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France
Les chercheurs dans la rue
Depuis maintenant 3 mois, c'est la révolte dans le monde de la recherche scientifique et médicale. Les chercheurs voient leurs crédits diminués, gelés, et surtout la précarité s'installe dans ce domaine également. La colère a éclaté lorsque le gouvernement Raffarin a décidé de transformer 550 postes fixes en CDD.
Le mouvement a commencé par la mise en circulation d'une pétition sur Internet : 72000 signatures a ce jour. Puis il y a eu la démission de 2000 directeurs de recherche et de chefs d'équipe de leurs fonctions administratives. Le ministre de la Recherche pourtant chercheur elle même, astronaute connue, est d'accord pour ce qu'elle appelle l'élitisme: quelques dizaines de postes pour 7500 candidats, tous Bac + 8 ou davantage. Tout d'abord ces jeunes sont au chômage ou au mieux ils font de la Recherche tout en étant déclarés au RMI.
Cela a aussi des conséquences désastreuses sur la Recherche. On ne cherche que ce qui, à court terme, peut rapporter de l'argent au secteur privé. De grands problèmes en médecine ou dans d'autres domaines scientifiques ne sont plus traités.
Le 19 mars, dans plusieurs villes de France, des milliers de personnels de la Recherche sont descendus dans la rue. Raffarin a proposé 3 milliards d'euros sur 3 ans. Mais le mouvement continue car la principale revendication est celle des emplois. C'est le bras de fer.
La recherche
Mobilisation en Guadeloupe
Le même jour qu'en France, le 19 mars, les chercheurs de Guadeloupe ont organisé une action sur la Place de la Victoire à Pointe à Pitre. Les chercheurs de l'INRA ont été à l'origine de cette mobilisation. Ils étaient nombreux avec des techniciens, à présenter leurs recherches en agriculture tropicale. Ils voient leurs moyens diminuer ainsi que le nombre de postes: départs à la retraite non remplacés. Ils dénoncent aussi les menaces sur les 40% enlevés au personnel de la recherche pendant les congés de maladie. De jeunes chercheurs, en cours de thèse à l'Université Antilles Guyane étaient aussi présents avec quelques uns de leurs enseignants-chercheurs. Ils s'inquiètent pour leur avenir: de Bac +8 au RMI!
Pointe-à-Pitre
Mobilisation des personnels de l'éducation
Les personnels de l’éducation, enseignants et IATOSS (non-enseignants) ont fait grève le vendredi 12 mars dernier, liant leur mobilisation au mouvement national.
Ils se sont rassemblés devant le rectorat de Grand Camp. Plus de 500 d’entre eux étaient présents, et la grève a touché près de 70% des personnels des établissements scolaires.
La rentrée 2004, loin de laisser espérer une amélioration par rapport à 2003, s’annonce catastrophique. Les personnels de l’éducation dénoncent le manque de moyens alloués à l’académie. La dotation horaire globale est prévue en baisse, ce qui entraînerait la mise en chômage de nombreux contractuels et le fait que des candidats originaires de la Guadeloupe ayant réussi aux concours, ne pourront pas trouver un poste dans l’académie.
Paradoxalement, on se trouve chaque année confrontés à un manque d’enseignants dans certaines disciplines, et de ce fait, les professeurs absents pour raison de congé de maladie, maternité etc. ne sont pas remplacés. De nombreuses classes sont surchargées et donc les élèves qui ont quelques difficultés ont du mal à suivre. Et pire encore, beaucoup d’élèves ne peuvent pas suivre la filière qu’ils souhaitent ou même restent à la rue faute de place. Il faudrait donc créer des postes, embaucher des enseignants, mais c’est le contraire qui se passe.
On remarque également que le nombre de postes au CAPES créole a baissé de 50%.
Les personnel IATOSS dénoncent la suppression de 10 postes d’administratifs dans l’académie. Il y aura donc encore moins de possibilités de titularisation de contractuels, alors que plus de la moitié des IATOSS sont contractuels. Ils s’élèvent également contre le transfert des personnels TOS (techniciens, ouvriers et de service) et des médecins scolaires vers les collectivités locales, dans le cadre de la décentralisation.
L’ensemble des personnels met en garde les autorités administratives contre toute menace contre les 40%, et réclament une augmentation de salaire rattrapant la baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires sur les trois dernières années.
Une seule journée de grève ne pourra pas apporter de solutions à toutes ces revendications fondamentales pour les personnels et les élèves. Il s’agissait d’un avertissement qui devrait déboucher sur un mouvement de plus grande ampleur. La forte mobilisation de ce vendredi 12 a cependant été un premier pas réussi qui devrait faire réfléchir recteur et ministre.
Saint-François
"Si c'est interdit, c'est pour tout le monde"
Dimanche 29 février à 10h du matin sur la plage du VVF, nous venions de nous baigner. Nous regardions la dégradation du site, abandonné depuis un an, avec des bœufs et des cabris. On dit que Moutoussamy devait vendre le VVF à un Allemand, mais celui-ci non content d'avoir acquis l'école Alexandre Macal et le bord de mer, voulait aussi la plage, ce qui est illégal. Donc, depuis un an le VVF abandonné est pillé par des gens venus de toute la Guadeloupe. Brusquement, ce dimanche matin, des gendarmes nous ont encerclés, emmenés dans le hall du VVF: "Vous êtes en garde à vue". Une vingtaine d'entre nous, venus à la plage sans leurs papiers ont été emmenés à la gendarmerie du Moule et cela jusqu'au soir. Nous avons été questionnés: "Que faisiez vous là? Vous n'avez pas à vous retrouver là!" Nous ne comprenons pas, cette plage est-elle privée? Et depuis quand ? En tous cas, il n'y avait que des Noirs pris dans cette affaire, des touristes blancs venus après l'arrivée des gendarmes n'ont pas été inquiétés. Si la plage est interdite c'est pour tout le monde.
Ajoutons que ce jour là, Sarkozy, venu aider Michaux-Chevry dans sa campagne traversait la Guadeloupe. Même les gendarmes disaient que c'était une opération "politique".
Nouvelle provocation du MEDEF envers les travailleurs
Le MEDEF a présenté le mardi 16 mars, 44 propositions pour modifier le code du travail. Il estime que celui-ci est un «handicap pour la compétitivité des entreprises». Ce texte se veut une contribution à la préparation par le gouvernement d’une loi de «mobilisation pour l’emploi». Le MEDEF estime que le code du travail est «excessivement rigide, trop complexe, que le droit du travail est devenu un handicap pour la compétitivité des entreprises etc.» On se rappelle qu’un nommé de Virville avait fait des propositions allant dans ce sens. Tous ces gens-là veulent en fait, à travers la loi qui verra le jour au mois de juin, instituer une flexibilité complète qui permettra alors au patronat de disposer de salariés en temps et lieu qui les arrangent.
Les 44 propositions du MEDEF visent 5 domaines: contrat de travail, salaire, durée du travail, institutions représentatives du personnel et sanctions. Le MEDEF propose de revoir le statut du salarié et les notions de contrat de travail. Il veut supprimer les garanties liées au salariat (conventions collectives, protection sociale etc.) En matière de licenciements, il veut «simplifier la procédure», «harmoniser les délais», «clarifier les sanctions.» Le MEDEF considère que certaines dispositions relatives au harcèlement moral doivent être supprimées. Sur le problème des salaires, il propose un SMIC annualisé. Pour le temps de travail, il remet en cause les seuils imposés par la loi sur les 35 heures, à partir desquels les heures supplémentaires sont payées. Seul le patron doit être maître de la durée du travail! Il veut instituer une seule instance de dialogue social dans les entreprises, la suppression de la consultation du CE avant l’application d’un accord, le droit de faire appel à un expert indépendant, il veut imposer l’obligation de confidentialité des délégués sur l’état de l’entreprise, etc. Ce qui lui permettait de préparer ses mauvais coups contre les salariés dans le strict secret patronal!
Comme on le voit, pour le MEDEF, les travailleurs disposent de trop de droits, le code du travail est à jeter aux orties, il faut que le travailleurs arrivent chaque matin devant le patron et se soumettent à sa volonté pour avoir du travail. Le MEDEF veut faire revenir les travailleurs près d’un siècle en arrière. On verra bien si le gouvernement aura l’imprudence d’accepter de reprendre à son compte les propositions de M. Seillère, ce qui constituerait une véritable provocation pour les travailleurs.
Après le départ d'Aristide
Retour à l'ordre
Aristide est parti et l’heure est aux réjouissances dans le camp de la bourgeoisie et des politiciens à son service. Cela ne s’est pas fait sans dégâts surtout dans la population des quartiers qui, elle, a subi de plein fouet la rancœur des chimères en déroute, lâchés par leur chef. Durant les quinze derniers jours du mois de février, la situation a été terrible pour la population dans les quartiers de Port-au-Prince.
Il n’y avait pas de courant électrique, pas de nourriture, pas d’eau. et la peur était dans les quartiers sous influence des chimères ( Bel-air, Carrefour, Cité soleil.). En dépit de cela, les petites marchandes ont continué, comme elle l’ont fait toujours, à étaler au sol quelques produits à vendre, prêtes à détaler quand cela devenait trop dangereux, quand un groupe d’hommes armés arrivait sur elles.
Pendant les 5 jours entre le carnaval et le départ d’Aristide pour l’exil, les gens sont resté enfermés chez eux, dehors c’était la bataille entre les rebelles et les chimères. La population était sous la pression des chimères qui demandaient de pousser des slogans en faveur d’Aristide, bon nombre de gens ont été battus, violentés, violés ou tués.
Une semaine après le départ, les chimères n’étaient pas encore contrôlées par les troupes américaines. Les gens qui sortaient rapidement pour aller au ravitaillement dans les marchés ont vécu des épreuves traumatisantes, par exemple de se retrouver brusquement au milieu d’un groupe de chimères à un coin de rue avec le risque d’y laisser sa peau.
Au point que certains réfléchissent sur la situation, disant «en 91 nous sommes descendus sans armes dans la rue pour le sauver Aristide sous les balles, en 2004 ce sont des gens payés qui sont descendus dans la rue à son appel et ces chimères là s’en prennent à nous». Aristide s’est enfui et les autres chefs, René Civil (JPP), Paul Denis, Marie Claudette Gauthier (déléguée de POP), Lovenski Pierre Antoine ont fait pareil dès le lendemain de son départ à bord d’un avion privé.
Dans les quartiers populaires, c’est la nostalgie de n’avoir pas réalisé le rêve de 1991 qui est ressentie comme ce qui fait le plus mal. Avoir mis tant d’espoir dans un homme et le voir se retourner contre vous, c’est cela qui frappe la population des quartiers. Maintenant, faut-il se résigner et à passer à autre chose? Faut-il chercher un autre moyen de subsistance en comptant sur la bonne volonté des possédants? Beaucoup de gens sont abattus et démoralisés. Ils avaient cru qu’Aristide ferait quelque chose «pour eux», à leur place, mais c’était une illusion.
Après le départ d’Aristide, l’ordre revient, celui des possédants. Le mouvement de colère des étudiants s’est arrêté au départ d’Aristide, il n’y a plus eu de manif et certains courent de nouveau après des postes, sont en contact avec les rouages du nouvel Etat.
Les «internationaux» déploient leurs efforts pour mettre en place un appareil de gouvernement et rassurer les possédants. La mise en place de Boniface, président par intérim, va dans ce sens, Il se donne deux ans pour remettre en route le pays. Son conseiller spécial est Osner Févry, duvaliériste notoire. Comme disait les duvaliéristes «après nous, c’est nous»!
Le premier ministre Latortue, un homme de l’ONU ex duvaliériste, arrive des USA il s’est entendu avec un conseil qualifié de «sages» puis «d’état» pour mettre en place un gouvernement ne comportant ni opposants, ni aristidiens.
Mais le ton est donné avec l’ex général Abraham comme ministre de l’Intérieur, c’est la remise en selle de l’armée qui va reprendre son boulot de protecteur des riches que lui avaient enlevé les hommes de main d’Aristide. Les sénateurs lavalas qui sont encore en poste pour 2ans devraient rester en poste.
Les pauvres ne gagnent rien dans ce changement. Leurs difficultés n’ont fait que s’accroître un peu plus. C’est l’occasion pour les possédants de mettre en place un régime qu’ils pourront manipuler et qui n’aura pas besoin de cultiver les illusions des masses laborieuses. Pour les possédants, les bourgeois, tous les pauvres sont assimilés aux chimères. Ils disent que les pauvres avaient lâché les chimères sur les «honnêtes citoyens», à présent ils vont en supporter les conséquences, ils verront le retour du bâton. Ils seront contraints à rester à leur place, les pauvres chez les pauvres, les riches chez les riches, et tous ils respecteront l’ordre établi.
Les marchés sont ouverts, les banques et les supermarchés voient les clients fortunés affluer. Les écoles ont ouvert lundi à grand renfort de publicité sur les ondes du nouveau gouvernement.
Les marines ont retrouvé leur base sur l’aéroport, un peu délabrée mais ils sont chez eux, l’ordre règne dans le grand ghetto pour pauvres qu’est Haïti.
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