logo COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 12 février 2005      N° 918
Sommaire > Page précédente > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail 

Page 2

4 février 1794, première abolition de l’esclavage

Ce n’est que près de 5 ans après la prise de la bastille le 14 juillet 1789 que l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises fut décrétée. C’est la Convention qui le fit sous la pression des esclaves révoltés et du petit peuple de France. Pourtant, l’assemblée de Paris avait promulgué les droits de l’homme et du citoyen le 26 août 1789, mais avait, sous la pression des planteurs et des armateurs des ports, exclu les nègres esclaves du champ d’application de cette déclaration. L’assemblée nationale, surtout préoccupée par les intérêts des riches planteurs et des armateurs décidait de maintenir l’esclavage et le code noir pour maintenir «le commerce de la France et faire fleurir l’agriculture aux Antilles». De plus elle décidait qu’aucune loi sur l’esclavage ne serait prise sans la demande explicite des assemblées coloniales: assemblées dirigées par les planteurs. L’avenir des libres de couleur et celle des esclaves fut ainsi mis dans les mains de leur pire ennemi: les planteurs esclavagistes.
Il faut dire qu’en ce temps, le poids économique des colonies était énorme. La réexpédition d’une partie des produits issus de Saint Domingue (l’actuel Haïti) constituait les deux tiers des exportations de la France. Il était hors de question pour les bourgeois de mettre un terme à cette source de richesse.
La lutte des esclaves pour leur liberté et celle des libres pour obtenir l’égalité avec les Blancs ne va pas s’arrêter à ces calculs. A Saint Domingue sous la direction de Toussaint Louverture les esclaves noirs se sont organisés en armée pour conquérir leur liberté contre les Français, les Espagnols, et même les Anglais. Sous leur pression le commissaire Sonthonax sera obligé de proclamer l’abolition de l’esclavage le 29 août 1793 et reconnaître Toussaint Louverture comme administrateur de l’île. En Guadeloupe et en Martinique les révoltes des esclaves se multiplient. A Saint Pierre et Fort Royal en Martinique, à Petit Bourg, Goyave et Capesterre en Guadeloupe elles sont matées et les meneurs pendus. Mais partout la révolte gronde. En France, la révolution se radicalise sous la pression du petit peuple. Ce dernier envoie à la Convention une majorité de jacobins. Pressés par les radicaux et par les événements de Saint Domingue, Robespierre et Danton entérinent cette abolition, déjà effective à Saint Domingue, le 4 février 1794. Elle sera appliquée en Guadeloupe et à Saint Domingue. En Martinique les Békés feront appel aux Anglais pour ne pas l’appliquer.



Martinique
Quand Marie-jeanne ferme le robinet

Lors de la séance plénière du Conseil Régional du 25 janvier, le président Marie-Jeanne a proposé aux élus de voter le retrait de la participation de la collectivité régionale aux financements de trois importantes sociétés d’économie mixte (SEM). Il s’agit de la SEMAVIL de la ville du Lamentin dirigée par Pierre Samot, au financement de laquelle la Région participait à hauteur d’un million d’euros, de la SEMA, société d’économie mixte de l’Atlantique, présidée par le maire de Sainte Marie Guy Lordinot pour laquelle le financement s’élevait à 260 000 euros, et enfin la SEMAFF, société d’économie mixte pour l’aménagement de Fort de France, présidée par le maire Serge Letchimy pour laquelle le financement était de 1,378 million d’euros.
La proposition a été votée par 28 voix (les élus du camp patriotique MIM-CNCP), 6 contre et 3 abstentions.
Daniel Marie-Sainte, 1er vice-président MIM du Conseil Régional, a répondu aux élus de l’opposition (PPM, divers Gauche) qu’il s’agissait d’une décision politique prise suite à ce qu’il estimait être une « rupture de contrat » de la part de ces organismes qui ne sont pas gérés de façon transparente, notamment vis-à-vis du bailleur de fonds qu’est la Région. Quant à Marie-Jeanne il a commenté brièvement sur certains médias sa décision de se retirer de structures dont les dysfonctionnements sont nombreux, notamment pour la SEMAVIL de P.Samot et la SEMA de Lordinot, pour permettre à la justice de faire son travail. Il est fort possible qu’il y ait de nombreux dysfonctionnements voire des irrégularités dans le fonctionnement de ces sociétés qui brassent de grosses sommes d’argent. Mais, vu la soudaineté de sa présentation et le peu d’explications fournies tant aux présidents des SEM malgré leurs demandes, qu’aux élus, une telle décision semble surtout faire partie de la stratégie politicienne d’A. Marie-Jeanne.
Entre le président MIM de la Région et le maire PPM de Fort de France, Serge Letchimy, les hostilités semblent déjà lancées. Le compte à rebours électoral en vue des élections municipales de 2007 est en marche. Ainsi Marie-Jeanne préfère ne pas « nourrir de serpent » comme cela se dit dans le milieu du MIM, et pour cela garder la main sur la manne financière de la Région quitte à rendre bien compliqué le fonctionnement de la société d’aménagement de Fort de France.
En tout cas, cette décision de retrait des sociétés d’économie mixte de Sainte Marie, du Lamentin et de Fort de France n’a sûrement pas été prise dans l’intérêt de la population, et n’a d’ailleurs pas fait l’objet d’explications claires.
Une telle décision apparaissant comme démagogique et péremptoire prise par cet homme politique a tout l’air de rentrer dans sa stratégie pour parvenir à asseoir son pouvoir dans la capitale et être, par la suite être l’interlocuteur unique du pouvoir français.
La population laborieuse aurait tout intérêt à apprendre à se méfier de tels hommes avides de pouvoir et à construire sa propre force afin de ne pas faire les frais de leurs tactiques politiciennes.



Michel Madassamy fait appel

Contrairement à la décision du Parquet qui maintenait Michel Madassamy en liberté en tenant compte d’un projet de réinsertion, le juge d’application des peines s’est prononcé pour le maintien en prison (12 mois). L’UGTG attendait que le procureur fasse lui-même appel. Mais il n'y a rien d’étonnant à ce que procureur et juge s’alignent d’un commun accord. Michel Madassamy a donc décidé de faire appel ce qui lui laisse du temps pour préparer de nouveau sa défense.



Armand Toto convoqué par la justice

Le 3 février 2005, Armand Toto, militant actif de l’UGTG s’est présenté devant le juge d’application des peines. Il avait été condamné à 15 mois de prison pour quatre affaires suite à différents mouvements de grève. Le juge a finalement décidé de le condamner à deux mois de travaux d’intérêt général. Il sera convoqué de nouveau pour la suite de son affaire.
Le 22 septembre 2004, Armand Toto avait été convoqué au tribunal pour outrage à agents. Mais l’affaire a été annulée faute de preuve. Combat ouvrier apporte son soutien à Toto, militant ouvrier actif et qui a déjà effectué de la prison pour fait de grève dans un passé récent.



Félix Éboué serviteur du colonialisme français (troisième partie)

Les deux premiers articles consacrés à Félix Eboué ont montré le «serviteur du colonialisme» à l’œuvre particulièrement en Afrique noire.
Ce troisième article retrace son épisode antillais en tant que secrétaire général du gouverneur de la Martinique et gouverneur par intérim de 1932 au 23 mai 1934. Puis comme gouverneur titulaire, à la Guadeloupe du 20 octobre 1936 au 26 juillet 1938.
Pour la première fois les Antilles françaises connaissait un gouverneur noir. Et c’est cette promotion faite à un Noir nommé ensuite gouverneur général de l’AEF (Afrique équatoriale française) qui conféra à Eboué un statut de «grand homme» chez bon nombre d’historiens, de politiciens, et de cercles maçonniques (Eboué était socialiste et franc maçon). Ses admirateurs et hagiographes se refusèrent à pointer son rôle d’auxiliaire colonialiste aux pires moments de la colonisation. Son adhésion à De Gaulle en pleine guerre renforça leur totale dévotion, d’autant qu’en tant que membre du parti socialiste Eboué bénéficia d’une bonne image à «gauche» et en tant que «gaulliste» d’une aussi bonne image à «droite».
Il reste qu’Eboué fut un authentique et habile défenseur des intérêts colonialistes et de ceux, conjugués, des grosses sociétés capitalistes en Afrique et aux Antilles. La défense de ces intérêts, c'est-à-dire des profits justifiait aux yeux des gouvernements coloniaux et de ses administrateurs une exploitation éhontée et féroce.

«SOCIALISTE» ET COLONIALISTE
Eboué déclara un jour à l’un des proches collaborateurs qui lui demandait les raisons de son inscription au parti SFIO (section française de l’internationale ouvrière) alors qu’il était administrateur des colonies et que la doctrine socialiste de cette époque condamnait la colonisation, «Le fait d’appartenir à l’administration coloniale n’a jamais constitué une adhésion à la politique d’un gouvernement ; j’ai le droit, vous en conviendrez, de ne pas partager les opinions politiques de mon ministre ; tant que j’applique ses instructions, il n’a aucun reproche à me faire. En politique je suis socialiste ; en service, je suis administrateur des colonies ; on ne m’a jamais encore dit que j’administrais mal».
Voilà donc comment Eboué justifiait son rôle. Cette déclaration éclaire aussi sur l’hypocrisie de cette SFIO qui n’avait plus rien à voir avec son origine prolétarienne révolutionnaire. Bien au contraire, auxiliaire de la politique bourgeoise, la SFIO et les socialistes ont toujours soutenu la politique coloniale de la France quand ils ne l’ont pas directement dirigée à certaines périodes. Le parti des Fabius, Hollande, Lang et Strauss Kahn en est l’héritier politique direct. La politique menée par Mitterrand au Rwanda quand il était au pouvoir, qui est en partie responsable du génocide, en est un exemple.

EBOUE EN MARTINIQUE. POUR DEFENDRE QUELS INTERETS?
Le 28 janvier 1932, le ministre des colonies nomma Félix Eboué secrétaire général en Martinique.
La Martinique et la Guadeloupe des années 30 n’avaient rien à voir avec ce qu’on en connaît aujourd’hui. Dans ces deux îles la population laborieuse vivait dans une pauvreté telle qu’on à peine à le croire aujourd’hui. On y mourait de malnutrition et de maladies tropicales endémiques. La grande majorité des travailleurs était exploitée dans les champs de canne et les usines à sucre aux mains d’une minorité de blancs pays (les békés) ou de sociétés françaises. Le racisme de ces familles békés et des fonctionnaires coloniaux étaient encore plus évident qu’aujourd’hui. Bref, la société coloniale dans toute sa splendeur! Mais les travailleurs n’ont jamais accepté cette situation sans réagir. Grèves et mouvements sociaux se succédaient à un rythme régulier et étaient régulièrement réprimés par les forces de gendarmerie à coups de fusil laissant des grévistes morts et blessés sur le pavé.
En Martinique, Eboué ne se signala pas particulièrement par une attitude et des mesures allant directement et ouvertement à l’encontre ou à l’avantage des couches populaires et laborieuses. Mais il prit des mesures générales plutôt positives. Il s’attaqua par exemple à la fraude électorale, il chercha à briser les barrières raciales. Un événement qui semble avoir fort marqué l’opinion à l’époque et les récits historiques est le grand bal qu’Eboué organisa en novembre 1933, rendu célèbre parce qu’il y avait invité aussi bien les «grands Blancs» que les Noirs ou les Mulâtres. On lui avait annoncé un fiasco. Ce fut un succès. Tout le spectre racial, de la haute société martiniquaise s’y retrouva.
Eboué fit raser quelques bidonvilles et relogea les gens, il lança un mouvement sportif en regroupant les organisations rivales, il contribua à la construction d’un immeuble sportif moderne à Fort de France avec gymnase. Bref, il tenta par ces mesures de masquer quelque peu l’exploitation et la misère des masses laborieuses de la Martinique.
Mais c’est en Guadeloupe qu’Eboué fut aux prises directes avec des grèves et mouvements sociaux continuels et chercha à jouer les pompiers. Il utilisa largement ses origines noires pour tenter de calmer les ouvriers noirs.
Sans les réprimer directement voire même en interdisant la venue des gendarmes pour éviter la répétition de grèves réprimées régulièrement dans le sang, Eboué n’en défendait pas moins les intérêts des gros possédants blancs.
C’est notamment sous son administration que le journaliste, membre du parti communiste martiniquais, André Aliker fut assassiné sur ordres du lobby béké. C’est dire quel était le climat de l’époque et le sentiment d’impunité que ressentait la caste békée. Eboué n’est pas directement responsable de l’assassinat d’André Aliker. Mais il n’en reste pas moins vrai que c’est pour défendre les intérêts des possédants, dont les békés, que tant en Martinique qu’en Guadeloupe il chercha à mener une politique d’apaisement social et racial plus propice à l’exploitation capitaliste.

Dans le prochain numéro nous traiterons de cet épisode d’Eboué gouverneur en Guadeloupe.
Donc 4ème partie dans le prochain numéro.




Sommaire > Page précédente > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail 

Copyright © 2001-2004 Combat Ouvrier - Tous droits révervés aux militants.

Valid XHTML 1.0! Valid CSS!