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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 20 novembre 2004      N° 913
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Il y a 20 ans, en novembre 1984, en Nouvelle calédonie Machoro brisait les urnes coloniales

(Première partie)

Il y a 20 ans, lors du déroulement des élections territoriales en Nouvelle-Calédonie, Eloi Machoro dirigeant du FLNKS (Front de libération national kanak et socialiste), organisation politique indépendantiste appelant au boycott de ces élections, s’était emparé d’une hache et avait brisé les urnes colonialistes. La photo avait fait le tour des agences de presse.
C’est l’occasion de revenir sur la situation coloniale que subissait le peuple kanak et sur les organisations qui avaient pris la tête du mouvement anti-colonialiste.

LE CONTEXTE GEOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE
La Nouvelle – Calédonie est un archipel situé au milieu de l’océan pacifique sud, à l’est de l’Australie. L’île principale ou Grande Terre représente environ 17000km2. L'archipel des Loyauté comprend les îles d’Ouvéa, de Lifou et Maré. Des chapelets de récifs, d’îlots, d’atolls, enfermant mangroves et lagons prolongent les îles qui composent la Nouvelle Calédonie.
Lorsque le navigateur anglais James Cook, puis le navigateur français La Pérouse abordèrent les côtes de la Grande Terre, ils trouvèrent une population mélanésienne autochtone, les Kanaks. Ces derniers occupaient la région depuis 3 millénaires. Ils avaient leur culture et leur organisation sociale et économique.
La prise de possession française du Caillou (la Grande Terre) s’est faite en 1853. Port de France fut créé en 1854. Il deviendra Nouméa en 1866. Les îles Loyauté seront annexées en 1869.
En 1855, le gouverneur de l’époque signait une déclaration de reconnaissance des droits fonciers des Mélanésiens, Kanaks. Seules les terres achetées, et non occupées pouvaient être intégrées au domaine de l’Etat. Le pouvoir colonial français, comme à l’accoutumée, se moquera de tels engagements.

LA POLITIQUE DU COLONIALISME FRANÇAIS
A partir de 1863, une loi française prévoyant l’exécution des peines de travaux forcés dans des établissements coloniaux, la Nouvelle – Calédonie devient colonie pénitentiaire.
Par la suite, le gouverneur local de l’époque organisera la réhabilitation d’anciens forçats auxquels il était interdit de retourner en France, en leur accordant des concessions de terres. La découverte de minerai de nickel en 1864 et le développement de son exploitation constituera un encouragement à la colonisation de l’archipel A la fin du 19è siècle, la Nouvelle Calédonie compte quelques 20 000 habitants d’origine européenne installés par l’administration pénitentiaire qui est devenue le premier propriétaire foncier.
Les Mélanésiens sont dépossédés de leurs terres. Des arrêtés gouvernementaux successifs ont organisé des opérations de cantonnement dans des territoires attribués aux chefs de tribus. Il y eut des révoltes mélanésiennes. Elles furent sauvagement réprimées. Des centaines, voire un millier de Kanaks ont été décimés, notamment lors de la célèbre révolte du 19 janvier 1878 qui se conclut par la défaite puis la mort du chef Ataï. A partir de 1894, le pouvoir français décide de transformer la Nouvelle Calédonie en une colonie de peuplement.
Les opérations dites «de cantonnement» se multiplient ne laissant aux Kanaks que 7 ou 8% de leur terre. Un «code de l’indigénat» est créé en 1887. Selon ce code, les Kanaks n’ont pas le droit de sortir des réserves (les tribus). La terre devient propriété collective de la tribu. Les Kanaks ont désormais un statut particulier et restent liés (assujettis) à leur tribu. Ils sont réquisitionnés (effectuant des corvées) pour la construction de routes ou d’édifices publics ou engagés dans des exploitations agricoles mais toujours pour un salaire dérisoire, très inférieur à celui des populations non-Kanaks. Ils sont écartés des mines. Ce sont les anciens bagnards et une autre immigration, en provenance de la Réunion, des Ex Nouvelles-Hébrides, du Japon, de l’ex-Indochine, etc. qui forment le gros de la main d’œuvre des exploitations minières.
En 1946, après la deuxième guerre mondiale, la Nouvelle Calédonie est devenue Territoire français d’ Outre Mer. En effet, comme la plupart des colonies françaises, la Nouvelle Calédonie avait rallié le mouvement gaulliste et les forces de la France Libre. Le territoire avait servi de base militaire aux troupes américaines. Le «code de l’indigénat» fut abrogé, mais les Kanaks restèrent des citoyens «de droit particulier», reconnus français seulement à travers leur appartenance à une réserve.

UNE VALSE DES STATUTS JURIDIQUES
Mais la marginalisation des Kanaks n’a pas diminué pour autant, inégalité d’accès à l’école et au travail, manque de développement des infrastructures communales et sanitaires. Pour contre-carrer la montée des idées prônées par les partis communistes dans l’après guerre, des associations de défense des droits sociaux furent créées à l’initiative des églises catholiques ou protestantes. De leurs rangs sortira la première génération de militants Kanaks qui constitueront l’U.C (Union Calédonienne) à prédominance kanake. Ce regroupement politique apparaîtra à la gestion des affaires locales en application de la Loi-cadre de 1956, dite «loi Deferre», qui permettait l’accès de toutes les ethnies non occidentales à la gestion des affaires locales... La Nouvelle Calédonie, devint Territoire d’Outre Mer en 1957. C’est alors que le droit de vote fut reconnu à la totalité de la population kanake.
Après 1958, le pouvoir français prit à nouveau un tournant autoritaire et colonialiste centralisateur pour garder sous la coupe des sociétés capitalistes françaises, les intérêts miniers. En 1963, la loi Jacquinot réduisit le rôle des organes institutionnels du nouveau territoire à une fonction consultative, le pouvoir exécutif revenant à nouveau au gouverneur. En 1969, les lois Billote rétablirent le pouvoir de l’Etat en matière d’investissement et de protection miniers et d’organisation administrative du territoire.
En 1976, un nouveau statut juridique fut institué, qui restaurait un peu plus d’autonomie
Fin de la première partie.
Le prochain article sera consacré à la montée du mouvement indépendantiste et aux luttes qui se déroulèrent jusqu’au boycott des élections territoriales de 1984.



Mort du dirigeant nationaliste Arafat: Quelle politique pour une vraie libération des masses palestiniennes?

Pratiquement séquestré depuis 3 ans à Ramallah en Cisjordanie, sous la menace permanente des bombes de l’armée israélienne, c’est en France où il venait d’être transféré dans un état grave, que Yasser Arafat est décédé le 11/11/2004. Depuis 50 ans, Arafat combattait pour la création d’un état palestinien. En 1993, il a été nommé «chef de l’Autorité palestinienne». Cela signifie qu’il était chef d’un état virtuel, sous contrôle de l’armée d’Israël, lui-même représentant de l’impérialisme américain et mondial dans cette région du monde. Avec des fonctionnaires et des militaires palestiniens, il dirigeait des lambeaux de territoires, séparés les uns des autres, sortes de bantoustans, que l’état oppresseur d’Israël avait bien voulu laisser aux Palestiniens.
Ceux-ci, chassés de chez eux par le terrorisme des sionistes, avec la complicité de l’armée anglaise, s’étaient retrouvés en 1949, dans des camps de réfugiés à l’étranger ainsi qu’en Cisjordanie et dans l’étroite bande de Gaza. Ils y vivent aujourd’hui, piégés, dans la misère et le chômage, souvent sans eau, et surtout sans droit de se déplacer pour aller voir leurs familles, d’une ville à l’autre ou même pour recevoir des soins. L’armée israélienne, depuis lors impose, quand elle veut, le couvre-feu, exerce contre eux toutes sortes d’exactions, d’humiliations. Depuis cette époque, jusqu’à aujourd’hui, leur terre est chaque jour volée par de nouveaux colons envoyés par le gouvernement d’Israël. Ils vivent l’horreur.
Mais si Arafat et l’organisation de libération de la Palestine (OLP) ont obtenu ce minimum de pouvoir, c’est grâce à la lutte menée par le peuple palestinien en Cisjordanie et à Gaza qui avaient été occupés par l’armée israélienne après la « guerre des six jours » en 1967.
En particulier, en 1987 les jeunes Palestiniens, excédés, ont déclenché l’Intifada ou guerre des pierres, véritable guerre de jeunes aux mains nues contre les chars israéliens qui les mitraillaient. Il y a eu aussi les grèves des Palestiniens, ouvriers en Israël. Après 6 ans d’Intifada le gouvernement de Rabin en Israël a proposé à Arafat et à OLP (qu’il dirigeait depuis 1969) de gagner un semblant de pouvoir en échange de la fin de l’Intifada. Bien sûr, Israël attendait d‘Arafat qu’il s’attache à contrôler les plus combatifs de son peuple avec ses militaires palestiniens.
Mais depuis 1993, Israël n’a pas cessé ses exactions dans ces zones, installant de nouveaux colons, dressant des barrages, écrasant les maisons de Palestiniens. Arafat avait conduit son peuple dans une impasse. Il a été contesté en particulier par les intégristes islamistes qui lui reprochent sa modération, les accords d’Oslo en 1993, très favorables à Israël, ainsi que les mœurs corrompues de son entourage au pouvoir.
Une seconde Intifada a recommencé en 2000. Les dirigeants d’Israël parlaient d’en finir avec Arafat incapable d’imposer la soumission aux masses pauvres et d’assurer le calme.
Aujourd’hui, les masses palestiniennes sont sans perspectives. Les organisations nationalistes de toutes tendances ne peuvent leur offrir que des tactiques de désespoir comme les attentats suicides qui ne règleront rien et ne les feront pas avancer.
Pourtant depuis 1949, elles ont mené de durs combats. Mais ces combats qui représentaient une menace pour rois du pétrole et exploiteurs des masses arabes pauvres ont été limités, détournés de leur élargissement à tous les exploités du Moyen-Orient. Car Arafat tenait à se montrer «responsable» devant les pouvoirs des féodaux et des dictatures qui règnent dans cette région du monde. Tous ces exploiteurs avaient peur que la lutte des masses pauvres palestiniennes contaminent les masses arabes qu’ils oppriment. Arafat a monnayé leur soutien à l’OLP et à son propre pouvoir contre la mise en balance de tout son poids et son crédit pour empêcher la contagion de l’esprit de lutte des Palestiniens à tous les peuples arabes. Il a ainsi gardé de bonnes relations avec le roi Hussein qui a fait massacrer plusieurs milliers de réfugiés palestiniens en Jordanie en septembre 1970 (Septembre noir). Il a accepté que ces luttes en Jordanie ne permettent pas de véritable changement pour les opprimés de cette région du monde. Il en a été de même en 1982-1983, avec la complicité et l’intervention active de l’état syrien pour empêcher toute victoire de la gauche libano-palestinienne. Plusieurs de ses compagnons ont été assassinés au Liban.
La politique nationaliste, étroite qu’a menée Arafat ne devait pas gêner tous ces chefs d’état et les bourgeoisies qu’ils défendent. Ceux qui vont lui succéder, vont continuer sa politique dans les mêmes voies, respectueux du rôle que veut leur faire jouer l’impérialisme contre les pauvres de Palestine. Ils auront peut-être une certaine reconnaissance officielle, en échange d’un pouvoir sur un état reconnu et mis en surveillance permanente par Israël. Cette politique, même si elle portait ses fruits n’a donc aucune chance d’apporter une solution réelle pour les masses de Palestine, piégées entre une petite bourgeoisie palestinienne qui veut du pouvoir et l’impérialisme criminel qui les écrase, par armée israélienne interposée.



Retrait immédiat des troupes francaises de Côte d’Ivoire

Depuis le 6 novembre, date à laquelle 9 soldats français ont été tués lors d’un bombardement de l’aviation ivoirienne, les relations entre Laurent Gbagbo, président de la Côte d’ivoire et l’Etat français ne cessent de se détériorer. Le président ivoirien reproche au gouvernement français de l’empêcher de se lancer à la conquête du nord de son pays. Il y a deux ans les troupes françaises de l’opération «Licorne» avaient stoppé l’avancée des rebelles musulmans du nord. La France avait non seulement maintenu le régime corrompu de Gbagbo, mais elle avait surtout préservé les énormes intérêts des Bouygues, Bolloré Printemps - Redoute et autres banques qui dominent le pays. Deux ans plus tard, se sentant plus fort et supposant les rebelles affaiblis, Gbagbo veut la reprise de la guerre civile alors que la France se satisfait de la partition du pays.
Pour faire pression sur la France, les gouvernants ivoiriens ou leurs hommes de main ont poussé les jeunes des bidonvilles qui entourent Abidjan à piller les belles demeures des français. Il n’a pas eu beaucoup de mal pour les exciter. Ces jeunes qu’on appelle les «jeunes patriotes», vivent minablement de petits boulots voire de rapines alors que la plupart des français ont un niveau de vie bien supérieur à celui de la population ivoirienne. Ces bandes de «patriotes» sont encadrées et dirigées par d’ex-étudiants ou membres du parti de Gbagbo.
La presse française met l’accent sur la mort des 9 soldats français et sur les 38 blessés qu’ils ont eus le 6 novembre, à la suite d’une attaque d’avions ivoiriens. Elle signale quelques français malmenés et des cas de viols. Mais elle passe sous silence l’occupation d’Abidjan par les soldats français au cours des émeutes qui firent 62 morts et plus de 1000 blessés dans les rangs des patriotes.
La situation est telle que 6 300 français sur 15 000 qui vivaient en Côte d’Ivoire ont quitté le pays.. La France a obtenu du Conseil de sécurité de l’ONU l’embargo sur les armes en direction du pays.
Que fera Chirac? Va-t-il utiliser la manière forte contre Gbagbo et sa clique? Dans ce cas il devra attaquer l’armée ivoirienne ou provoquer un coup d’Etat contre le président Gbagbo et le remplacer par un dictateur plus docile. Va-t-il attendre que la situation se calme et re-discuter avec lui?
Dans tous les cas, c’est le gouvernement français qui décide. Il agira au mieux des intérêts des grands groupes financiers qui dominent ce pays de l’ouest africain. Le sort des 15 000 français de Côte d’Ivoire passe au second plan.
Mais plus l’armée française prolonge sa présence en Côte d’Ivoire, sous le fallacieux prétexte de s’interposer entre les camps opposés et armés, plus les soldats français seront conduits à accomplir une sale besogne. Celle de la répression contre la population ivoirienne. Et cela ne protégera même pas les populations de différents quartiers ou villages placés dans l’orbite des deux camps. Des assassinats par dizaines, il y en a déjà eu, depuis que l’armée française s’interpose.
Il faut réclamer le retrait immédiat des troupes françaises de Côte d’Ivoire et d’Afrique. Leur seul rôle c’est d’imposer le contrôle de l’impérialisme français sur les gouvernements de l’ex-empire colonial français pour y préserver différents intérêts importants: pétrole, uranium, bois, minerais, divers etc.




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