement Raffarin.
Certainement, une partie des électeurs qui ont voté à gauche l’ont fait pour désavouer la politique menée depuis deux ans par le gouvernement Raffarin, consistant à prendre des mesures brutales contre la population laborieuse. Depuis que ce gouvernement est en place, on a vu augmenter le chômage, supprimer des allocations pour les chômeurs, attaquer le système de retraites, et notamment celui de la fonction publique. Et se profile à l’horizon une prétendue réforme de la Sécurité Sociale qui ne vise qu’à diminuer les prestations et les remboursements de frais de maladie.
La liste Combat Ouvrier appelait clairement à voter contre la politique de Raffarin et contre les agressions du patronat. Elle mettait en avant un ensemble de mesures destinées à enrayer le chômage et à donner aux travailleurs les moyens d’exercer un contrôle sur ce qui se passe dans les entreprises, à interdire les licenciements et à réorienter les sommes colossales versées sous formes de subventions patronales vers le renforcement et le développement des services publics. 1758 électeurs ont voté dans ce sens soit, 1,16% des suffrages exprimés. Il s’agit d’une extrême minorité mais celle-ci a eu raison de voter dans ce sens. Quant aux deux autres listes de gauche, l’une dirigée par Harry Brousillon, qui était une alliance des nationalistes et du parti communiste, malgré la présence de deux maires de communes, et de nombreux élus de différentes autres communes, elle n’a pas fait mieux que 3,95% des suffrages exprimés. La politique défendue par cette liste consistait à prolonger les positions que ces partis avaient prises en appelant à voter oui lors du référendum du 7 décembre. Elles ont de nouveau subi le même désaveu que lors de ce référendum. La liste Marsin était bâtie pour propulser Marsin en bonne position au 2ème tour. Cette liste qui fait 5,38%, pourra négocier ou fusionner avec la liste de Lurel. Mais Marsin a raté d’une certaine façon son opération.
Mais la grande battue de cette élection, c’est évidemment la présidente sortante, Lucette Michaux Chevry. Beaucoup de gens lui reprochaient sa gestion non transparente, plusieurs affaires judiciaires où elle a été condamnée, le doute a même plané sur son éligibilité pour cette élection. Certains de ses partisans ont même appelé à voter Lurel. C’est la fin d’un règne. Mais pour les travailleurs, la répétition de ces alternances gauche-droite n’apporte rien de plus. La gauche quand elle est au pouvoir, central ou local, fait une politique favorable au patronat. La seule voie dans laquelle les travailleurs pourront trouver une solution, c’est celle que nous avons indiquée au cours de cette campagne: c’est de pouvoir imposer grâce à leur mobilisation des mesures d’urgence permettant de contrôler les agissements des patrons et financiers qui sont les réels pourvoyeurs du chômage et de la misère.
Guadeloupe
Régionales. Les résultats de la liste Combat Ouvrier
La liste combat-ouvrier dirigée par notre camarade Jean Marie Nomertin a obtenu 1758 voix, soit 1,18% des suffrages. Certes, ce score reste encore très faible. Néanmoins il constitue à peu de choses prés le double de ce que nous avions obtenu en 1998. Il y a six ans an effet, notre liste avait obtenu 919 voix, soit 0,7% des suffrages.
Remarquons le score obtenu à Capesterre B.E., commune où vit et travaille J.M. Nomertin, la tête de liste, et où des travailleurs de la banane ont fait campagne pour lui : 415 suffrages, soit 5,47%. Remarquons que nous obtenons plus de 1% dans 16 communes et des résultats très faibles, de 0,22 à 1% dans 18 communes.
Ces résultats sont faibles, mais ils s’expriment sur une politique précise, claire, que nous avons été rigoureusement seuls à mettre en avant.
Ces1758 personnes et en très grande majorité des travailleurs ont estimé nécessaire de voter pour une liste qui condamnait la politique anti-ouvrière du gouvernement Raffarin représentée par la droite locale de Michaux Chevry. Tout comme ils ont condamné la même politique anti-ouvrière des différents gouvernements de gauche précédents. Ces travailleurs ont voté pour une liste qui disait aussi que c’est la seule mobilisation des travailleurs, les seules luttes qui peuvent faire reculer réellement le patronat et les gouvernements à leur solde.
Et comme l’a dit J.M. Nomertin dans une émission de télévision, commentant les résultats, «nous avons des activités tous les jours avec les travailleurs, dans leurs entreprises, dans leurs syndicats ; nous sommes à leurs côtés dans leurs luttes. Eh bien, nous continuons dans la même voie, car sur ce terrain là, nous sommes certains que les travailleurs peuvent obtenir infiniment plus de résultats que sur le plan électoral.»
Un vote qui fait plaisir mais qui n'est pas suffisant
Ainsi la droite, le gouvernement Raffarin et, au-dessus de lui, Chirac viennent de recevoir un sérieux désaveu. Au bout de deux ans de gouvernement, les électeurs ont dit son fait à Raffarin. Et c'est bien réjouissant ! Cela ne changera rien à la majorité de droite à l'Assemblée nationale et c'est toujours la droite qui aura le gouvernement. Plusieurs ministres seront remplacés et peut-être même Raffarin, mais cela ne changera pas la politique menée, sauf peut-être un peu moins d'arrogance dans les discours.
Le FN ne progresse que très légèrement et cela montre qu'heureusement ce parti réactionnaire n'a pas servi de moyen de protestation aux classes populaires.
La gauche sera en situation d'être à la direction d'un plus grand nombre de régions que précédemment. L'électorat populaire, celui qui vote pour la gauche, a choisi le Parti Socialiste, le Parti Communiste et leurs alliés pour exprimer son rejet de la politique de Raffarin. C'est vrai que lorsqu'on veut frapper un adversaire on se sert des armes qu'on a sous la main, sans être trop regardant. Mais il ne faut pas croire que la situation des classes populaires et de tout ce qui concerne la population, va changer en quoi que ce soit dans les régions qui passent à la gauche. Dans l'Ile-de-France, par exemple, personne n'a ressenti dans sa vie quotidienne que, depuis six ans, le président de région était un socialiste. Et s'il le reste six ans de plus, on ne le sentira pas plus.
La droite, par sa politique, par son mépris de la population laborieuse, par sa suffisance, a fait campagne pour la gauche, qui n'a pas eu besoin de dire quoi que ce soit de ce qu'elle ferait si elle revenait au pouvoir. La gauche n'a même pas promis d'annuler les mesures réactionnaires du gouvernement Raffarin.
En ce qui concerne les listes présentées en commun par Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste Révolutionnaire, leurs scores ne sont pas ceux que la presse leur prêtait avant le scrutin. Mais avec 5 % des voix à l'échelle nationale, ces scores, s'ils sont inférieurs par rapport aux Présidentielles, sont stables par rapport à d'autres élections similaires et en progression par rapport aux élections régionales précédentes. D'ailleurs, l'extrême gauche n'a jamais pu faire autant, dans des élections régionales, européennes ou législatives, qu'aux élections présidentielles.
Ce score de 5 % au niveau national est un score qui se maintient depuis des années, à part les Législatives de 2002, ce qui prouve que l'électorat d'extrême gauche existe et se maintient à travers les aléas et les divers scrutins.
Il aurait réellement mieux valu que le mécontentement populaire se manifeste plus sur les listes d'extrême gauche que sur la gauche que l'on a vu servir les plus riches pendant cinq ans au pouvoir. Beaucoup se sont dit que la droite est pire que la gauche. C'est vrai ! Mais il ne faut pas oublier que pour prendre toutes ces mesures anti-populaires, la droite est partie d'un tremplin préparé par la gauche. Il faut savoir aussi que si la gauche revient au pouvoir elle partira de ce qu'a fait la droite, sans revenir en arrière. Et, à son tour, elle fera pire que ses prédécesseurs de droite.
Les élections ne peuvent apporter le bonheur, elles ne peuvent que redonner le moral. Espérons que celles-ci le feront.
En tout cas, ni LO ni la LCR ne sont des partis électoralistes, même s'ils se présentent aux élections. Car ils ne cherchent aucune place dans l'appareil d'Etat, qui ne peut être qu'au service de la bourgeoisie.
Les militants de LO et de la LCR militent essentiellement au sein des classes populaires et dans les luttes sociales car c'est seulement là qu'on peut changer les choses. Nos organisations le font tout le temps, pendant les élections comme en-dehors des élections, et elles continueront à le faire à l'avenir.
Arlette Laguiller
Martinique
Marie-Jeanne, leader du MIM, conforte sa position. Pour les travailleurs, cela ne change pas grand chose
Le scrutin du 21 mars a vu arriver en tête du premier tour la liste conduite par le président sortant indépendantiste Marie-Jeanne. La liste de gauche (PPM) conduite par Degrandmaison arrive en 2ème position, loin derrière. Les listes de droite sont minoritaires et on trouve en 3ème position une liste dirigée par Samot qui se réclame de la gauche et enfin Crusol, exclus du parti socialiste pour avoir appelé au Non au référendum de décembre 2003, avec 5864 voix soit 4,75 % de S.E. Il est difficile de tirer des conclusions d’un tel scrutin, quand on sait que Marie-Jeanne dirigeait la Région en s’appuyant sur une partie de la droite. A aucun moment, il ne fut question dans ces élections de critique du gouvernement en place, car aussi bien les listes de gauche que de droite ont mis en avant les problèmes des gestion et de compétence. Marie-Jeanne a réussi à faire valoir son bilan de gestion de la Région auprès d’une majorité d’électeurs. Son étiquette indépendantiste ne faisant plus peur, sa réputation d’homme honnête et de bon gestionnaire a sans doute fait beaucoup pour rassembler autour de son nom cet électorat majoritaire.
Certainement, une partie des électeurs qui ont voté à gauche (PPM, Samot ou Socialistes) l’ont sans doute fait pour désavouer la politique menée depuis deux ans par le gouvernement Raffarin, consistant à prendre des mesures brutales contre la population laborieuse. Depuis que ce gouvernement est en place, on a vu augmenter le chômage, supprimer des allocations pour les chômeurs, attaquer le système de retraites, et notamment celui de la fonction publique. Et se profile à l’horizon une prétendue réforme de la Sécurité Sociale qui ne vise qu’à diminuer les prestations et les remboursements de frais de maladie.
Madeleine Degrandmaison pronostique déjà une victoire honorable au 2ème tour, sans doute espère-t-elle un ralliement des socialistes et des samotistes. Rien n’est moins sûr, étant donné la distance prise par Marie-Jeanne. Celui-ci fera-t-il appel de nouveau à ses amis de droite pour assurer son triomphe? Ce n’est pas impossible.
Pour les travailleurs, leurs intérêts ne seront pas plus représentés ni plus défendus dans un cas que dans l’autre et même si la gauche triomphait, cela ne changerait pas grand chose à ce qui se passe à la Région. Car la répétition de ces alternances gauche-droite n’apporte rien de plus. La gauche quand elle est au pouvoir, central ou local, fait une politique favorable au patronat. La seule voie dans laquelle les travailleurs pourront trouver une solution, c’est celle que nous avons indiquée au cours de cette campagne: c’est de pouvoir imposer grâce à leur mobilisation des mesures d’urgence permettant de contrôler les agissements des patrons et financiers qui sont les réels pourvoyeurs du chômage et de la misère.
Nos résultats en Martinique
La liste Combat Ouvrier/GRS appelait clairement à voter contre la politique de Raffarin et contre les agressions du patronat.
Elle mettait en avant un ensemble de mesures destinées à enrayer le chômage et à donner aux travailleurs les moyens d’exercer un contrôle sur ce qui se passe dans les entreprises, à interdire les licenciements et à réorienter les sommes colossales versées sous formes de subventions patronales vers le renforcement et le développement des services publics. 3866 électeurs ont voté dans ce sens soit, 3,12% des suffrages exprimés.
Comparés aux résultats de 1998, il n’y a guère de changement ; nous avions obtenu 3245 voix pour un pourcentage de 3,15 %. Le GRS ne présentait pas de candidats. Cette fois le pourcentage est de 3,13 % mais le nombre de voix est plus élevé parce que la participation a été un peu plus forte.
Ces résultats sont faibles, il s’agit d’une minorité de travailleurs qui ont choisi de nous suivre sur la politique mise en avant et sur nos propositions pour lutter contre le chômage. Mais cette minorité a eu raison de voter dans ce sens.
Les militants de CO et du GRS, ne sont ni des «clients de passage» de la classe ouvrière, ni des électoralistes ; ils luttent depuis bien longtemps aux côtés des travailleurs, ils continueront à le faire, étant conscients que c’est sur le terrain des entreprises, dans les manifestations, dans les rues, que les travailleurs ont le plus de chance de peser sur le patronat et sur ceux qui dirigent à leur profit, pour arracher leurs revendications et pour infléchir les décisions néfastes que ne manqueront pas de prendre les gouvernants locaux ou centraux.
Échos de la campagne
Un vote de classe. Certains travailleurs syndiqués à l'UGTG promettaient de voter pour la liste Combat Ouvrier
Plusieurs travailleurs syndiqués à l'UGTG rencontrés çà et là au cours de la campagne nous ont déclaré qu'ils voteraient pour la liste de Combat Ouvrier conduite par notre camarade J-M Nomertin, car disaient-ils, ils sont des travailleurs et veulent voter pour des travailleurs.
Évidemment, il est difficile sinon impossible de savoir combien se sont ainsi reconnus en Nomertin et dans le programme de la liste Combat Ouvrier. Mais certains l'ont sans doute fait effectivement. Ceux qui l'ont fait ont eu raison, car au-delà de leur appartenance politique ou syndicale, les travailleurs avaient intérêt à voter pour la liste Combat Ouvrier. Car c'est la seule qui défendait une politique dirigée contre le gouvernement Raffarin et contre les attaques des patrons. C'est la seule qui mettaient en avant une politique fondée sur des mesures d'urgence permettant de combattre les patrons qui licencient, ferment les entreprises et la politique du gouvernement consistant à se dégager des services publics, laissés à l'abandon, pour subventionner grassement le patronat. Ce qui est la seulle façon efficace de combattre le chômage et de créer ou préserver des emplois.
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