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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 9 octobre 2004      N° 910

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À la Une

Éditorial

Martinique/Guadeloupe: Face à un patronat agressif et arrogant, une seule réponse: se battre!

Alors que les travailleurs de la banane en Guadeloupe en sont à leur sixième semaine de grève, les patrons ne veulent toujours rien céder. Ils se montrent sûrs d’eux et arrogants, car ils peuvent compter sur le soutien de l’administration préfectorale, sur les gendarmes, la police et la justice. Les forces de répression (gendarmes, policiers ou autres) sont constamment mis à la disposition des patrons de la banane.
La pression répressive est permanente: des travailleurs grévistes sont convoqués, interrogés dans la gendarmerie de Capesterre-B-E, des travailleurs sont suivis, invectivés par des gendarmes dans leurs déplacements. Tous les abords des plantation sont surveillés par des groupes importants de gendarmes. Les camions transportant les containers de bananes sont eux aussi accompagnés et escortés par des gendarmes. La justice, elle, ajoute sa pierre en complément de cette pression physique et distribue des condamnations, pour entrave à la liberté du travail!
Mais tandis que toute cette mobilisation des forces de répression rend plus difficile le déroulement de la grève, les travailleurs qui avaient voulu reprendre le travail dans certaines plantations sont eux aussi réprimés ; certains sont mis à pied ou tout simplement licenciés par les planteurs pour les punir d’avoir fait grève.
Le patronat de la banane a encore obtenu le soutien de la préfecture quand des grévistes de la banane se sont introduits sur le port d’embarquement de la banane à Pointe à Pitre afin d’obtenir le soutien des dockers et leur engagement à ne charger aucun container de banane, tant qu’un accord ne serait pas signé avec les salariés de la banane en grève.
Une partie des dockers a suivi cette position, mais devant le danger de contamination de tous les employés du port le directeur général du port autonome, Christian Boutrin, a fait intervenir les gendarmes. Ceux-ci, ont délogé les grévistes et empêché la poursuite de l’action sur le port. Aujourd’hui le nommé Boutrin se fait menaçant envers les dockers qui ont aidé les grévistes de la banane.
Les plantations de banane de Guadeloupe ne sont pas les seuls lieux où les patrons se montrent très déterminés à attaquer les travailleurs. On a vu aussi, en Martinique, lors des licenciements de travailleurs de la Cobamar et d’Agriban où des dizaines de travailleurs ont été licenciés par suite des manœuvres des gros planteurs.
On l’a vu encore dans l’affaire de la panne de CTM (usine de production électrique) du Moule, où le directeur, fortement poussé par la préfecture, cherche à rendre deux travailleurs responsables des incidents (incendie) qui ont provoqué cette panne.
En ce moment, les patrons se croient très forts, les Blancs comme Boutrin ne se gênent pas pour y aller de leur petite note méprisante et teintée de colonialisme. Le préfet a beau déclarer que nous ne sommes plus au temps des colonies, il en a les réflexes et les méthodes. Mais les patrons blancs colonialistes ou pas, ne sont pas seuls en cause, c’est tout le patronat (il n’y a qu’à écouter Mme Mayeko du Medef!) qui veut la peau des syndicats combatifs. Tout ce milieu patronal veut casser la combativité des travailleurs, affaiblir leur réactivité aux injustices et aux atteintes à leurs droits et à leur salaires.
Dans la banane comme dans les banques, comme dans les supermarchés des Antilles les travailleurs ont à se battre contre un patronat bien décidé à revenir sur les dits «avantages sociaux» et même à baisser les salaires, primes et autres avantages (congé, jours fériés, etc) dont bénéficient les travailleurs.
Mais le patronat aurait tort de pavoiser et de croire qu’il brisera la volonté des travailleurs en faisant durer les grèves comme dans les banques, comme dans la banane, car même les grévistes qui ont baissé les bras et ont repris le travail dans les plantations sont bien conscients que rien n’est réglé et qu’il faudra revenir à la charge. Ni dans les banques (où les négociations continuent!), ni dans les plantations, les patrons ne connaîtront de tranquillité. A tout moment, même les conflits qui semblent éteints peuvent renaître. Sous la cendre d’une prétendue «paix sociale» dormira toujours un feu prêt à reprendre.



Martinique
Licenciement. De nouvelles vagues se préparent

Les licenciements qui s’annoncent suscitent l’inquiétude chez bon nombre d’ouvriers. Ils l’ont exprimé notamment lors de la réunion de rentrée de la CGTM le 28 septembre dernier.
Plusieurs questions à l’ordre du jour furent discutées, mais c’est le problème des licenciements qui retint l’attention et suscita le plus d’interventions.
Plus de 200 délégués et militants étaient présents pour faire le point sur leurs activités. Ainsi nombre d’entre eux ont constaté que les procédures de licenciements, pour n’importe quel motif, se multiplient dans les petites entreprises de commerce et de services. Dans le secteur de la banane l’hécatombe se poursuit: après la liquidation de la COBAMAR, ce sont maintenant plusieurs petites exploitations qui annoncent la fin de leur activité, dans le Nord Atlantique notamment.
Ces licenciements sont perpétrés en même temps que les dernières réductions des droits des salariés notamment l’assurance chômage. Il y a aussi la remise en cause des 35 heures autour des discussions souhaitées par le patronat sur ce qu’il appelle «un nouveau contrat social».
Les patrons en procédant à des licenciements maintenant, espèrent pour demain des périodes encore plus propices où ils négocieront au plus bas les termes du contrat de travail pour augmenter leurs profits.
D’évidence, c’est un nouveau palier que franchit le patronat dans les attaques contre les travailleurs, car il n’y a pas si longtemps le credo c’était de faire croire que pour des raisons de compétitivité il fallait procéder à des réductions du coût de travail: blocage de salaire, plans de licenciements etc. Pour cela les patrons ont bénéficié de toute la complaisance du gouvernement avec des aides en tout genre. Ils ont obtenu des exonérations de charges sociales, fiscales, des remises de dette, des défiscalisations et sans qu’ils aient eu à créer des emplois en contrepartie.
Aujourd’hui encore ils font preuve de morgue en refusant de payer la journée intempérie du 7 septembre. Ils prétextent que celui qui n’a pas travaillé n’a pas à être payé, alors que l’interdiction de circuler imposée à la population émanait du Préfet lui-même donc n’était pas une décision du salarié.
C’est à cette arrogance que les travailleurs seront confrontés dans la période à venir. Il est clair que le patronat a annoncé la couleur: il ne lâchera rien facilement! Les travailleurs le savent et se préparent.



Guadeloupe
Michel Madassamy emprisonné. Renforçons la protestation!

Michel Madassamy membre du conseil syndical de l’UGTG et de l’Union des travailleurs des produits pétroliers (UTPP), a été arrêté le lundi 4 octobre, dans la soirée, près de la place de la Victoire. Il se trouvait dans sa voiture avec sa famille lorsqu’un groupe d’intervention de la police nationale l’a carrément extirpé sans ménagement et embarqué dans un fourgon en direction de la prison de Baie-Mahault. Les policiers étaient encagoulés et ont agi comme s’ils avaient affaire à un criminel. Les personnes qui ont assisté à la scène ont été choquées et n’ont pas hésité à exprimer leur protestation. Michel Madassamy a été condamné à de la prison ferme pour deux affaires. Dans une première affaire, il a été accusé sans preuves d’avoir saccagé deux magasins de Pointe-à-Pitre le 27 mai 2001. Au cours de cette journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage, l’UGTG avait mobilisé ses militants pour que les entreprises ferment leurs portes. Il s’agissait de faire respecter une journée fériée ce que certains patrons refusaient d’appliquer. Des manifestants s’en étaient pris à deux magasins: le fast food Quick et le libre service «kaz à prix» Mais c’est Michel Madassamy qui fut montré du doigt. Il fut arrêté le 31 mai, a été relâché le 12 juin après une forte mobilisation des travailleurs de l’UGTG qui s’étaient mis en grève dans différents secteurs durant 4 jours en particulier dans les stations service. Il y eut également des manifestations violentes dans les rues de Pointe-à-Pitre. Le 6 juillet 2001, Michel Madassamy fut condamné à 3 mois de prison avec sursis, à dix huit mois de mise à l’épreuve et à de lourdes amendes. Le 29 avril 2003, le tribunal de Pointe-à-Pitre ordonna la révocation du sursis. Mais le 30 mars 2004 la Cour d’Appel confirma la révocation du sursis. Madassamy fut condamné à 3 mois de prison ferme et à 7000 euros de dommages et intérêts. Ce sont des condamnations aussi sévères qui sont prononcées à l’encontre de Madassamy dans une deuxième affaire concernant le conflit opposant les travailleurs de Texaco à la direction de l’entreprise. Il est accusé là aussi sans preuve d’avoir brisé la vitre d’un camion Texaco le 18 novembre 2003. Il a été condamné à 10 mois de prison ferme et à 53 000 euros d’amende. Au total pour ces deux affaires, il est condamné à 13 mois de prison. Depuis le mois de mars comme pour un autre responsable syndical de l’UGTG, Armand Toto, condamné lui aussi à de la prison ferme, les forces de l’ordre ne s’étaient pas manifestées jusqu’ici. Michel Madassamy travaillait depuis deux mois à la Maison de Marie-Galante près de la place de la Victoire à deux pas du commissariat central de Pointe-à-Pitre. Son arrestation dans de telles conditions se veut aussi démonstration de force pour l’exemple dans le but d’intimider les militants syndicaux et les travailleurs qui se battent pour défendre leurs droits. L’on voit aussi dans cette affaire avec quel mépris agissent la justice et les forces de police quant ils répriment des représentants des travailleurs. Pour protester contre cette arrestation arbitraire l’UGTG appelait à un meeting le mercredi 6 à 19 heures devant son local à Pointe à Pitre.

D.H.: Michel Madassamy a entamé une grève de la faim.




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