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À la Une
ÉditorialLa répression judiciaire, la prison pour les syndicalistes ou grévistes n’intimideront pas les travailleurs
La lutte contre la répression anti-syndicale et en solidarité avec Madassamy est le prolongement des luttes des travailleurs contre les licenciements, contre les bas salaires, pour de meilleurs salaires et conditions de travail, pour l’embauche et titularisation des précaires en tous genres!
Au cours de ces luttes contre les licenciements dans la banane en Guadeloupe et Martinique pour arracher de meilleures conditions de départ après les liquidations des plantations, pour s’opposer dans les deux îles aux plans de régression des banques, pour obliger les patrons à reculer dans la banane sur leur plan de passage aux 35 heures, de baisse de salaires et d’aggravation des conditions de travail, les autorités coloniales se livrent à des répressions policières ou judiciaires.
De nombreux travailleurs, syndicalistes ou non, sont sous le coup de condamnations à prison ferme ou avec sursis, à payer de lourdes amendes, des astreintes réclamées par les patron pour faits de grève.
Si les grèves durent, sont mouvementées, c’est aussi qu’en face, les patrons, les maires, et autres responsables administratifs persistent dans une attitude qui consiste à faire durer les conflits pour démoraliser, pour décourager les grévistes.
Et quand ils n’y parviennent pas, la préfecture et la justice volent à leur secours. On a vu le MEDEF proposer un véritable pacte de mauvaise conduite aux patrons pour faire échec aux grèves. Dans le conflit de la banane, qui dure depuis le 24 août, on a vu intervenir les gendarmes pour protéger les plantations des gros propriétaires (Dormoy et cie) ; ils ont accompagné des containers de bananes jusqu’au port. La justice a prononcé de lourdes astreintes pour faire évacuer les abords et entrées des plantations.
Il y a aussi des conflits municipaux qui durent depuis des mois! Et quand le président du Conseil régional dit que les maires ont seuls autorité pour décider de titulariser, d’embaucher ou de licencier, c‘est là que cela ne va pas. Les travailleurs justement contestent cette «seule» autorité et veulent aussi dire ce qu’ils en pensent et peser sur ces décisions. Ni les patrons de la banane ou d’autres secteurs du privé, ni les chefs d’administrations publiques ne veulent accepter qu’il y ait une couche de travailleurs qui n’acceptent plus qu’on les considère comme de la peau du citron qu’on jette, purgé de son jus. Les travailleurs veulent intervenir dans les décisions qui les concernent, sur leur titularisation, leurs salaires, leur conventions collectives, etc. Ils sont la pièce maîtresse de la production. Sans eux, pas de bananes exportées, pas de supermarchés vendant des tonnes de produits qui rapportent des millions d’euros de profits, pas de Poste, pas de transports, etc. Alors les travailleurs veulent discuter et imposer, par la lutte si nécessaire, de meilleures conditions de travail (salaires, horaires, etc).
C’est cet état d’esprit que veulent réprimer la justice, la préfecture au service des patrons et le MEDEF des Vial-Collet, Viviès et Mayeko. Mais, les réactions vives contre l’emprisonnement de Madassamy, militant de l’UGTG, l’union de lutte entre les syndicats, et particulièrement entre la CGTG et l’UGTG, montrent que la détermination, le moral des travailleurs ne sont pas atteints par ces coups et attaques judiciaires et policières. Bien au contraire, des forces nouvelles sont suscitées. Les dockers de Pointe à Pitre viennent de décider de ne plus charger ni manipuler de containers de bananes jusqu’à ce que les travailleurs de la banane obtiennent satisfaction Ils réclament en même temps la libération de Madassamy immédiate et sans condition.
Les condamnations et emprisonnements de grévistes, de syndicalistes ne peuvent freiner ou décourager la lutte et les manifestations. Ces derniers jours en Guadeloupe le montrent bien. Les grèves se succèdent: dans les banques, l’éducation, les supermarchés (succès de la grève à Milenis), les sociétés de nettoyage (succès de la grève sur l’aéroport), les stations services! Mardi soir 19 octobre et mercredi 20, des manifestations et barrages se sont multipliés dans différents points de Guadeloupe. Ni les interpellations (notamment celles de Gaby Clavier, ex-secrétaire général de l’UGTG et Marie-Agnès Castrot membre du bureau de la CGTG, mercredi 20 à Capesterre-belle-eau!), ni les condamnations de grévistes et syndicalistes ne vont «calmer» la situation: bien au contraire! Les travailleurs ont des revendications précises qui accompagnent leurs actions de solidarité avec Madassamy. Ils considèrent que la meilleure forme de défense, c’est de se battre pour les revendications.
Guadeloupe
Les grévistes de la banane tiennent toujours
Commencée le 24 août dernier, la grève des ouvriers de la banane continue. Beaucoup de travailleurs ont à ce jour repris le travail. Mais les patrons n’ont toujours pas donné satisfaction aux revendications des grévistes, à savoir:
- l’application réelle du SMIC ; c'est-à-dire son calcul sur la base des 7,61 euros x 8 x 21 au lieu des 7,61 euros x 7 x 21, sous le prétexte d’une application de la semaine des 35 heures comme l’ont fait les patrons sous la recommandation du groupement Karubana. D’ailleurs, ceux, rares, qui avaient appliqué le nouveau SMIC au 1er juillet 2004 comme le prévoit la loi, sont revenus sur leur décision, sous la pression du groupement;
- l’application de la R.M.M (Rémunération Minimum Mensuelle).
Rien n’est donc réglé à l’heure où nous écrivons. Sur les plantations où des grévistes ont repris le travail, les patrons font montre d’une arrogance provocante. C’est ainsi que d’anciens grévistes ont été suspendus ou licenciés peu de jours après leur reprise. Ailleurs la colère gronde toujours et des arrêts de travail sont nombreux.
En tout cas le climat n’est pas au découragement, d’autant plus que des mouvements de grève ont lieu dans plusieurs autres secteurs. Dans certains cas, c’est pour défendre des revendications spécifiques, dans d’autres pour manifester contre la répression anti-syndicale ou pour exiger la libération de M. Madassamy et l’arrêt de toutes les poursuites judiciaires et patronales contre des salariés en mouvement.
La grève des ouvriers de la banane concerne presque tous les salariés. Si la mesure scélérate que veulent appliquer les patrons de la banane passe, à savoir la non application d’une augmentation du SMIC décidée par le gouvernement, ils seront très certainement suivis par les patrons du commerce et de bien d’autres secteurs où la plupart des salariés sont payés au SMIC. Car l’attitude des patrons de la banane entre dans le cadre de la politique mise en place depuis des années par les patrons et les gouvernements, de gauche ou de droite d’ailleurs, et qui vise à réduire le plus possible la part des salariés dans les richesses produites grâce à leur travail.
Martinique
Les ouvriers de la banane CGTM présentent leur contrat de progrès social. Ils auront à l’exiger!
Le vendredi 15 Octobre 2004, les ouvriers de la banane CGTM présentaient à la presse leurs propositions pour la mise en place d’un plan social pour les ouvriers de ce secteur.
Ces propositions sont développées dans un document intitulé «Contrat de progrès social» qui a déjà été présenté et remis de juillet à septembre 2004 au Préfet, aux députés du Nord, au président des communautés des communes du Nord, aux présidents des Conseils Régional et Général, aux ministères des DOM et de l’Agriculture.
Depuis janvier 2004, près de 700 ouvriers de la banane ont été licenciés, ce chiffre est important, car l’agriculture compte 7171 salariés, la banane plus de 5800. Avec la restructuration des entreprises, les planteurs voulant garder surtout les habitations les plus rentables, qui réalisent 50 tonnes/ha et plus, ce seront près de 2500 ouvriers qui risquent de perdre leur emploi.
L’Etat s’est déjà engagé à verser aux planteurs 30 millions d’euros sans compter les versements des collectivités locales prévus à titre d’aides à la modernisation des entreprises agricoles.
Dans ce contrat avec les planteurs, l’Etat a délibérément oublié les salariés et en particulier les licenciés qui pour la plupart ne pourront pas retrouver un autre emploi. Les ouvriers demandent que des mesures exceptionnelles soient prises pour venir en aide aux salariés de ce secteur: mise en place d’un dispositif de préretraite spécifique, mise en place d’une cellule de reclassement.
Sous la pression des salariés, la Direction du travail s’était engagée à faire fonctionner cette structure, aujourd’hui elle reconnaît son échec et dit vouloir recommencer toute l’opération avec un organisme uniquement dédié à cette tâche. Parmi les demandes, le Fonds d’assurances de formation des salariés des exploitations agricoles (FAFSEA) devrait s’impliquer davantage pour faciliter la reconversion des salariés.
Il est question du versement d’une prime de dédommagement pour les licenciés. Les pouvoirs publics devraient mesurer les effets de l’exposition des salariés et des populations aux produits phytosanitaires en engageant une grande enquête de santé publique et dans l’immédiat assurer le suivi médical gratuit des salariés licenciés et en fonction.
Les ouvriers sont en attente d’une réunion des différents responsables à l’initiative du préfet pour la mise en œuvre de ces propositions qui pour le moment n’ont suscité qu’écoute ou approbation de tous, politiciens de tous bords compris.
Dans la salle de délibérations du Conseil Régional où se tenait cette conférence de presse de la CGTM-banane, il y avait des ouvriers agricoles, ainsi que des militants d’autres syndicats de la CGTM qui ont ouvert un débat et plusieurs ont pu conclure qu’il faudrait une mobilisation des travailleurs pour exiger que les pouvoirs publics et les élus fournissent les moyens nécessaires pour aider les salariés de la banane spoliés.
DH: Répression anti-syndicale, anti-grévistes
Toto (UGTG) a été interpellé mercredi matin et emmené au commissariat à la rue Gambetta. On lui a posé des questions sur sa présence sur un piquet de grève en 20O2. On l'a relâché. Il y avait environ 4OO personnes devant le commissariat.
Par ailleurs deux militants syndicaux ont été interpellés et emmenés sur le parking de carrefour à Destreland.
Clavier (UGTG) et Castrot Marie-Agnès(CGTG) ont été interpellés et emmenés sur Capesterre ou Basse terre, dans une gendarmerie.
Aujourd’hui, mercredi 20, la CAF et la Sécu ne travaillent pas. l'UGTG les a entraînées dans la grève pour Madassamy.
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