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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 6 novembre 2004      N° 912
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ALGÉRIE
Il y a 50 ans le front de libération nationale déclenchait la lutte armée contre le colonialisme français (2ème partie)

Cet article fait suite à celui qui expliquait le déclenchement de la guerre d’Algérie par un groupe de quelques centaines de militants nationalistes décidés et courageux. Ces militants, en se posant comme représentants de la lutte du peuple algérien pour son indépendance et pour mettre fin à une situation coloniale humiliante et oppressive ont évidemment gagné, au fil de leur combat, une immense sympathie de tous les éléments qui voulaient en finir avec le colonialisme français dans leur pays et de tous ceux qui avaient encore en mémoire les répressions de SETIF en 1945. Les notables, les «réformistes», les modérés de tous bords ont été rapidement débordés par l’initiative hardie de ce FLN qui très vite s’est imposé comme une force décisive, combattante qui voulait aller jusqu’au bout de ses objectifs.
Mais cela n’empêcha pas ces dirigeants de considérer que s’ils se donnaient le droit de parler au nom du «peuple algérien», ils n’avaient pas de comptes à lui rendre et surtout que ce peuple ne devait prendre aucune part aux décisions concernant son avenir et au contrôle des luttes et actions engagées en son nom.

L’organisation qui a déclenché ce qui allait devenir «la guerre d’Algérie» pour l’indépendance de cette colonie française, le FLN, (Front de Libération nationale) voulait être le seul maître à bord. Ce Front de libération nationale s’est imposé par la légitimité de son combat mais aussi par la terreur et a mené des actions terroristes qui ont fait plus de victimes dans la population algérienne que parmi les Pieds-noirs (Européens) et les militaires français. On estime à plus de 16 378 le nombre d’Algériens tués par le FLN et à plus de 13 000 le nombre de disparus dans cette population contre 2788 tués et 875 disparus européens! Tous ceux qui s’opposaient au FLN ont été considérés comme des traîtres et éliminés physiquement.
Au nom du parti unique, il a pratiquement fait disparaître les autres organisations nationalistes ainsi que le parti communiste algérien. Les militants de ces organisations ont été contraints de rejoindre les rangs du FLN. La population algérienne a dû se plier à l’autorité de cette organisation qui a imposé des règles coraniques. Il a été par exemple interdit de consommer l’alcool et le tabac. C’est le FLN qui a eu le contrôle des tâches administratives comme le mariage. «L’impôt révolutionnaire» a été prélevé sous la contrainte.
C’était une façon de substituer de fait son pouvoir à celui du colonialisme, mais il l’a fait toujours en s’imposant par la force et en écartant les membres de la population de toute décision, de toute initiative.
Huit années de guerre et de répression, d’actions terroristes ont fait de nombreuses victimes. L’armée française disposa jusqu’à plus de 1 500 000 hommes sur le territoire algérien dont 250 000 soldats musulmans. On a compté, selon les chiffres du FLN, un million de morts du côté algérien. Selon les chiffres de l’armée française il y aurait eu 227 000 tués dits «musulmans». Ce chiffre est probablement très inférieur à la réalité. Mais, quels que soient les chiffres réels, ils montrent l’ampleur et la férocité de la répression coloniale!
L’armée française aurait eu 24 014 tués dans des combats et 65 000 blessés. Cette guerre prendra fin en 1962 avec la proclamation de l’indépendance suite aux accords d’Evian.
Parmi les chefs qui ont déclenché l’insurrection en 1954, et qui ont survécu, beaucoup sont devenus les dirigeants de l’Etat algérien indépendant, dont Ben Bella qui a été le premier président. Il a été très vite renversé par le colonel Boumediene qui était le chef de l’Armée de Libération Nationale (ALN). Ces dirigeants, comme ceux qui leur ont succédé jusqu’à aujourd’hui, vont mener la même politique, une politique antidémocratique, s’appuyant sur un seul parti (le FLN) au pouvoir. Ceux qui vont diriger l’Algérie vont imposer un régime de dictature à la population. Les syndicats autres que la centrale officielle seront interdits, les opposants, assassinés ou emprisonnés.
Le peuple algérien a payé cher pour gagner son indépendance ; cette lutte pour l’indépendance lui a permis de se débarrasser d’une oppression faite d’inégalités, de racisme, de mépris et de violence colonialistes. Mais tout au long de cette lutte, les dirigeants du FLN ont tout fait pour écarter toute expression et intervention de la population dans la direction de la lutte et, par la suite, dans l’exercice du pouvoir.
Ceux qui sont arrivés au pouvoir n’ont jamais été des représentants des travailleurs et de la population pauvre. En tant que dignitaires de l’armée ou du FLN, en tant que notables ou chefs religieux, ils se sont placés au-dessus des masses populaires algériennes. Leur seul objectif a été de chasser les Français d’Algérie au nom de la défense des intérêts futurs de la bourgeoisie algérienne. De ce point de vue là, ils ont réussi, mais les masses laborieuses et pauvres ont de nouvelles luttes à mener pour une réelle émancipation.
L’Algérie bourgeoise des chefs de l’armée ou du FLN n’a jamais pu répondre aux aspirations des couches populaires. La corruption dans les milieux dirigeants, les inégalités choquantes ont fait grandir sans cesse un immense mécontentement populaire qui fut exploité par les mouvements islamistes radicaux. Le FLN battu par eux dans les élections de 1992 a refusé de les laisser exercer les mandats gagnés dans ces élections.
Ces organisations islamistes, depuis plusieurs années, ont entrepris une campagne de terreur pour arracher le pouvoir au FLN et dirigent leurs coups sur la population pour la couper du pouvoir en place et l’obliger à reconnaître leur autorité.
Ainsi, des années après avoir arraché l’indépendance, sans avoir jamais permis la moindre expression démocratique du peuple algérien, les dirigeants du FLN en sont arrivés à livrer les travailleurs des villes et des campagne, les couches populaires, aux coups répétés des islamistes réactionnaires et assassins (GIA et autres groupes terroristes).
En l’absence d’une véritable organisation révolutionnaire défendant une politique opposée au FLN, les organisations islamistes ont réussi à capter un moment le soutien populaire et ont même menacé le pouvoir du FLN. Mais ces Islamistes sont tout aussi anti-démocratiques et réactionnaires, et veulent tout autant imposer leur pouvoir dictatorial à la population, par le biais de prétendues lois coraniques remontant au Moyen-Age le plus lointain.
L’avenir dépendra de la capacité des travailleurs et des jeunes Algériens à construire une nouvelle organisation révolutionnaire fondée sur une politique d’émancipation des travailleurs et des couches populaires. Cet avenir passera par la lutte contre les possédants et privilégiés du régime en place aujourd’hui, mais aussi contre l’islamisme et ses variantes terroristes ou non, pour l’établissement d’un pouvoir édifié et contrôlé de bout en bout par les masses travailleuses et populaires.



HAÏTI
La loi des chimères

En Haïti les chimères (bandes armées des partisans d’Aristide) ont lancé depuis le 30 septembre, date anniversaire du coup d’état de Cédras en 1991, une opération baptisée «Bagdad», en vue de déstabiliser le gouvernement de Alexandre-Latortue, et de réclamer le retour d’Aristide.
Les chimères contrôlent les quartiers populaires de la ville de Port-au-prince, comme Bel-air, Delmas, Croix des Bossales d’où ils préparent leurs raids vers le centre ville, les marchés publics, des zones de grande fréquentation.
Ils brutalisent les petits marchands, emportent l’argent, les marchandises, cambriolent quelques magasins, quand ils n’y mettent pas le feu après le pillage. Dans certaines rues, sous la menace de leurs armes, ils obligent les occupants des véhicules qui roulent à s’arrêter et ils les dépouillent. Parfois ils mettent le feu au véhicule après. Depuis trois semaines, ces scènes se répètent chaque jour avec plus ou moins d’ampleur, avec plus ou moins de cadavres dans la population des quartiers pauvres qui est la première victime.
Ce sont eux qui payent tout le prix de la violence des chimères. Aucun bourgeois, aucun politicien n’est mort. Leurs quartiers de luxe sont épargnés par les actes de violence, leurs super marchés, leurs banques fonctionnent et ne sont pas affectés, alors que la vie sociale est au point mort depuis près d’un mois dans les quartiers pauvres de la capitale.
Les ouvriers vont difficilement au boulot, contraints d’y aller pour trouver de quoi vivre au jour le jour. Plusieurs d’entre eux ont reçu des projectiles devant les usines, d’autres sont retournés en province fuyant la terreur et l’insécurité galopante à Port-au-Prince.
Le mardi 26 octobre, les chimères ont tenté de paralyser la capitale pendant trois jours par ce qu’ils appellent la «grève générale», c’est-à-dire, un blocage total des grands axes et des quartiers commerçants, par la menace. Cette opération n’a pas été un succès car la population ne les soutient pas et agit sous la contrainte. Du coup la police et les militaires ont montré qu’ils voulaient réagir en interpellant quelques individus.
Les forces de l’ONU organisées dans la Minustah ne font rien pour traquer ces bandits. Après maintes critiques, ils ont décidé d’organiser quelques patrouilles avec la police, de faire quelques actions spectaculaires pour tenter de calmer la colère de la population. Durant le week-end du 30 octobre, la Minustah a reçu le renfort de 200 soldats espagnols et de 150 soldats marocains, ils doivent former une unité chargée de la sécurité dans le nord-est et le long de la frontière avec Saint Domingue. Le gouvernement dominicain, après avoir favorisé le passage des militaires en janvier, craint maintenant un retour des chimères.
Les politiciens qui ne font pas partie de l’équipe Latortue, les anciens opposants à Aristide, critiquent le gouvernement pour ne pas avoir pris des mesures plus tôt afin de prévenir cette crise déclenchée par les chimères. Mais ce n’est pas le sort de la population pauvre qui les intéresse, ils sont plutôt inquiets pour leur objectif qui est l’organisation des élections. Ils courent après les postes de députés, sénateurs, maires, mais le climat actuel s’il se poursuit risque de compromettre ces mêmes élections.



Evacuation de Gaza en vue, mais pas la paix

Mardi 26 octobre la Knesset (Chambre des députés d’Israël ) a voté l’évacuation et le retrait de la bande de Gaza. Cette évacuation concernera 8 000 colons de cette Bande et 4 implantations au nord de la CisJordanie. Elle se déroulera dans l’année à venir.
Ariel Sharon le Premier ministre israélien, procèdera à cette évacuation pour au moins deux raisons. Il dit le faire pour ne pas avoir dans l’avenir à faire des concessions plus contraignantes pour son pays sous la pression internationale. En outre, il dit que l’Intifada qui a débuté, il y a plus d’un an, rend le coût de la protection de ces colons par l’armée, insupportable pour l’économie d’Israël. Alors il organise à sa manière l’évacuation de la Bande de Gaza. Depuis plus d’un mois il a lancé ses troupes contre les Palestiniens dans le territoire. Les opérations aux noms les plus cyniques, comme «jour de pénitence» se sont succédées faisant plus de 150 morts et détruisant plus de 1000 habitations.
Gaza, cette bande de terre de 45 kilomètres de long et large de 5 à 10 kilomètres, abrite 1,3 millions de Palestiniens. La plupart sont des réfugiés chassés de chez eux par les avancées de l’armée d'Israël avant 1967. Le chômage touche 45% de la population active. La moitié de cette population vit au dessous du seuil de pauvreté. Coincée entre la mer et un mur érigé par l’Etat Hébreux, la bande de Gaza a tout d’un camp de concentration. En plus Sharon se réserve le droit de non seulement contrôler ses frontières avec l’Egypte voisine, mais de procéder à des incursions militaires si nécessité se faisait sentir.
Le départ des Israéliens n’est donc pas le début de la paix dans la région. Jamais on ne pourra faire cohabiter en paix, deux populations, l’une parquée misérablement et l’autre avec un niveau de vie européen. On ne peut faire vivre deux peuples en paix, alors que les dirigeants de l’un dominent et humilient l’autre. Les Palestiniens sont contraints au combat pour survivre aux massacres perpétrés contre eux par l’armée de l’Etat d’Israël et pour faire valoir leurs intérêts, leur dignité.
L’appui inconditionnel des Américains et silencieux des européens à Israël font d’eux des complices de Sharon. Hypocritement ils soutiennent les menées des politiciens qui dirigent Israël, car ils veulent que la population arabe de cette région pétrolière soit matée et tenue en respect par une armée à leur solde. Israël se charge de ce sale boulot en Palestine.



Polynésie
La démocratie française Outre-Mer!

Le 9 octobre dernier, Oscar Temaru a été renversé de la présidence de L’assemblée territoriale de la Polynésie française. C’est le 14 juin 2004 que le séminariste indépendantiste fut élu. Après moins de quatre mois de pouvoir, le voila renversé par une motion de censure de l’opposition. Son principal adversaire, Gaston Flosse, l’ami et compère de Jacques Chirac, un vieux routier de la politique qui règne depuis 16 années sur les 118 îles et les 245.000 Polynésiens que compte l’archipel, lui a joué un mauvais tour. En obtenant lors du vote de la motion de censure, 29 voix sur les 57 de l’Assemblée, le président de l’UMP de Polynésie, Gaston Flosse, reconquiert la présidence de l’Assemblée polynésienne qu’il avait perdue au mois de juin 2004. Flosse avait gagné à son camp un des élus autonomistes qui avait assuré l’élection de Oscar Temaru au mois de juin. Bref, un «coup politique » « bidouillé » sans doute avec l’aide et l’appui de l’Elysée et de Chirac.
Ces manœuvres ayant entraîné la destitution de Temaru ont engendré un grand mécontentement à Tahiti et l’on a vu se dérouler une manifestation très importante dans les rues de Papeete. Puis, Temaru, ses ministres et élus, soutenus par une grande partie de la population ont, à la manière de Ghandi observé un jeûne à l’intérieur de l’assemblée territoriale. Ils réclament la dissolution de l’Assemblée polynésienne afin que de nouvelles élections soient organisées.
Quant à Gaston Flosse, son passé en dit long sur ses pratiques pour le moins douteuses. Cet homme de 73 ans qui a déjà occupé tous les postes de responsabilités politiques que l’on peut assurer à Tahiti, qui a été l’objet d’une impressionnante série de mises en examen portant toutes, d’une manière ou d’une autre, sur ses pratiques clientélistes, qui est depuis un an dans le collimateur de la justice pour avoir fait bénéficier de ses largesses plusieurs dizaines de personnes. Il propose aux Polynésiens un salaire minimum de 125.000 fp (franc pacifique) soit une hausse de15.000 fp (126 e) pour tenter de les gagner à sa cause.
En réalité, Flosse a toujours été l’enfant chéri du RPR puis de l’UMP, une pièce maîtresse de la machine chiraquienne, dans la région, à qui on a presque tout accordé pour garantir le statu quo. Il s’agit aussi de barrer la route aux indépendantistes et pour cela les méthodes chiraquiennes ne sont pas à un coup tordu près.
Le pouvoir de Paris prend aussi le risque d’une éventuelle explosion de colère d’une fraction de la population polynésienne, un jour ou l’autre.




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