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Félix Eboué, serviteur du colonialisme français (première partie)
Le 26 décembre 2004, plusieurs associations ont commémoré le 12O ème anniversaire de la naissance de Félix Eboué. Mais c’est régulièrement que ces associations tiennent à perpétuer le souvenir d’Eboué et organisent colloques et manifestations diverses. Depuis quelques années, Eboué est remis à l’honneur aux Antilles Guyane comme en France. Des rues, avenues, écoles, portent son nom, un timbre a été édité à son effigie. Une grande place a été rebaptisée place Félix Eboué à Paris non loin du métro Daumesnil. Un livre de J. Claude Degras «Félix Eboué, le gouverneur nègre de la république» vient de sortir, comme plusieurs ouvrages avant lui.
Ce qui singularise en effet Félix Eboué parmi les nombreux gouverneurs de l’époque coloniale, c’est qu’il fut un Noir, petit fils d’esclave guyanais. Deuxième particularité régulièrement évoquée: la dissidence d’Eboué par rapport au gouvernement pro nazi de Pétain pendant la deuxième guerre mondiale, ce qui lui valut d’être condamné à mort par ce même gouvernement, tout comme de Gaulle. En effet, alors gouverneur en Afrique il s’était en effet rallié aux «forces de la France libre» du général de Gaulle entraînant derrière lui une bonne partie de l’empire colonial français d’Afrique. Il mit ainsi à la disposition des forces gaullistes une base territoriale qui permit à celles-ci d’établir un embryon d’appareil d’état et une armée à partir des colonies africaines. Enfin Eboué fut inhumé en 1949 au Panthéon et reçut ainsi officiellement la reconnaissance de l’Etat français pour ses services rendus.
Pour beaucoup de tenants de la «promotion noire», notamment les cercles maçonniques antillais (Eboué était franc maçon et membre du parti socialiste) le fait qu’Eboué fut «le gouverneur nègre» occulte pratiquement tout le reste et notamment le fait qu’il fut un grand serviteur du capitalisme et du colonialisme français et de plus à une époque où le colonialisme était synonyme d’exploitation féroce, grande misère, humiliations de toutes sortes pour les peuples de ces pays dominés, écrasés.
UN NOIR FORMÉ DANS LE SERAIL COLONIAL
A partir de 1910, Félix Eboué diplômé de «l’école coloniale» d’où sortaient tous les cadres supérieurs de l’administration coloniale, fut nommé en Afrique Equatoriale française (AEF), à Madagascar puis en «Oubangui» (république centrafricaine).En 1933 il fut nommé secrétaire général en Martinique, poste de gouverneur sans en avoir encore le grade. C’est en 1936 qu’il fut nommé gouverneur, à la Guadeloupe. En 1938 il fut nommé gouverneur du Tchad puis après son ralliement à de Gaulle ce dernier le nommera gouverneur général de l’AEF qui comprenait le Gabon, le Tchad, le Congo et l’Oubangui. Le fait de nommer un Noir à des postes aussi importants en Afrique et aux Antilles aurait été impensable quelques années avant. Mais le pouvoir colonial s’était rendu compte de tout le parti qu’il pouvait tirer de Noirs diplômés de ses colonies, pour mieux faire passer sa politique coloniale d’oppression auprès des Noirs d’Afrique et des Antilles. Plusieurs promotions d’administrateurs coloniaux, de magistrats, de militaires noirs des Antilles-Guyane se succédèrent ainsi, surtout en Afrique noire comme auxiliaires du colonialisme français. Certains se montrèrent particulièrement zélés, lèche bottes, «oncle Tom». D’autres se rebellèrent comme par exemple René Maran auteur de Batouala, prix Goncourt…. ou encore Guy Tirolien poète de la négritude, anti colonialiste. Et furent mis à l’index.
Eboué lui, certes s’efforça d’apprendre les us et coutumes africaines, l’origine des manifestations coutumières. Il publia une étude sur les langues Sango, Banda et Mandjia.
Il n’en reste pas moins vrai que le «gouverneur nègre» se montra loyal jusqu’au bout à l’égard du colonialisme français, celui là même dont par ses écrits il montre qu’il connaissait bien les vices. Quand Eboué se rebella ce fut contre le nazisme et Petain et pour de Gaulle, au nom du patriotisme, pour mieux défendre comme de Gaulle les intérêts de la bourgeoisie et de l’impérialisme français. Il ne se rebella jamais contre le colonialisme et ses horreurs. Il l’incarna même pleinement au plus haut niveau cherchant à «l’améliorer» toujours au nom des intérêts capitalistes et impérialistes français.
EN AFRIQUE PENDANT LA FEROCE OPPRESSION COLONIALE!
Quand Félix Eboué arriva en Afrique, le colonialisme faisait déjà depuis très longtemps régner sa loi implacable, de répression, travail forcé, mise en coupe réglée de ses possessions pour le plus grand bonheur des sociétés capitalistes françaises. Les champs des chefs traditionnels étaient établis par l’administration, mais les paysans devaient obligatoirement cultiver «les champs du commandant», “les commandants de cercles” autrement dit ceux du pouvoir colonial. On instaura dans certains territoires des «cultures forcées» comme celles du maïs ou des plantations de cacaoyers en basse Côte d’Ivoire. Eboué, lui, en Oubangui instaura la culture forcée du coton. En 1927 un accord donna à des sociétés d’achat tenues d’installer des usines ou des ateliers d’égrenage le monopole d’achat sur un territoire donné ; l’administration s’engageant à fournir en coton les dites usines L’accord concernait les sociétés cotonfran, Cotonaf (belge), la société cotonnière du haut-Oubangui (Cotoubangui). Les charges de l’encadrement qui au Congo belge incombaient aux sociétés étaient en Oubangui entièrement supportées par l’administration coloniale française. La production du «coton du commandant» s’effectuait par le régime du travail forcé des populations. Etaient «exemptés», les gens exerçant un métier à temps complet, les vieillards, les mères de cinq enfants et plus, les femmes de manoeuvres travaillant sur les plantations européennes. Etaient «imposables», c’est à dire contraints au travail obligatoire, tous les autres adultes de quinze à cinquante ans. Ces travaux étaient extrêmement pénibles. Après tout le travail de plantation, d’entretien, de récolte il fallait encore porter le coton à tête d’homme par paniers de 30 ou 40 kilos. Ensuite les travailleurs étaient soumis à un contrôle strict pour sanctionner éventuellement les défaillants ou ceux qui n’avaient pas assez produit.
Le kilo de coton graine était payé 1,25 f en 1927. Le kilo de coton fibre à la même période se vendait au Havre 12 f. En comptant 10 kg de coton-graine pour 3 kg de coton-fibre, les sociétés cotonnières revendaient 36 f ce qu’elles avaient acheté 12,50 f.
Le système du travail obligatoire fut généralisé sous Eboué en Oubangui On y compta plus de 473.000 hommes et femmes valides astreints à ce régime très dur. Mais c’est la construction du chemin de fer «Congo océan» pour lequel on déplaça des populations entières et on exploita des dizaines de milliers d’hommes jusqu’à la mort, qui fut le plus barbare entre 1921 et 1934: par convois entiers on fit venir des hommes de plusieurs régions de l’AEF dont d’Oubangui. Sur 8000 hommes recrutés par les premiers convois, 1700 arrivèrent à destination. Le célèbre journaliste Albert Londres a décrit cette horreur dans «Terre d’ébène» et autres articles. Il écrit: «le sacrifice fut considérable. A ce jour, cependant il ne dépasse pas dix sept mille». C’était bien les 17.000 morts réclamés par le gouverneur général Antonetti qui avait déclaré: «il faut accepter le sacrifice de six à huit mille hommes ou renoncer au chemin de fer» puis: «il me faut dix sept mille morts pour mon chemin de fer et il ne nous reste plus que trois cents kilomètres de voies ferrées à construire». Une insurrection générale éclata en 1928 que le pouvoir colonial mit plusieurs années à mater.
Tout cela s’est produit pendant qu’Eboué servait comme haut administrateur en Oubangui. Pendant que des milliers d’Africains crevaient comme des bêtes sur le chemin de fer Congo océan, lui, il reçut la légion d’honneur en 1927.
Suite de l’article dans le prochain numéro du journal
Les dollars US iront massivement à la destruction de l’Irak pas à l’aide en Asie
Un journal des USA a traité de pingre l’administration de Bush, le président des USA, suite à sa proposition d’aide financière à destination des populations d’Asie victimes du raz de marée du 26 décembre 2004.
En effet, après avoir promis royalement… 4 millions de dollars (3 millions d'euros environ), Bush a porté le montant à 15 millions (11 millions d'euros). La presse n’a pas manqué de faire remarquer que cette dernière somme représentait l’équivalent de … deux heures de guerre en Irak. Trois jours après, compte tenu des critiques venant directement des USA, Bush promettait 35 millions de dollars, ce qui correspondait à … 6 heures de guerre en Irak, toujours selon la presse.
Finalement, Bush multipliait par 10 sa dernière proposition pour la porter à 350 millions de dollars. Pendant que ce drame se déroule dans la région, Bush fait savoir qu’il va demander au Congrès de son pays de 75 à 80 milliards de dollars supplémentaires pour poursuivre la guerre entreprise depuis mars 2003 en Irak. En effet, selon des organisations US, ce sont plus de 100.000 Irakiens, principalement des civils, qui ont été tués depuis cette date dans la guerre lancée par les USA, sans compter les esquintés, estropiés et autres blessés.
Cette région du monde est pauvre et l’impérialisme mondial a une très grande part de responsabilité dans cette situation. Alors qu’il clame dans de nombreuses conférences mondiales et autres assemblées qu’il faut combattre la misère, la pauvreté, le chef de file de ces pays qui pillent le monde et créent cette pauvreté, les USA, parle d’accorder des miettes aux populations de cette région. Ce qui semble être une position constante des dirigeants de ce pays.
Un certain Herman Kahn, présenté comme un mathématicien, physicien et théoricien militaire dans un livre intitulé « Au sujet de la guerre thermonucléaire » publié en 1960, soit 15 ans après Hiroshima et Nagasaki, déclarait concernant les centaines de milliers de pertes de vies humaines: « qu’elles avaient une importance limitée ». et de poursuivre: « Quoi qu’il en soit, l’humanité est si féconde qu’une petite diminution de sa fertilité ne doit pas être prise trop au sérieux, pas même pour les individus affectés ».
Le cynisme des Bush et de beaucoup de dirigeants des pays riches, s’il ne s’exprime pas ainsi du moins ouvertement n’en est pas moins réel.
Grenade
Trois mois après le cyclone Ivan
Le 7 septembre, le cyclone Ivan frappait de plein fouet et ravageait la petite île de Grenade, au sud de l’arc antillais. Le cyclone a laissé 50 000 des 80.000 habitants sans abri. Le gouvernement a bien promis la construction de 6 à 8000 logements, ce qui est nettement insuffisant, mais en plus l’argent fait défaut. L’aide fournie par le gouvernement américain est dérisoire. C’est la Caricom (Communauté des états de la Caraïbe), qui a fait le principal effort en payant les salaires dans les services publics pendant les trois mois qui ont suivi la catastrophe. Mais dans la majorité des cas, la population a dû se débrouiller par elle même pour s’abriter tant bien que mal.
Les agriculteurs ont subi des pertes insurmontables. L’île, appelée depuis le 16e siècle île aux épices, est essentiellement tournée vers l’agriculture et le tourisme. Après le cyclone, le premier ministre a annoncé que l’activité touristique ne reprendrait pas avant deux ans. Une journaliste de la BBC qui a visité l’île au mois de décembre, relate la situation d’une agricultrice qui a perdu toute sa plantation de noix muscade et de cacao. Pour que ces arbres produisent après leur plantation, il faut dix ans. Il ne reste donc rien. En attendant, l’île cherche à s’en sortir en plantant des végétaux à croissance rapide (poix, carottes, choux). Elle n’a reçu aucune aide.
La population de Grenade se trouve donc dans une situation catastrophique et sans moyens. L’ancienne puissance coloniale, l’Angleterre, qui a exploité sa production d’épices depuis la fin du 18ème siècle, ne s’est pas beaucoup manifestée pour fournir une aide conséquente. L’impérialisme avait mis beaucoup plus de moyens, militaires, ceux là, et en un temps record sans regarder à la dépense, pour envahir l’île en 1979 et chasser du pouvoir ceux qui n’avaient pas l’heur de lui plaire. Mais pour aider l’île sinistrée évidemment aucune intervention massive n’a été et n’est prévue. Après l’indépendance en 1974, la population a été laissée dans un état de précarité et de pauvreté qui ne lui laisse aucun recours face à une catastrophe comme Ivan, mis à part son propre courage.
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