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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 4 décembre 2004      N° 914

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À la Une

Éditorial

C’est le bon moment pour opposer la force de l’ensemble des travailleurs en lutte à l’agressivité arrogante du patronat!

La mobilisation en faveur de la libération de Madassamy a contraint la justice à libérer ce militant qui en était à son 30ème jour de grève de la faim.
Aujourd’hui, le mouvement qui s’était mobilisé autour de cet objectif est retombé. Mais les dockers qui avaient démarré leur grève en soutien à Madassamy l’ont poursuivie sur leurs propres revendications, bloquant le port de Jarry, depuis plus de 40 jours. L’attitude des dockers n’est pas une exception dans la récente mobilisation. Tout au long du mouvement pour Madassamy, on a vu non seulement des manifestations, des barrages de route, mais aussi le déclenchement de multiples grèves dans diverses entreprises.
Dans bien des cas, Colas, Ciment antillais, Ferme de campêche, La Palette, etc., les travailleurs ont obtenu satisfaction sur tout ou partie de leurs revendications, après quelques jours de grève. Ces succès ont bien sûr regonflé le moral des travailleurs et des militants des organisations syndicales.
La décision de suspendre l’emprisonnement de Madassamy pour deux mois, pour raison de santé, constitue bien un recul devant une mobilisation qui pouvait encore s’amplifier. Il est probable que les magistrats d’ici ont agi sur ordre de Paris. Les gouvernants ont sans doute préféré ne pas laisser les choses s’aggraver. Il ont bien vu que la détermination, des jeunes notamment, était grande et que les organisations syndicales et politiques rassemblées dans une unité d’action contre cette répression judiciaire ne faiblissaient pas.
Il est donc possible que le gouvernement et ses représentants locaux persistent dans cette attitude dans deux mois et trouvent un détour quelconque pour ne pas revenir sur la mise en liberté de Madassamy. On verra bien. En tout cas, ces gens-là sont avertis que leurs attaques contre Madassamy ne passeront pas facilement!
Mais la répression ne vise pas que Madassamy. Elle touche aussi, sous une forme ou sous une autre, de nombreux militants syndicaux condamnés, certains à de la prison ferme, la majorité à de la prison avec sursis. Il y a aussi des travailleurs ayant participé à des piquets de grève, syndicalistes ou non qui sont condamnés à payer des amendes, des astreintes, etc. Selon les responsables syndicaux de la C.G.T.G et de l’U.G.T.G. si l’on fait le total de tout ce qu’il y aurait à payer cela dépasse les 400 000 euros!
Le mouvement de solidarité avec Madassamy peut très bien renaître à n’importe quel moment si c’est nécessaire. Toutes les déclarations publiques des syndicats et des organisations politiques ayant participé au Comité contre la répression vont dans ce sens.
Mais, on l’a vu, la lutte contre l’emprisonnement de Madassamy avait été aussi l’occasion du déclenchement de nombreuses grèves. Aujourd’hui, un tel mouvement peut reprendre et même s’élargir. Des grèves dans de nombreuses entreprises peuvent se déclencher ne serait-ce que pour obtenir au moins autant que ce qui a été arraché à Ciment Antillais, à la Colas, à la Palette, à la Ferme de Campêche, etc.
Il serait bon que les syndicats: la C.G.T.G, l’ U.G.T.G, la F.S.U, le SPEG, etc. relancent un tel mouvement et cela sans attendre les décisions de la justice concernant la répression en cours. Plus les travailleurs vont montrer qu’ils sont capables de se battre et d’arracher leurs revendications, plus les gens d’en face, patrons, juges, préfecture, etc. comprendront qu’ils ne pourront pas remettre en route leur répression et qu’ils doivent reculer sur les décisions iniques déjà prises.
De toute façon, les travailleurs ont intérêt à mettre à profit la période actuelle où bon nombre d’entre eux ont retrouvé un moral propice à l’offensive pour imposer au patronat les revendications qui leur tiennent à coeur.
Dans ce sens là, les directions syndicales peuvent jouer un rôle très important pour préparer de telles luttes, pour les coordonner et les amplifier jusqu’à en faire une lutte d’ensemble capable de faire reculer tout le patronat. Car c’est un mouvement de cette force qui est nécessaire pour leur imposer le respect des droits des travailleurs, en particulier le droit au travail et à un salaire décent! Mouvement qui, en passant, pourra rabattre le caquet des va-t-en-guerre du MEDEF et leur faire ravaler leur arrogance.
En ce moment, beaucoup de militants et sympathisants des syndicats sont prêts à faire des efforts, à se dévouer si leurs directions leur donnent une telle perspective. Alors, il faut y aller sans hésitation, avec détermination!



Guadeloupe
La grève continue sur le port de Jarry

Les dockers du Port de Jarry sont en grève depuis le 22 octobre. Depuis lors, ils ont toujours été en butte au refus des patrons de mener des négociations sérieuses concernant leurs revendications: refus pur et simple de négocier d’abord, puis la volonté patronale d’imposer les représentants du MEDEF dans les négociations, ce à quoi les dockers se sont fermement opposés.
Les patrons prétendent que les dockers n’ont pas de revendications. Celles-ci sont pourtant claires et simples: ils demandent l’organisation des équipes et leur renforcement, et un planning qui leur permettrait d’être prévenus un peu à l’avance des moments où ils vont travailler, pour ne pas être à la disposition des manutentionnaires 24 h sur 24, qu’il y ait ou non du travail. C’est ce que les patrons prétendent ne pas comprendre!
Les patrons, pas seulement ceux du Port, mais surtout les gros capitalistes békés secondés par quelques capitalistes de seconde zone, tels que Koury, Rosel et Cie, tiennent à faire durer la grève des dockers pour tenter de les déconsidérer aux yeux de l’opinion populaire, et de briser dans l’avenir leur capacité de lutte et de résistance. Mais jusqu’ici, ils ne sont pas parvenus à mobiliser la population contre les dockers, car malgré tous les mensonges relayés par une certaine presse, la plupart des travailleurs comprennent leur grève Les revendications des dockers ne sont pas difficiles à satisfaire. Si les patrons ne veulent rien entendre, c’est qu’ils voient plus loin: la réorganisation du Port de Jarry à travers la mise en place d’un Opérateur unique (OPERA) qui n’est pas abandonnée mais simplement mise en sommeil suite à la grève. Le Port se trouverait alors orienté vers une activité d’import export en direction de toute la Caraïbe et de l’Amérique centrale, activité dominée par un lobby patronal où l’on retrouve différents gros possédants békés ou non. Pour ces gens-là il faut réduire toute forme de contestation, de grèves venant des dockers et des portiqueurs. Les dockers ne savent pas quel sort leur serait réservé dans ce système, et il y a fort à penser que leur situation risque d’empirer.
Les patrons ont tenté une nouvelle manœuvre visant à casser la grève: une petite poignée de non grévistes travaillent sous la protection des forces de l’ordre qui interdisent l’accès au port aux autres dockers. Mais ceux-ci n’ont pas dit leur dernier mot. Ils sont déterminés à obtenir satisfaction et à se faire respecter. Ils sont soutenus par leurs organisations syndicales.



CHU de Fort de France
La grève du personnel d’orthopédie

Le personnel du service d'orthopédie du niveau 2 du CHU Pierre Zobda Quitmann de Fort de-France, soutenu par la CGTM Santé, s'est mis en grève du 18 au 26 novembre pour “exiger l'amélioration des conditions de travail, le rétablissement d'un climat serein, le respect du personnel et des délégués du personnel, tout cela passant par le départ du service du cadre de santé du 2 C et de son cadre supérieur du niveau 2”.
Durant toute la semaine, infirmiers, aides soignants et A.S.H. ont mené des actions déterminées et sont restés mobilisés jusqu'à ce que la direction trouve une solution pour que les deux cadres en question se trouvent éloignés du service.
L'affaire couvait depuis plus d'un an. Une cadre de santé arrivée dans le service “terrorisait” le personnel, se permettant d'insulter les uns, d'exercer des menaces et du chantage sur les autres. Les extraits du tract diffusé avec le préavis de grève par le personnel d'orthopédie niveau 2 sont édifiants. La cadre se permettait d'exercer des
• “harcèlements: agent brimé toute une journée,
• menaces, il ne faut rien dire car gare aux représailles!
• insultes: «poufiasses, voleur, Zot ka fe mwen chié»
• humiliations: rabaisser certaines catégories professionnelles (ASH devant les IDE )
• chantages: si vous voulez suivre des formations dans le cadre de la promotion professionnelle, changez de service! ou faites le gendarme
• mensonges: nier avec véhémence des faits se déroulant devant plusieurs agents, ( insulte, menace, ... )”.
Les représentants syndicaux alertés par le personnel avaient informé la direction et participé à de nombreuses réunions organisées entre ces cadres, le personnel, le chef de service ou la direction des ressources humaines. Mais rien n'y a fait et la cadre, soutenue par sa cadre supérieure, continuait de plus belle ses agissements provocateurs.
Après le dernier incident, la directrice générale a reçu une délégation des grévistes le mercredi 17 novembre. Pendant trois heures, tour à tour, les agents ont déversé leurs griefs contre la cadre du service, et parlé de la souffrance qu'ils enduraient. Mais la grève a bel et bien démarré le jeudi 18.
Entre temps, la direction avait reçu une délégation d'un Collectif des cadres de santé qui avait largement signé une pétition de soutien à leurs collègues cadres harceleurs. Mais cette mobilisation des cadres n’a pas fait retomber la détermination des agents. Ni la solidarité de nombreux autres agents de l’hôpital qui venaient s’informer lors des assemblées générales. Elle a plutôt fait sourire certains, d’autant que le Collectif et ses signataires ne faisaient pas preuve de dignité en couvrant ainsi des agissements pertubateurs et avérés. La réponse du personnel et de la CGTM Santé a été claire: “Peut-on en étant cadre couvrir ce genre d’agissements et dire par souci de corporatisme, J’adhère et je signe”?
Le lundi 22 novembre, la direction a sorti de son chapeau une solution consistant à faire appel à un psychologue social pour analyser le fonctionnement et proposer des “axes d'accompagnement” pour dénouer la crise et ramener la sérénité. C'est la dernière mode...
A la suite de cette proposition, et après s'être assurés que les cadres concernés ne seraient pas présents dans le service durant les investigations du psychologue, le personnel a décidé de suspendre la grève.
Les agents du service d'orthopédie restent néanmoins très déterminés. Car ils n'entendent pas avoir à subir à nouveau les comportements hargneux absolument inadmissibles de ces cadres.




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