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ÉditorialLe 5 février: manifestation contre la déréglementation du travail et la baisse du pouvoir d’achat
Après les trois journées de mobilisation des catégories diverses de la fonction publique, des cheminots, des enseignants, la presse et les directions syndicales ont enregistré ces mouvements comme des succès. Et aussi bien en France qu’aux Antilles, les travailleurs les ont vues aussi de cette façon. Mais pour beaucoup de travailleurs, il faudrait faire mieux et plus fort!
Il se trouve que les centrales syndicales CGT, FO, CFDT et CFTC appellent de nouveau les travailleurs à se mobiliser et à manifester le samedi 5 février. Cette fois, c’est un appel qui s’adresse à tous, du public comme du privé. Alors, il n’y a aucune hésitation à avoir, il faut y aller et y aller très nombreux!
Bien sûr les centrales syndicales françaises ont tracé un cadre restreint à cette journée de grève. Il s’agit de la défense des 35 heures. En effet, du 1er au 3 février, la proposition de loi de l’UMP qui prévoit l’ «assouplissement» des 35 heures sera examinée à l’assemblée nationale. Cette proposition répond à un vœu du patronat: faire travailler plus longtemps, tout en gardant le bénéfice de la flexibilité et de l’annualisation du temps de travail.
La loi des 35 heures a été votée en 1998, par le gouvernement dit de «gauche plurielle». Pour satisfaire les patrons, la «flexibilité» et l’annualisation du temps de travail ont accompagné son application. Il s’agit maintenant de passer à une deuxième étape, encore plus favorable au patronat: conserver l’acquis de la flexibilité et de l’annualisation, tout en faisant travailler plus longtemps. Les heures de RTT pourraient ainsi être travaillées et payées. Selon les patrons, «il faut travailler plus pour gagner plus».
Mais il ne tient qu’aux travailleurs à profiter de cette mobilisation du 5 février sur les 35 heures pour exprimer leurs autres revendications. Car, en fait tout est lié. Si des travailleurs éprouvent le besoin de s’épuiser au travail et de renoncer à quelques heures de repos bien nécessaires, c’est que les salaires sont trop bas. Les patrons des entreprises de plus de 20 salariés devaient jusqu’ici majorer les heures supplémentaires de 25%. Le projet de loi prévoit d’abaisser leur majoration à 10%: autre cadeau au patronat! Ajoutons aux diverses attaques cette mesquinerie qui a consisté à supprimer un jour férié sous prétexte de verser une aide aux personnes âgées!
C’est contre tout cela que les travailleurs se mobiliseront le 5 février et contre la baisse de leur pouvoir d’achat. Ceux de la Fonction publique en ont perdu officiellement 5% depuis 1981, en réalité plus! Dans l’ensemble du monde du travail, depuis plusieurs années le gel des salaires, la baisse des salaires à l’embauche, la multiplication de l’emploi précaire et à temps partiel, font baisser le niveau de vie de toute la classe ouvrière. Mais il faut aussi prendre en considération le chômage, qui augmente régulièrement malgré les déclarations du gouvernement et les tours de passe passe dans le décompte des chômeurs. Les travailleurs privés d’emploi, les jeunes qui ne trouvent pas de travail, les Rmistes qui n’ont pas le minimum pour subvenir à leurs besoins, sont à la charge totale ou partielle de ceux qui dans leur famille ont un emploi. Tout cela a fait considérablement baisser le niveau de vie des classes laborieuses et des retraités.
La mobilisation du 5 février peut être fondée sur ces deux revendications: préservation des acquis des 35 heures, augmentation des salaires!
Pour tous les travailleurs, ceux du public et du privé, ceux qui sont actuellement privés d’emploi, ceux qui vivent péniblement avec une maigre retraite, cette mobilisation peut être une démonstration de la force de leur mécontentement, de leur volonté de se battre pour changer leur situation et de ne pas laisser le patronat continuer à les dépouiller.
Pour renverser la vapeur et faire reculer patrons et gouvernement, il faudra des luttes offensives et déterminées de l’ensemble des travailleurs. La mobilisation du 5, en regroupant les salariés de tous les secteurs, peut être une première étape dans la préparation de la contre-offensive des travailleurs.
Guadeloupe
Grève et manifestation dans la fonction publique
Le jeudi 20 janvier, un millier de travailleurs de la fonction publique ont manifesté à l’appel des centrales syndicales de la fonction publique : CGTG, CFDT, CFTC, CTU, FAEN, FO, FSU, SNETAA/EIL, SNUI, UNSA. Les manifestants se sont regroupés devant le Centre culturel Rémy Nainsouta avant de défiler dans les rues de Pointe à Pitre jusqu’à la sous-préfecture où une motion a été remise au sous-préfet. Chez les enseignants, le mot d’ordre de grève a été particulièrement bien suivi: 80% des écoles primaires étaient fermées, plus de 70% des enseignants du primaire et plus de 50% dans les collèges et lycées étaient en grève. De même aux impôts, où 60% des agents ont cessé le travail : les centres des Abymes et de Basse Terre étaient fermés. 5 bureaux de la Poste sont également restés fermés.
France
Le 20 janvier, les fonctionnaires sont descendus en masse dans la rue
Les manifestations du jeudi 20 janvier, à l’appel des fédérations syndicales CGT, CFDT, FO, FSU, UNSA, CFTC des fonctionnaires et de l’intersyndicale de l’Education nationale ont regroupé plusieurs dizaines de milliers de personnes à Paris et à Marseille, plusieurs milliers dans d’autres villes de province: Rennes (10 000 manifestants ), Toulouse (10 000), Bordeaux ( 15 000), Lyon (5000) et plusieurs milliers à Caen, Lorient, Limoges, Nice entre autres. Au total: 328 080 fonctionnaires selon les syndicats, étaient dans la rue. La mobilisation a donc été un franc succès. Les enseignants étaient nombreux dans les cortèges, avec une mobilisation comparable à celle du printemps 2002. Ces travailleurs réclament des augmentation de salaires: dans la fonction publique, la baisse du pouvoir d’achat calculée selon la valeur du point d’indice est estimée à 5% depuis 2000. Les enseignants s’opposent à la loi d’orientation sur l’école du ministre de l’éducation Fillon et à la suppression de postes d’enseignants: à la rentrée 2005, 7500 postes d’enseignants et 6600 adultes en moins pour encadrer les élèves, selon le projet du ministre.
Cette journée de grève et de manifestation faisait suite à des mobilisations largement suivies dans différents secteurs: le mardi 18, les travailleurs de la Poste, à l’appel des syndicats CGT, FO et Sud, ont protesté contre les attaques sur l’emploi: le licenciement de contractuels, de CDD (contrat d’emplois à durée déterminée) et aussi de CDI (contrat d’emploi à durée indéterminée) suite aux restructurations. Selon un responsable CGT, le projet se solderait par 25 à 30% d’emplois supprimés. Le même jour, les salariés d’EDF-GDF protestaient contre les projets d’EDF qui aboutiraient à la suppression de 12 000 à 15 000 emplois. Le mercredi 19, ceux de la SNCF ont fait grève pour des embauches et l’augmentation des salaires. Autour de 4000 suppressions d’emplois sont prévues pour 2005. Le salaire d’embauche est actuellement inférieur au SMIC, alors qu’il était de 18% supérieur en 1982. La perte globale de salaire se chiffre à 15,3% depuis 1981.
L’importance des manifestations et le fait que les grèves aient été largement suivies sont un indice du mécontentement des travailleurs de la fonction publique qui refusent de voir leur pouvoir d’achat continuer à baisser, leur charge de travail augmenter et leurs conditions de travail empirer. Ils sont confrontés à l’intransigeance du gouvernement qui, main dans la main avec le patronat du privé, a entamé et poursuit depuis plusieurs années un processus de régression considérable pour l’ensemble des travailleurs. Face à cela, il faut préparer une lutte d’ensemble suffisamment puissante, un mouvement suffisamment fort pour faire reculer tout le patronat. Les grèves et les manifestations des 18, 19 et 20 janvier peuvent aller dans le sens de la préparation d’une telle offensive. Mais il ne faudra pas en rester là.
Michel Madassamy risque de nouveau la prison
Le 20 janvier, le juge d’application des peines a rendu son verdict en décidant que Michel Madassamy devait poursuivre sa peine : 8 mois de prison et 18 jours. Michel Madassamy a un délai de 10 jours pour faire appel de cette décision.
Le 6 janvier, le parquet a pourtant suivi les réquisitoires des avocats et s’est montré favorable à une libération. Il n’a pas été insensible au fait que Michel Madassamy s’est engagé à défendre son projet de créer une société de transport pétrolier. C’est après son licenciement de la CABOTRA (société de distribution de carburants) en 2003 que Michel Madassamy avait décidé de reprendre l’entreprise avec d’autres travailleurs également licenciés.
Le juge en a décidé autrement car il a probablement reçu des ordres. Sous la pression du patronat et du gouvernement, le véritable objectif dans cette affaire c’est de frapper de nouveau l’UGTG et de faire reculer les travailleurs. La libération de Madassamy en novembre 2004 a représenté un succès pour les travailleurs et un recul pour le patronat. Celui-ci a craint de voir s’amplifier la forte mobilisation qui a eu lieu dans les rues et dans les entreprises suite à la grève de la faim du militant de l’UGTG.
Puis, la grève des dockers leur est restée en travers de la gorge. Les autorités veulent donc rassurer les patrons. Mais la justice n’est pas à son coup d’essai. Malgré toutes les condamnations dont sont victimes les militants syndicaux et les ex-grévistes de différents secteurs, cela n’empêche pas les travailleurs de se battre et de se mettre en grève.
Cette nouvelle décision de justice, si elle aboutit à remettre en prison le militant de l’UGTG, risque de créer à nouveau le mécontentement et l’agitation sociale.
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