logo COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -    Samedi 26 juin 2004      N° 905
Sommaire > Page précédente > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail 

Page 2


Martinique
Lamentin: Conférence du syndicat CGTM de la banane

Le vendredi 18 juin, à la maison de la culture du Lamentin, le syndicat CGTM des ouvriers agricoles, tenait une conférence d’information pour expliquer leur situation aux militants de la confédération. Devant plusieurs dizaines d’ouvriers agricoles et de salariés des autres secteurs, les responsables du syndicat ont tour à tour expliqué ce qu’il y avait derrière la crise d’aujourd’hui dans la banane.
Ils ont notamment expliqué qu’une restructuration était en cours dans ce secteur, au profit des plus gros planteurs. Ils ont aussi rappelé que des centaines d’ouvriers ont déjà été licenciés et que le mouvement n’était pas terminé L’assemblée n’était pas nombreuse. Mais à l’écoute des camarades de la banane, un vif sentiment d’injustice et de colère gagna les participants. Les responsables du syndicat CGTM ont terminé la conférence en expliquant les mesures retenues par le syndicat pour la défense des ouvriers de ce secteur.
Certains militants posèrent des questions, ne comprenant pas que de telles injustices ne provoquent pas la colère et la mobilisation de tous les ouvriers agricoles de la banane. D’autres sont intervenus pour dire que même si les ouvriers du secteur étaient découragés, il était nécessaire de se montrer solidaires avec eux. D’autres encore expliquèrent les méthodes qui sont utilisées actuellement dans leur secteur par le patronat pour décourager les salariés de se regrouper.
A la fin de la réunion, les participants étaient néanmoins satisfaits d’avoir obtenu des explications nécessaires pour pouvoir mieux sensibiliser leurs camarades.



Morne-à-l'Eau
Le personnel de mairie en grève

Depuis près de 15 jours le personnel de la mairie, syndiqué à l’UNSA, est en grève. Pour le travailleurs, le maire Julien Chovino ne respecte pas les engagements qu’il a signés le 09 mars 2004 à savoir, «le paiement des rappels de salaires au personnel en poste depuis plu de 20 ans pour certains». Il paraît même, selon les grévistes, que le maire embaucherait alors qu’il laisse traîner la créance obligatoire du personnel. Le syndicat affirme qu’une employée, mère de famille, ne reçoit pas son supplément familial depuis 1996. Ce sont là quelques unes des raisons qui expliquent la colère du personnel de la mairie de Morne-à-l’Eau. Ils ont érigé aux abords de la mairie une barricade faite de bric-à-brac. Mais les grévistes discutent par petits groupes, sur la place devant la mairie, en attendant la réunion du conseil municipal qui aura lieu le lundi 21 juin au soir. A l’heure que nous écrivons ces lignes, le résultat de cette réunion ne nous est pas connu.
Pour l’UNSA, le syndicat qui mène ce mouvement, si à la suite de cette réunion le maire n’apporte de solutions satisfaisantes, le mouvement se durcira.



Moule
Les marchandes se plaignent!

L’ancien marché du Moule qui se situait à l’angle des rues de la République et du général Lacroix, était tellement délabré que la DASS fut forcée d’exiger de la municipalité sa démolition. Depuis, malgré les promesses de reconstruction du marché dans le quartier de Bonan, madame le maire Louis - Carabin n’a rien fait ! Pour certaines marchandes, cette situation dure depuis trop longtemps. Car la municipalité leur a aménagé un emplacement provisoire à la place de l’ancienne école des filles, entre les rues de la République et Victor Hugo. Mais pour ces marchandes cet endroit n’est pas fonctionnel. Les étals sont inappropriés et le manque de sanitaires sur les lieux les oblige à se rendre au «Chalet de nécessité» situé à une centaine de mètres. Pour ces gens, cette situation a assez duré. Une marchande a même construit sur place son propre emplacement et l’a aménagé pour travailler dans de meilleures conditions. Les marchandes se sentent méprisées par les dirigeants de la commune. Du reste, ce marché provisoire est de plus en plus déserté. Le samedi, jour de grande affluence, la plupart des marchands occupent le tronçon de rue, du marché jusque sur le boulevard Rougé. Les autres jours de la semaine, ils sont éparpillés partout sur les trottoirs des grands axes au centre ville.



Sarkozy n'a obtenu que le minimum

Nicolas Sarkozy, ministre des finances se faisait fort de faire baisser les prix des produits de grande consommation vendus dans les supermarchés, de 5% d’ici 2005. Malgré ses menaces il n’a pu obtenir des capitalistes de l’agroalimentaire qu’une diminution de leur prix de 2% tout de suite et peut-être de 1% ultérieurement. Une commission s’est chargée de dégager un terrain d’entente pour cette hypothétique baisse de 1%.
Ces capitalistes ne perdront rien au coup de cette baisse. D’abord ils espèrent que cette mesure relancera la consommation donc une augmentation de leur revenu. De plus on apprend qu’ils ont la possibilité de mettre fin à une pratique illégale. En effet le système dit des marges arrières, illégal certes, est courant. Par exemple : les producteurs payaient les supermarchés pour que leur produits soient bien placés dans les rayons.
En outre la CGT met en garde les patrons contre la tendance qu’ils auront à augmenter la productivité et la flexibilité du travail pour récupérer sur les travailleurs cette baisse de 2% des prix.



Grandes manoeuvres autour du "sauvetage" de la banane antillaise

Dans la semaine du 14 au 20 juin dernier, il a été beaucoup question de la banane mais surtout des problèmes des planteurs. Cela a commencé avec la réunion du front de défense de la banane qui a réuni les présidents des conseils régionaux de Guadeloupe et de Martinique, celui du conseil général de Guadeloupe, des députés et des sénateurs des deux îles et les présidents des huit groupements bananiers, deux de Guadeloupe et six de Martinique. Et à l’unanimité le front a rejeté le plan de relance de 25 millions d’euros sur cinq proposé par le gouvernement, l’estimant trop insuffisant. Il a été aussi question de restructurer la commercialisation des bananes, par notamment la création d’une structure contrôlée par les planteurs eux-mêmes. Mais on ne nous a pas dit si les assemblées locales des deux îles envisagent de délier le cordon de leurs bourses pour les bananiers. Ce sera certainement chose faite, car ce genre de «messe» sert surtout à cela.
On a eu droit par la suite à la visite d’un représentant de la commission européenne qui a rappelé la suppression du système des quotas pour janvier 2006, système qui permettait de protéger quelque peu les bananes produites par des pays de la zone euro et son remplacement par des droits de douane d’un montant de 75 euros par tonne de bananes importées. Selon ce représentant, l’Union Européenne souhaitait un montant dix fois supérieur à ces 75 euros.
Puis il y a eu la visite du ministre de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche, H. Guémard et l’annonce par celui-ci d’une rallonge de 9 millions d’euros supplémentaires, à ajouter aux 19 millions de l’aide compensatoire fixée par l’Europe. Et là encore, les bananiers ne sont pas satisfaits. Ils estiment qu’il leur faut 10 millions d’euros de plus.
En fait c’est toujours la même rengaine : les planteurs versent des larmes sur leur situation désespérée. Les pouvoirs publics et l’Europe leur versent des subventions. A leur tour les planteurs estiment insuffisant tout ce que l’on verse et pleurent de nouveau ; alors ils obtiennent des rallonges et ainsi de suite. Et malgré tout, la banane antillaise reste toujours nous dit-on, menacée de disparition. Mais dans le même temps, la fortune des grands s’étend à d’autres secteurs, surtout l’hôtellerie et le commerce. Mais jamais personne ne pense à exiger un contrôle sur ce qui est fait de subventions de toutes sortes versées en majeure partie aux gros planteurs.



Des sols toujours pollués par des pesticides anciens

Sur les terrains ayant été cultivés en banane dans le sud Basse-Terre, un arrêté préfectoral du 20 octobre 2003 impose aux agriculteurs souhaitant planter des racines ou des tubercules une analyse de sol à la recherche de chlordécone, un insecticide puissant et nocif pour la santé. Cet insecticide est mortel pour les insectes attaquant la banane, le tabac ou le citron, mais il est aussi nocif par la durée de ses effets. Il est classé dans la famille des organochlorés et est inscrit sur la liste des Polluants Organiques Persistants (POP) dont la particularité est qu'ils restent stables extrêmement longtemps (des années). Ils se répandent largement par le biais de processus naturels mettant en jeu le sol, l'eau.
Ils se fixent dans les racines, les tubercules qui sont plantés dans les terrains où ils ont été répandus. Ainsi ce sont la patate douce, les ignames, les madères qui fixent le plus ce produit. On le retrouve aussi dans certains poissons et crustacés qui se reproduisent dans les eaux souillées par ce produit. Il s'accumule dans les tissus adipeux des organismes vivants, dont l'être humain où les effets nocifs sont des atteintes du système hormonal et de la fertilité. Connu sous le nom de Képone, il a été largement utilisé dans les années 80 sur les plantations de banane, tant en Guadeloupe qu’en Martinique, pour intensifier la production de bananes amenée à remplacer la canne dans la production agricole contrôlée par les gros producteurs békés. Ce produit a été interdit, il y a plus de dix ans, du fait de ses effets nocifs.
Cela n’a pas empêché de trouver en octobre 2002 sur les quais de Dunkerque un stock de patates douces venant de la Martinique polluées au Chlordécone.
En Guadeloupe, des analyses effectuées sur des champs traités jusqu’à l’interdiction en 1993 montrent des taux très élevés dans des terrains agricoles aussi bien dans la Basse Terre qu’en Grand-Terre. Après avoir pollué les sols pour une agriculture de profit, les gros producteurs cherchent encore à rentabiliser en cultivant d’autre végétaux au lieu de laisser le sol se dépolluer et se reposer.
L’Agence française de la sécurité alimentaire n’a pas fixé de seuil à partir duquel les productions alimentaires présentant des traces de ce produit devrait être enlevées de la vente, elle n’a pas décrété que les terres polluées devraient être mises en quarantaine et en friche ou au moins soient interdites de productions se faisant dans le sol ou trop près du sol ( racines, concombres, carottes, melons, etc), afin d’éviter une contamination plus large.
Remarquons que les informations sur ce sujet sont diffusées au compte goutte et avec bien du retard ! On ne peut guère faire confiance aux autorités pour avoir une idée claire et précise de la situation. Mais les usagers, les consommateurs pourraient l’obliger à cette transparence et à prendre les mesures nécessaires.
La population tout entière n’a pas à subir ce contre-coup d’une agriculture tournée vers la production pour le profit de quelques riches.



Le dialogue social façon H. Chaulet

H. Chaulet, un des gros planteurs, responsable du groupement CARUBANA a mis en place sur ses deux plantations S.A Fenneteau et S.A Féfé une procédure de chômage partiel qui concerne une quarantaine de travailleurs. Il est à noter que seuls les membres de sa famille travaillant sur les plantations ne sont pas concernés par cette mesure. Et depuis le vendredi 12 juin, les travailleurs qui contestent cette mesure de mise en chômage partiel qui entraîne pour eux des pertes de salaires se sont mobilisés avec leur syndicat CGTG-Banane devant le parc floral Vallombreuse appartenant aussi à H. Chaulet. Ce dernier ne veut rien entendre. Et le mouvement s’étant poursuivi toute la semaine, le lundi 20 juin, les forces de l’ordre sont intervenues à la demande du patron devant le parc de Vallombreuse, ce qui n’a en rien affaibli la détermination des grévistes. Leur mouvement continue. Ils ont par ailleurs introduit un référé contre la procédure.
Par cette attitude H. Chaulet montre clairement de quelle façon il conçoit le dialogue social : tout faire pour empêcher les travailleurs de s’organiser avec un syndicat de leur choix. Au parc de Vallombreuse par exemple, il a octroyé une prime exceptionnelle aux travailleurs en 2003, pour que ceux-ci ne s’organisent pas avec la CGTG-Banane. Et quand malgré toutes ses manœuvres, les travailleurs se syndiquent et votent pour des représentants du personnel membres de la CGTG-Banane, alors les mauvais coups pleuvent. C’est ainsi par exemple qu’à la suite de la grève 52 jours pour la prime de fin d’année, il avait ainsi réussi à licencier une bonne partie des travailleurs qui avaient fait grève. La procédure de chômage partiel qu’il a mis en application est de la même veine : sanctionner des travailleurs qui s’organisent pour se défendre.




Sommaire > Page précédente > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail 

Copyright © 2001-2004 Combat Ouvrier - Tous droits révervés aux militants.

Valid XHTML 1.0! Valid CSS!