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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 11 septembre 2004      N° 908
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Martinique
Mort de René Ménil

René Ménil est décédé le lundi 30 août à l’âge de 98 ans. De nombreux hommes politiques de la Martinique, ceux de son parti, le PCM, (Parti Communiste Martiniquais), ceux du PPM, les dirigeants nationalistes du MIM, du MODEMAS, et du PKLS, entre autres, ont rendu hommage à «l’intellectuel», «au militant engagé», «au professeur de philosophie», «au dirigeant du Parti Communiste Martiniquais». Par tous il est salué comme «ayant contribué à l’affirmation de la culture et de l’identité martiniquaises». Aimé Césaire, saluant son compagnon de route a dit: «La Martinique ne t’oubliera pas, tu as aidé à la fonder…».
Certes, dès son plus jeune âge et durant toute sa vie politique, R.Ménil fut un opposant résolu au système colonial français à la Martinique. A l’époque, c’est à dire durant les années 30-45, il ne fallait pas manquer de courage pour afficher son opposition à l’administration coloniale, au fascisme, mais aussi à la bourgeoisie locale, soumise et pleutre.
Dès 1932, avec d’autres jeunes étudiants martiniquais, tels E. Lero, Jules-Marcel Monnerot, Simone Yoyotte, il écrivit le manifeste littéraire et politique «Légitime Défense», s’adressant «aux enfants de la bourgeoisie noire, à ceux qui ne sont pas encore tués, placés, foutus, universitaires réussis, décorés, pourris, pourvus, décoratifs, pudibonds, opportunistes marqués» et se démarquant de la bourgeoisie de couleur «une des choses les plus tristes du globe».
Il fut aussi à l’école du courant surréaliste, fondé par André Breton. Ainsi en pleine période du régime vichyste, il créa en compagnie d’Aimé Césaire, Aristide Maugée, Georges Gratiant, la revue surréaliste «Tropiques». Cette revue fut interdite en 1943 par l’amiral Robert, l’homme fort de l’administration coloniale en Martinique, aux ordres du gouvernement de Vichy. Ce gouvernement ne se contentait pas d’être, comme les autres, colonialiste et raciste, mais en plus collaborait avec les nazis. Il muselait sévèrement toute opposition à ses décisions et la réprimait durement.
Auparavant, en 1935, Ménil avait participé à la création du groupe marxiste «Front commun». Ce groupe fusionna avec le «groupe Jean Jaurès» créé en 1919 en rupture avec la politique de collaboration de classe «capital/travail» menée par le Parti Socialiste de Lagrosillère. De cette fusion naquit le Parti communiste, fédération martiniquaise du PCF ancêtre du PCM.
Durant les années 1930, Ménil vécut l’époque où la classe ouvrière d’Europe, notamment en France, luttait et menait des grèves importantes contre le pouvoir politique en place et pour de meilleures conditions de travail, pour les congés payés, pour la semaine de 40 heures et de meilleures conditions de vie. Le point culminant fut la grève générale de juin 36 en France. En Martinique, les manifestations de la classe ouvrière se multipliaient. Le 25 octobre 1936, avec de jeunes militants communistes comme Jules Monnerot, Auguste Duféal, Léopold Bissol, Victor Lamon, Joseph Del et Georges Gratiant, René Ménil fut à l’origine de «l’Union des Syndicats martiniquais». Ce syndicat fut une arme importante pour la défense des revendications essentielles des travailleurs. Par la suite il contribua également à l’Union départementale de la CGT française, aujourd’hui CGTM.
Ménil fut membre de la direction du Parti communiste martiniquais. Dans ce parti, il anima notamment la revue théorique «Actions» et fut rédacteur en chef du journal «Justice», et pas à une contradiction près. En effet, bien que s’affirmant communiste, il devait contribuer au cours nationaliste du PCM par ses réflexions sur la culture et l’identité martiniquaise. C’est surtout cet aspect de son action, et pas le communisme, bien sûr, qui est aujourd’hui salué par bien des notables, par des nationalistes et aussi par Césaire.
Et pourtant, le communisme de Ménil comme de toute une génération de militants communistes du début du siècle dernier n’avait plus grand chose à voir depuis longtemps avec le léninisme, avec la révolution et l’internationalisme prolétariens. Oh certes, ils s’en revendiquaient en théorie, mais en fait, en suivant le cours de la bureaucratie stalinienne au pouvoir en URSS depuis la fin des années 1920, ils appliquaient une politique contraire aux intérêts des travailleurs. Cette génération, à part quelques exceptions soutint la liquidation physique par le pouvoir stalinien de toute une génération de militants révolutionnaires en URSS, celle de la révolution d’octobre. Elle soutint une politique qui aboutissait à défendre les privilèges d’une couche bureaucratique, «excroissance parasitaire» sur le corps de la révolution russe. Et c’est pour la défense de ses privilèges que la même bureaucratie utilisait le prestige de la révolution russe et l’autorité qu’elle en tirait pour mieux étouffer dans le monde toute perspective révolutionnaire réelle. Elle mena les travailleurs et les intellectuels « communistes » dans des voies de garage sans issue. L’une de ces voies de garage était d’emmener les militants communistes à s’implanter dans la classe ouvrière afin d’y mener une politique réformiste ou nationaliste. C’est ainsi que plusieurs générations de jeunes travailleurs, de lycéens, d’étudiants, d’intellectuels furent formés à l’école du nationalisme tout en faisant mine de se réclamer de la lutte des classes afin de conserver les liens du parti dit communiste avec les travailleurs.
Les discriminations et l’oppression coloniales facilitaient la confusion des drapeaux nationalistes et communistes telle que les dirigeants staliniens s’y employaient en Martinique comme bien d’autres P C dans les pays opprimés.
Des militants et dirigeants comme Ménil eurent le mérite de se lier au mouvement ouvrier, de contribuer à son organisation et à ses luttes. C’est tout le mérite d’un intellectuel comme Ménil d’avoir été sa vie durant un militant du mouvement ouvrier. Mais ses choix politiques, son suivisme jusqu’au bout de tous les méandres les plus odieux de la politique stalinienne locale et internationale tracent les limites de son engagement communiste, au sens léniniste et marxiste de ce combat.
C’est aussi là une forme de faillite de l’intellectuel qu’il fut. Faillite qu’il partage avec beaucoup d’intellectuels de sa génération et des générations suivantes, dans la fin du 20 ème siècle ; mais ce n’est pas une excuse!
Nous pouvons espérer que dans les générations à venir, bien des jeunes intellectuels ou apprentis-intellectuels se tourneront vers les idées révolutionnaires marxistes, laissant loin derrière eux ce qui fut une caricature du communisme, le stalinisme et ses variantes nationales.



Martinique
Toupet du patronat de la grande distribution à propos d'augmentation des prix!

Voilà 15 jours que la décision du Conseil Régional d’augmenter les taux d’octroi de mer sur les marchandises importées en concurrence avec la production locale a été prise. Mais on assiste déjà à une levée de boucliers, non pas des consommateurs, mais des patrons et notamment de ceux de la grande distribution. Relayés par le quotidien local à leur service, les voilà qui crient «à la catastrophe», «à la panique» et bien d’autres mots encore. Ainsi dans le «France-Antilles» du 19 août, un patron a déjà réagi, sans être contredit par ses compères en affirmant: «Et si je les (les taux) répercute (ce que je vais faire) à la consommation, après les augmentations des mois prochains, je vois des augmentations sur certains produits de 114% »
On croirait assister à une scène de théâtre en écoutant ces patrons se plaindre ainsi sur les ondes. Ils disent que s’ils ne répercutent pas ces hausses sur le portefeuille des consommateurs, ils «vont se retrouver en difficulté de trésorerie dans les mois qui viennent». Mais ce genre d’affirmation ne tient pas la route, car les consommateurs et les salariés n’ont aucune preuve de ce qu’affirment ces gens-là!
Pourquoi ne disent-ils rien des super profits qu’ils font quand ils profitent des subventions accordées par l’État, des bas salaires donnés aux salariés, des facilités pour licencier des salariés anciens et embaucher à leur place des salariés en emploi précaire, en CDD, à temps partiel ou intérimaires. À ce moment-là, ils ne disent rien de leurs comptes, ni de la façon dont ils présentent leurs bilans pour mettre leur fric à l’abri.
Alors, la meilleure façon d’avoir une idée de ce qu’ils affirment, serait d’exiger que les patrons ouvrent leurs livres de comptes et ce sur plusieurs années.
Par contre, la population et tout spécialement les couches laborieuses sont averties. Déjà, les loyers ont subi une hausse de 1,3%, l’eau de 3,2%, les légumes frais de 5,2%. Maintenant, ce sera au tour des produits comme le rasage, les produits d’hygiène, les insecticides, la brosserie et bien d’autres produits qui vont flamber.
Voici la nouvelle rentrée que le gouvernement, au service du patronat, et relayé par les hommes politiques des collectivités locales avec leurs nouvelles taxes, nous préparent: une rentrée où il faudra encore débourser plus d’argent pour vivre.
Un de ces messieurs, responsable de grande surface, a fait un calcul qui pourrait nous donner une petite idée. Il a estimé «la valeur de la hausse des prix à la consommation due à la seule augmentation des nouveaux taux régionaux à plus de 200 euros par habitant et par an». Si les prix augmentent officiellement de 200 euros, les salariés n’auront qu’à exiger des augmentations de salaires minimales de 200 euros.




Quel avenir pour les personnels non enseignants de l'éducation?

Pour les personnels TOS (Techniciens, Ouvriers et de Service) de l’éducation nationale, l’avenir reste très incertain. Malgré l’opposition de la plupart des syndicats et l’inquiétude de plusieurs présidents de région, la loi relative aux libertés et responsabilités locales, qui prévoit le transfert des personnels TOS vers les collectivités locales, a été validée par le Conseil constitutionnel le 13 août dernier. Elle sera applicable à partir du 1er janvier 2005. Les personnels seront alors mis à disposition des collectivités. En 2006, ils devront faire un choix individuel: soit être transférés vers les collectivités, soit rester fonctionnaires d’Etat, tout en étant détachés à la Région ou au Département.
Des responsables de départements et régions, et parmi eux Victorin Lurel, ont mis en évidence les difficultés que leur poserait ce transfert: les collectivités n’ont pas les moyens de l’assumer financièrement, et rien n’est clair concernant les compensations que pourrait fournir l’Etat. Autant dire que les moyens ne suivront pas. Pour le président de la Région Guadeloupe, le transfert correspond à une volonté de l’Etat de se «délester d’une charge financière sur les Régions». Ces futurs problèmes de financement font courir un risque à la population dans son ensemble: celui d’une augmentation des taxes et autres impôts.
Les personnels et les élus posent le problème de rattrapage des effectifs de TOS: les DOM sont en retard par rapport au territoire français. Il est donc nécessaire de recruter de nouveaux agents, et de titulariser les précaires: plus de la moitié des TOS en Guadeloupe sont des contractuels, CES ou CEC (Contrat Emploi solidarité ou Contrat emploi Consolidé). Pour les personnels, c’est une situation inacceptable qu’ils dénoncent depuis longtemps et qui a suscité plusieurs grèves. A partir du 1er janvier 2005, les nouveaux embauchés seront obligatoirement des fonctionnaires territoriaux. Il n’y aura pas de possibilité de choix. Ils seront donc financièrement à la charge des collectivités locales. Ce sont également elles qui devront prendre en charge les titularisations. C’est ce qui explique leurs réticences.
La loi est donc votée et validée, mais le gouvernement s’est bien gardé de préciser comment serait financée la décentralisation. Les personnels ne savent donc pas avec quel argent leurs salaires leur seront versés, car les collectivités sont déjà en déficit.



Seillière: Un paquet d'actions à la place du coeur

Nous publions ci-dessous l'éditorial d'Arlette Laguiller du 30 août 2004

Le baron Seillière a annoncé qu'il était mécontent de la politique du gouvernement, qui n'en ferait pas assez pour les entreprises. Lundi matin sur France Inter, il a regretté que Raffarin n'envisage plus d'étaler sur plusieurs années la revalorisation du smic. Il a déploré aussi que le niveau au-dessous duquel intervient la réduction des charges sociales sur les salaires soit passé de 1,7 fois le smic à 1,6 fois. "Le gouvernement pénalise les entreprises", a affirmé Seillière avec culot. Il considère comme des compensations légitimes, la baisse de l'impôt sur les bénéfices annoncée pour le budget 2005 et l'annonce de nouvelles facilités données aux patrons pour s'en prendre aux 35heures.
Le gouvernement participe sans honte à l'offensive lancée par le patronat contre le monde du travail. Les petites phrases de Chirac sur la "fracture sociale", ou les "patrons voyous" ne sont que des hypocrisies. Cela n'empêche pas le milliardaire Seillière de dire qu'en France "la part prélevée sur les actifs (entendez: les entreprises) est démesurée par rapport à la part octroyée à tous ceux qui sont chômeurs, malades, en retraite ou en formation". Les actifs, ce sont évidemment lui et ses semblables; et ceux qui ne font rien, ce sont toutes les victimes des licenciements faits par le patronat!
La réalité sociale c'est aussi que, lorsqu'un patron décide de déménager les machines de son entreprise à la barbe de son personnel avant qu'on puisse contester la validité du plan de licenciements, Chirac et Raffarin envoient leurs CRS pour protéger l'opération. On l'avait vu en juin chez STMicroelectronics à Rennes. Nous en avons eu un nouvel exemple la semaine dernière à Chartres, à l'usine Snappon.
Le président du Medef se plaint qu'on n'en fait pas assez pour le patronat, en se préparant à obtenir encore plus. Et il le fait cyniquement, en prétendant que le patronat revendique tout cela dans l'intérêt des salariés. La suppression de toute réglementation sur les heures supplémentaires, ce serait, selon lui, pour permettre aux travailleurs de gagner plus. La possibilité de licencier sans contrainte, ce serait pour permettre la création d'emplois.
C'est au nom de ces énormes mensonges que Seillière déclare comprendre tout à fait le référendum-chantage de la direction de Bosch Vénissieux pour imposer à son personnel de travailler plus sans gagner plus. Rien d'étonnant car Seillière proclame, au nom de l'ensemble du patronat: nos profits d'abord!
Mais il y a au moins un mérite que Seillière reconnaît au gouvernement. Il se félicite de la loi Fillon, qui admet que la négociation par entreprise est meilleure (pour les patrons) que la négociation de branche ou la négociation interprofessionnelle. Il se félicite en fait de la possibilité d'"accords" moins favorables aux salariés que les conventions collectives dans les entreprises. Il se dit même partisan de la "micro-négociation". Salarié par salarié sans doute, pour écarter les syndicats!
C'est évidemment logique de la part du porte-parole du patronat. Il sait que la force de la classe ouvrière réside surtout dans son nombre et dans sa cohésion.
Mais c'est aussi la raison pour laquelle les travailleurs ne peuvent faire face aux agressions du patronat qu'en unissant leurs forces. Quand les travailleurs sont engagés en grand nombre dans une même lutte, ils peuvent obtenir la satisfaction de revendications qui leur paraissaient hors d'atteinte. Ce sera nécessaire pour résister à l'offensive de régression sociale que nous sommes en train de subir. Il faut donc imposer aux organisations syndicales de préparer et d'organiser une telle défense qui, si difficile qu'elle soit, est plus efficace que les parlotes autour d'une table.

Arlette LAGUILLER




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