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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 20 novembre 2004      N° 913

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À la Une

Éditorial

La force des travailleurs

Ceux-ci ont pu mesurer la situation après les événements du samedi 23, nuit du dimanche 24, avec l’éclatement d’un coup de colère qui opposa des centaines de jeunes déterminés que les forces de répression eurent bien du mal à repousser et où certains ont tiré des coups de fusil blessant des gendarmes et des policiers. Une situation où des grèves ont éclaté dans presque toutes les branches: commerce, plantations, port de Pointe-À-Pitre, mairies, entreprise agricole d’élevage, CHU, hôtellerie, ANPE, vente de voitures, cimenterie, etc…
L’administration locale et la tutelle de Paris durent se plier à cette réalité que l’arrestation et la grève de la faim de Madassamy ne passaient pas comme une simple formalité! Dans l’esprit du patronat qui réclamait depuis des mois que la justice se montre plus sévère envers les syndicalistes de l’UGTG, il s’agissait de mettre au pas des syndicalistes et des salariés trop combatifs.
Depuis plusieurs années, des grèves éclatent et ne reculent pas devant la dureté du patronat, des chefs de service, des maires…Ces gens-là cherchent par tous les moyens à tromper les travailleurs et refusent de leur donner satisfaction sur des revendications, bien souvent élémentaires ou simples applications des lois en vigueur. A moins que les travailleurs ne se jettent dans une grève longue et âpre.
Ce ne sont pas les idées indépendantistes des dirigeants de l’UGTG qui gênent le patronat ou l‘administration préfectorale. Ces gens là ont l’habitude de faire des comptes, ce danger là ils ne le perçoivent pas comme très important, dans l’immédiat! Ce qu’ils ne supportent pas ce sont les façons de faire que ces militants introduisent parmi les travailleurs, la contestation de qui est maître ici, dans les entreprises, dans les services publics et dans les mairies! Ils ne supportent pas le fait que les travailleurs estiment que leurs grèves, leurs barrages, leurs explosions de colère sont légitimes. Ils ne supportent pas que ces travailleurs trouvent toujours, en leur faveur, un consensus général qui jusqu’ici ne leur a jamais fait défaut. Bien sûr, personne n’est content d’être barré sur un pont, une route, à l’entrée d’une entreprise, mais chacun sait qu’il aura lui aussi à faire appel à de telles luttes pour son propre cas! Alors chacun soutient ou comprend!
Cela, cette force de la solidarité objective, cette détermination des salariés en lutte, les patrons ne veulent plus les supporter. Alors, depuis quelque temps, ils ont mis en place une tactique pour s’opposer aux grèves. Des consignes ont été données par le MEDEF aux patrons: «ne cédez pas aux revendications, ne payez pas les jours de grève, faites appel systématiquement à la justice et aux forces de répression»! Et la prétendue justice a volé à leur secours!
Pendant ce mois de luttes, de grèves, de meetings dans les communes, de manifestations, de barrages, la classe des travailleurs a agi de façon unifiée et consciente. Les grèves ont fait le tour de nombreuses entreprises et c’est l’ensemble des travailleurs qui s’en trouve aujourd’hui renforcé! Les divers mouvements qui eurent lieu apportèrent des succès et provoquèrent partout un recul du patronat.
On peut en conclure que pour tous ceux qui n’ont pas été en grève, il est temps qu’ eux aussi présentent leurs revendications et les arrachent avec la même détermination que ceux qui les ont devancés chez Ciment antillais, Colas, Carrefour-Milénis, etc.
Un mouvement d’ensemble des travailleurs est aujourd’hui nécessaire pour entraîner dans la lutte toutes les entreprises des zones industrielles et commerciales qui parfois sont trop petites, isolément, pour faire reculer leur patron. Il est nécessaire aussi pour toutes celles où les organisations syndicales ne sont pas présentes ou pas assez organisées. Pour que tous ces travailleurs là se mettent en lutte, il faut qu’un mouvement d’ensemble se prépare. Pour imposer des revendications que les patrons refusent de satisfaire, pour imposer le respect des droits des travailleurs, pour dire au patronat que sa tactique d’intimidation avec l’aide de la justice ne passe pas.
La dite «affaire Madassamy» n’est pas finie. Il faut aussi faire reculer les attaques anti-syndicales, les condamnations, les interpellations, les amendes, astreintes et autres sanctions financières contre des grévistes et des syndicalistes.
Pour toutes ces raisons, il y a encore des luttes à mener. Plus elles seront étendues, plus elles mettront d’entreprises en mouvement, plus la masse travailleuse en lutte sera importante, plus elle pourra se faire respecter, faire respecter ses droits, ses syndicats et arracher ses revendications.
Le patronat avec son MEDEF, ne doit pas faire la loi ici. On ne peut accepter que la Guadeloupe et la Martinique ne soient pour eux qu’un bon terrain pour s’enrichir et que les travailleurs n’y soient que de pauvres auxiliaires servant à cet enrichissement.
Il faut leur faire comprendre que s’il veulent tout, s’ils veulent nous réduire à la misère, au larbinisme, ils risquent bien, eux, de perdre beaucoup plus. Le coup de colère des jeunes de Pointe à Pitre n’est qu’un tout petit exemple de ce qui pourrait se développer par la suite, si les patrons et le MEDEF s’obstinent à vouloir imposer leur diktat dans les entreprises et à réduire les travailleurs à la précarité, aux bas salaires ou à les jeter au chômage.



Port de Jarry
Les dockers déterminés face à l’intransigeance patronale

Le Port de Jarry est bloqué depuis le 22 octobre. Des points de revendications fondamentaux, en particulier concernant la grille des salaires, n’ont toujours pas été satisfaits. Les dockers, réunis en intersyndicale CGTG-MASU-UGTG sont outrés par l’attitude des patrons, qui font durer le conflit en adoptant un comportement désinvolte lors des négociations: ils interrompent les séances pour téléphoner, réfléchir, ils estiment qu’à 17h ou 17h30, il est temps de quitter la table pour se consacrer à autre chose. Ils ne manifestent en aucun cas une volonté de trouver des solutions!
Les revendications des dockers portent sur des points non résolus depuis 1998. En particulier, l’application de la convention collective de 98, qui n’a jamais été mise en œuvre. Les dockers refusent de négocier en présence du MEDEF et ne veulent traiter qu’avec l’UEM (Union des entreprises de Manutention). Les représentants du camp patronal se livrent à une campagne médiatique à base de mensonges et de calomnies envers les dockers, les accusant de toucher beaucoup d’argent, entre 3000 et 4500 euros par mois, et de ne pas avoir grand chose à faire (selon le nommé Doquin, un excité anti-ouvrier, anti-syndical qui gravite dans la mouvance de Dormoy, le patron de la banane, autre excité anti-syndical!). Les dockers ont répondu en présentant leurs fiches de paye, allant de 1200 à 1600 euros. De plus, les chiffres comparés des coûts de plusieurs ports des DOM ont été révélés au public: le Port de Jarry est le moins cher des DOM, parce que les dockers sont moins bien payés qu’en Martinique ou à la Réunion par exemple.
Les patrons tentent de monter la population contre les dockers en pleurant sur la pénurie, les enfants qui n’auront pas de jouets pour Noël, les produits de première nécessité qui se font rares. Mais on a pu remarquer que plusieurs centaines de voitures avaient été débarquées à Basse Terre, la nuit, en priorité! Pour l’instant, ces tentatives du MEDEF et des Vial-Collet, Doquin, Mayeko et autres enragés du patronat n’ont pas marché. Les dockers entendent poursuivre le mouvement jusqu’à satisfaction.



Martinique
Solidarité avec les grévistes de l’IRCOM

Depuis le 28 octobre 2004, les employés de la Caisse de retraite complémentaire (IRCOM) sont en grève. Ils demandent la revalorisation de 25 points d’une prime de vie chère dite prime locale et une prime de départ en congé. Sur ces points, la directrice répond par un non catégorique.
L’IRCOM est un organisme gérant les cotisations salariales et patronales qu’elle reçoit avant de les reverser aux retraités. Son Conseil d’administration est composé de représentants d’organisations syndicales de salariés et de patrons.
Au cours d’une conférence de presse tenue le 13 novembre à la Maison des Syndicats, les salariés, assistés par l’un des secrétaires généraux de la CSTM, ont porté à la connaissance de la population des informations fort utiles.
Lors d’une négociation en juillet, la direction avait proposé 10 points à compter du 1er janvier 2005 au lieu de 25. Mais depuis le début de la grève, elle est revenue sur sa proposition initiale et a d’abord offert … 0, 375 point, puis 5 points.
Dans un entretien publié dans France-Antilles du vendredi 12 novembre, la directrice, dans le but manifeste de discréditer les grévistes, annonçait que les salariés percevaient une prime considérable et que leurs demandes ne se justifiaient pas.
Par contre, elle omettait de dire dans ce même entretien que son salaire mensuel tourne autour de 11000 euros bruts, qu’elle et sept autres cadres, c’est-à-dire huit personnes sur un total de 49, perçoivent …. 75% de la masse salariale ! Et enfin, qu’elle devrait percevoir une prime de fin d’année en novembre égale à deux mois de salaire…
Ainsi, la direction prêche patience et restrictions au personnel alors qu’elle, avec le soutien passif du Conseil d’Administration, profite largement de la situation.
C’est dire que les revendications des grévistes sont largement justifiées et que l’ensemble des travailleurs se doit de soutenir cette lutte.



Jarry
Succès de la grève à la Colas

Un accord a été signé le lundi 15 novembre entre les grévistes et la direction. Les travailleurs ont obtenu une augmentation de salaire de 5 %, une prime de déplacement à Marie-Galante de 35 euros pour les ouvriers et de 40 euros pour les agents de maîtrise, une prime de nuit de 55 euros. Concernant le paiement des heures supplémentaires, la direction payait en fin d’année et les salariés voulaient un paiement mensuel. Finalement l’accord stipule que dès que les heures supplémentaires dépassent 5 heures (ce qui fait 42 heures) le paiement se fait à la fin du mois. Il faut savoir qu’il y a une annualisation du temps de travail qui est calculée sur 37 heures par semaine avec des jours de congés RTT (réduction du temps de travail). Les heures supplémentaires se font facilement lorsqu’il y a un pic de production ou une urgence.
En ce qui concerne les jours de grève, le paiement de 7 jours sera étalé sur trois mois, 4 jours seront pris sur le compteur des heures supplémentaires et une semaine sera à la charge de la direction car elle s’était déjà engagée à signer un accord pour les primes internes et de déplacement et est revenue sur cet accord. Les travailleurs à juste titre ont estimé que la direction portait la responsabilité de la durée de la grève.
Rappelons que la grève avait commencé le 25 octobre dernier à l’appel de la CGTG, de la CTU et de l’UGTG. La direction qui voulait faire croire que les ouvriers n’avaient pas de revendications et qu’ils s’étaient mobilisés uniquement pour la libération de Madassamy, a bien dû discuter et donner satisfaction aux revendications bien réelles.
Comme quoi, seule la lutte paie!




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