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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 4 décembre 2004      N° 914
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Il y a 20 ans, en novembre 1984, en Nouvelle calédonie Machoro brisait les urnes coloniales

(Deuxième partie)

Nous publions ci-dessous la deuxième partie d’un article qui après avoir retracé la période de colonisation, ses crimes et ses injustices en vient à la période de montée du mouvement nationaliste kanak.
A la fin des années 60 et début 70, les prix du nickel flambent. Une nouvelle vague d’émigrants français profite, en partie, de cet essor économique. Mais la situation de la population kanake stagne. Elle continue à subir mépris et humiliations. C’est le cas aussi d’ailleurs pour de larges fractions des immigrants d’origine asiatique ou des autres régions du Pacifique sud qui travaillent essentiellement dans les régions minières.
L’insatisfaction des populations est grande. Elle s’exprime par la revendication des terres des populations kanakes. Les nouvelles générations kanakes n’acceptent plus les injustices sociales, les humiliations et l’ostracisme colonial dont elles sont victimes. Elles rejettent le fondement inégalitaire de la société calédonienne. Cette situation va se traduire par la montée du mouvement indépendantiste.

MONTEE DU MOUVEMENT INDEPENDANTISTE
Après l’UC, Union Calédonienne, d’autres partis indépendantistes vont se créer. Le Palika, (parti de libération kanak), le FULK (front uni de libération kanake ) qui se transformera en 1984 en FLNKS (front de libération nationale kanake socialiste).
En face, pour les «Caldoches», les Calédoniens blancs, la revendication foncière des Kanaks fait peur. Une partie de ces Caldoches, surtout ceux qui exploitent les terres, s’organisent. Certains vont s’armer en milice autour du MOP (mouvement pour l’ordre et le progrès). Le RPCR de Jacques Lafleur (rassemblement pour la Calédonie dans la République, proche du parti chiraquien) va regrouper une majorité des Caldoches concentrés dans la capitale Nouméa, dans la région Sud du pays et aussi des populations non kanakes.
Le mécontentement populaire va grandir et se traduire par la multiplication des manifestations politiques des partis indépendantistes. La situation va se tendre entre indépendantistes et pouvoirs publics et la population caldoche. Le dirigeant de l’UC, Pierre Declercq est assassiné en septembre 1981. Un syndicat indépendantiste est créé en 1981, l’USTKE (union des syndicats des travailleurs kanaks et des exploités).

VERS LE BOYCOTT DES ELECTIONS
Après l’arrivée de Mitterrand au pouvoir en mai 1981, le gouvernement d’Union de la Gauche, tout en se disant solidaire du mouvement indépendantiste et en faisant la cour aux dirigeants, va continuer à tergiverser malgré les tensions existant dans le pays. Il cherche à intégrer certains dirigeants dans de nouvelles institutions et à diviser le mouvement indépendantiste. Telle est la situation à la veille des élections territoriales de novembre 1984.
Les organisations indépendantistes regroupées au sein du FLNKS décident qu’il est l’heure pour elles de se lancer à la conquête du pouvoir. Signifiant qu’elles n’espèrent plus obtenir gain de cause par les urnes, elles décident d’appeler au boycott des élections territoriales. Dans les tribus kanakes, on organise le boycott de l’armée, de l’école, tandis que les militants élèvent des barrages sur les routes et chassent de nombreux propriétaires fonciers blancs de leurs terres.
Les élections territoriales du 18 novembre 1984 ont lieu. Il y aura 50% d’abstention dont 80% parmi la population kanake. Le RPCR de Jacques Lafleur, proche du RPR obtiendra 70% des suffrages exprimés. Mais l’opposition kanake ne baisse pas les bras. Les militants kanaks continueront durant plusieurs mois à manifester par des barrages et des occupations de communes (à Thio).
En brandissant la hache pour briser les urnes, Eloi Machoro devient aux yeux du monde, le symbole de cette lutte des Kanaks opprimés pour leur dignité.
En limitant la lutte des opprimés et exploités de Nouvelle Calédonie contre le pouvoir colonial à la lutte pour l’indépendance du peuple kanak, le mouvement indépendantiste kanak écartait de cette lutte des larges fractions d’exploités qui manqueront aux combattants kanaks lorsque quelques mois plus tard ils se trouveront face à la répression brutale du colonialisme français.

QUEL AVENIR POUR LES LUTTES KANAKES?
Les luttes du peuple kanak vont durer pendant plusieurs années, connaissant différents épisodes répressifs. Car le colonialisme français, très expérimenté en matière de répression des mouvements anti-colonialistes a biaisé, menti, trompé, comme il l’a toujours fait partout dans son ex–empire colonial, pour finalement emprisonner, battre et assassiner. Cette règle a été respectée en Nouvelle Calédonie. Machoro, leader kanak, a été assassiné sur l’ordre de Pisani, représentant le gouvernement de l’époque, donc par un soi-disant socialiste, puis il y eut l’épisode de la grotte d’Ouvéa où des militants nationalistes ont été massacrés par les gendarmes français, sur l’ordre conjoint de Mitterrand président et de Chirac, Premier ministre.
Le colonialisme français, représenté par Michel Rocard avec son plan, consentira finalement quelques concessions permettant aux notables kanaks l’accès à certaines responsabilités économiques (dans le nickel!) et politiques. Le gouvernement français a compris tout de même, que pour maintenir le calme, il fallait entreprendre des programmes réhabilitant le peuple kanak, avec des concessions de terres, avec des créations d’écoles, et diverses améliorations sociales. Ils ont mis en avant la perspective, si les Kanaks le veulent toujours dans plusieurs années, d’évoluer vers une forme d’indépendance du territoire, qui préservera bien entendu les intérêts des riches et des privilégiés, surtout caldoches.
L’avenir dira quel bilan le peuple kanak, et toutes les couches exploitées du pays, tireront de l’application des accords passés entre les notables nationalistes et le gouvernement français. Car il n’est pas certain du tout que les avantages accordés à ceux-ci suffisent à régler les problèmes qui touchent la grande masse des pauvres.



Le douzième congrès de la CGTG

Le douzième congrès de la CGTG s’est déroulé les 26-27-28 novembre 2004.
Lors de la séance d’ouverture du Congrès, qui était publique, près de 300 personnes, délégués et invités, se rassemblèrent dans l’amphithéâtre du centre des métiers au Raizet. Parmi les syndicats invités et présents l’UGTG, le SPEG, la FSU prirent la parole. Ils revinrent sur la situation actuelle, après l’affaire Madassmy et les attaques du patronat et de la justice à son service. Ils ont réaffirmé leur détermination à se battre de façon unitaire aux côtés de la CGTG, contre les attaques dont sont victimes les syndicats combatifs. Ils expliquèrent que ces attaques visent à enrayer la combativité des travailleurs afin de mettre en place un véritable plan de régression sociale dans tous les domaines, aussi bien dans le privé que dans le public. La déclaration de l’UGTG fut particulièrement bien accueillie car c’était, dit Gauthiérot, son secrétaire général, la première fois que l’UGTG prenait la parole dans un Congrès de la CGTG.
Puis le secrétaire sortant, Jean-Marie Nomertin fit sa déclaration d’ouverture. Il revint sur la situation qui depuis la grève de la banane puis la grève de la faim de Madassamy, avait provoqué une réelle mobilisation des travailleurs. Il affirma que les autorités préfectorales, la justice et le patronat avaient sous-estimé la capacité de mobilisation des travailleurs. Comme ils avaient aussi sous-estimé celle des syndicats et organisations politiques anti-colonialistes à s’unir et à créer un véritable élan de solidarité pour exiger la libération de Madassamy. Ces organisations réclamaient aussi l’annulation des condamnations à la prison des militants syndicalistes et des grévistes de l’UGTG, et ont condamné tous les autres faits de répression judiciaire.
J-M Nomertin dénonça les plans du MEDEF qui, à la tête du patronat, veut en fait empêcher l’exercice du droit de grève. Il dénonça la justice qui vole sans cesse au secours du patronat. Il montra que le prétendu «dialogue social » n’était qu’une hypocrite mascarade pour essayer de tromper les travailleurs. En fait les patrons mènent une véritable guerre aux travailleurs, ils mènent la lutte de classe. Il appela les cégétistes à répondre sur le même terrain et à se renforcer pour être capables de mener cette lutte de classe avec toute la classe des travailleurs. Non seulement pour se défendre mais aussi pour imposer les revendications comme l’ont fait diverses entreprises en cette fin 2004, La Palette, Colas, Ciment antillais, Ferme de Campêche, etc.
C’est pourquoi dit-il, pour renforcer la capacité de la CGTG à s’engager aux côtés des travailleurs, le thème choisi pour ce congrès c’est «Au faux dialogue social du patronat une seule réponse: la lutte des travailleurs»!
Il fut applaudi, chaleureusement par une salle debout, il apparut clairement que pour l’ensemble des militants venus assister à cette séance d’ouverture Nomertin était le responsable qu’ils voulaient à la tête de la CGTG.
La soirée se poursuivit par un spectacle animé en grande partie par des artistes syndiqués à la CGTG.
Les travaux du congrès se poursuivirent le samedi et se terminèrent le dimanche où la nouvelle commission exécutive élue fut présentée à la presse, ainsi que le nouveau bureau et le Secrétaire général.
Jean-Marie Nomertin a donc été réélu à la tête de la CGTG. Ce qui est une confirmation de l’orientation combative de la CGTG, dont témoigne sa présence active à la tête de nombreux conflits sociaux au cours des deux ans écoulés.



Le référendum de l’île de Saba

Le vendredi 05 novembre dernier a eu lieu un référendum dans la petite île néerlandaise de Saba. Les 856 votants d’une population d’environ 1 400 personnes devaient se prononcer sur les propositions suivantes, à savoir:
1- Garder le statu quo (continuer à être géré depuis la plus grande île de la fédération, Curaçao);
2- Etre administré directement par la Hollande;
3- L’indépendance.
En fin de compte, 86 % des votants (555 Sabans) ont opté pour l’administration directe de l’île par la Hollande. 13 % ont voté pour le statu quo (5 votants) et moins de 1 % pour l’indépendance.
Au mois de septembre dernier la population de Bonaire, lors d’un référendum, avait voté dans le même sens. L’île de Curaçao sera consultée au mois d’avril 2005.
Le gouvernement précaire de coalition de Curaçao, par ses scandales politiques, n’avait pas de quoi inspirer confiance en une forme d’autonomie ou d’indépendance. La population a préféré l’administration hollandaise directe qui si elle n’est pas plus honnête, offre au moins l’avantage de faire partie d’un plus grand ensemble.

LES ANTILLES NEERLANDAISES
Les îles de Curaçao, St Martin, Bonaire, St Eustache et Saba se regroupent au sein de la Fédération des Antilles Néerlandaises.
Saba a été découverte par Christophe Colomb en 1493. Dès 1632, quelques colons hollandais et des Anglais s’y sont installés cultivant canne à sucre, tabac, banane et indigo. En 1648, des Français ont tenté de prendre possession de l’île qu’ils partagèrent pendant quelques années avec les Hollandais. Mais l’île est devenue finalement hollandaise en 1860. Dans cette île de 13 km2, les femmes s’adonnent à la broderie et la dentelle, grande spécialité de l’île, pour cette raison dénommée aussi « l’île aux femmes ».




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