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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 24 juillet 2004      N° 907
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À la Une

Éditorial

Cyclisme: quand les revendications sociales s'expriment

Juillet et août, période de vacances, sont aussi des mois de cyclisme. Le tour de Marie Galante est suivi de celui de la Martinique, puis de la Guadeloupe et enfin de la Guyane. Ces manifestations sont extrêmement populaires et donnent lieu à force discussions et controverses sur la politique sportive des dirigeants locaux du cyclisme. Souvent, dans une situation où règne le sous-emploi, de nombreux jeunes cherchent à «percer» dans le sport et à tenter d’en vivre au moins décemment. Seuls quelques-uns uns parviennent au très haut niveau et à devenir les vedettes qu’on connaît, qui sont bien payées. Localement, bien souvent, les sportifs se plaignent d’être utilisés pour faire le spectacle, pour être des supports publicitaires et ne pas bénéficier suffisamment de la situation pour vivre correctement.
C’est ainsi que le Tour de Marie Galante a connu ce qu’on peut appeler un mouvement social des cyclistes, et qu’aujourd’hui, les dirigeants du cyclisme sont inquiets sur le sort du prochain tour de la Guadeloupe.
Dimanche 4 juillet les coureurs de ce tour mirent pied à terre pour attirer l’attention des responsables sportifs et de la population sur leur situation sociale. A l’instar d’une grève «normale» ils présentèrent une liste de revendications: paiement du tour de Marie Galante 2003, prime trop faible du tour de Marie Galante 2004, mauvaise qualité de l’alimentation. En effet, en juillet 2004, les coureurs n’avaient toujours pas touché un an plus tard les gains du tour 2003. Cette année, les dirigeants de l’UVMG, club organisateur en accord avec la Fédération, ont proposé des primes jugées trop basses par les coureurs. Pour une étape de plus de 100 kilomètres les coureurs classés 15e à 20e devaient recevoir 5 euros…une misère ! Pour une demi-étape de 90 kilomètres le vainqueur a reçu 80 euros et celui du contre la montre 65. Alors qu’un vélo de compétition vaut au moins 3 500 euros, la moindre pièce se chiffre en centaine d’euros.
Ces jeunes sont issus milieux sociaux défavorisés. Ils sont presque tous des chômeurs. Les gains des courses, pour la plupart, sont leurs seules entrées d’argent. Ils refusent d’être payés avec autant de retard. Les Six jours du Crédit Agricole qui se sont déroulés en février sont payés actuellement, le Denis Manette qui anima Morne à L’Eau à Pâques n’est toujours mis en paiement. Il arrive même que des courses ne soient jamais payées. Alors ces dirigeants rétorquent que les coureurs sont des amateurs et que les primes sont plus élevées ici qu’en France. C’est vrai. Mais les amateurs de France ont l’espoir qu’après un ou deux ans d’amateurisme, de privations, ils décrocheront un contrat professionnel qui assurera un minimum vital. Les coureurs locaux, eux n’ont pas cet avenir devant eux, les gains des courses constituent leurs salaires et ils entendent comme partout le défendre.
Ce mouvement de mécontentement des cyclistes, même si ce n’était pas la première fois, a surpris les responsables. Ils craignent qu’il se reproduise en août lors du tour de Guadeloupe. Aussi se sont-ils réunis et ont examiné les problèmes qui se posent selon eux au cyclisme en Guadeloupe sans trouver de solution. Ils ont abordé avec les présidents de club le problème que posent le grand nombre de coureurs étrangers présents dans les clubs (français, colombiens, polonais, vénézuéliens, dominicains). Chaque club à quelques exceptions près, a en son sein deux étrangers ou plus. La palme est détenue par l’UVMG du président Siroy, dont les coureurs capables de faire des résultats sont des français ; les locaux, de niveau moindre, font de la figuration. Ces coureurs dits «étrangers» sont généralement sous contrats. Ils touchent un fixe ou sont payés au résultat. On parle d’un fixe pour Pena de 1500 euros. Pas de quoi devenir riche, tout de même ! Quelques Guadeloupéens des clubs les plus riches ont un contrat. La majorité n’ont que les gains de course comme revenu. Cette situation jugée discriminatoire par les coureurs locaux engendre de la rancœur contre les coureurs dits étrangers et crée un mécontentement qu couve dans la plupart des clubs. Il y a t-il une transparence réelle sur les ressources des clubs? Là aussi, il semble qu’il y ait des problèmes!
Comme on le voit, quand il s’agit de «cyclisme» (comme pour le foot ou l’athlétisme), on ne parle pas seulement de «sport», mais aussi d’argent ! Encore une fois, le trait dominant de la société se reflète dans ses activités sportives ou culturelles.


Martinique
Au CHU de Fort de France, "konba a poté"

La grève des agents hospitaliers du CHU de Fort de France qui avait démarré le jeudi 1er juillet a été suspendue le mercredi 7 juillet à l’issue de la rencontre des représentants des grévistes, de la direction de CHU et du directeur de l’agence régionale pour l’hospitalisation (ARH).
En début de semaine, les grévistes n’avaient pas baissé la garde. Le mercredi matin encore, un barrage filtrant avait été mis en place à l’entrée du CHU pour dissuader les hésitants. Et à 10 heures 30, une délégation importante de grévistes s’était retrouvée devant l’ARH. Après plusieurs heures de négociation, un accord était signé par lequel l’ARH et direction de l’établissement donnaient satisfaction aux grévistes sur de nombreux points de leur plate-forme de revendications.
Nous citons ci-dessous certains de ces points figurant dans le tract du «comité de grève soutenu par la CGTM, la CDMT, et FO», daté du mercredi 7 juillet même. Le médecin contrôleur est suspendu en attendant une enquête administrative sur ses pratiques … Un volet de 70 postes de CEC (contrats emplois consolidés ) sont pérennisés. 86 infirmiers (ères) seront stagiarisés – ce qui constitue un pas vers la titularisation. Quant aux postes vacants, la direction s’est engagée à recruter effectivement sur ces postes et l’ARH a pris acte de cet engagement. Seulement 12 emplois jeunes ont été pérennisés. Le cas des autres emplois-jeunes n’a pas pu être réglé. Sur d’autres points il n’y a pas eu d’avancées, tel le financement nécessaire pour embaucher l’effectif correspondant à la mise en place des 32H30 de nuit.
Les grévistes ont demandé également le paiement des jours de grève. Ce qui est bien normal car c’est l’administration (ARH, Direction du CHU) qui par son insensibilité et son arrogance, a contraint les travailleurs à cesser le travail pour obtenir quelques améliorations. Cette question devra être débattue lors d’un prochain Conseil d’Administration.
Les salariés ont suspendu la grève, satisfaits d’avoir pu arracher ces améliorations indispensables pour leur situation. Mais comme le disait le comité de grève dans son tract: «contrôle et vigilance, jusqu’à l’application effective de l’ensemble des mesures.»



Guadeloupe
Banane: Les travailleurs mobilisés face aux licenciements

Les travailleurs de la banane sont mobilisés face à la vague de licenciements, de mises à pied ou en chômage technique qui touche plusieurs dizaines d’entre eux, et qui s’est aggravée depuis le mois de juin.
Plusieurs plantations ont été mises en liquidation judiciaire. Au mois de juin:
- La SCEA Vega à Trois Rivières: 23 employés licenciés;
- La SCEA Pavillon à Gourbeyre: 18 licenciés;
- La plantation Bureau à Trois Rivières: 9 licenciés (licenciement économique).
Au mois de juillet:
- La SCEA Fenneteau, en liquidation judiciaire: 26 licenciés;
- La SCEA Féfé à Capesterre, mise en redressement judiciaire jusqu’au 5 août, 24 personnes menacées de licenciement;
- A Goyave, sur une autre plantation, 3 ouvriers sont touchés par un licenciement économique;
- A la SCA Changy, à St Claude: 9 personnes licenciées;
- Ailleurs, des travailleurs sont touchés par le chômage technique: Chez Lignère, à Baillif, à la SCA Bellevue: 13 personnes. A Capesterre: environ 10 travailleurs sont en chômage technique pour 10 mois.
Face à cette situation, les travailleurs ne restent pas inactifs: chaque semaine, ils se mobilisent à une centaine au local syndical de la CGTG à Capesterre. Au mois d’avril, ils ont manifesté à trois reprises à Basse Terre pour se faire entendre. Si les plantations ferment, ils veulent partir avec le maximum d’indemnités pour pouvoir redémarrer une activité. Les planteurs, eux, s’en sortent très bien: ils continuent à empocher des millions d’euros de subventions (25 millions supplémentaires sont prévus) et ils ont réinvesti avantageusement l’argent des subventions et de l’exploitation des ouvriers. Les travailleurs peuvent les contraindre à leur restituer même une petite partie de ces fortunes amassées grâce à leur travail.



Allemagne
Les travailleurs de Daimler-Chrysler manifeste contre le retour aux 40 heures

Jeudi 15 juillet, plusieurs dizaines de milliers de travailleurs de Daimler-Chrysler, constructeur de voitures, se sont mobilisés et ont manifesté sur différents sites de l’entreprise en Allemagne, contre le chantage de leur direction. Celle-ci veut imposer l’allongement de temps de travail, sous prétexte d’éviter des délocalisations, et donc des licenciements. Les temps de pause, de 15 à 40 minutes par jour, ne seraient plus rémunérés. Il s’agit donc d’un retour aux 40 heures hebdomadaires sans augmentation de salaire.
Dans le groupe Siemens, un accord de retour aux 40 heures a été signé entre la direction et la principale centrale syndicale: IG Metall, ainsi que dans une quarantaine d’autres entreprises. Les négociations ont lieu entreprise par entreprise, ce qui donne plus de latitude au patronat pour faire pression sur les travailleurs.
Mais chez Daimler, les salariés ne sont pas prêts à accepter le chantage. Le groupe emploie en Allemagne quelque 160 000 personnes. Plusieurs sites, dans différentes grandes villes allemandes, étaient paralysés jeudi 15, et principalement le site le plus important: celui de Sidelfinger, qui emploie 40 000 personnes. Cette réaction pourrait être un exemple pour tous les travailleurs concernés par ce retour en arrière, et par toutes les régressions sociales que veut imposer le patronat allemand, tout comme le patronat français. Mais pour faire reculer le patronat, il faudra bien plus qu’une journée de mobilisation.




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