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ÉditorialLa justice vole au secours du patronat. Travailleurs, faisons front contre la répression!
En Guadeloupe comme en Martinique, des travailleurs agricoles sont licenciés, d’autres sont en attente et ne savent pas très bien quel sort sera le leur dans les semaines à venir. En effet, dans leurs luttes pour arracher des subventions des mains du gouvernement, les gros planteurs de banane font flèche de tout bois, n’hésitant pas à fermer des plantations, à laisser des terres en friches.
Mais ce n’est pas le seul secteur où les travailleurs sont mécontents. Des grèves ont éclaté tout au long de ces deux dernières années dans un secteur ou un autre. On a vu se battre les municipaux des deux îles, les travailleurs de la CTM, de l’Hôtellerie, du Commerce, des banques etc. Cette combativité des travailleurs déplait au patronat, qui veut à tout prix l’affaiblir. Il a tenté de mettre en avant les beaux parleurs du dialogue social, qui ont tenu congrès, conférences etc. pour expliquer comment éviter les conflits sociaux grâce à de bonnes discussions entre patrons et travailleurs. Mais cela n’a eu aucun effet, ne serait-ce que parce que les gros patrons sont tellement bornés et rétrogrades qu’aucun dialogue n’est possible avec eux. Mais il n’y a pas qu’eux! Les maires, les chefs de service etc., se montrent tout aussi durs envers les salariés quand ceux-ci revendiquent leurs droits. C’est ce qui explique que les conflits sociaux sont longs et accompagnés souvent d’affrontements sérieux.
Il se trouve que bien des travailleurs et des syndicats tels que l’UGTG, la CGTG, la CGTM, refusent de céder aux diktats des patrons, maires et Cie. Ils n’acceptent pas non plus que les accords passés à la fin de conflits ne soient pas appliqués, comme c’est souvent le cas, et bien évidemment cela fait rebondir les conflits. En se défendant avec bec et ongles, les travailleurs sont conduits à descendre dans les rues, à organiser des barrages, à affronter les forces policières et ceci depuis des mois, particulièrement en Guadeloupe.
Aujourd’hui, on est passé du dialogue social à la répression judiciaire. Cela n’a rien de surprenant dans l’Etat actuel. Que patrons, police et justice se retrouvent opposés aux travailleurs qui se battent, cela fait partie de l’ordre des choses.
En ce moment, la prétendue justice a la main lourde. Dans une lettre envoyée aux organisations, l’UGTG écrit :«la répression judiciaire s’acharne sur les militants et dirigeants de l’UGTG. Que leur reproche-t-on? De défendre tout simplement les travailleurs face à un patronat réactionnaire et revanchard.
A ce jour, 13 de nos camarades et dirigeants sont condamnés à des peines de prison ferme et avec sursis, et à un total de 120159,50 euros d’amende et de dommages et intérêts. Cinq autres militants sont convoqués ou reconvoqués au tribunal correctionnel d’ici le mois de septembre 2004. Parmi tous ces camarades victimes de cette vague de répression judiciaire, sept délégués du personnel, délégués syndicaux et dirigeants de l’UGTG ont été licenciés, trois autres seront licenciés à la moindre nouvelle condamnation». Ajoutons que ces condamnations représentant près de 27 mois ferme et près de 90 mois avec sursis pour ces 13 militants. Ce qui montre bien qu’il s’agit d’une répression pour des faits de grève, c’est que ces condamnations concernent des événements variés :grèves de communaux, grève des transporteurs de produits pétroliers, grève de l’hôtellerie, grèves de supermarchés (Match, Ecomax) etc.
Les organisations du mouvement ouvrier, syndical et politique ne doivent pas laisser passer cela sans réagir. Il ne faut pas accepter que la justice vole au secours du patronat et décide de frapper une organisation syndicale qui dérange ce patronat. Les militants de ces organisations, les travailleurs, doivent faire front avec l’UGTG et avec les camarades condamnés afin de faire reculer cette répression. Il faut que le patronat et la justice coloniale sachent qu’ils n’auront pas affaire qu’à l’UGTG dans cette affaire là.
Martinique
Agriban mis en redressement judiciaire. Une mobilisation générale des ouvriers agricoles est nécessaire
Le groupement COBAMAR et le groupe FABRE avaient conduit plus de 20 habitations en redressement et en liquidation judiciaire avec plus de 150 ouvriers licenciés.
Le groupe AGRIBAN avait repris en janvier 2004, cinq de ces habitations: Grand-Réduit, Signardy-Desgazon, Château-Gaillard au Morne Rouge, Petit Galion à Trinité, et Macabou au Vauclin. Depuis cette reprise, les salariés ont plusieurs fois cessé le travail, ce qui a obligé l’employeur à leur verser les salaires mais avec toujours du retard.
Dès le 10 avril , les ouvriers, ont arrêté le travail et réclamé le paiement des salaires du mois de mars. Après bien des promesses sans résultats, les ouvriers ont érigé des barrages le 26 avril. Une partie des sommes dues fut versée. Pour le solde et les salaires du mois d’avril une réunion était prévue pour le mardi 4 mai. Sur les barrages établis sur trois sections de route reliant le Morne Rouge à Fort-De-France et Saint-Pierre les forces de l’ordre essayèrent à plusieurs reprises d’intimider les ouvriers et leur demandèrent de lever les barrages. Les ouvriers ne se laissèrent pas faire et continuèrent leur combat. Ils avaient le soutien et les encouragements de la population.
La réunion du mardi 11 fut particulièrement houleuse. Les employeurs arrivèrent en retard et le principal intéressé était absent. S’était-il défilé? Sous la pression des ouvriers, ses associés finirent par le convaincre de se présenter. Le solde du mois de mars fut versé, mais rien pour le mois d’avril et pour les mois suivants.
Des ouvriers exaspérés ont saisi le tribunal de commerce. Les employeurs continuaient à promettre qu’ils allaient trouver des fonds.
Les salariés dans les jours suivants se regroupèrent sur les différentes exploitations. Certains disaient qu’il fallait attendre le 11 mai la décision du tribunal, d’autres disaient que quelle que soit la décision du tribunal, ils n’avaient pas l’intention de continuer à travailler en étant obligé chaque mois de s’arrêter pour réclamer leurs salaires et qu’une mobilisation générale des ouvriers de la banane est nécessaire.
En effet une mobilisation est nécessaire alors que les planteurs qui licencient continuent d’autres activités lucratives en laissant des millions de dettes sociales (non versement de la part salariale à la sécu , non versement aux ASSEDIC) et fiscales.
Guadeloupe
Banane, alerte n°?
Celui qui en cas d’alerte cyclonique attendrait que l’ouragan soit là pour commencer à consolider sa maison sera considéré comme un peu «fou». Pour nous camarades de la banane c’est déjà plus que l’alerte n° 1. Car depuis des semaines on voit le ciel s’assombrir: diminution du nombre de journées de travail, paye en retard, licenciements (SCEA Pavillon, SCEA Véga, D. Bureau etc), menaces de fermetures et de ventes (Le Métayer et H. Chaulet) et de licenciements. Un certain nombre de camarades sont déjà mobilisés. Et il ne faut pas que ceux qui ne sont pas encore menacés se croient définitivement à l’abri car alors ils se comporteraient comme celui qui attend que l’ouragan soit là pour consolider sa maison. Il faut donc qu’ils se joignent à ceux qui sont déjà mobilisés.
Des procédures légales existent pour nous aider. Mais c’est l’union des travailleurs qui fait leur force et qui est seule capable d’obliger patrons et pouvoirs publics à prendre en compte leurs revendications. Plus nous serons nombreux plus nous aurons les moyens de nous faire entendre et donc de nous faire payer les journées perdues, de nous faire indemniser de manière suffisante. Et surtout de mettre un frein aux sombres projets que concoctent un certain nombre de patrons de la banane.
Le Moule
Les ouvriers de la distillerie damoiseau en grève
Les ouvriers de la distillerie Damoiseau de Bellevue au Moule sont en grève. Ce Mouvement de colère des ouvriers syndiqués à l’UGTG a commencé le jeudi 6 mai.
En effet, après plusieurs heures de négociations ce même jeudi, le binôme composé du médiateur Carbone et du directeur administratif Grégorie Hayot n’ont voulu lâcher que quelques points d’un cahier de revendications présenté par les grévistes.
Car les ouvriers réclament entre autres:
- Des vestiaires;
- Une prime de fin de récolte de 1 000€
- Une remise sur le rhum qu’ils achètent dans la distillerie;
- Que la direction de la distillerie paie une partie de leur mutuelle;
- Un palan électrique dans les normes;
- La révision de la grille de qualification qu’ils réclament depuis un an.
Sur ce, des promesses ont été faites pour l’ensemble des points. La direction donne son accord pour changer le vieux palan manuel qui déraille souvent mettant en danger la vie des ouvriers qui le manipulent. Elle est prête à accorder 500 € sur les 1000 réclamés. Son accord est donné pour les vestiaires ainsi que pour les autres points. Mais s’agissant du reclassement des ouvriers, la direction ne veut rien entendre pour l’instant car elle sera obligée de donner à chaque ouvrier le salaire qui correspond à son échelon, ce que les Damoiseau ne veulent pas. Quant on pense qu’il y a des hommes qui travaillent dans cette distillerie depuis près de 30 ans et qui gagnent pratiquement le SMIC, on comprend aisément le coup de colère des ouvriers.
Et il faut signaler que l’argument de la direction est le suivant, si elle nous accorde la révision de la grille de qualifications, elle créera des problèmes dans l’ensemble de la filière.
Dans ce cas, ceux de Bellevue devraient alerter les ouvriers de l’ensemble de la «filière rhum»!
La grève continue. Une rencontre avec la direction est prévue pour le lundi 10 mai 2004 mais à l’heure où nous écrivons cet article le résultat de cette réunion nous est pas connu.
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