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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 12 février 2005      N° 918

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À la Une

Éditorial

MARTINIQUE: Vers une riposte d’ensemble des travailleurs?

Après les manifestations de fonctionnaires lors des journées de mobilisation du 19 et 20 janvier l’idée de «faire quelque chose» germe aussi chez les travailleurs du privé. La CGTM réunie le samedi 04 février a lancé l’idée de l’organisation d’un mouvement d’ensemble des travailleurs, la date restant à déterminer dans la période allant du 21 février au 4 mars. L’idée tient au mécontentement qui s’exprime de plus en plus parmi les travailleurs du fait des attaques du gouvernement, de la morgue des chefs de l’administration locale et des abus répétés observés dans les entreprises des secteurs du commerce et de l’agriculture.
Mais c’est d’abord sur fond de mesures prises ou annoncées par le gouvernement que se fonde la colère des salariés. Après les attaques contre la retraite, l’assurance maladie, la formation professionnelle, le code du travail, la journée de la Pentecôte c’est au tour de celles annoncées contre les 35 heures, l’assurance chômage (prétexte du trou de 4,3 milliards d’euros) que doivent parer les travailleurs. Ces choix largement inspirés par le MEDEF qui portent atteinte aux conditions de vie et de travail des salariés sont considérés comme des provocations inacceptables.
Ceci, alors que dans le même temps il est démontré qu’en dix ans les profits distribués par les sociétés ont progressé de 74% contre une augmentation en moyenne de 8% pour les salaires. Par ailleurs les entreprises ont bénéficié de 17 milliards d’euros d’exonération de charges par an. En Martinique les entreprises ont été exonérées de leurs charges à hauteur de 220.795.212,67 euros ce qui représente une économie considérable réalisée sur le dos des salariés! C’est également le Préfet de Région qui annonçait le 31 janvier que: «la Martinique a utilisé la totalité de ses fonds européens, pas un euro n’a été renvoyé à Bruxelles!».
Ce constat est édifiant. Alors que l’on observe que les affaires vont bien, on veut nous imposer toutes ces attaques intolérables contre notre pouvoir d’achat. C’est donc au nom d’une liberté de vouloir réaliser plus de profits que les vagues de licenciements se poursuivent dans le secteur de l’agriculture. Comme prévu par le syndicat CGTM des ouvriers agricoles, les mises en liquidation des exploitations se poursuivent maintenant dans le secteur du Nord Atlantique, quatre habitations ont licencié après l’hécatombe de la zone du Nord Caraibes. L’inventaire du syndicat chiffre à plus d’un millier les emplois supprimés par le patronat de la banane.
Par ailleurs ces mêmes patrons, par BANAMAR interposé, menacent de ne pas payer la journée du mercredi des cendres aux salariés qui n’auraient pas travaillé, alors que jusqu’ici cette journée au titre de la Convention collective était considérée comme une fête locale chômée payée!
Dans le secteur du commerce les attaques se mènent en règle. Après le gel de rémunérations consécutives aux 35 heures, les salariés observent que les employeurs freinent des quatre fers l’ouverture de NAO sur les salaires. Par contre ils n’hésitent pas à s’attaquer aux jours fériés déjà acquis par les travailleurs tels que les jours gras (grève à l’hyper du Rond-Point). Les patrons à certains endroits s’attaquent également aux primes qui jusque là étaient versées telle que la prime d’ancienneté ou celle de cariste qui n’est plus attribuée au jeune embauché!
Les travailleurs des collectivités territoriales manifestement veulent enfoncer le clou de la revendication portant sur la titularisation des salariés qui représentent encore plus de 80% des effectifs des communes et autres communautés. De même que ceux des services de l’Etat (DDE, PTT Education Nationale) qui refusent une régionalisation au rabais des services publics.
L’idée d’arrêter ce train d’abus lancé à grande vitesse par le patronat est possible si les travailleurs s’y prennent bien. S’ils se donnent les moyens d’une préparation efficace, ils peuvent faire prendre conscience que la lutte se construit et que pour ce faire il faut d’ores et déjà prendre ses marques résolument et faire entendre sa voix dans chaque entreprise. C’est à ce prix là qu’il sera possible de démarrer un grand mouvement d’ensemble des travailleurs pour mettre un frein aux attaques en rafale contre eux.



Et pourquoi pas une riposte conjointe des travailleurs de Martinique et de Guadeloupe?

Le samedi 5 février dernier, plus d’une vingtaine de responsables des syndicats affiliés à la Confédération Générale du Travail de la Martinique (C.G.T.M.) étaient réunis à la Maison des Syndicats pour discuter des modalités d’une riposte aux attaques patronales et gouvernementales tant dans le secteur public que dans le secteur privé.
Les différents syndicats affiliés à la C.G.T.M ont annoncé qu’ils préparent donc une riposte qui se veut à la hauteur des attaques subies quotidiennement par les salariés, pour la fin février - début mars prochain.
En Guadeloupe, de nombreuses grèves se succèdent sans interruption depuis octobre. Là aussi un mouvement d’ensemble serait nécessaire. Certains l’envisagent. Des discussions ont lieu sur ce thème dans les entreprises et les syndicats. Alors pourquoi pas un mouvement d’ensemble concerté des travailleurs des deux îles?



Guadeloupe
La grève des travailleurs de l’hôtellerie

Après l’échec des négociations annuelles obligatoires (NAO), les travailleurs des hôtels ont entamé une grève avec les syndicats CGTG, UTHTR-UGTG et la section FO de l’hôtel Canella Beach. Les 3 et 4 février, la grève a été totale et reconduite. Les travailleurs réclamaient en particulier des augmentations de salaires de 80 à 100 euros, la transformation des emplois de saisonniers et d’extras en Contrat à durée indéterminée selon le calendrier des accords de branche, la participation des syndicats au CTIG (Comité du tourisme des îles de Guadeloupe), un accord sur les préretraites, la négociation de la grille de classification.
Ils ont formé des piquets de grève devant les établissements, sans entraver la libre circulation des touristes.
Les directions de la plupart des hôtels ont préféré négocier rapidement en cette période de haute saison touristique. Le Groupement Hôtelier et touristique de la Guadeloupe (GHTG), qui bloquait les négociations par son intransigeance, a été écarté au profit de négociations établissement par établissement. Les travailleurs ont obtenu des augmentations de 60 euros alors que les salaires étaient bloqués depuis 5 ans. Dans quelques établissements cependant, les patrons persistent et s’obstinent, et la grève continue le lundi 7 février. Les salariés de ces hôtels bénéficient du soutien des autres employés.
Le directeur de l’hôtel la Vieille Tour s’est plaint que cette grève tombait mal pour lui : le taux de remplissage de l’hôtel avait atteint les 100% en décembre et janvier et il en augurait autant pour février. On voit donc que les affaires marchent bien, même si les patrons de ce secteur ne cessent de pleurer misère. Mais les travailleurs n’en bénéficient pas : salaires bloqués, quasiment plus d’embauche en CDI, multiplication des extras et des saisonniers, qui sont les formes d’emplois précaires spécifiques à l’hôtellerie.



Succès de la mobilisation du 5 février en France

Le samedi 5 février, à l’appel de l’ensemble des syndicats, près de 300 000 personnes (chiffres officiels) ont manifesté dans toute la France pour la défense des 35 heures. Les travailleurs du privé et de la fonction publique se sont retrouvés ensemble dans les rues pour faire reculer le gouvernement sur un projet de loi visant à assouplir les 35 heures en faveur du patronat. Il sera proposé aux travailleurs de remplacer les jours de RTT par des jours de travail. Ils feront des heures supplémentaires moins rémunérées : 10%. Pour faire passer leur loi les représentants UMP du gouvernement ont le cynisme de déclarer en chœur que les travailleurs doivent «travailler plus pour gagner plus». Les patrons n’ont jamais accepté d’appliquer les 35 heures votées par le gouvernement de gauche malgré les aménagements en leur faveur que ce même gouvernement leur a accordés avec l’annualisation du temps de travail. Ils demandent encore davantage au gouvernement de droite qui continue d’attaquer les travailleurs. Ces attaques créent le mécontentement et plusieurs manifestations ont déjà eu lieu comme on l’a vu lorsque ce gouvernement s’en est pris aux retraites.
Le 5 février les salariés du privé et du public ont manifesté pour réclamer également la revalorisation de leurs salaires. Le pouvoir d’achat diminue parce que les salaires augmentent faiblement. La liste devient de plus en longue concernant les revendications et si les attaques du gouvernement Raffarin se poursuivent les travailleurs se retrouveront le dos au mur. Une journée de mobilisation ne suffit pas pour faire reculer le gouvernement. Raffarin a déclaré le lundi 7 février sur France-Inter, après cette forte mobilisation du 5, que le débat au parlement se poursuivrait selon le calendrier prévu. Pour faire céder le gouvernement les luttes doivent être plus importantes, plus larges et plus offensives.



“Neg Maron”

Le réalisateur de ce film, Flamand-Barny, a su pour la première fois retracer sur l’écran la vie au quotidien des jeunes marginaux des quartiers pauvres des Antilles francophones confrontés au chômage et à la délinquance. Après «la rue case nègre» d’Euhzan Palcy, c’est sans doute le film «social» le mieux réalisé sur certains aspects de la société pauvre des Antilles, par des réalisateurs antillais, sur deux époques très différentes, bien sûr. C’est aussi le signe que «ça bouge» du côté des jeunes réalisateurs, en Martinique et en Guadeloupe. Et quelles que soient les critiques que l’on peut faire au film, il fallait bien une certaine audace doublée d’un certain talent pour le réaliser. Les deux acteurs principaux jouent très bien le rôle de ces jeunes qui sombrent dans le vol et les trafics en tout genre pour survivre. C’est avec beaucoup de réalisme que le metteur en scène donne une image de la violence qui existe dans ces quartiers-ghettos où le chômage règne en maître. La révolte des jeunes qui pousse l’un d’entre eux au crime se limite à une vie marginale qui creuse le fossé entre eux, les adultes et d’autres couches pauvres de la société, notamment les travailleurs. Ces derniers bénéficient toutefois d’un petit clin d’œil de l’auteur lorsqu’ils tentent de s’organiser dans le quartier. De même le mépris des classes aisées pour les classes pauvres, de certains Blancs envers les Noirs est évoqué dans un climat colonial résiduel sans tomber dans la caricature… sur ces aspects là tout au moins. Beaucoup de jeunes des quartiers pauvres des Antilles et par extension aussi des banlieues des grandes villes européennes, voire nord-américaines se reconnaîtront dans ce film qui dès sa parution a connu un véritable succès.




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