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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -    Samedi 24 juillet 2004      N° 907
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Sénatoriales: La course aux places

En septembre auront lieu les élections pour le renouvellement du Sénat, une des deux assemblées qui composent le Parlement français. Il s’agit d’une sinécure où les heureux élus bénéficient d’un mandat de neuf ans. Avec tout plein d’avantages, financiers et en nature. Pas mal pour un contrat à durée déterminée ! Il se dit que Raffarin, qui était sénateur avant d’être nommé Premier ministre en mai 2002 par Chirac, pense y retourner.
En Martinique, la liste de ceux qui souhaitent se faire élire s’allonge un peu plus chaque semaine. Il y a d’abord les sortants, Lise et Désiré. Pour le premier, il est sûr de compter sur le soutien de son parti, le PPM, et, surprise, sur celui de Marie-Jeanne du MIM, qui a cru devoir préciser que Lise ne lui avait rien demandé. Voire ! Quant à Désiré, après avoir hésité, il a fait savoir qu’il en reprendrait bien pour neuf ans. Ces deux là font valoir leur bon bilan. Lequel et en faveur de qui?
Et puis il y a ceux qui sont fatigués d’attendre et estiment que le temps de monter en grade et de profiter des avantages de la république est venu. Ainsi, Lordinot, le maire licencieur des 52 employés de Sainte-Marie il y a 10 ans, sera en concurrence avec Thalmensy, maire du Lorrain, pourtant son allié dans la Communauté des Communes du Nord de la Martinique. On trouvera également Larcher, le « discret » maire du Diamant, actuel suppléant de Désiré, président de l’association des maires de la Martinique et au mieux avec tout le monde, quel que puisse être leur bord politique.
Dernier partant déclaré, l’avocat Charles Henri Michaux, adjoint à la mairie de Fort de France aux côtés de Eliane Chalono, secrétaire adjointe du MEDEF Martinique, se voit lui aussi au Palais du Luxembourg pour mieux défendre les intérêts de la Martinique.
Depuis plusieurs mois, des centaines d’ouvriers agricoles sont licenciés. Ces candidats ont à peine fait une déclaration, d’ailleurs systématiquement en faveur des patrons, de l’économie de la banane, et en feignant d’essuyer une larme sur le sort des ouvriers.
Normal ! Pour élire un sénateur, la population laborieuse n’est pas concernée. Ce sont ceux qu’on qualifie pompeusement de «grands électeurs» (conseillers municipaux, régionaux, etc.) qui sont appelés à voter puisque les membres du Sénat sont élus au scrutin indirect.
Cette élection est bien l’affaire de gens d’un même monde plus préoccupé de se disputer des places pour avoir une part du gâteau en servant au mieux les possédants tout en parlant des «défense des intérêts de la Martinique», et surtout pas de se mettre à la disposition de la grande majorité de la population.



Université des Antilles et de la Guyane
Le président réclame un budget suffisant

Sur les ondes, le Président de l’Université a fait état des difficultés financières dues au fait que chaque année, le budget est insuffisant. Le gouvernement a en effet choisi de privilégier les dépenses de l’armée et pas celles des hôpitaux ou des universités. La récente grève des chercheurs a montré les coupes sombres dans les budgets de ces dernières. Le gouvernement réserve ses subventions aux patrons des grosses sociétés. Et ce n’est surtout pas une université de ses anciennes colonies qui va bénéficier de ses faveurs. Dans la politique plus générale de restrictions pour l’école publique, on constate en effet une attitude encore plus méprisante envers l’école des DOM. Si donc la revendication du président de l’université est juste, il n’empêche qu’un certain nombre d’agents et d’enseignants de cette même université se posent des questions sur les dépenses de celle-ci, sur les choix prioritaires qui ne sont pas toujours expliqués. Ils apporteraient certainement un soutien plus ferme aux revendications si le contrôle des dépenses était plus démocratique, plus transparent.



Basse-Terre
Lock-out au restaurant le Frigo

Depuis le 21 juin, les employés du Frigo sont à la rue, en toute illégalité, sans salaire. Le patron n’a fait que fermer le restaurant après avoir mis une pancarte : «fermé pour fait de grève ». Ce patron en avait-il assez de cette entreprise? A-t-il calculé qu’il gagnait suffisamment d’argent? Les travailleurs, qui ont entre 7 et 21 ans d’ancienneté, ne comprennent pas.
L’un d’entre eux était rentré au travail le lendemain de l’enterrement de sa mère, après 3 jours d’absence. Le patron l’a accueilli à bras raccourcis : «vous n’avez droit qu’à une journée d’absence». Le collègue a proposé 2 jours sur ses congés, mais le patron ne voulait rien entendre. Il a essayé de frapper le collègue. Face aux protestations des autres salariés, il a décidé de fermer sans aucune gène, jetant des pères de famille à la rue. Ces travailleurs viennent chaque jour devant l’entreprise. Ils voient le patron passer devant eux, arrogant. Ils ont déposé plainte aux prud’hommes.



Il y a vingt ans
La mort tragique de quatre militants indépendantistes en Guadeloupe

Il y a vingt ans, le 24 juillet 1984, 4 militants indépendantistes trouvèrent la mort, tués par les bombes qu’ils transportaient. Deux le furent à Pointe à Pitre, deux à Basse Terre. Il s’agissait de Jacques Berthelot, architecte bien connu en Guadeloupe, Casimir, Uranie et Pineau, tous trois connus comme militants anti-colonialistes.

LE CONTEXTE
Depuis un certain temps, les attentats revendiqués par l’Alliance révolutionnaire caraïbe (ARC) secouaient périodiquement la vie de l’île. Cette organisation revendiquait l’indépendance et entendait y parvenir notamment par cette voie là. Quelques années avant, le «GLA» ( Groupe de Libération Armée) créé à la fin du septennat de Giscard d’Estaing, avait ouvert la voie à une série d’attentats à la bombe, pour les mêmes raisons. L’arrivée au pouvoir de la gauche socialiste avec Mitterrand avait permis aux militants du GLA, entre temps incarcérés en France de bénéficier d’une amnistie en 1981.
Et c’est deux ans après que reprirent les attentats de l’ARC.
Les militants tués ce 24 juillet 1984 n’étaient pas connus pour être proches de l’ARC mais de l’UPLG. Leur tragique disparition entraîna donc toutes sortes de supputations : avaient-ils été victimes d’une précipitation dans la préparation de leurs attentats ayant entraîné des erreurs «techniques» dont un mauvais minutage des bombes à retardement? Cette précipitation était-elle due à la concurrence, à la surenchère que se livraient alors entre elles plusieurs organisations indépendantistes? Le groupe avait-il été infiltré par les services secrets français qui auraient par un coup tordu fait en sorte que les attentats se retournent contre leurs auteurs? Ou s’agissait-il d’attentats subitement transformés en règlement de compte entre factions nationalistes rivales? Voilà toutes les questions qui fusèrent après la mort de ces militants.
Le seul fait que l’on peut affirmer avec certitude c’est que ces militants sont morts pour une cause qu’ils croyaient juste, si juste qu’ils avaient mis leur vie en jeu, même si nous pensons qu’ils faisaient fausse route sur leur but et sur les moyens pour l’atteindre.

LA RESPONSABILITE DE L’IMPERIALISME FRANçAIS.

Les années 80 se situent grosso-modo à la charnière entre une époque marquée par un colonialisme actif et réactionnaire et une autre où le pouvoir de tutelle à Paris commence à assouplir sa politique coloniale, à se dire prêt à des «évolutions», à un «dialogue», etc.
Car jusqu’à aujourd’hui, l’impérialisme français a maintenu les Antilles sous une oppression plus ou moins pesante, qui au cours des décennies, après l’esclavage, a pris des formes diverses.
Les plus choquantes et brutales s’étalent, après la période esclavagiste, de la deuxième partie du 19 siècle à la fin de la décennie des années 70. Plus d’un siècle d’une vie coloniale faite de mépris, de domination raciste d’une caste de propriétaires blancs, de gendarmes blancs, de juges blancs, sur une population en majorité noire et indienne ! Plus d’un siècle de répression périodique sanglante, voire de tueries de masse dont la dernière en date fut celle de 1967 réprimant une grève d’ouvriers du bâtiment et un groupe indépendantiste, le GONG!
Les années 1970 furent, elles, marquées par les grandes grèves des ouvriers agricoles et des petits planteurs de canne dont des militants indépendantistes issus du GONG prirent la tête. Opération qui fut facilitée par la passivité des syndicats traditionnels et du PCG de l’époque. Les militants nationalistes de cette période et les travailleurs qui leur faisaient confiance firent face au mépris et à l’arrogance coloniales des forces de l’ordre, des capitalistes blancs, propriétaires d’usine à sucre et des plantations de cannes. Les procès de militants succèdent aux procès. Les manifestations se déroulaient sous la matraque des gendarmes et CRS blancs. Il n’était pas rare que les coups de matraque soient accompagnés d’expressions racistes telles que «sales nègres ».
Le milieu blanc possédant de la Guadeloupe et bien des «petits blancs», même fraîchement débarqués, affichaient alors une attitude hautaine, méprisante à l’égard de la population de couleur. Tous les postes de responsabilité étaient alors exclusivement réservés aux Blancs. De plus, l’Etat français bloquait toute perspective de statut politique même modéré permettant une gestion locale des affaires. Ce faisant, il prenait aussi le risque que la revendication indépendantiste se radicalise dans ses méthodes d’actions et ses buts.
C’est dans un tel contexte qu’avaient éclaté les attentats du GLA que poursuivront l’ARC et des groupes d’activistes indépendantistes. Dans un tel contexte, il n’était pas surprenant que des jeunes aient eu la volonté de s’en prendre au système colonial en lui renvoyant sa violence.
Nous comprenions les sentiments qui les animèrent même si nous ne partagions ni leur programme politique ni leurs méthodes. Pour beaucoup de jeunes et de travailleurs conscients, c’est le colonialisme français qui était directement responsable d’une situation qui avait entraîné tant de rancœur et d’exaspération!
Pour autant, les travailleurs, la population s’ils accueillaient parfois avec sympathie tel ou tel attentat contre les symboles du pouvoir, n’approuvaient pas les orientations indépendantistes et se montraient réservés quant aux buts et moyens affichés par les activistes nationalistes. Et c’est dans l’isolement de petits groupes et ceux que la presse appela «les poseurs de bombes» poursuivirent leurs actions jusqu’à ce que leurs structures furent démantelées par la police, leurs dirigeants et militants arrêtés et emprisonnés au cours des années 86, 87 et 88.

L’IMPASSE DU NATIONALISME
LA DETERMINATION AU SERVICE D’UNE AUTRE POLITIQUE
Aujourd’hui, les militants indépendantistes, y compris les mêmes qui hier posaient les bombes, poursuivent leur lutte sous d’autres formes.
Mais, sous la forme actuelle nettement plus modérée ou sous celle des attentats, en voulant circonscrire la lutte contre l’impérialisme français à la lutte pour la création d’un Etat indépendant, à la lutte pour «l’indépendance nationale», les indépendantistes ont toujours fermé et ferment encore, par là même, la porte à d’autres perspectives pour les travailleurs et la population de ce pays. Car la véritable émancipation des peuples des Antilles passe surtout par la lutte des exploités des villes et des campagnes contre les possédants quels qu’ils soient. Les chaînes anciennes (visibles de l’esclavage) et celle d’aujourd’hui (du salariat) qui entravent la majorité de la population laborieuse, ont été forgées par le colonialisme et l’impérialisme pour permettre aux capitalistes de mener à bien leur tâche d’exploiteurs.
C’est pour cette raison que la lute contre l’impérialisme français, quelles que soient ses formes, ne peut être conséquente que si elle passe par un engagement conscient, moral et physique, des travailleurs, dans une lutte farouche, résolue, contre les exploiteurs capitalistes. Une telle lutte ne pourra aller jusqu’au bout que si les travailleurs en prennent la direction effective.
Et cette lutte là, avec le rôle dirigeant des travailleurs, a toujours était absente du programme nationaliste et de leur préoccupation pratique.
On peut retenir le courage et la détermination des militants qui sont morts en juillet 1984 pour leur cause. Pas leur programme, pas leurs méthodes qui consistent à tenir les travailleurs à l’écart de toute possiblité de diriger eux-mêmes leurs luttes. Demain, c’est le programme communiste révolutionnaire, c’est à dire celui de l’émancipation des travailleurs du joug capitaliste, s’appuyant sur la lutte des masses pauvres, conjugué avec la détermination et le courage dont ont fait preuve Berthelot et ses compagnons, qui permettront aux travailleurs de s’attaquer ici comme ailleurs à la domination impérialiste et de la renverser.



Guadeloupe
La pollution par les distilleries et sucreries

Selon la DRIRE (Direction régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement) la pollution due aux distilleries et sucreries en Guadeloupe équivaut à celle que produiraient les foyers de 555 000 habitants. Ces usines de la filière canne rejettent en effet dans la mer et dans les rivières des volumes importants de vinasses. Celles-ci sont polluantes : elles sont acides (dans les distilleries) et contiennent des matières en suspension et autres produits qui nuisent à l’environnement. Il y a en particulier des rejets organiques, ceux mêmes que le directeur de l’usine Bonne-Mère présentait comme «naturels» mais qui ont l’inconvénient de consommer l’oxygène des eaux polluées. Cette consommation de l’oxygène signifie l’asphyxie des espèces vivantes présentes. On se souvient des poissons trouvés morts au Lamentin. Il y a également le fait qu’une partie des produits rejetés n’est pas biodégradable.
Les vinasses sont la plupart du temps rejetées telles quelles. Certains industriels les stockent et attendent la période des pluies pour les rejeter, évitant une sur-pollution lorsque les rivières sont sèches. D’autres extraient des vinasses un gaz combustible, le méthane, qui leur permet des économies d’énergie. Mais la méthanisation ne suffit pas à rendre les vinasses acceptables pour l’environnement. Il existe pour cela différents procédés. Aucun n’est gratuit. Et c’est là le problème. Les industriels sont intéressés à produire le plus possible aux moindres frais. La pollution, ce n’est pas leur souci. Seule la lutte des riverains des usines, celle même qui a obligé le gouvernement à dresser des lois anti-pollution, pourra obliger les patrons des distilleries à dépenser afin de ne pas pourrir la vie des gens et des espèces vivantes en général avec leurs déchets.




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