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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -    Samedi 15 mai 2004      N° 903
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À Dien Bien Phu, il y a cinquante ans, la défaite de l'armée coloniale française

Il y a cinquante ans, le 7 mai 1954, l’armée française subissait la plus grande défaite de son histoire coloniale à la bataille de Dien Bien Phu au Vietnam. Ce qu’on appelait alors l’Indochine était en proie à une guerre coloniale depuis huit ans. L’impérialisme français tentait de maintenir dans cette région du monde une partie de son empire colonial, conquis depuis le milieu du 19 ème siècle. Face aux incessantes rébellions et révoltes des opprimés du Vietnam, ce n’est que par la violence des armes, la répression, la torture que le colonialisme français imposa sa présence pendant plus d’un siècle. Et tout cela pour protéger une administration coloniale raciste et méprisante et surtout les intérêts des grosses sociétés capitalistes qui exploitaient sans vergogne les travailleurs vietnamiens et partant tout un peuple abandonné à une innommable misère. Au début de la deuxième guerre mondiale, se créa le Vietminh qui développa la guérilla vietnamienne contre les forces coloniales, sous contrôle politique du Parti communiste vietnamien. A leurs têtes: Ho Chi Minh et Vo Nguyen Giap, dirigeants historiques du nationalisme vietnamien moderne. Ho Chi Minh avait fondé le Parti Communiste Vietnamien en liaison avec les partis communistes de l’URSS et de Chine. Ces partis n’avaient plus rien à voir avec la défense des intérêts du prolétariat. Ce dernier avait été englobé par eux dans des fronts nationaux luttant principalement pour l’indépendance contre le colonialisme. Les dirigeants nationalistes vietnamiens avaient au préalable saboté les soulèvements ouvriers dans les villes au cours des années 30 et assassiné un certain nombre de dirigeants ouvriers, en particulier les militants trotskystes. Ils s’appuyaient néanmoins sur les sentiments d’oppression et de colère de la population Vietnamienne face aux exactions du colonialisme français.
En 1954, pourtant on en était déjà à la fin de la «guerre d’Indochine». l’impérialisme français préparait son départ. Face à la résistance particulièrement tenace des troupes Vietminh, face à leur guérilla persistante et surtout face au soutien qu’ils rencontraient dans la population vietnamienne la présence française devenait intenable. Les pertes du corps expéditionnaire français étaient de plus en plus lourdes. Les gouvernements français même n’entendaient plus envoyer de troupes supplémentaires dans cette guerre coloniale devenue coûteuse et embarrassante. Ils s’apprêtaient à négocier avec les représentants du Vietminh.
Cependant l’ordre avait été donné au Général Navarre de préparer sur le plan militaire une «sortie honorable» Et surtout avant de quitter le Vietnam, l’impérialisme français voulait barrer la route du Laos au Vietminh. Il voulait protéger ses intérêts au Laos, Etat associé à la France et éviter que ce pays tombe dans la sphère d’influence de l’URSS. C’est ainsi que fut choisie la vallée encaissée de Dien Bien Phu, une sorte de verrou à proximité de la frontière laotienne. Navarre et son état major pensaient ainsi en concentrant leurs troupes, attirer celles du Vietminh afin qu’elles y subissent une défaite cuisante qui les empêcheraient d’accéder au Laos. C’est un peu ce qui s’était passé dans un précédent camp retranché à «Na san» quelques mois avant, où les troupes françaises avaient mis en déroute les troupes vietminh. De plus, une victoire à Dien Bien Phu aurait alors permis aux futurs négociateurs français de Genève d’aborder les discussions en position de force et de faire signer aux représentants Vietminh le maximum de concessions. Mais l’inverse aussi était possible. L’état major français offrait aux combattants vietnamiens la possibilité de livrer eux aussi une bataille décisive avant les négociations. Et en plus l’état major vietminh dirigé par le général Giap avait tiré les leçons de Na san.
Après 56 jours de combats acharnés, les troupes vietminh emportèrent la victoire. Le coût humain fut immense: plus de 10 000 morts côté vietnamien, décimés au cours de multiples assauts du camp français. Plus de trois milles morts côtés français et près de 11 000 prisonniers dont les deux tiers moururent sur les routes de la captivité.
Les négociations de Genève commencèrent le lendemain de la prise de Dien Bien Phu par le Vietminh et conclurent à la séparation du Vietnam en deux états de part et d’autre du 17éme parallèle, dont le Vietnam du Nord dirigé par le parti communiste vietnamien qui échappait définitivement à l’emprise de l’impérialisme. Quelques années après, la deuxième guerre du Vietnam conduite cette fois par l’impérialisme américain contre les troupes «Vietcong», enfants du Vietminh, devait aboutir à une seconde défaite de l’impérialisme et à la réunification du Vietnam sous la direction de Ho chi minh et du parti communiste vietnamien.
Mais on peut dire que «Dien Bien Phu» a marqué le début de la fin de l’empire colonial français. Le combat des nationalistes vietnamiens avait enhardi une nouvelle génération de nationalistes anti colonialistes dans les autres colonies françaises. Et c’est en Algérie, la même année 1954, que les combattants nationalistes déclenchèrent une nouvelle insurrection armée puis une nouvelle guerre dont l’impérialisme français ne sortit pas non plus victorieux.



Les soldats des colonies versaient leur sang et récoltaient le mépris

Au cours des guerres mondiales et des guerres coloniales, l’armée française a incorporé en grande quantité des troupes venues de tout l’empire colonial français. Tirailleurs sénégalais (nom générique des soldats africains), Vietnamiens, Nord-africains, antillais ont constitué des bataillons et des régiments entiers sous les ordres d’officiers français «métropolitains». La légion étrangère était aussi constituée en grande partie comme aujourd’hui de soldats non français dont beaucoup d’Allemands et d’originaires des pays de l’Est.
A Dien Bien Phu 75% des troupes étaient d’origine non «métropolitaine» mais venus des colonies. Dès les premiers combats trois bataillons nord africains furent anéantis. L’impérialisme français a ainsi puisé largement dans la jeunesse de ses colonies la chair à canon nécessaire à ses entreprises de domination. Un certain nombre de soldats africains furent même enrôlés de force pendant les deux premières guerres mondiales. D’autres s’engageaient pour fuir la misère et nourrir leur famille.
L’impérialisme ne fut pas pour autant reconnaissant envers ces hommes. Beaucoup, parvenus à la retraite et après l’indépendance de leur pays ne perçurent qu’une pension d’ancien combattant beaucoup moins élevée que celles de leurs «frères d’armes», français métropolitains. Ce n’est que ces derniers temps que le scandale éclatant au grand jour, l’Etat français a consenti à revaloriser les retraites des anciens combattants africains, et encore, avec beaucoup de réserve et de parcimonie.
Ainsi va le mépris, voire le racisme de l’impérialisme français envers les ressortissants de ses colonies qu’il a envoyés verser leur sang dans ses guerres. L’exemple le plus édifiant fut celui des Harkis, supplétifs de l’armée française pendant la guerre d’Algérie dont plusieurs milliers furent abandonnés, désarmés par l’armée française, à la fin de la guerre, avant d’être massacrés par le FLN. Ceux qui ont pu fuir en France ont été parqués dans des quartiers misérables et furent réduits à vivre dans la misère.



Un article de Arlette Laguiller. Éditorial des bulletins d'entreprise (10/05/2004): Pour une Europe unie, débarrassée de la dictature des financiers

Les grands partis se lancent, les uns après les autres, dans la campagne pour les élections européennes qui auront lieu dans cinq semaines. Derrière les envolées sur l'Europe, chaque camp a surtout des préoccupations de politique intérieure.
Raffarin voudrait que les résultats des listes UMP soient assez bons pour lui permettre de prétendre que le désaveu qui lui a été infligé aux régionales est accidentel. Le Parti socialiste, de son côté, voudrait que le mécontentement à l'égard de la politique du gouvernement se traduise, comme aux régionales, par un vote massif en faveur de ses listes. Ses dirigeants font appel au "vote sanction" contre le gouvernement.
A coup sûr, les élections européennes offrent une nouvelle occasion de désavouer la politique de ce gouvernement à plat-ventre devant le grand patronat et le Medef, qui, après avoir amputé les retraites, s'attaque à l'assurance maladie, au droit de se soigner convenablement. Ce serait dommage de ne pas se saisir de l'occasion.
Mais sans cautionner le P.S. qui, pendant les cinq ans où il a dirigé le gouvernement, n'a pas protégé les travailleurs contre les licenciements, au contraire, et dont bien des mesures contre les travailleurs ont préparé celles de la droite.
Contrairement aux régionales, les européennes n'ont pour enjeu ni de décider d'une majorité ni de la couleur d'un exécutif. L'électorat populaire a intérêt, tout en s'opposant clairement à la droite, à avertir qu'il n'acceptera pas qu'un nouveau gouvernement de gauche mène, comme Jospin, une politique favorable au seul grand patronat.
Faut-il ou non un référendum pour adopter la future Constitution européenne ou, encore, la Turquie fait-elle ou non partie de l'Europe ? Voilà les seules questions qui préoccupent la caste politique.
Comme si une Constitution, tout entière élaborée pour protéger la propriété privée et les intérêts patronaux, pouvait devenir meilleure si elle était adoptée par référendum ! Comme s'il était souhaitable de claquer la porte de l'Europe au nez de la Turquie alors que des millions de travailleurs turcs vivent et travaillent en France ou en Allemagne et qu'on considère les populations des restes de l'ancien empire colonial français comme européennes d'office, même si elles vivent en Amérique du sud ou en Polynésie.
Le Parti socialiste, lui, parle d'Europe sociale et se prononce même pour un salaire minimum européen. Il affirme cependant qu'il est impossible que le salaire minimum polonais ou slovène puisse être du même montant qu'en France. Mais pourquoi donc serait-il plus difficile d'imposer un salaire minimum européen, aligné sur le pays où il est le plus élevé, que d'imposer la monnaie unique, l'euro, et les contraintes budgétaires qui vont avec?
Les travailleurs, la population, ont intérêt à une Europe unie, sans frontières entre les peuples, aussi large que possible. Mais cette Europe ne pourra être sociale ni véritablement unifiée que si elle est débarrassée de la dictature des groupes financiers. Ce n'est pas l'unification européenne, mais c'est cette dictature-là qui est responsable du chômage, des bas salaires, des retraites amputées et de l'assurance maladie menacée.
L'extrême droite, imitée par certains à gauche, brandit contre l'Europe la menace des délocalisations des usines ou celle de la venue massive de travailleurs aux salaires bas, pesant sur les salaires d'ici. Comme si, depuis plus d'un siècle, les capitaux ne se "délocalisaient" pas sans cesse pour s'investir là où ils rapportent le plus ! Comme si, bien avant l'élargissement de l'Europe, les grandes entreprises n'avaient pas l'habitude d'importer des travailleurs mal payés du Maghreb, de Turquie ou d'Afrique noire!
Ce ne sont pas les frontières qui nous protègent des licenciements ; pas plus qu'elles ne nous protègent contre les bas salaires. Ne les laissons pas nous opposer les uns aux autres. Travailleurs d'Europe, ensemble nous représentons une force capable d'interdire les licenciements et d'imposer des salaires corrects pour tous.

Arlette Laguiller



Les intermittents toujours mobilisés

Pour se faire entendre, les intermittents du spectacle menacent de perturber les festivals d’été. En particulier celui de Cannes qui débute ces jours-ci. Ils annoncent des actions «mémorables» au cas où le ministre de la Culture et de la Communication, Donnedieu de Vabres ne remettrait pas en vigueur leur ancien mode d’allocation chômage. Ils veulent donc continuer à toucher des indemnités de chômage durant 12 mois si au cours des 12 mois précédents ils avaient travaillé 507 heures. En janvier dernier le MEDEF à travers de l’UNEDIC, sous prétexte que ce régime était trop déficitaire l’avait rendu plus restrictif. Il faut travailler ces 507 heures durant 10 mois au lieu de 12 pour être indemnisé durant 8 mois au lieu de 12. Pour les patrons c’est aux travailleurs intérimaires du spectacle de combler le déficit de leur régime de chômage. Mais ce déficit est l’œuvre des patrons organisateurs de spectacles, et de ceux des chaînes de télévision, des radios. Ils emploient ces travailleurs en permanence sans jamais les titulariser pour éviter de payer les cotisations chômage. Moins d’entrées de cotisations, donc déficit du système. Ce sont les patrons qui ont créé cette situation, c’est eux qui en profitent, mais ils veulent que les travailleurs résorbent le déficit.
Le nouveau ministre, devant la détermination des intermittents à poursuivre la lutte, se dit ouvert à la discussion, mais il ne dit pas qu’il leur donnera satisfaction. Il cherche à gagner du temps. Sa dernière trouvaille a été de demander une dizaine de jours pour faire des propositions constructives.




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