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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 8 janvier 2005      N° 916
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La xénophobie anti-Haïtiens: une honte et un poison qu’il faut combattre résolument

Alors même que les Haïtiens subissent les pires misères dans leur pays, La xénophobie se renforce en Guadeloupe et principalement contre eux. Elle est reprise sur les ondes par des gens qui téléphonent souvent anonymement.
La xénophobie n’est hélas pas un phénomène nouveau. Dans le passé, ceux originaires de l’Inde l’ont connue, des travailleurs martiniquais venus à la demande de leurs patrons békés de l’île voisine également, des travailleurs dominiquais aussi. Elle divise la population travailleuse. Voilà déjà quelques années que Le Pen en France a donné le ton et a fait de la xénophobie son fond de commerce politique. Cette politique a été reprise en Guadeloupe par les Viviès, Ibo Simon et compagnie. Aujourd’hui, les mots les plus insultants sont semés sournoisement contre les originaires d’Haïti.

DES FAITS REVOLTANTS
Tout le monde sait les conditions ignobles que ces immigrés essaient de fuir, parfois au risque de leur vie. Le hasard les a fait naître en Haïti, le hasard avait distribué leurs ancêtres africains mis en esclavage dans une île des Antilles, laissant leurs frères dans une autre. Cela leur aurait donné des défauts effroyables, inconnus en Guadeloupe. Ils sont les plus mauvais sur la planète. Leurs voisins ne pourraient donc les fréquenter, les apprécier. Cependant, ces immigrés permettent à certains locaux de s’enrichir. Les loyers qui leur sont demandés ne sont pas plus bas, au contraire, certains « marchands de sommeil » profitent des difficultés des sans-papiers pour leur extorquer de plus fortes sommes. Egalement, les patrons, en particulier dans l’agriculture, ont profité et profitent encore de cette main d’œuvre pour eux corvéable à merci.
Très récemment, une petite amélioration des conditions de vie d’Haïtiens installés ici depuis des années a relancé la xénophobie. Les premiers agriculteurs haïtiens qui, en Basse-Terre, ont pu acheter une camionnette ont vu celle-ci attaquée par des Guadeloupéens qui s’en vantaient. Ils ne pouvaient supporter de voir que des travailleurs sans terre avaient réussi à sortir de l’extrême misère. Il y a quelques années, à Pointe à Pitre l’apparition de 2 ou 3 petits magasins de vêtements tenus par des Haïtiens a suscité la haine entretenue par une chaîne de télévision et Ibo Simon. Le feu a été mis à ces magasins. Pourtant, tous reconnaissent ici l’honnêteté de ces immigrés et les sacrifices qu’ils doivent faire pour subsister et en même temps envoyer de quoi faire vivre leurs familles restées au pays. Mais cela aussi leur est reproché. Comme si dans le monde entier les gens n’aidaient pas leurs familles des pays pauvres, y compris les Guadeloupéens. Beaucoup de ces derniers ont, tout comme les Haïtiens, quitté leur pays moins pauvre certes, mais au taux de chômage très important pour trouver du travail ailleurs. Ils sont bien souvent en France ou dans d’autres pays victimes du racisme, de la xénophobie.
Actuellement, l’arrivée de «boat-people», essentiellement des victimes de la misère et des tueries des chimères, fait hurler les loups. Ceux qui crient contre les Haïtiens se cachent derrière la légalité: «ils n’ont pas de papiers». (Mais ils n’aiment pas plus ceux qui ont des papiers). Comme si cela rendait ces arrivants pestiférés. Ces gens ne voient pas la violence des rapports humains sur la planète. Ils ne voient pas avec quelle force les grands de ce monde écrasent les plus pauvres dans le monde entier avec des lois anti-ouvrières de plus en plus féroces. Ils ne se souviennent pas des lois contre la retraite, la sécurité sociale ou pour faciliter les licenciements. Ils ne connaissent pas les guerres qui broient la jeunesse.

COMBATTRE LA XENOPHOBIE AU SEIN DES MASSES EXPLOITEES
La xénophobie est un poison qui bouche les yeux et les oreilles. Elle détourne les pauvres de la colère contre les vrais ennemis, ceux qui sont des parasites dans cette société, ceux qui s’enrichissent du travail des autres, ceux qui embauchent un minimum de personnes. Les patrons obligent ceux qu’ils embauchent à faire le travail de 2 ou 3 personnes et ils essaient de les payer le moins cher possible. Ces mêmes patrons lancent des campagnes pour diviser la classe ouvrière: chômeurs contre salariés, grévistes contre non grévistes, Guadeloupéens contre Haïtiens. Et pendant que les pauvres se mangent entre eux, ils se frottent les mains. Et leurs affaires prospèrent.
Beaucoup d’élus font des déclarations ambiguës sur cette question. Certains vont même jusqu’à franchir le pas de la xénophobie. Ils veulent flatter ou ne pas décevoir leur électorat. Ce faisant ils contribuent au renforcement de la bêtise ambiante, de la déliquescence générale des valeurs et des sentiments et au délitement des rapports humains.
Le racisme, la xénophobie sont des poisons qui divisent les pauvres.
Il est donc absolument nécessaire et urgent de le combattre et le chasser partout. Il est de la plus haute importance de le combattre dans les entreprises, dans les rangs du mouvement ouvrier où il existe et se renforce, dans les syndicats. Que chaque travailleur conscient condamne du tac au tac tout propos et attitude xénophobe dans son travail, son quartier! Dans les syndicats de même, car il est intolérable qu’en leur sein se manifeste aussi souvent les sentiments xénophobes. Au-delà, ce sont aussi l’éducation, la formation, la connaissance de l’histoire, de la culture d’Haïti, la documentation, et l’élévation générale du niveau de vie et de culture qui feront reculer la xénophobie. Ce sont les luttes des travailleurs qui pourront y contribuer le plus.
Les militants xénophobes sont bien souvent les mêmes qui se déclarent contre les luttes des travailleurs, contre les grèves. Alors les travailleurs qui font le jeu de ces gens là agissent contre eux-mêmes. Et le poison répugnant de la xénophobie ne peut que se retourner un jour ou l’autre contre ceux qui s’y laissent aller.



Haïti
Dans la misère générale, l’indemnisation des militaires a commencé

En Haïti la fin de l’année 2004 les anciens militaires voient leur souhait se réaliser. Au nombre de 6000, ils réclamaient le versement de dix années d’arriérés de salaires suspendus depuis 1994 au moment où Aristide avait dissout l’armée. Le 28 décembre, le gouvernement a cédé à la pression qu’ils exerçaient en occupant divers édifices publics comme des commissariats, ou récemment l’ex résidence d’Aristide. Pour le premier ministre Latortue, il s’agit de réparer les torts faits aux anciens militaires par le régime lavalas et de les récompenser d’avoir renversé Aristide.
En plus de l’indemnisation, ils auront droit à la pension dont le montant vient de subir un ajustement de 54%, cela fera un montant d’environ 4 800 dollars par soldat. Gérard Latortue donne la garantie que le gouvernement mettra tout en œuvre pour offrir aux ex-militaires des emplois dans le domaine de la sécurité et annonce la mise sur pied d’un programme de formation pour les ex-militaires désireux de se lancer dans les affaires.
Ce traitement de faveur n’est pas réservé aux travailleurs exploités dans les «factories» ou aux «djobeurs» victimes de l’insécurité alimentaire et de l’insécurité au jour le jour. Certains essaient de fuir la misère par bateau et se retrouvent à dériver au large des Bahamas, les gardes côtes américains ont ainsi rapatrié des centaines de boat-people. Le mercredi 29 décembre 2004 c’est un nouveau groupe de 208 boat-people qui a été renvoyé en Haïti.
Le gouvernement Boniface-Latortue prépare son groupe de mercenaires à sa solde pour contrer les réactions à venir de la majorité de la population.



Martinique
La colère des utilisateurs de véhicules diesel

En Martinique, un Collectif des Utilisateurs de Véhicules Diesel a été créé. Le Collectif remet en cause la qualité du carburant vendu dans l'île depuis quelque temps. Et voilà que la grogne des premiers jours des membres du collectif se transforme petit à petit en mouvement de colère.
L’association qu’ils viennent de créer s’est donnée pour objet de porter les problèmes des automobilistes utilisateurs de gazole devant les responsables du carburant en Martinique à quelque niveau qu’ils se trouvent, Préfecture, producteurs ou détaillants.
L’intéressant dans l’histoire, c’est que de plus en plus cette démarche trouve un écho favorable auprès des utilisateurs de véhicules diesel, qui voient grossir leurs rangs à chaque assemblée générale que tient l’association à la Maison des Syndicats.
Quels sont les faits? Les utilisateurs de véhicules diesel disent constater depuis un certain temps de gros problèmes au niveau de la pompe à injection de leurs véhicules mais également au niveau d’autres organes vitaux de leurs automobiles (courroie et autres joints d’étanchéité etc.), tout organe du moteur qui se trouve en contact avec l’écoulement du gazole.
Le problème est là déclare l’Association: la SARA a mis en vente un gazole corrosif donc hors norme et c’est ce carburant abîmant les pièces et perturbant le bon fonctionnement de leurs voitures qui est la source de leurs ennuis.
Et ces perturbations pèsent sur le porte monnaie des automobilistes qui ont raison d’être en colère. Ceux ci en contestant la qualité du carburant dénoncent également la responsabilité de toute la chaîne de vente, l’absence de contrôle de la préfecture, les concessionnaires automobiles, les gérants de station service, mais surtout la SARA en tant que producteur de carburant.
Aujourd’hui, l’automobiliste qui a des problèmes mécaniques liés au mauvais carburant, est confronté d’une part à l’immobilisation de son véhicule pour un délai minimum de 3 mois, délai lié au phénomène de file d’attente. Deuxièmement le même automobiliste devra s’acquitter d’une facture allant de 700 à 18.000 euros liées à la réparation de base du véhicule jusqu’aux dommages collatéraux ce qui est considérable.
Ce fut en tout cas la surprise que connut une conductrice d’une Clio diesel qui a dû s’acquitter d’un montant de 700 euros pour un véhicule de monsieur «tout le monde». Ou encore de ce petit artisan du bâtiment qui a du débourser la somme de 16.000 euros pour le remplacement de la pompe à injection de son camion. Que dire encore de ce chauffeur Taxico qui ne peut faire rouler son taxi pour défaut de contrôle technique, petit détail d’agrément qui le prive de toute activité professionnelle et du remboursement de la TVA par la Région.
Après avoir passé en revue la Préfecture, les concessionnaires et les pompistes qui tous se lavèrent les mains de toute responsabilité, il restait à la SARA (Société Anonyme de Raffinement des Antilles) à se justifier.
La multinationale créée en 1969 par les firmes Total 50%, Shell 24%, Esso 14,5%, Texaco 11,1% s est vite dédouanée en affirmant produire un carburant aux normes. Cela étant dit la SARA sentant monter la colère s’est risquée à ce qui apparaît comme une nouvelle supercherie et qui consiste à proposer aux représentants de l’association de confier à un laboratoire en France l’expertise qualité afin de déterminer l’état du carburant qui est fabriqué par ses soins.
Le Collectif des utilisateurs en refusant ce marché de dupes a quant à lui exprimé d’autres exigences qui consistent dans un premier temps à demander:
1) la mise en place d’un dispositif de contrôle de qualité incluant la responsabilité de toute la chaîne du fabriquant jusqu’au consommateur;
2) d’exiger la prise en charge par la SARA des frais de réparations occasionnés par le défaut de qualité du gazole.
L’Association a fixé une date butoir à la SARA afin qu’elle se détermine. Aussi passé la date du 10 janvier elle jugera de l’opportunité d’agir différemment.
Fort de ses 800 adhérents et des 8000 mécontents potentiels l’Association se sent sans doute les moyens de parler un autre langage aux gros bonnets de la SARA.
C’est une affaire qui représente un enjeu financier à ne pas négliger pour la multinationale. Les usagers du gazole ont bien conscience que c’est en renforçant leur détermination qu’ils obtiendront gain de cause.



France
Trop de discrimination raciale!

SOS Racisme dénonce dans une enquête que près d’une discothèque sur trois fait preuve de discrimination raciale à l’entrée. L’association le prouve en effectuant la nuit nationale du testing. Plusieurs discothèques sont ainsi testées tant à Paris qu’en Province.
Ainsi plusieurs équipes de testeurs se présentent à l’entrée des discothèques. Un premier groupe de 4 jeunes de couleur habillés correctement afin de ne pas être victimes de discrimination vestimentaire et dans un cas sur trois ils sont refoulés à l’entrée sous des prétextes fantaisistes: il s’agit d’une soirée privée, il faut être inscrit sur Internet ou il y a trop de monde. On constate que lorsqu’il s’agit d’un groupe composé de testeurs blancs, ils peuvent rentrer sans difficulté.
Si la discrimination est prouvée, une plainte est tout de suite déposée au commissariat le plus proche car SOS Racisme vient avec des huissiers, avocats. Le but visé est de lutter contre toutes ces discriminations qui bien souvent sont plus fréquentes dans les quartiers chics de Paris.
SOS Racisme a décidé de s’attaquer à ce problème et régulièrement fait ces tests qui lui permettent de constater que dans 30 % des cas la discrimination est bien réelle. Ce chiffre même s’il est en baisse par rapport aux autres années est encore trop important. Le racisme existe dans cette société capitaliste et bien entendu entraîne toute sorte de discrimination à l’égard des étrangers, des pauvres. Ce n’est donc pas surprenant que les discothèques pratiquent la discrimination comme certains employeurs ou propriétaires.
Il faudra continuer à se battre contre ce fléau.



Université
La gestion financière remise en cause

Le pavé dans la mare: un jeune enseignant, maître de conférences en Sciences économiques à Fouillole a pris le temps de lire les extraits -mis en novembre 2004 à la disposition du personnel- du rapport de l’inspection ministérielle sur les finances de l’UAG (Université Antilles Guyane). Il a alors choisi d’en informer ses collègues. Il leur a distribué une sorte de tract avec des citations extraites du rapport et des plus choquantes sur des irrégularités financières et de sérieux problèmes dans la gestion du personnel IATOSS et administratif. Plusieurs collègues ont apprécié la possibilité d’enfin comprendre qu’il se passait quelque chose de grave à l’UAG. Ils le lui ont fait savoir et signent d’ailleurs une pétition de soutien pour lui et demandent que la vérité soit faite sur cette affaire. Qu’on mette tout à plat. En effet, ce rapport date de juin 2003 et seuls quelques responsables de l’université et apparemment quelques journalistes l’ont consulté dans son intégralité. Un membre du conseil d’administration a informé ses collègues que ce rapport n’a jamais été discuté en conseil d’administration. Ces deux enseignants sont courageux. Les faits remontent à plusieurs années. Lors de la grève de février-mars 2003, les représentants du ministère avaient promis que ce rapport serait public, que l’Etat allait renflouer les caisses, mais qu’ils chercheraient les causes car « l’argent de l’Etat ne disparaît pas ». Apparemment, il manquerait de l’argent et les restrictions se multiplient afin de boucher le trou: restrictions sur les moyens pour l’enseignement, « gel » et tentatives de saisie sur les crédits difficilement obtenus pour la recherche, retard dans les constructions, pressions sur le personnel à statut précaire.




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