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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 29 janvier 2005      N° 917
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HAÏTI
Toujours des exactions et crimes contre la population!

Dimanche 23 janvier, dans l’après-midi des hommes en armes ont fait irruption à Poste Marchand, un quartier de Port-au Prince qui subit régulièrement les attaques des chimères et les ripostes des policiers. Le bilan a été de deux morts, plusieurs maisons incendiées et ce sont les habitants du quartier qui ont été les victimes de cette attaque. Cette fois encore, la population du quartier n’a pu trouver de recours, de riposte face aux hommes armés qu’il s’agisse de gansters, de partisans de lavalasse ou encore de policiers qui règlent des comptes. C’est la vie quotidienne que doivent affronter les habitants des quartiers exposés aux bandes armées de Port-au-Prince, jusqu’à ce qu’ils parviennent à constituer leur propre force pour se défendre contre les bandes armées légales ou illlégales.
Nous publions deux articles de nos camarades de l’OTR en Haïti qui éditent le journal « La Voix des travailleurs » qui témoignent de la situation.

EN PRÉTENDANT MENER LA GUERRE AUX CHIMÈRES, LA POLICE LA MÈNE SURTOUT CONTRE LES PAUVRES
Les principales victimes des actes de chimères en sont les habitants des quartiers populaires comme: Bel-air, Solino, Cité-Soleil, Cité de Dieu etc… La population est prise entre deux feux: les chimères qui les rançonnent, les répriment et la police qui les crible de balles ou bien les arrêtent en les assimilant aux bandits. La porte parole de la police Jessy Cameau Coicou a déclaré dans une conférence de presse que les habitants des quartiers populaires cautionnent les actions des chimères. Certains petits bourgeois formulent même brutalement: qu’on doit mettre le feu à ces quartiers pour pouvoir éliminer tous les gens qui s’y trouvent. D’après eux il n’y a pas d’innocent dans ces quartiers, ils sont tous des chimères. Et d’affirmer que le fait qu’ils restent dans le quartier, au lieu de déménager, est bien la preuve qu’ils sympathisent avec les chimères.
Ces petits bourgeois, aussi stupides que cyniques, font semblant d’ignorer que les gens des quartiers sont pris dans un étau. Ils ont envie de quitter ces zones parce qu’ils sont les principales victimes des agressions des chimères. Ils voudraient bien mener une vie humaine comme ceux qui habitent à Pétion-Ville, Péguy-Ville. Mais comment le faire? Comment se payer un logement dans un quartier résidentiel en touchant 70 gourdes par jour? Et ceux qui n’ont même pas de salaire, car ils n’ont pas de travail?
La porte parole de la police Jessy Cameau Coicou ne fait pas seulement des déclarations. Elle demande aux policiers de passer à l’action. A Cité de Dieu, le vendredi 13 janvier 2005, vers les 2 heures de l’après-midi des policiers ont tué deux jeunes. L’un d’entre eux est un étudiant, l’autre un jeune de 14 ans.
Cet étudiant avait trouvé la mort parce qu’un policier lui demandait de se coucher et il a demandé des explications. Les policiers ont récupéré le cadavre de l’étudiant et ils ont demandé aux parents de la victime de verser 600 dollars pour l’avoir. Les parents du défunt qui voulaient lui donner un dernier hommage ont donné les 600 dollars exigés par ces policiers, assassins doublés de marchands de cadavre.
D’après ce que rapportent les proches de la victime, son père est décédé depuis des années, sa mère est une petite marchande qui vit de la débrouillardise en vendant des pains pour faire l’éducation de son fils. Ce fait a choqué plusieurs petites marchandes de la zone et d’autres gens des quartiers populaires.
Dans l’après-midi, la porte parole de la police dans son bilan de la journée a confirmé qu’on avait tué deux bandits à “Cité de Dieu”. Voilà les deux bandits, ce sont les jeunes innocents qu’on vient de citer plus haut.
La police connaît très bien les chimères. Ils parlent dans les stations de radio, ils lancent des déclarations de guerre à cette institution. La police se sent impuissante face à ces bandes de chimères au point de quémander que les journalistes des stations de radio Méga-Star cessent de leur donner la parole. Il est plus facile pour la police de tuer des innocents désarmés, en prétendant qu’il s’agit de bandits, plutôt que d’affronter les bandits armés eux-mêmes.



HAÏTI
La population de Pont-Rouge et Chancerelles sous les exactions des chimères et de la Police Nationale

Les quartiers de Pont-Rouge, de Chancerelles, situés entre le carrefour de l’aviation (début de l’autoroute de Delmas) au sud et la HASCO (Haitian-American Sugar compagny, une ancienne usine sucrière), au nord, de La Saline à l’ouest et l’ancienne piste de l’ex-aviation militaire sont occupés par les bandits de la police le jour et les chimères le soir.
Très tôt le matin, les riverains de la zone se réveillent toujours sous les bruits des tirs des policiers qui perquisitionnent certaines maisons pour trouver des bandits prétendent-ils. Ainsi, ils arrêtent et tuent des prétendus bandits et des innocents qui n’ont rien à voir avec les actes des «chimères» (nom donné aux partisans du retour Aristide mais qui regroupent en fait sous une motivation politique toutes sortes de bandits, voyous et partisans réels d’Aristide).
Au début du mois de décembre dernier, deux jeunes hommes ont été retrouvés morts dont un élève avec un cahier où il étudiait et un cireur de bottes derrière sa boite contenant les produits à cirer. Le 13 janvier 2005, dans un affrontement entre les bandits et les policiers, presqu’une dizaine de maisonnettes ont été incendiées avec des lance-flammes, plus de 6 personnes ont été tuées et plusieurs autres blessés sous les balles des agents de la «Cimo» et des bandits qui commençaient de bonne heure à opérer en même temps.
A cinq heures de l’après-midi chaque jour, les riverains sont obligés de fermer leurs portes sous la pression des bandits armés, souvent des voyous, habitants de la zone. Ces malfrats, pour opérer, imposent à la population de rentrer chez eux, sinon ils seront victimes des chimères. Ces derniers occupent la zone avec des armes blanches telles que couteaux et manchettes et armes de poing pour rançonner et violer les gens qui voudraient traverser ce lieu en sortant en ville pour se rendre soit vers Cité-Soleil ou vers d’autres contrées. Dans la plupart des cas, selon les déclarations des habitants de la zone, ils violent les femmes et bastonnent les hommes après les avoir dépouillés de tous qu’ils avaient. Ceux qui logent près la route nationale entendent les bruits des femmes qui pleurent et des hommes qui tentent de s’échapper des mains des bandits.



La justice américaine continue de faire traîner l’affaire Mumia Abu Jamal

Le juge a annulé l’audience du 11 février au cours de laquelle les avocats de Mumia Abu Jamal devaient présenter les multiples témoignages prouvant son innocence. Des éléments supplémentaires sont réclamés par la justice avant le 15 février. Ce n’est pas la première fois que la justice renvoie l’affaire et exige un complément d’enquête. Elle tente ainsi de faire traîner les choses dans le but de décourager une opinion internationale favorable à Mumia et d’isoler ce dernier. Mais les actions de soutien au journaliste noir américain n’ont jamais cessé depuis son incarcération. Tous les mercredis devant l’ambassade américaine à Paris, les collectifs de soutien à Mumia se rassemblent pour dénoncer l’acharnement de la justice américaine à maintenir le journaliste en prison. Des concerts ont également lieu dans différentes villes. Un grand rassemblement est prévu le 12 mars à Paris avec meeting et concert. Un avocat de Mumia et une représentante de Moove, Pam Africa, ont été invités à cette manifestation. Mumia a eu 50 ans en avril 2004 et cette année, cela fera 24 ans qu’il se trouve dans le couloir de la mort. De nombreuses manifestations ont eu lieu y compris en Guadeloupe à l’occasion de son anniversaire. C’est grâce à toutes ces actions que Mumia n’a pas été exécuté. La mobilisation doit se poursuivre jusqu’à ce que la justice américaine tienne compte des éléments du dossier qui innocentent Mumia et que ce dernier comparaisse devant les juges.



Palestine
Mamoud Abbas sous pression

Quelques jours après l’élection d’Abbas à la tête de l’autorité palestinienne, Sharon, le Premier ministre d’Israël, donnait l’ordre à ses troupes d’opérer en territoire palestinien «sans limitation de temps et par tous les moyens». Par ces interventions Sharon prétextait riposter à des tirs de roquettes palestiniens contre la ville de Siderot et contre un attentat suicide à Karni.
L’empressement des autorités d’Israël à réagir démontre qu’elles ne désirent pas comme elles le prétendent parvenir à la paix dans la région. Elles ne tiennent pas compte des efforts du nouveau président palestinien pour imposer une cessation des actes hostiles contre l’Etat hébreu. Mamoud Abbas a déjà obtenu qu’un groupe radical proche du Fatah de l’ex-président mette un terme aux attentats. Il est en discussion avec les autres groupes, le Hamas et le Djihad en particulier. Il était en passe d’aboutir à un compromis. De plus il avait déployé des policiers palestiniens entre la Cisjordanie et Israël. Mamoud Abbas a fait rapidement tout ce que lui demandent Israël et les USA. La seule chose que pour l’instant il n’est pas capable de faire sans risque, c’est s’affronter aux groupes armés palestiniens. Sharon veut en arriver là. Il veut que les dirigeants palestiniens fassent ce sale boulot à sa place: fusiller les combattants palestiniens. Ce qui permettrait alors à Israël d’imposer aux Palestiniens toutes ses conditions de «paix »!
Entre temps, l’état d’Israël continue à bafouer la fierté des Palestiniens et particulièrement des jeunes. Les occupations de terres palestiniennes se poursuivent. Les barrages, les contrôles, les vexations, la construction du mur ne se relâchent pas. La dernière et la plus cynique des mesures est celle que Sharon a remise en vigueur. Elle date de 1950, elle permet à l’Etat israélien de se saisir sans indemnisation des terres palestiniennes inoccupées. Bien sûr, auparavant, l’armée se sera chargée d’expulser les familles palestiniennes au-delà du mur. Le but visé: implanter des populations juives entre l’Est de Jérusalem musulman et la Cisjordanie. Il compte ainsi rendre impossible l’érection de Jérusalem-Est comme capitale d’un futur Etat palestinien. En réalité les politiciens israéliens de droite comme de gauche, ne veulent pas de l’installation d’un Etat palestinien. Ils ne reconnaissent pas les droits nationaux de la population palestinienne.
Sur les bases actuelles, la paix est impossible pour les deux peuples palestinien et israélien dans la région.



Attaques contre les fonctionnaires antillais en France

A l’occasion de la grève du 20 janvier dans la Fonction publique, le syndicat CGT a dénoncé les attaques contre le congé bonifié des originaires des DOM en France. Déjà, depuis quelques années, les conditions imposées pour ces « deux mois tous les trois ans dans son île d’origine » privent de nombreux Antillais de ce congé. En effet, il faut soit avoir son père ou sa mère encore vivant, sur place, soit être propriétaire dans son DOM de naissance.
Ajoutons à cela que des membres du gouvernement ont lancé une campagne reprise par les chefs d’établissements hospitaliers: les originaires des DOM seraient responsables du mauvais fonctionnement des hôpitaux en France.
Depuis quelque temps la pénurie d’infirmières en France est régulièrement dénoncée. Il manque aussi des aides-soignants. Trop peu de formations ont été données ces dernières années. Et surtout ceux qui pourraient travailler dans les hôpitaux fuient les mauvaises conditions de travail qui y sont la règle. Il manquerait 90 000 personnes dans les hôpitaux.
Or, 18 000 originaires des DOM travaillent dans ces établissements, donnant des soins aux malades, s’occupant de leur repas ou de la propreté des lieux. Ces travailleurs ont débuté dans les hôpitaux à une période où le chômage en France n’était pas aussi important qu’aujourd’hui et où personne ne voulait effectuer ces tâches pénibles. Ils connaissent les horaires infernaux, de jour ou de nuit, la forte pression liée au manque de personnel qui les oblige souvent à travailler pendant leurs jours de repos ; ils subissent aussi les longues heures de transport en commun car ils sont généralement relégués dans des banlieues très éloignées de leur lieu de travail.
Cette campagne parfaitement injuste ressemble fort à du racisme.




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