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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 23 octobre 2004      N° 911
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Le rapport Thélot: de quoi inquiéter parents, élèves et enseignants

La commission Thélot a présenté à la mi-octobre au premier ministre un rapport bien inquiétant. Il se prétend l’émanation du «grand débat sur l’école», une poudre aux yeux qui avait été imposée l’année dernière aux personnels de l’éducation. Mais, et c’était prévisible, le résultat est en contradiction fondamentale avec les souhaits des membres des communautés scolaires. Le résultat reflète ce qui arrange le gouvernement et les entreprises. Jugeons-en!

CE QUI INQUIÈTE PARENTS ET ÉLÈVES
Selon le rapport, la priorité absolue serait « la réussite de tous les élèves». Mais quelle réussite? Il s’agit de fournir à 100% d’une classe d’âge un «socle commun», c’est à dire un savoir minimal, réduit à «lire, écrire et compter». Les enseignements dits «fondamentaux indispensables» seraient les mathématiques et le français, auxquels s’adjoindraient deux «compétences»: l’anglais de communication internationale et la technologie de l’information et de la communication. Les autres matières, telles l’éducation physique, l’histoire-géo, la deuxième langue vivante, l’éducation artistique… n’en font pas partie. Les savoirs du «socle commun» correspondent à ce que les entreprises demandent à leurs salariés pour être d’un bon rapport dans un système d’exploitation: savoir lire et compter, maîtriser un peu d’anglais et l’informatique! C’est donc d’une réduction des savoirs qu’il s’agit, le «socle» étant une sorte de formation intellectuelle minimale.
Bien entendu, un certain nombre d’élèves auraient accès aux enseignements optionnels, et on aboutirait ainsi à une éducation à deux vitesses: l’une pour l’élite, l’autre pour ceux qui sont destinés à devenir salariés ou chômeurs.
L’orientation n’interviendrait plus après la classe de seconde, comme c’est le cas aujourd’hui, mais dès la fin de la troisième. C’est réduire les possibilités données aux élèves de faire un choix correspondant vraiment à leurs aspirations. Même en seconde, beaucoup d’élèves ne savent pas encore ce qu’ils veulent faire plus tard. C’est un choix qui demande des connaissances, de la maturité. Faire ce choix un an plus tôt n’aboutira qu’à davantage d’erreurs d’orientation.
Dès la classe de 5ème, une «diversification dans l’acquisition des apprentissages» est programmée. Les contenus de l’enseignement pourraient donc être différents d’un élève à l’autre dès la classe de cinquième, et ce qui est encore plus à craindre, cette diversification pourrait prendre la forme de l’alternance avec l’entreprise ou le lycée professionnel. Dès l’âge de 12 ou 13 ans, certains enfants seraient donc programmés pour devenir uniquement des travailleurs en entreprise.
A la fin de la troisième, le «certificat de maîtrise du socle», qui remplacerait le BEPC, deviendrait une barrière interdisant aux élèves ayant échoué à l’examen la poursuite de leurs études en formation initiale, et ils seraient alors orientés vers la vie active. Mais quelle vie active? Dans la plupart des cas aujourd’hui, c’est la rue! En dans les meilleurs des cas, des emplois précaires et sous payés.
En ce qui concerne les jeunes, les propositions de ce pré-rapport sont donc un recul qui réduirait à néant des années de lutte du corps éducatif et des parents d’élèves pour l’ «égalité des chances et des savoirs». Ce serait créer une éducation à plusieurs vitesses, programmée uniquement pour les besoins des entreprises.

CE QUI CONCERNE LES ENSEIGNANTS
L’autre aspect du rapport Thélot concerne les enseignants. Il est question de leur imposer un temps de présence accru sur les établissements scolaires, de 4 à 8 heures. Selon le rapporteur, ce temps serait utilisé pour faire les préparations, les corrections, recevoir les parents et aider certains élèves. Cela, les enseignants le font déjà, en dehors de leur temps de présence sur l’établissement, et plus que 4 à 8 heures par semaine. Il n’y aurait donc rien de gagné, si ce n’est de les faire travailler plus mal, dans des conditions plus difficiles car le calme, le silence dans des locaux adéquats et le matériel culturel nécessaire à un bon travail de préparation et de correction n’existe pas dans la plupart des établissement scolaires. Ces raisons sont donc un prétexte. En fait, si on regarde le système américain, par exemple, on voit bien ce que vise le gouvernement: les enseignants, qui doivent être présents sur leur lieu de travail 35 à 40 heures par semaine, se voient imposer nombre de tâches administratives et de gestion de l’établissement. Et bien souvent, ils doivent corriger leurs copies et faire leurs préparations à la maison! C’est donc autant de personnel à recruter en moins.
La diminution du nombre de matières enseignées avec l’instauration des «fondamentaux indispensables», la disparition probable de certaines matières, et la présence accrue des enseignants vont tout à fait dans le sens des projets de politique pour l’emploi prévue dans le budget 2005: suppression de 5 500 enseignants du second degré, de 5 200 aides éducateurs et de 800 agents administratifs. Ceux qui restent devraient jouer les «bouche-trous», ce qui a déjà commencé avec la suppression massive de postes de MI-SE (Maîtres d’internat et Surveillants d’externat), et le renvoi des aides éducateurs.
Pour améliorer le système éducatif et donner les meilleures chances à tous les enfants, il faudrait embaucher massivement dans l’éducation nationale, et que l’Etat donne aux établissements scolaires des moyens suffisants pour une éducation moderne de qualité.
Ne voulant pas prendre directement l’initiative de ces propositions, le gouvernement s’est abrité derrière une commission dite indépendante qui savait bien entendu à quelle conclusion elle devait aboutir.
On aura compris qu’il s’agit là de l’orientation d’une politique qui, sous couvert de modernisation, cherche à faire avaliser une orientation libérale.
Ce ne sont pas les seuls personnels de l’Education nationale qui sont concernés par les conclusions de ce rapport. Parents d’élèves, élèves, enseignants doivent combattre de toute leur force le mauvais coup du gouvernement qui une fois encore sera défendu par Fillon, mais là avec la casquette de ministre de l’Education nationale.



Guadeloupe
Mobilisation des enseignants pour dénoncer le démantèlement du système éducatif et soutenir Michel Madassamy

Lundi 18 octobre, l’intersyndicale des enseignants avait appelé à un rassemblement devant l’inspection académique. 200 d’entre eux environ se sont mobilisés. Ils se sont ensuite rendus en manifestation au rectorat, où une délégation a été reçue par le représentant du recteur, ce dernier se trouvant actuellement en France.
Ils ont dénoncé conjointement les projets du rapport Thélot, avec en particulier l’allongement du temps de présence des professeurs sur les établissements que ce rapport préconise. Ils dénoncent la remise en cause de la bonification de 1000 points attribués aux originaires des DOM pour qu’ils puissent rejoindre leur académie d’origine, ainsi que le projet d’avancement au mérite. Ils sont solidaires de leurs collègues TOS dont le transfert aux collectivités locales est prévu pour 2006, mais qui jusqu’ici manquent d’informations précises sur les conditions de ce transfert et sont inquiets quant à leur avenir.
Ils exigent la libération de Michel Madassamy. La répression anti-syndicale et les tentatives d’intimidation qui ont frappé des militants de l’UGTG et de la CGTG vont de pair avec l’offensive générale de l’Etat et du gouvernement contre leurs salariés : ceux de la fonction publique et du secteur privé.
Les enseignants de l’intersyndicale ont donc pris la décision de reconduire leur grève le mardi 19 et de participer à la manifestation de soutien au militant de l’UGTG emprisonné.



NIGÉRIA
Il faut sauver Hajara Hibrahim

Une jeune femme de 29 ans, Hajara Hibrahim vient d’être condamnée à mort par les juges islamiques nigérians. Hajara est condamnée à mourir par lapidation. Cette femme divorcée attend un bébé d’un homme avec lequel elle n’est pas mariée, qui lui avait promis le mariage. Voilà le crime pour lequel Ibrahim Hajara est condamnée à mourir par le tribunal islamique de l’Etat de Bauchi au Nigéria.
Dans ce pays, c’est la loi canonique islamique, «la charia» (un ensemble de règles), qui régit la vie religieuse, politique, sociale et individuelle. Et d’après ces règles (la charia), l’adultère pour la femme mérite la mort par lapidation.
Il faut dire que dans ce pays islamique la femme a tous les devoirs mais pas de droit. D’ailleurs ce n’est pas la première fois que le Nigéria occupe le devant de la scène internationale pour ce genre d’affaire. Amina Lawal avait, elle aussi, été condamnée à mourir par lapidation par des juges islamiques nigérians pour être enceinte après un viol. Après d’importantes protestations internationales, elle fut sauvée au mois de septembre 2003.



Martinique
Les montages financiers du groupe Fabre Domergue: le jeu cynique habituel des capitalistes!

A l’occasion d’une décision de redressement judiciaire prononcée le 5 octobre par le tribunal mixte de commerce de Fort de France, un article du journal France Antilles du 14 octobre met au grand jour le mécanisme des montages financiers concoctés par les capitalistes du groupe Fabre Domergue. En effet, dans cet article il est expliqué que la société GFD S.A.(société anonyme) et sa filiale Bégonia SNC (société en nom collectif) qui viennent d’être mises en redressement judiciaire à la demande d’un gros créancier, n’emploient que 5 salariés pour GFD et aucun salarié pour Bégonia. Cette décision judiciaire ne serait donc qu’un épisode, somme toute, sans grande conséquence!
Mais il est intéressant pour les travailleurs de revenir un peu en arrière, et pour cela, l’article de F.A. fournit certains éléments.
A l’origine, était le Groupe Fabre Domergue, «holding» c’est à dire une société financière chargée de prendre des participations dans d’autres sociétés. A un moment le groupe Fabre était par ce biais à la tête de 1800 salariés. S’appuyant sur un «fort pôle bananier (21 sociétés) comprenant 800 salariés, elle intégrait en son sein un pôle de diversification avec des industries (Agrocacao, Sorebois), des sociétés de distribution (Intersport, Gamm Vert) ou de la réparation automobile et des hôtels». A partir de mai 2002, le groupe a été restructuré. Le pôle bananier a été vendu, pour ne pas dire dépecé. Les 11 hôtels ont été regroupés sous l’enseigne Karibéa appartenant au groupe Florence Morgan.
La holding Groupe Fabre Domergue est devenue depuis GFD S.A.
Sa filiale, Bégonia SNC fut créée à l’époque de la loi Pons sur la défiscalisation de 1989 pour servir «d’entité pour recevoir des investisseurs dans le cadre de la défiscalisation». Cette société n’employait pas de salariés, elle permettait à des personnes fortunées de placer de l’argent dans l’achat de chambres d’hôtel (des lots), de déduire de leurs impôts les sommes investies, et de continuer à avoir des réductions d’impôts pendant neuf années sur le fonctionnement de l’hôtel ainsi construit. Et après la juteuse période de défiscalisation, GFD.SA s’engageait à leur racheter les parts d’hôtels.
Aujourd’hui, c’est GFD.SA. et la filiale Bégonia SNC qui sont mises en redressement judiciaire. En effet après l’arrêt de la défiscalisation, façon loi Pons, la pompe à fric a déraillé et GFD n’a plus eu les moyens d’honorer ses engagements. De là la créance de 1,6 millions d’euros réclamées par les créanciers et la mise en redressement judiciaire du 5 octobre 2004.
Cet enchevêtrement de sociétés, plus ou moins opaque et pernicieux, correspond à un mécanisme courant dans la société capitaliste. Aujourd’hui, les créanciers de Bégonia SNC veulent récupérer leur argent et, d’après leur avocat, GDF parviendra à honorer ses créanciers. Et on apprend que «les hôtels Karibéa, partie saine du groupe, ne sont pas touchés ». Soit!
Mais que dire des ouvriers agricoles qui ont ensemencé de leur sueur les champs et les productions de bananes, qui ont été à la source d’une bonne partie de la richesse du groupe Fabre Domergue, et à partir desquels ont été développées d’autres sociétés?
Aujourd’hui, Fabre s’est proprement débarrassé d’eux, et s’en lave les mains!
Plus de 700 salariés agricoles sont licenciés depuis le début 2004 et l’Etat et les collectivités publiques et tous leurs complices, sont en train de les mener en bateau pour n’avoir rien à payer pour les dédommager et leur permettre de vivre.
Voilà la réalité de leur société capitaliste une fois de plus mise à jour à l’occasion d’avatars judiciaires. Cette réalité ne peut qu’engendrer la misère, le dégoût et la volonté de se battre pour construire une autre société plus juste, qui ne serait pas au service d’une extrême minorité fortunée, mais de la majorité des masses laborieuses.



Martinique
Le recteur masque la vérité

La CSTM et l’UGTM, relayées par le MIM et le CNCP, ont lancé une campagne demandant que les personnels non titulaires de l’Education nationale (contractuels et vacataires) soient employés en priorité en lieu et place d’enseignants français titulaires. Dans le but, disent-ils, de lutter contre le chômage qui frappe les non titulaires depuis la rentrée. Cette fausse solution poserait d’autres problèmes notamment sur la compétence et la formation de ces contractuels. Il n’est pas du tout certain que les parents d‘élèves apprécient de remplacer des enseignants qualifiés (même s’ils sont Français !) par d’autres (même Martiniquais) n’ayant pas le même niveau. Ce n’est pas non plus l’intérêt des élèves.
Le Recteur a évidemment saisi ce problème et s’est engouffré dans cette brèche.
Face à la campagne des syndicats nationalistes (UGTM et CSTM) le Recteur a fait semblant d’être sensible à la situation de ces précaires en proposant de mettre en place des formations spéciales pour permettre aux candidats de préparer et présenter le concours de recrutement.
Cette position est très hypocrite. Car le Recteur, qui représente le ministère et applique donc la politique décidée par le gouvernement Chirac-Raffarin ne dit pas que le nombre de postes mis au concours diminue. En outre, Dutreil, ministre de la fonction publique, a clairement dit que tous les fonctionnaires qui partiront à la retraite ne seront pas remplacés.
Il est imprudent de prendre pour argent comptant les déclarations du Recteur qui, sous un sourire qui se veut rassurant, cherche plutôt à endormir la vigilance des personnels pour qu’ils n’exigent pas du gouvernement des créations de postes pour une formation de qualité.




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