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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 18 décembre 2004      N° 915
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Qu’ils donnent donc du travail et un salaire correct aux chômeurs!

Nous publions ci-dessous l’éditorial d’ Arlette Laguiller pour les bulletins d’entreprises de LUTTE OUVRIERE du 13 /12/04

Il a suffi que le Medef gronde le gouvernement, l'accusant de ne pas faire suffisamment de "réformes" allant dans le sens des intérêts du patronat, pour que Raffarin se dépêche de montrer sa bonne volonté. Voilà qu'il vient de décider un nouvel assouplissement de la loi des 35 heures. Déjà, la loi Aubry avait fait la part belle au patronat. En contrepartie d'une réduction à 35 heures de l'horaire légal de travail, elle avait accordé au patronat un certain nombre d'avantages avec le blocage des salaires, l'annualisation de l'horaire de travail, des baisses de charges sociales. Le patronat voulant conserver les avantages sans rien concéder en contrepartie n'a jamais cessé de mener une campagne contre cette "France qui travaille peu et qui prend du retard dans la compétition internationale". C'est un mensonge grossier parce que l'horaire réel moyen en France est supérieur à celui de l'Allemagne ou de la Grande-Bretagne. En outre, la loi Aubry elle-même prévoyait un régime dérogatoire pour les petites entreprises, ce qui fait qu'un grand nombre de travailleurs n'ont jamais vu leurs horaires de travail réduits.
Les lois Fillon ont déjà rogné le peu de choses positives dans la loi Aubry.
Le nombre des heures supplémentaires autorisées par la loi passe désormais à 220 par an. "Les salariés qui souhaitent travailler plus pourront gagner plus", a martelé Raffarin. Mais, en autorisant que les heures de RTT puissent être payées au lieu d'être prises en journées de congé, Raffarin a trouvé un système ingénieux permettant aux patrons de faire faire des heures supplémentaires qui ne seront même pas majorées. Les patrons pourront faire travailler plus en donnant moins.
Raffarin a le culot de présenter le choix entre la prise des journées de RTT ou leur paiement comme une liberté supplémentaire pour les salariés. Comme si c'étaient les salariés qui fixaient leurs horaires, et pas leurs patrons!
Et puisque les ministres et les médias aux ordres prétendent que l'on ne travaille pas assez dans ce pays, pourquoi donc n'y a-t-il pas de travail pour les plus de deux millions de chômeurs, sans parler de ceux -à peu près aussi nombreux- qui n'ont qu'un travail précaire?
Leur cynisme frise cependant la sincérité en reconnaissant indirectement que le pouvoir d'achat des salaires ne cesse de baisser et qu'un travailleur ne peut espérer s'en sortir qu'en travaillant plus.
Le plus lourd de conséquences de ce que propose Raffarin n'est cependant même pas l'allongement du temps de travail. Nombre d'entreprises n'utilisent pas le contingent d'heures supplémentaires autorisées par la loi. Mais vider une loi sociale de tout contenu au profit des négociations par branche, par entreprise, voire entre un patron et son salarié, donne en fait aux patrons le droit de faire ce qu'ils veulent sans être freinés un tant soit peu par une loi. C'est livrer encore plus une partie des salariés, ceux qui se trouvent dans le rapport de force le plus défavorable, notamment dans les petites entreprises, au pouvoir absolu de leur patron.
Interrogé à ce sujet, François Hollande, le premier secrétaire du Parti socialiste, a critiqué les mesures de Raffarin. Il s'est bien gardé cependant d'en promettre l'annulation en cas de retour de la gauche au gouvernement. Les dirigeants socialistes se contentent de promettre seulement que "la gauche rouvrira les négociations syndicales et professionnelles" -ce qui est une façon d'entériner la démarche de Raffarin. Et lorsqu'ils parlent sur un ton catastrophé de la disparition définitive de la loi des 35 heures, cela signifie seulement que les travailleurs n'ont rien à espérer d'un retour de la gauche au pouvoir, si tant est qu'elle revienne dans trois ans.
Mais que les uns et les autres se méfient, ils finiront par convaincre tous les travailleurs que seule une réaction collective du monde du travail peut faire reculer le patronat et le gouvernement et les contraindre à supprimer toutes les lois, toutes les mesures anti-ouvrières, quel que soit le gouvernement qui les a prises!
Arlette Laguiller



Des jeunes condamnés à la prison ferme pour avoir protesté contre la répression policière lors des événements du 23 octobre

La justice a condamné à la prison ferme trois jeunes qui étaient en détention provisoire, interpellés, comme cinq autres, suite aux affrontements qui ont eu lieu entre manifestants et force de l’ordre à Pointe-à-Pitre le 23 octobre. Nagau Fabrice et Denis Bellaire ont écopé de quatre mois de prison ferme et Jessy Andréa ( handicapé) deux mois de prison ferme.
Le jugement a été rendu le lundi 6 décembre. La salle d’audience était comble. Il y avait également du monde à l’extérieur. Des parents, des jeunes, des militants de l’UGTG, des représentants du Comité de lutte contre la répression anti syndicale se sont mobilisés pour soutenir les trois jeunes. La justice accuse ces derniers d’avoir lancé des cailloux sur les forces de l’ordre. Les condamnations sont lourdes quand on considère que ces jeunes ne sont pas des délinquants et qu’ils n’ont jamais été condamnés. Ils auraient pu bénéficier d’une peine avec sursis. Pour des accusations plus graves la justice a déjà été plus clémente.
Le procureur a insisté sur le fait que ces jeunes ont été manipulés par l’UGTG, sans qu’il en ait la preuve. Ainsi qu’elle le montre elle-même, la justice n’est pas neutre dans cette affaire. Le soutien à Michel Madassamy et la forte mobilisation dans les rues, ont fait reculer cette prétendue justice et cela lui est resté au travers de la gorge. Alors, elle se venge sur les manifestants arrêtés le 23 octobre. Cette justice colonialiste n’aime pas perdre la face!
Les parents et les jeunes présents ont exprimé leur vif mécontentement après le verdict. L’un des jeunes condamnés a déchiré sa carte d’identité et a lancé les morceaux sur les policiers. Des discussions houleuses se sont poursuivies entre policiers, jeunes et parents autour des fourgons qui devaient ramener les trois jeunes en prison. L’affrontement a été évité de peu.
Cela prouve bien que ce ne sont pas ces condamnations qui vont calmer ces jeunes. La rancœur et la révolte les animeront encore plus à leur sortie de prison. Ils n’hésiteront pas à la moindre occasion à exprimer de nouveau leur colère contre une société injuste et son système répressif.



Soutien à Denis Bellaire!

Denis Bellaire est un jeune de Trois Riviéres qui a été interpellé au cours des émeutes du 23 octobre à Pointe-à-Pitre. Des jeunes de la commune et le groupe culturel Bois Bandé ont organisé un meeting le samedi 4 décembre pour dénoncer son arrestation. Une cinquantaine de personnes a participé à une réunion publique, dont une majorité de membres de la famille. Denis Bellaire, âgé de 25 ans, travaille pour un artisan. Il est père d’un bébé de 10 mois. Il n’a jamais eu affaire à la justice. Les jeunes qui sont intervenus ont exprimé leur révolte contre l’interpellation de leur camarade. Ces jeunes étaient nombreux le 6 décembre au tribunal de Pointe-à-Pitre. Ils n’ont pas caché leur mécontentement après la condamnation à la prison ferme (4 mois !) de leur camarade.



Meeting de l’UGTG contre la répression judiciaire

Certains parents de ces jeunes étaient présents lors de ce meeting organisé par l’UGTG le vendredi 10 décembre devant le local du syndicat. Deux d’entre eux ont pris la parole pour expliquer comment le soutien de l’UGTG et du Comité de lutte contre la répression anti syndicale leur été d’un grand secours dans une situation difficile. Ces familles n’ont pas été isolées et ont eu plusieurs rencontres avec les organisations qui se sont préoccupées de problèmes matériels et moraux auxquels ont été confrontés ces jeunes dans le milieu carcéral. Un docker a également pris la parole pour expliquer les mauvaises conditions de travail qui existent sur le port. Michel Madassamy était présent aussi au meeting. Il a quitté le milieu hospitalier et se remet progressivement de sa grève de la faim. Il a rappelé les conditions de son arrestation et affirmé sa volonté de continuer à se battre. Il a exprimé son soutien aux jeunes qui ont été condamnés. Le public présent a vivement applaudi les intervenants. La mobilisation doit se poursuivre car de nombreux militants syndicaux sont condamnés à de lourdes amendes. Armand Toto est condamné à la prison ferme et risque d’être arrêté à tout instant. Quant à Michel Madasamy dont la peine de prison a été suspendue pour raison de santé, son affaire repasse le 6 janvier 2005.



Martinique
La nouvelle convention collective pour les employés de banque de la Martinique?

Face à l’Association Française des Banques (AFB) les travailleurs des banques des DOM ont bataillé ferme pour sauvegarder leur convention collective, différente de celle des travailleurs de France, et qui avait la particularité, entre autre, d’ajouter au point bancaire de base (sur lequel s’appuie le calcul du salaire) l’ancienneté, les diplômes, etc… et d’avoir des durées de congés plus longues (maternité, etc).
On se rappelle les trois mois de grève des employés des banques, au début de l’année pour sauvegarder leurs acquis. La grève s’était d’ailleurs terminée avec l’AFB déboutée par le tribunal de grande instance devant lequel elle dénonçait la convention collective antillaise qu’elle avait autrefois signée.
Aujourd’hui, en Martinique, seuls deux syndicats, FO-CGT et CDMT-CFDT ont accepter de signer une nouvelle convention collective où il ne reste presque plus rien des acquis, sinon la perennité des 40% de vie chère.
Il n’est pas encore certain que la convention passera, car elle est contestée par les autres syndicats, mais les signataires estiment avoir « signé la meilleure convention qui existe dans cette ère de régression sociale » et d’avoir «œuvré pour l’économie» du pays.
Les raisons qui ont poussé ces syndicalistes à signer cette convention, elles sont donc plutôt curieuses, l’argument de l’économie du pays est un artifice qui vient habituellement de la bouche du patronat quand il veut tromper les travailleurs. L’économie d’un pays, sa prospérité, les travailleurs savent que ce sont eux qui la font, et que ce sont les patrons qui en tirent profit.
Signer cet accord a été peut-être nécessaire ou inévitable, mais il faut savoir que c’est rajouter à la « régression sociale », et faire un cadeau aux actionnaires des banques qui verront leurs profits augmenter au détriment des employés qu’on veut aujourd’hui culpabiliser. Et cela ne sert en rien l’intérêt des salariés, ni même celui des clients des banques, car les banques sont des entreprises qui ne cherchent qu’à faire de l’argent en dépensant le moins possible ; il leur faut toujours plus, même au détriment des clients et des employés.
L’exemple de la BFC, capable de mobiliser des millions d’euros pour des achats spéculatifs est là pour montrer à quel point est hypocrite l’argument qui consiste à dire que les acquis des travailleurs ruinent la poche des bourgeois, poche qu’ils assimilent d’ailleurs à « l’économie du pays ». Les 40% de vie chère, qui font grincer tant de dents bourgeoises, représentent à peine une goutte d’eau dans la mare de milliards qui gonflent les actions des banques, les travailleurs n’ont pas à avoir honte, ni à renoncer, à leurs acquis pour que les repus de la finance s’engraissent un peu plus sur leur dos.



Martinique
L’AFB pense s’en tirer avec le soutien de certains

La population a appris que les patrons des banques regroupées au sein de l’Association Française des Banques (AFB) ont signé un accord avec deux syndicats de salariés, minoritaires dans la profession, dont la CDMT-CFDT. Trois autres syndicats de salariés ont refusé de signer et ont décidé de porter l’affaire devant les tribunaux.
Selon les signataires, il s’agirait là du meilleur accord possible. Que la partie patronale le dise ne surprend pas puisque elle a pu faire accepter des modifications ou des concessions qu’elle souhaitait à certains sous prétexte de modernisation au nom de la compétitivité. Plus surprenante en revanche est la déclaration de la représentante du syndicat CDMT signataire qui a mis en avant le souci de la sauvegarde des 40% de vie chère, et de l’économie de la Martinique. Une radio privée locale lui a même ouvert son antenne pendant une demi-heure pour qu’elle persuade la population que son organisation avait eu raison de signer. A croire que ce sont les salariés, qui ne dirigent aucune entreprise, y compris les banques, qui seraient responsables ici comme ailleurs, de la mauvaise situation économique.
Avancer de tels arguments ne contribue pas à donner aux travailleurs une conscience de classe pour comprendre la politique des patrons, et ceux des banques en particulier, et une confiance pour combattre cette politique. Les travailleurs des banques sont des observateurs privilégiés des pratiques des capitalistes et de leurs hommes de main. Pour gagner la confiance et le soutien de la grande majorité de la population qui est également victime de ces pratiques, il faut tout leur dévoiler, tout leur expliquer, et non pas se faire l’écho des arguments patronaux.



Martinique
Opération de l’éducation “cliquer sur l’entreprise”

C’est le nom donné par l’Education Nationale à sa politique de «zié dou» au patronat en Martinique.
Ainsi le 1er décembre dernier le Rectorat et l’ADEM, (association pour le développement économique de la Martinique) et … de promotion des entreprises locales, organisaient une remise de prix à quatre vingts élèves, récompensés pour leur production suite à des visites d’entreprises.
L’opération avait débuté il y a un an avec des élèves de 4ème de différents collèges du Sud de la Martinique. Il leur avait été proposé de visiter des entreprises dans de nombreux secteurs tels que l’hôtellerie, le BTP, l’environnement ou l’industrie. Ces visites furent fructueuses pour les élèves.
Mais elles ne manquèrent pas d’être exploitées par les élus présents lors de cette manifestation où il fut remis aux élèves des places de cinéma, des bons d’achat sous les applaudissements du préfet et de certains chefs d’entreprises.
Alors tout en ne s’opposant pas à la reconnaissance d’un travail réalisé par les élèves, certains enseignants voient d’autres objectifs dans ce genre de manifestation à grand spectacle. Dans la réalité, elles favorisent la mise à disposition de l’Education nationale et de ses personnels au service des patrons et chefs d’entreprise. Elles peuvent aussi servir à précipiter l’orientation professionnelle des jeunes pour mettre à la disposition des entreprises une main d’œuvre jeune, ciblée d’avance, malléable et corvéable à merci. C’est en tout cas ce que réclame ouvertement le baron Seillère du MEDEF!




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