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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -    Samedi 17 avril 2004      N° 901
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Éducation nationale
L'avenir des TOS (Techniciens, Ouvriers de service) toujours en discussion!

En février 2003, Raffarin déclarait que 110 000 ATOS (administratifs, techniciens ouvriers de service) de l’Education nationale allaient être transférés aux collectivités territoriales: communes, communautés de communes, Départements, Régions et ce, sans l’accord des personnels concernés. Ne manquant pas de cynisme, il ajoutait que cette mesure permettrait à l’Etat de faire des économies.
Critiqué par les socialistes notamment qui pensaient trouver là une bonne occasion de le mettre en difficulté, il ne se gêna pas pour leur répondre qu’il ne faisait que mettre en œuvre ce qu’avait écrit Mauroy «noir sur blanc».
Mais depuis, les ATOS ont réagi et Raffarin a fait quelques concessions pour gagner du temps : les COPSY (conseillers d’orientation et psychologues), les infirmiers et infirmières, ne seront plus concernés par le projet. Et la date d’entrée en application de la mesure sera modifiée. C’est que, outre la grève de mai/juin 2003 ayant montré la détermination des personnels concernés, des voix discordantes, et pas des moindres, s’élevaient de plus en plus dans les rangs mêmes de l’UMP, le parti de Raffarin : Debré, président de l’Assemblée nationale, Poncelet, président du Sénat.
Dernière mauvaise surprise pour Raffarin, les résultats des élections régionales de mars 2004 qui ont donné aux socialistes et leurs alliés la gestion de la quasi-totalité des régions, sauf une, l’Alsace. S’appuyant sur le mécontentement des TOS notamment, les socialistes ont donc demandé à rencontrer Raffarin pour négocier les fameux transferts en janvier 2005.
Dans la mesure où c’est une idée qui vient d’eux, comme l’a rappelé Raffarin, on ne voit pas très bien ce qu’ils pourraient reprocher à ce dernier.
Par contre, les personnels ATOS doivent toujours être prêts à reprendre le chemin de la mobilisation. Car appliquée à la sauce socialiste ou à la sauce chiraquienne, ces mesures aboutiront toujours au même résultat : imposer aux travailleurs de l’Education nationale des restrictions tout en leur demandant des résultats. Avec le risque de faire appel au privé pour soi-disant optimiser ces résultats tout en réalisant des économies. Autant dire la simple application des demandes du Medef (syndicat des patrons).



Les agents de l'ANPE-Guadeloupe protestent contre le manque de moyens pour aider les chômeurs

Jeudi 1er avril, les agents de l’ANPE réunis en assemblée générale ont voté une motion de protestation qu’ils ont envoyée à la presse. Tous les ans ils vivent la même situation : manque de moyens pour la formation des demandeurs d’emploi. Cette année, ce sont les ressources pour les SIFE (Stage d’Insertion et de Formation à l’Emploi) individuels qui font défaut. Les années précédentes les agents ont dénoncé le retard pris dans la mise en œuvre des SIFE collectifs.
Stages collectifs comme stages individuels sont des moyens pour améliorer la formation des demandeurs d’emploi et ont pour objectif de leur permettre de retrouver plus aisément un emploi.
Cela fait des années, que les agents de l’ANPE, plus particulièrement en Guadeloupe et en Martinique dénoncent le saupoudrage en matière de formation. Les financements sont de plus en plus réduits et pas adaptés aux difficultés des chômeurs en Guadeloupe et Martinique. En Guadeloupe par exemple, 8 personnes sur 10 inscrites à l’ANPE n’ont pas de formation professionnelle. Or l’Etat a pris la décision de ne plus assurer la responsabilité, donc le financement, de la formation professionnelle.
Depuis la première décentralisation en 1982, la Région est devenue responsable de la formation des jeunes. La Région Guadeloupe est censée financer la formation initiale en alternance à travers l’apprentissage. C’est aussi la Région qui finance les formations mises en place par la Mission Locale pour les jeunes sortis du système scolaire sans diplôme. Une partie de la formation des adultes est aussi dévolue à la Région qui finance notamment les actions de l’AFPA. Les SIFE, stages collectifs financés par l’Etat à travers la direction du travail devraient faire l’objet d’un transfert à la Région dans le cadre de la deuxième décentralisation. Les agents dénonçaient aussi l’imprévision des directions qui n’ont rien fait pour gérer la période de transition sans nuire aux services fournis aux demandeurs d’emploi.
C’est toute cette politique de désengagement de l’Etat que dénonçaient les agents à travers leur motion. L’inquiétude des agents de l’ANPE est fondée. Il suffit de constater les difficultés que traverse actuellement l’AFPA pour s’en convaincre. Cet organisme est quasiment en cessation de paiement du fait de la mauvaise gestion de ses dirigeants et des choix de la Région Guadeloupe.
Le directeur de l’ANPE, expliquant à la presse les raisons de la pénurie de moyens, a répondu que des dossiers FSE (Fonds social européen) sont en cours de traitement pour compléter les financements de l’Etat français. Il n’empêche, en attendant, les chômeurs de Guadeloupe sont pénalisés.
Les agents de l’ANPE ont lancé un appel aux chômeurs pour qu’ils s’organisent et exigent des comptes sur les fonds destinés à la formation des demandeurs d’emploi. Seule leur mobilisation aux côtés des salariés de l’ANPE obligera les divers responsables, Etat, Région, ANPE à une plus grande transparence.



Sécurité sociale
l'essentiel n'est pas de négocier avec le gouvernement, mais d'essayer de le faire

Le ministre de la Santé, Douste-Blazy, démarre cette semaine une série de consultations de ce qu'il appelle les "partenaires sociaux", c'est à dire les confédérations syndicales, les mutuelles... et le Medef. Ces entretiens seraient destinés, selon le gouvernement, à préparer sa prétendue "réforme" de la Sécurité sociale. C'est toute la différence entre Raffarin II et Raffarin III. Avant les élections régionales, Chirac et Raffarin se proposaient de régler le problème par ordonnances. Depuis, ils prétendent faire dans la "concertation", consulter les organisations syndicales y compris patronales, faire adopter leur projet au parlement... où la droite est de toute manière assurée d'une confortable majorité. Mais leur objectif reste le même, Raffarin ne l'a pas caché. Et c'est, sous prétexte de "réforme", de diminuer encore les prestations auxquelles ont droit les travailleurs, les chômeurs et les retraités.
Le gouvernement craint d'autant moins l'opposition parlementaire que la gauche déclare aussi qu'il est nécessaire de "réformer" la Sécurité sociale. Bien des mesures visant à diminuer les remboursements de la Sécurité sociale, appliquées depuis deux ans par Chirac et ses ministres, avaient d'ailleurs été préparées par le gouvernement Jospin.
Malheureusement, les grandes confédérations syndicales ne tiennent pas un langage bien différent. Certaines, comme la CFDT, qui a déjà soutenu le gouvernement dans son offensive contre les retraites, sont visiblement prêtes à rééditer la même opération sur la Sécurité sociale. Et même la CGT, qui fait campagne depuis des semaines contre les menaces qui pèsent sur la Sécurité sociale, admet "l'urgence d'une réforme", même si elle la baptise "de progrès".
La CGT réclame depuis des mois "une vraie négociation" à ce sujet. Mais qu'est-ce qu'une vraie négociation ? Et qu'est-ce qu'il y aurait donc à négocier ? Le déficit de la Sécurité sociale, même s'il n'est pas aussi "abyssal" que le disent ceux qui crient à la catastrophe pour mieux faire accepter leurs sales projets, existe certes. Il résulte d'une part de rentrées insuffisantes, dues à la stagnation des salaires et au chômage, d'autre part d'une augmentation des dépenses qu'il n'y a pas lieu de déplorer, puisqu'elle est le fruit (au moins en partie) du progrès médical. Mais par rapport à cette situation, il n'y a qu'une seule solution qui soit juste : prendre sur les énormes bénéfices engrangés par les entreprises pour financer un système social digne de notre époque. Il n'y a aucune raison pour que les travailleurs, déjà victimes des bas salaires, du chômage et de la précarité, fassent en plus les frais des conséquences de cette situation sur la Sécurité sociale.
Mais si les militants de la CGT s'emploient à diffuser des tracts, à faire signer des pétitions, à préparer une manifestation du premier mai sur le thème des "garanties sociales en danger", ce que mettent en avant les dirigeants de leur confédération, c'est l'élection des représentants des travailleurs aux Conseils d'administration, autrement dit le nombre de postes qu'ils pourront occuper dans les conseils d'administration de la Sécurité sociale. Ce qui est d'ailleurs la préoccupation de toutes les confédérations.
Il ne suffit pas, bien sûr, d'appuyer sur un bouton pour déclencher une riposte d'ensemble du monde du travail aux mauvais coups du gouvernement et du patronat. Mais une telle riposte peut se préparer. Ce devrait être le rôle des confédérations syndicales, si elles étaient plus soucieuses des intérêts des salariés que des strapontins qu'elles pourraient occuper dans tel ou tel organisme administratif.
Arlette Laguiller



La grève des travailleurs du secteur sucre-rhum

Les travailleurs des usines à sucre de Gardel à Moule et de Marie-Galante ainsi que ceux de certaines distilleries ont observé deux journées de grève les 05 et 06 avril derniers. Ce mouvement- de colère était dû au fait que le directeur de la distillerie de Montebello à Petit Bourg, Alain Marsolle, lors d’une réunion tenue dans la distillerie, avait frappé d’un coup de crosse de revolver un militant de l’UGTG.
Ce même Alain Marsolle est bien connu des travailleurs du secteur, pour ses paroles déplacées et ses menaces. Petit chef à Gardel, il y a une trentaine d’années, il n’avait pas hésité à dire aux ouvriers, lors d’une grève, que leur chair allaient servir de boue dans la cour de l’usine. Mais Alain Marsolle n’avait jamais été aussi loin dans son mépris, sa hargne et sa bêtise. C’est dire combien ce cow-boy de Marsolle est un patron béké d’un autre temps. Il se trompe d’époque. Il se croit toujours au 19ième siècle, avant ou même après l’esclavage où les patrons blancs se croyaient absolument tout permis contre les travailleurs noirs.
Alain Marsolle se croit sans doute protégé, en tant que patron, par l’Etat et la justice. D’autant plus qu’aucun des patrons du secteur, en pleurant sur les ondes sur les millions d’euros que vont leur coûter les deux journées de grève, n’ont jamais condamné l’agression du directeur de la distillerie de Montebello sur un militant syndicaliste. Que n’aurait t-on pas entendu de tout le lobby patronal, anti grève anti travailleur, si les faits avaient été inversés, si par exemple un syndicaliste avait ainsi perdu son sang froid et frappé le patron ! Il y aurait même eu peut être convocation au tribunal voire emprisonnement!
En réalité, ce que Marsolle ne supporte pas, c’est la présence de syndicalistes dans son entreprise. Il l’a déjà dit et répété plusieurs fois. Il se croit au dessus des lois. Les travailleurs ont su répondre en tout cas comme il fallait, par une action de masse, une grève en pleine récolte de surcroît.



CHU de Pointe-à-Pitre
Le mouvement des précaires a payé

Cela fait une dizaine d’année que la mise à plat de la situation de l’effectif au CHU traîne. Il faut dire que les DRH (Directeur des ressources humaines) qui se sont succédés ne tenaient pas particulièrement à éclairer la situation, l’embrouille jouant en leur faveur pour faire la pluie et le beau temps au niveau de l’embauche au CHU.
Quand en décembre dernier, le DRH en place décidait de renvoyer une centaine d’agents contractuels, cela mis le feu à la poudre, les contractuels décidèrent de ne pas se laisser faire. Aidés des syndicats, ils imposèrent la prolongation de leurs contrats de 3 mois, le temps que la direction fasse le ménage dans la comptabilité de son effectif afin de dégager les postes vacants et y intégrer des contractuels.
Pendant ces trois mois de répit, les contractuels ne restèrent pas inactifs : assemblées générales, rencontres imposées à la direction, pétitions, eurent raison de la résistance de la DRH. 356 postes vacants furent dénombrés ! 296 doivent être attribués dans les mois qui suivent, les 60 restants doivent faire l’objet d’une étude par un comité des effectifs, comprenant des représentants du personnel, avant d’être répartis.
Les contractuels ont également obtenu:
-le maintien en place, pour des remplacements, de ceux qui ne seraient pas immédiatement intégrés,
-la priorité donnée aux agents sur place pour les intégrations par rapport aux mutations.
Encore une fois, il est démontré que seule la lutte est payante ! Mais au regard des postes proposés, la situation de nombreux contractuels demeure précaire, la vigilance s’impose!!



Les travailleurs d'EDF en grève contre la privatisation

Jeudi 8 avril, 75% des agents d’EDF-GDF étaient en grève en France. A Paris, la manifestation a regroupé 8000 participants. Ils exigeaient le retrait de la loi sur la transformation juridique des deux entreprises (Electricité de France et Gaz de France). Les syndicats CFDT, CFTC, CFE-CGC, CGT et FO avaient appelé à la manifestation et à la journée de grève. La transformation de ces établissements publics en société anonyme apparaît en effet aux salariés comme un premier pas vers une privatisation à laquelle ils sont farouchement opposés. La date de la manifestation, le 8 avril, a été choisie car c’est un 8 avril, en 1946, il y a donc 58 ans, qu’EDF-GDF avait été nationalisé. Une nouvelle journée d’action est prévue le 22 avril, date de l’examen du texte de loi devant le conseil d’état, et une manifestation nationale sera organisée fin mai.
Selon le gouvernement, il n’est pas question de privatiser, mais de « donner à ces deux entreprises les moyens de leur développement », et d’ouvrir le marché à la concurrence. C’est jouer sur les mots ! Il s’agit bien d’ouvrir ces entreprises publiques au capital privé. Et si Sarkosy affirme qu’il n’y aura pas de vente des actifs et que les statuts seront préservés, rien ne le garantit pour l’avenir, si ce n’est la forte mobilisation des travailleurs. De plus, le texte prévoit la mise en œuvre de la réforme du système de retraite des agents.
Ces derniers ont procédé à des coupures dites « ciblées » : ils ont coupé l’électricité de certains établissements publics et des centres de certaines grandes villes. Par contre, il ont prolongé les tarifs en heures creuses pour les usagers, et ils ont rétabli le courant pour certains usagers qui avaient été coupés faute de pouvoir payer. En Guadeloupe, s’il n’y a pas eu de coupures, il y a eu grève avec rassemblement des agents devant le siège de l’EDF à Bergevin.
L’exemple de la privatisation de France Télécom, avec la pression qu’elle a engendrée pour les agents, l’obligation de rentabilité, le double statut (privé et public), sont un bon exemple du danger qui pèse sur eux. Leur mobilisation ne fait donc que commencer.




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