logo COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 29 janvier 2005      N° 917
Sommaire > Page précédente > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail 

Page 3

Félix Éboué, serviteur du colonialisme français (deuxième partie)

La première partie de l’article «Félix Eboué, serviteur du colonialisme» paru dans le numéro précédent montrait surtout le rôle joué par Eboué en Afrique noire, pendant l’une des phases les plus cruelles du colonialisme. Il y représentait directement les intérêts du colonialisme et des sociétés capitalistes. Et cela quand bien même Eboué se consacra à certains travaux et recherches sur les langues africaines. Mais cette démarche n’était nullement nouvelle chez les colonialistes, un peu comme on peut faire des recherches sur une espèce zoologique. Certes, Eboué eut le courage de soutenir René Maran, écrivain d’origine guyanaise, auteur de «Batouala», qui dénonçait les pratiques coloniales. Maran avait alors été mis à l’index par le pouvoir et écarté de l’administration coloniale. Eboué en subit quelques conséquences fâcheuses pour lui de la part de sa hiérarchie. Mais elles furent limitées. D’autant que René Maran reçut le prix Goncourt en 1921 et reçut le soutien d’une bonne partie de l’intelligentsia française. Le pouvoir chercha plutôt à utiliser les talents de Félix Eboué, administrateur noir fort brillant, pour mieux faire passer sa politique en Afrique et aux Antilles.
Eclairer cette facette de Félix Eboué, contrairement à celles présentées continuellement par ses hagiographes blancs ou noirs, remet les choses à leur place. La qualité de premier « gouverneur noir » ou encore son ralliement à De Gaulle durant la deuxième guerre mondiale sont continuellement mis en avant par les cercles antillais dont bon nombre de francs-maçons ou socialistes (Eboué était franc-maçon et socialiste). Et ces faits ont servi à masquer le rôle d’Eboué comme serviteur du colonialisme et celui de défenseur des intérêts des sociétés capitalistes françaises à l’origine d’une féroce et cruelle exploitation dans les colonies.

EBOUE ET UN COLONIALISME PLUS EFFICACE.
Ce deuxième article toujours sur le rôle d’Eboué en Afrique a pour but de montrer comment il a tenté d’améliorer l’administration coloniale mais nullement de la combattre. Il s’agissait pour lui en tant que responsable des intérêts « français » en Afrique c'est-à-dire du capitalisme français, de présenter la meilleure façon possible pour le colonialisme français d’exploiter les peuples d’Afrique. La déclaration suivante est édifiante sur l’état d’esprit d’Eboué, à propos de la construction du chemin de fer Congo-océan pour lequel périrent des dizaines de milliers d’Africains, Eboué écrivit en 1941:
« Aujourd’hui – et le fait est surtout sensible au Gabon- les jeunes mâles des villages de l’intérieur sont enlevés à leur vie coutumière, à leurs femmes et à leurs enfants, pour être transportés dans des campements où s’opère le mélange des races, où l’homme se trouve dépaysé, désindividualisé pour son plus grand dommage moral, où quelques prostituées stériles, sans lui donner la faculté de reproduire, le contaminent souvent pour la vie, où même en échange d’un salaire et du développement meilleur de ses muscles, il perd le sens profond de l’existence en même temps que le moyen de la perpétuer. Cependant que se forme ce prolétariat masculin, les villages, privés de leurs meilleurs éléments, végètent ; les femmes n’ont plus d’enfants, la race disparaît. »
Eboué décrit la réalité du colonialisme. Mais ce qu’il déplore en réalité ce ne sont pas vraiment les souffrances humaines terribles mais le gâchis pour le colonialisme lui-même. «Sans lui donner la faculté de se reproduire… la race disparaît»! Attention, on tue la poule aux œufs d’or. Tout le cheptel va crever! ou encore l’expression «en échange du meilleur développement de ses muscles»… oui, par un travail harassant, comme un mulet, comme une bête!
Lisons encore Eboué dans «la nouvelle politique indigène en AEF (Afrique équatoriale française)» édité en 1945. Il commence par citer l’un des plus grands colonialistes, Lyautey. «Il y a dans toute société, une classe dirigeante, née pour diriger sans laquelle on ne fait rien. La mettre dans nos intérêts…»
Eboué dit cela pour commencer une démonstration tendant à prouver l’efficacité qu’il y aurait à mieux fonder la politique coloniale sur les chefs coutumiers, les chefs traditionnels africains. Il écrit: en parlant du chef traditionnel:
«Il n’est pas le continuateur de l’ancien roitelet indigène. Même lorsqu’il y a identité de personne, il n’y a plus rien de commun entre l’état de choses ancien et le nouveau. Le chef de canton, fut-il le descendant du roi avec lequel nous avons traité, ne détient aucun pouvoir propre. Nommé par nous, après un choix en principe discrétionnaire, il est seulement notre auxiliaire…»
Et Eboué précise:
« Le canton est constitué par un groupement de villages. Il est placé sous l’autorité d’un agent de l’administration indigène qui prend le nom de chef de canton. Celui-ci est assisté éventuellement par un secrétaire qui le seconde et au besoin le supplée. Les chefs de canton et le secrétaire du chef de canton sont nommés par le lieutenant gouverneur sur la proposition du commandant de cercle. Pour cette nomination il n’y a pas et il ne saurait y avoir de règle. Tout dépend des circonstances. Le principe ainsi que nous le rappelions il y a un instant, c’est que notre choix est discrétionnaire. Il s’agit d’un échelon de commandement que nous avons créé et que nous imposons..»
Voilà Eboué au cœur de son œuvre colonialiste.

A partir des « évolués »
En marge de la conférence de Brazzaville de 1944, restée célèbre car De Gaulle y ébauche légèrement quelques idées de décolonisation future et timide à côté d’une réaffirmation de la colonisation française pour le présent, les propositions d’Eboué furent retenues. Quelles sont elles?
En matière de «politique indigène», on en reste aux conceptions d’Eboué sur le statut des «notables évolués». Eh! oui, c’était le terme, «les évolués», les notables africains, sortis de l’analphabétisme, qui étaient parvenus à acquérir un minimum de culture française. Mais surtout cela signifiait en fait «qui avaient adopté le mode de vie et de pensée occidentale et étaient vraiment dévoués à la métropole coloniale», en somme de bons auxiliaires du colonialisme. C’est de ce terme affreux, s’apparentant aux «singes évolués», que l’on affubla les premiers notables africains.
Eboué parle de «respect des coutumes», mais l’usage des langues locales dans l’enseignement demeurera strictement interdit. Pas question non plus de citoyenneté pour les sujets. On se contenta de promettre la «suppression progressive des peines de l’indigénat à partir de la fin de la guerre». Il est prévu que la «liberté du travail» sera rétablie (par rapport au régime du travail forcé) dans un délai de … cinq ans. Mais la conférence de Brazzaville instaurera un service de travail obligatoire d’un an pour les jeunes gens non incorporés dans l’armée.
Alors si «papa Eboué» comme on l’appela en Guadeloupe ne fut pas l’auteur principal direct de toutes ces mesures, il le fut pour un grand nombre. Tout le reste se fit avec son assentiment total. Responsable jusqu’au bout à l’égard du colonialisme français il permit, alors gouverneur du Tchad puis gouverneur général pour toute l’AEF, de saigner encore plus l’Afrique à blanc en envoyant des dizaines de milliers d’Africains à la boucherie sur les champs de bataille d’Europe.
Quant aux «évolués» un certain nombre d’entre eux deviendront les dictateurs sanglants des états africains indépendants protégés par l’Etat français après les indépendances. Et ceux qui se rebelleront seront liquidés politiquement quand ils ne le seront pas physiquement.

Troisième partie de l’article dans le prochain numéro.



Communiqué du syndicat CGTG Aviation Civile

La grève du 20 janvier a été largement suivie à l’Aviation Civile en Guadeloupe, en particulier à la tour de contrôle où 12 contrôleurs sur 14 étaient en grève.
De nombreuses annulations de vol ont eu lieu (50% pour Air France, 33% pour Air Caraïbes, 100% pour LIAT et American Eagle).
La tour de contrôle ayant été fermée à 19 h locales, un des vols d’Air France a été renvoyé à ce jour 21 janvier, et les passagers placés dans des hôtels. La compagnie CORSAIR a préféré prendre le risque de décoller sans contrôle d’aérodrome, en contact radio avec la tour de Fort-de-France.
Il est surprenant que la presse, notamment audiovisuelle, si prompte à évoquer les retards ou les renvois de vols, n’ait rien dit à ce sujet, ne citant même pas l’Aviation Civile parmi les administrations touchées par la grève.
A noter qu’alors que le gouvernement nous rebat les oreilles avec le « service minimum » qui devrait être garanti dans les transports, cette possibilité existe pour le transport aérien. Cependant la DNA (Direction de la Navigation Aérienne) n’a pas jugé bon de le mettre en place, provoquant le blocage des aéroports de Bordeaux et de Cayenne, et la fermeture partielle de Pointe-à-Pitre.
Elle pensait sans doute que les contrôleurs aériens, considérés comme privilégiés, n’auraient pas été solidaires de leurs collègues de la Fonction Publique. Ceux de Pointe-à-Pitre lui ont infligé un cinglant démenti.



Sarkozy hurle avant les loups

Nicolas Sarkozy est impatient de voir voter une loi garantissant un service minimum aux usagers lors des conflits dans les transports publics. Il réclame une loi avant la fin de la législature. Selon lui «c’est un engagement que nous avons pris collectivement en 2002».
C’est une déclaration qu’il a faite dans le journal «le Parisien» du 20 janvier après le succès de la journée de grève du 20 janvier à la SNCF. Raffarin quant à lui n’est pas pressé pour voter une loi. Pour lui «le service minimum doit être atteint par le dialogue». Il joue la prudence et la diplomatie. Un premier test a été lancé avec l’accord signé avec la SNCF le 28 octobre 2004 sur la prévention des conflits. Mais ces accords n’ont pas empêché la forte perturbation des services le 19 janvier.
Sarkozy veut y aller de ses gros sabots pour soigner son image politique. Raffarin veut se faire bien voir des syndicats et des travailleurs et ne veut pas envenimer les conflits. Mais ces deux représentants de la droite et du gouvernement ont le même objectif : trouver une solution pour diviser les travailleurs et limiter la portée des grèves. Ils sont évidemment tous les deux défenseurs des intérêts du patronat. Le président du MEDEF Ernest-Antoine Seillière a lui-même poussé des cris d’alarme en déclarant à la veille de la grève dans les transports «où est le service minimum promis par le chef de l’état ?».
Pour faire reculer Raffarin, Sarkozy et le patronat, les travailleurs doivent imposer leur droit de grève. C’est en réalité ce droit qui est remis en cause.



Extrait de “l’écho de l’Aéroport”

IL FAUT DES NAVETTES ENTRE LE SUD ET LE NORD!
La nouvelle zone des loueurs de voitures ne fait pas que des heureux. En effet, avec elle disparaissent les navettes qui permettaient à certains collègues qui n’ont pas de véhicule de rejoindre Le Raizet. De l’ancien aéroport, on a accès à des transports en commun, ce qui n’est pas le cas à Pôle Caraïbes.
Vraiment, les responsables de l’aéroport n’ont aucun souci des salariés. Avec tous les statuts précaires, les emplois à temps partiel, nous n’avons pas tous les moyens de nous payer une voiture ou de prendre le taxi.

AVIATION CIVILE: LA DIVISION SE MET EN PLACE
La séparation entre la partie opérationnelle, qui relève du SNA (Service de la Navigation Aérienne) et le reste du personnel, regroupé au sein d’une « délégation régionale » se met en place.
L’organisme SNA qui regroupe environ 70 personnes sera doté d’un Comité Technique Paritaire local, tandis que les collègues de la délégation, au nombre de 38, devront aller en Martinique pour discuter de leurs problèmes, lesquels seront toujours en grande partie les mêmes que ceux des autres, puisque les deux parties se serviront de «support» mutuel dans bien des cas.
Il n’empêche que cette division du personnel est grosse de menaces de privatisation dans un avenir plus ou moins proche, même si on nous assure que la «maison » reste une seule entité.



Les déclarations réactionnaires de Renaud Dutreil, Ministre de la Fonction Publique

Le 20 octobre dernier, devant une assemblée de patrons, le ministre de la Fonction Publique s’est livré à quelques déclarations très révélatrices. En voici quelques extraits: «Les retraités de la Fonction publique ne rendent plus de service à la nation, ces gens-là sont inutiles… La pension d’un retraité c’est presque 75% du coût d’un fonctionnaire présent. Il faudra résoudre le problème.»
Ou encore: «C’est sur l’éducation nationale que doit peser l’effort principal de réduction des effectifs de la fonction publique», «le problème que nous avons en France, c’est que les gens sont contents des services publics. L’Hôpital fonctionne bien, l’Ecole fonctionne bien, la Police fonctionne bien. Alors, il faut tenir un discours, expliquer que nous sommes à deux doigts d’une crise majeure».
Donc voilà les vœux du ministre : supprimer les retraités (Comment? En faisant travailler les gens jusqu’à la mort, ou pire?) Supprimer le maximum de postes d’enseignants (pour quelle éducation?) et organiser une propagande mensongère pour que l’opinion publique accepte les «réformes». Non, ce n’est pas un roman ou un film de science-fiction: ce sont les projets du gouvernement.




Sommaire > Page précédente > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail 

Copyright © 2001-2004 Combat Ouvrier - Tous droits révervés aux militants.

Valid XHTML 1.0! Valid CSS!