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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 25 septembre 2004      N° 909
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À la Une

Éditorial

Grève des ouvriers de la banane: Derrière la soi-disant défense de la liberté du travail... C'est le soutien de l'État aux patrons!

La grève des ouvriers de la banane est entrée dans sa quatrième semaine. Les patrons refusent toujours d’appliquer normalement la hausse du SMIC intervenue le 1er juillet dernier. Et cela en dépit des recommandations de l’inspection du travail qui avait, quelques jours après le début du conflit, demandé aux patrons de maintenir l’ancien mode de calcul des salaires en attendant la négociation d’une convention collective pour le secteur.
Les patrons de la banane sont animés par des intentions diverses et inavouées concernant le secteur de la banane. Leurs plaintes répétées concernant les difficultés de l’écoulement de leur production, sur la dureté de la concurrence américaine…etc, sont destinées à justifier leurs demandes répétées de subventions. Ils trouvent que l’Etat ne leur donne jamais assez, malgré les prêts à taux zéro, la défiscalisation, les exonérations de charges, les baisses d’impôts, etc… Par ailleurs, ils veulent réduire les coûts de production, à commencer par les salaires. Ils veulent tirer plus de profit du travail des ouvriers et ouvrières agricoles. Ils caressent le doux rêve de se rapprocher des conditions de travail et des salaires latino- américains! Les travailleurs agricoles, par leurs différents mouvements, depuis plusieurs mois et même années ont déjà montré qu’ils ne se laisseraient pas faire sans se battre. Et la grève actuelle le montre encore. Même si tout n’est pas facile dans un tel mouvement.
La grève était presque totale au début du mouvement. Mais depuis plus d’une semaine, la préfecture, au nom de la soi-disant défense de la liberté de travail fait intervenir systématiquement les forces de répression au niveau des plantations où elles stationnent en permanence, pour escorter les camions transportant des bananes à Jarry et sur le port. C’est ainsi qu’à l’heure où nous écrivons, les plantations L. Dormoy et Lignières à Capesterre-B-E sont occupées par les gendarmes mobiles. Si bien que le lundi 20 septembre, des travailleurs qui voulaient reprendre le travail chez Dormoy ont été accompagnés jusque dans la plantation et leurs faits et gestes surveillés pendant un bon moment. Sur le port de Jarry il y a en permanence des gendarmes qui stationnent.
Comme tout cela ne suffit pas pour casser la grève des ouvriers, les citations à comparaître devant les tribunaux tombent maintenant. Une première fois, sous le prétexte que du matériel a été saboté et des non-grévistes frappés, le tribunal a décidé l’évacuation des plantations par les grévistes et l’application d’une condamnation sous astreinte de 50 euros par heures s’ils reviennent. Une deuxième fois, le mardi 21. De plus le lundi 20, six ouvriers ont été convoqués à la gendarmerie de Capesterre-B-E où on les a gardés de 8H à midi. Près d’une centaine de leurs camarades ont campé devant la gendarmerie pendant ces 4 heures.
En dépit de ce soutien ouvert de la préfecture aux patrons de la banane, les ouvriers poursuivent leur mouvement. Les rares plantations où on veut faire croire que le travail a repris ne remplissent que peu de containers.
Une certaine solidarité commence à s’organiser autour des travailleurs de la banane. Reste maintenant à la renforcer grâce à l’apport des salariés de tous les secteurs, du privé ou des services publics.


Guadeloupe
Banane: La grève continue pour l'application du SMIC

Après trois semaines de grève générale, la détermination des ouvriers agricoles de la banane continue à se renforcer. Ils exigent tout simplement l’application de l’augmentation légale du SMIC, ce que leur refusent les planteurs, à de très rares exceptions près. Ces planteurs entretiennent un système de salariat particulièrement complexe et s’imaginaient qu’à travers cet embrouillamini, ils pourraient tromper le monde. Mais les grévistes savent compter.
Les travailleurs de la banane perçoivent un salaire mensuel qui correspond à 21 journées travaillées (sauf cas de chômage technique). Mais en même temps, ils restent payés à la tâche. C’est à dire que dans une journée de travail, ils doivent, par exemple, transporter 80 régimes ou poser 300 cirés.
Dans les faits, les patrons n’ont pas appliqué le passage légal aux 35 heures: les travailleurs doivent en effet exécuter toujours la même tâche pour gagner leur journée. Leurs horaires de travail n’ont donc pas diminué, et les heures supplémentaires ne leur sont pas payées. Mais quand il s’est agi d’appliquer l’augmentation légale du SMIC, qui est passé de 7,19 euros à 7,61 euros de l’heure au 1er juillet, les patrons ont prétendu combiner le passage aux 35 heures avec l’augmentation du SMIC, et grâce à ce tour de magie, ils se sont arrangés pour ne pas augmenter les salaires. Ce sont donc 42 centimes d’euro qui sont volés aux travailleurs sur chaque heure de travail. Au lieu de recevoir 8 heures de salaire pour une journée (pour une tâche!), les travailleurs sont payés 7 heures, pour la même tâche! A cela, les patrons ont ajouté un complément différentiel de 89,25 euros, ce qui permet d’arriver à un salaire mensuel de 1207,92 euros. Alors que pour 8 heures de travail (correspondant à la tâche), ils devraient toucher, avec l’augmentation du SMIC, 1278,48 euros. Les patrons veulent donc voler 70,56 euros à chaque salarié de la banane!
Par ailleurs, les grévistes dénoncent un autre vol: celui effectué sur la rémunération mensuelle légale pour les 414 salariés en chômage partiel du fait de la diminution de nombre de jours travaillés. Selon un tract diffusé par la CGTG banane, «les patrons ne respectent pas le paiement des 28 jours précédant la prise en charge du salaire par l’ASSEDIC. Ils payent selon leur bon vouloir». Ils prélèvent l’ensemble des cotisations salariales, alors qu’ils ne devraient prélever que la CSG (Contribution sociale généralisée) et la RDS (Remboursement de la Dette Sociale). La dette sociale de ces mêmes patrons, part salariale, qui s’élève à 4 092 012 euros, témoigne du fait que ces cotisations sont bien prélevées, mais pas reversées. Ils les mettent donc dans leur poche. Si l’on ajoute à tout cela les millions d’euros de subventions (directes ou indirectes) que leur verse périodiquement le gouvernement, voilà des gens qui accumulent des fortunes, avec la complicité du pouvoir!
Ce sont ces patrons qui aujourd’hui refusent de s’acquitter de l’augmentation dérisoire du SMIC.

LES DEROULEMENT DE LA GREVE

Les travailleurs de la banane sont mobilisés quotidiennement dans la Région de Capesterre-belle-eau. Ils ont tenu deux meetings, l’un le vendredi 10 septembre, et l’autre le vendredi 17, devant la mairie de Capesterre. Ils ont eu le soutien de travailleurs d’autres secteurs, particulièrement ceux des Banques AFB, qui ont mené une longue grève cette année même, et qui poursuivent les négociations pour le maintien de leur convention collective.
Les grévistes étaient présents en nombre à la conférence de presse de la CGTG, le lundi 13 septembre, au cours de laquelle le secrétaire général J.M Nomertin a exposé le problème qui a conduit à la grève.
Le samedi 18, ils ont manifesté dans les rues de Pointe à Pitre, avec le soutien des représentants de différents syndicats de la CGTG. La manifestation très dynamique a regroupé plus de 200 personnes. Sur le marché St Antoine ainsi qu’à la Darse, ils se sont arrêtés pour s’adresser à la population et ont recueilli de nombreux témoignages spontanés de solidarité.
De leur côté, les patrons campent sur leur position, qui est exprimée sur les médias par « la voix de son maître », celle du prétendu «psychologue» Spéronel. Mais les travailleurs, qui reçoivent de nombreux messages de soutien, sont bien déterminés à leur apprendre à compter.




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