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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 18 décembre 2004      N° 915
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Il y a 60 ans, le massacre du camp de Thiaroye au Sénégal

C’est le premier décembre 1944, vers la fin de la deuxième guerre mondiale, que des dizaines, voire cent ou peut-être deux cents soldats, selon certains historiens, les «tirailleurs sénégalais», furent massacrés par l’armée française dans le camp militaire de Thiaroye non loin de la ville de Dakar.
Ces tirailleurs sénégalais venaient d’être démobilisés après avoir été sortis des camps de prisonniers de l’Allemagne nazie. Beaucoup avaient été enrôlés en Afrique au début de la guerre par l’administration coloniale française. Le terme «tirailleurs sénégalais» était du reste un terme générique car il recouvrait en fait tous les soldats africains enrôlés dans différents pays d’Afrique. Ces hommes, comme lors de la première guerre mondiale, avaient combattu durement sur plusieurs fronts en Europe et en Afrique du Nord pour la « libération de la France ».
Au moment de leur démobilisation quel ne fut pas leur étonnement de constater que leur solde ne leur avait pas été versée contrairement aux soldats blancs. On leur dit qu’ils la percevraient dès leur arrivée en Afrique. Les Sénégalais, dès leur arrivée furent littéralement parqués dans un camp, celui de Thiaroye, et durent subir le racisme des gradés blancs ainsi que de multiples autres humiliations. On commença par leur enlever leur uniforme pour les affubler d’une autre tenue et d’un chapeau rouge, du même type que celui du bonhomme de la publicité «y a bon banania». Leur solde leur fut versée mais l’administration militaire refusa de procéder au change légal par rapport à la monnaie africaine. Ce qu’ils perçurent ne représenta que la moitié de ce que leurs compagnons d’armes blancs avaient perçu. Plusieurs indemnités légales leur furent aussi refusées sous prétexte de difficultés budgétaires.
Ce sera plus que ce que ces hommes pouvaient supporter après des années de captivité, de sacrifices, de blessures, sur les champs de bataille. Le 30 novembre, ils décidèrent de prendre en otage un général français. Ce dernier leur promit alors qu’ils seraient payés normalement et en échange de cette promesse les tirailleurs révoltés le relâchèrent. Quelques heures plus tard, ce même général fit donner l’assaut au camp à coup d’armes lourdes contre les tirailleurs désarmés, faisant au moins plusieurs dizaines, voire plus de morts. Les survivants enterrèrent à la hâte leurs camarades avant de rentrer chez eux sans toucher leurs primes. Plusieurs d’entre eux furent condamnés à des peines de prison allant parfois jusqu’à trois ans. Une grâce présidentielle de Vincent Auriol lors d’un voyage en Afrique en 1947 fit libérer les derniers emprisonnés.
Pendant de longues années ces faits furent totalement occultés par l’armée et l’administration coloniales qui exerçaient une certaine terreur contre tous ceux qui les évoquaient. Même au Sénégal, la population n’en eut que très peu connaissance. Il aura fallu une dénonciation de Senghor et de Lamine Gueye, dirigeants politiques sénégalais, pour que les faits soient plus connus puis enfin reconnus par l’armée et le gouvernement français. Puis en 1988 le film de Sembene Ousmane « le camp de Thiaroye » a fort bien relaté cette page sanglante du colonialisme.
Soixante ans après, en août dernier, on pu entendre un ex ministre, Pierre-André Wiltzer, s’exprimant au nom de Jacques Chirac, parler du massacre de Thiaroye comme «tragique et choquant et qui salit l’image de la France»
Comme par une triste ironie de l’histoire, 60 ans après, à quelques jours près de l’anniversaire du massacre de Thiaroye, le 9 novembre 2004, l’armée française massacrait des dizaines de civils en Côte d’Ivoire à Abidjan.
Alors, peut-être dans soixante ans, entendra-t-on encore prononcer des regrets ou excuses de la bouche de quelque officiel français!
L’impérialisme français ne s’embarrasse jamais de scrupules pour tuer et massacrer quand il le juge utile et nécessaire à ses intérêts. Les paroles, discours, et autres excuses qui viennent après (et longtemps après) ne peuvent effacer les souffrances endurées par ses victimes dans les colonies et les pays qu’il domine. La mémoire collective des opprimés est plus forte que toutes les manœuvres orchestrées pour l’étouffer. Elle est aussi un des éléments de la prise de conscience des luttes à mener aujourd’hui contre l’oppression impérialiste.



Martinique
Harcèlement moral au travail: la crainte doit changer de camp

La CGTM a organisé les 7 et 8 décembre 2004 un séminaire consacré au harcèlement moral au travail. Plus de deux cents travailleurs ont participé à cette manifestation. Compte tenu du fait que de très nombreuses demandes d’inscription n’ont pas pu être acceptées, il a été prévu de renouveler cette manifestation qui a donc connu un franc succès.
Ce sont les travailleurs, qu’ils soient dans le secteur public ou le secteur privé, qui sont en butte à une détresse due au fait qu’ils subissent une pression volontaire, calculée, de la part d’employeurs. Ces derniers utilisent souvent une telle méthode pour les exploiter plus ou pour les pousser à quitter l’entreprise en démissionnant sans avoir à leur payer d’indemnités s’ils devaient recourir au licenciement. C’est une situation qui a déjà conduit de nombreux salariés à se suicider.
Bien sûr, c’est une situation que ne reconnaissent pas les patrons. Mais le simple fait que des travailleurs saisissent une telle manifestation pour parler, donner des exemples de ce qu’ils subissent quotidiennement, montre qu’il ne s’agit pas d’une invention de leur part. D’ailleurs, une loi a été votée pour sanctionner les patrons qui harcèlent leurs salariés. Mais pour que ces derniers arrivent à faire condamner leurs patrons, il leur faut accomplir un véritable parcours du combattant et en particulier établir la preuve qu’ils subissent un harcèlement . Et donc, la loi n’est absolument pas un rempart.
Le harcèlement moral au travail n’est que l’expression sournoise de la violence du capitalisme.
En fait, la solution passe par une prise de conscience des travailleurs de la force qu’ils représentent, du fait que ce sont eux qui contribuent à donner aux patrons cette puissance, économique, financière, qu’ils ont. Puisque ce sont les travailleurs qui créent leurs richesses. Une prise de conscience de leur rôle, essentiel et incontournable, qui doit leur permettre de s’organiser pour que la peur et la crainte changent de camp et prospèrent dans celui des patrons.



Communiqué d’Arlette Laguiller sur le congrès de Lutte Ouvrière

Lutte Ouvrière a tenu son congrès annuel, réunissant plusieurs centaines de délégués, le week-end des 4 et 5 décembre 2004.
Sur le plan du recrutement, les effectifs de l'organisation sont très stables et son rayonnement aussi, ce qui se traduit par un bilan financier légèrement excédentaire. Dans les circonstances actuelles, cette stabilité est un signe de bonne santé.
Le bilan des élections de 2004, malgré des résultats en régression - ce que nous avions prévu à l'avance - montre que l'accord électoral avec la LCR était positif. Les discussions ont porté sur la situation sociale et économique en France et dans le monde et particulièrement sur la lutte contre le chantage aux licenciements et aux délocalisations.
Lutte Ouvrière continuera à s'associer à tous les combats pour améliorer la situation des femmes dans la société et dans la politique, ainsi qu'aux luttes contre toutes les discriminations et tous les racismes.
Sur le plan politique, la discussion a porté, entre autres, sur l'attitude de Lutte Ouvrière au référendum sur la Constitution européenne. Le congrès a décidé à sa grande majorité, de voter non à ce référendum mais la campagne de Lutte Ouvrière ne débutera, au plus tôt, que lorsque la date définitive de cette consultation aura été fixée.
Lutte Ouvrière est pour l'abolition des frontières dans toute l'Europe, comprenant la Turquie, ainsi que pour la monnaie unique. La constitution Giscard n'apporte rien de plus, ni rien de mieux sur ce terrain. Elle ne vise qu'à réglementer les rapports entre les différents Etats au détriment des plus petits et sa rédaction est inquiétante sur certains points. Par exemple est cité le droit au mariage, mais pas le droit au divorce, le droit à la vie mais pas le droit à l'IVG, formulations qui ouvrent la porte à toutes les dérives réactionnaires.
C'est, entre autres, les raisons pour lesquelles nous appellerons à voter Non.



Les ouvriers de Mme Baker remportent une victoire

A Port au Prince, sur la zone industrielle, les ouvriers qui travaillaient dans l’entreprise de Mme Baker, Emballages et Confections (CEE), ont fini par remporter une victoire après six mois de conflit, ils ont arraché le remboursement d’une partie des arriérés, indemnités de licenciement.
Mme Baker est parente de Baker un des dirigeants du groupe d’opposition des « 184 » qui a combattu Aristide jusqu’à sa chute. Durant le mois de février son usine où les ouvriers fabriquent des vêtements a été attaquée par des chimères et elle a décidé de fermer son usine en mettant sur le pavé plus de 300 ouvriers et ouvrières sans aucune indemnité. Elle a pris prétexte de l’attaque des chimères, de l’insécurité pour ne pas verser au travailleurs les prestations légales de licenciement.
Un groupe d’ouvriers n’a pas accepté ce licenciement sec et ils ont porté plainte auprès du bureau des affaires sociales. Ils ont été rejetés car les Affaires sociales sont du côté des patrons. Ils ont alors rencontré les camarades qui publient le bulletin Pawol Travayè, auprès desquels ils ont trouvé un soutien pour engager une bagarre sur le terrain et juridique contre Mme Baker.
Durant le mois de mai, ils ont élu un comité qui a organisé les diverses interventions. Ils ont réussi à passer sur les médias, à se rencontrer dans divers locaux, parfois à plus de 200, pour préparer les ripostes aux attaques de Mme Baker. Celle-ci ne voulait rien lâcher et voulait jeter les ouvriers après les avoir pressés comme des citrons. Elle a tenté de transférer ses tissus dans d’autre entreprises, mais les ouvriers révoqués ont réussi à perturber le travail dans ces entreprises là, ce qui l’a obligée à reculer.
Les ouvriers ont réalisé plusieurs manifestations dans des conditions difficiles pour faire connaître leur situation, ils ont diffusé des tracts aux autres ouvriers de la zone industrielle. La patronne ne voulait rien rembourser de ce qu’elle devait aux ouvriers : les salaires de 22 jours de travail, une prime de transport, le congé annuel et les boni de fin d’année. Les ouvriers ont finalement arraché le paiement des salaires de 14 jours.
La patronne s’en tire à bon compte, mais les travaileurs de l’usine CEE ont montré qu’ils pouvaient l’obliger à reculer bien qu’elle soit soutenue par les possédants, le gouvernement et les policiers. Ils ont remporté une bagarre qui peut servir d’exemple, de chemin à d’autres ouvriers, car la situation ne changent guère : les politiciens se chamaillent autour de la tenue des prochaines élections, alors que les gangs armés tiennent les quartiers populaires sous le feu de leurs armes où ils rançonnent la population et que les forces armées de l’OEA protègent les ambassades et les intérêts des possédants.




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