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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 12 mars 2005      N° 920

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À la Une

Éditorial

Refusons de signer la pétition xénophobe

Dans les rues de Pointe-à-Pitre, dans différentes entreprises en Guadeloupe, une pétition xénophobe en particulier contre les Haïtiens circule. Certains porteurs de la pétition vous invitent à signer une pétition «contre la drogue». Il arrive donc que des gens signent sans trop savoir quoi. Deux pages de texte bien serré, c’est long à lire! D’autres disent venir de la part de «Radio Contact», la radio du sieur Yoyotte. Là, c’est déjà plus clair, car depuis quelque temps cette radio vomit des paroles xénophobes, mensongères, outrancières contre les Haïtiens.
Ce texte, adressé au Président de la République, est lui aussi xénophobe. Il commence par des généralités: une description de la situation en Guadeloupe. Il est question de chômage, de pression fiscale. Il parle aussi de «poursuites et saisies du patrimoine des Guadeloupéens» et de l’utilisation des fonds publics. Tout cela noie le poisson et ainsi le but réel de la pétition peut rester obscur.
Pourtant il s’agit bien d’un texte xénophobe. A chaque paragraphe les Guadeloupéens sont opposés aux «arrivants», aux «Caribéens», aux «étrangers» qui «utilisent toutes les astuces pour entrer et s’installer en Guadeloupe». Le drame récent de boat people trouvés morts sur une plage en Guadeloupe, la situation actuelle de violences en Haïti, sont dans tous les esprits. Qu’une femme enceinte de 7 mois prenne le risque de s’exiler, sans aucune sécurité, sur une fragile embarcation, exprime bien la détresse de ceux qui n’ont rien à perdre et qui tentent le tout pour le tout pour sauver leurs enfants de la misère, de la maladie, de la mort.
Le texte veut amener à se méfier des «arrivants étrangers à la culture guadeloupéenne qui peu à peu s’approprient les leviers économiques». Ainsi les Haïtiens vont bientôt diriger l’économie de la Guadeloupe? Certains, sans réfléchir, le répètent. S’agit-il de trois magasins appartenant à des Haïtiens à Pointe-à-Pitre? Tout le monde sait qu’il y a quelque temps, en pleine campagne «ibobienne» ils ont été incendiés. Certains SDF de la ville se sont vantés par la suite d’en être responsables. De quoi avaient-ils peur? Ils disaient avoir reçu 20 euros pour le faire.
Ainsi ceux qui ont rédigé cette pétition appellent à combattre l’arrivée de travailleurs qui risqueraient, peut-être demain, de prendre les rênes du pays. Pour qui connaît l’organisation économique de la Guadeloupe, dirigée par les békés ou autres puissances d’argent, une telle annonce est plutôt surprenante. Elle vise à tromper les gens. Notons en passant que les rédacteurs de la pétition ne s’inquiètent pas de l’arrivée de fainéants parasites venus exploiter les gens en Guadeloupe. Ils reprochent donc aux «arrivants» de trop travailler! La pétition accuse ensuite les dits «arrivants» «de tous les crimes et de tous les délits». Là encore, qui peut dire franchement en Guadeloupe que les Haïtiens sont responsables de tels actes? Les prisons de Guadeloupe sont remplies de toutes sortes de gens, en majorité de gens originaires de la Guadeloupe ou de la France. Ce n’est pas difficile à vérifier.
Enfin la pétition appelle le gouvernement à toutes sortes de mesures d’urgences dont certaines ont été recopiées (mal recopiées) sur les programmes des uns ou des autres. Là encore, on cherche à noyer le poisson, les mesures contre l’immigration sont mélangées pêle-mêle à d’autres sur la fraude à la défiscalisation ou sur la baisse des impôts. Il est même question de mesures contre les «individus peu scrupuleux» qui emploient des immigrés sans respecter les «textes sociaux». Ou encore de «droits de l’Homme» et de «l’exploitation de l’Homme par l’Homme». Mais ces beaux mots ne doivent pas nous tromper.
Un tel texte et toute la propagande xénophobe véhiculée par ceux qui appellent à le signer sont criminels. Ceux qui le propagent seront et sont déjà responsables des crimes de quelques faibles d’esprit qui, profitant de l’ambiance xénophobe, n’hésiteront pas à tuer un Haïtien, à le provoquer pour le battre, à brûler sa maison ou autres atrocités. Dernièrement un homme âgé a été agressée et l’agresseur pour « s’excuser» aurait déclaré « je croyais qu’il était Haïtien». Ces promoteurs de pétition anti-Haïtiens jouent avec le feu. Pour de mesquines ambitions politiques, ils incitent à la haine xénophobe. Ils préparent une guerre des pauvres contre les pauvres. Ils travaillent pour les exploiteurs qui ne pourront que se réjouir de voir la division entre ouvriers, entre exploités. Hier, les patrons ont bénéficié de la concurrence entre originaires de l’Inde et d’Afrique, aujourd’hui ces individus de l’ombre, cachés derrière leurs micros, veulent organiser une lutte fratricide entre ouvriers haïtiens et guadeloupéens. Ces gens font une action méprisable que les travailleurs de Guadeloupe doivent combattre avec énergie.
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Après l’agression contre Dieudonné en Martinique

Le mardi 1er mars, l’humoriste Dieudonné de passage en Martinique pour un spectacle à l’Atrium a été agressé sur le parking d’ATV (Antilles Télévision) par quatre hommes. Plus tard, il s’est avéré que les agresseurs étaient blancs et de confession juive. Cela a créé durant une semaine entière l’événement médiatique en Martinique.
Ceux qui ont manifesté pour soutenir Dieudonné en Martinique certes ont été indignés qu’un Noir comme eux ait été ainsi frappé par des Blancs. L’on sait combien la population de la Martinique et de Guadeloupe en grande majorité noire, est sensible à toute manifestation de racisme envers les Noirs. Le long passé colonial en est la cause. Cependant, bien que l’agression dont Dieudonné a été victime est parfaitement intolérable, de même le sont aussi les propos ou allusions qu’il tient sur la communauté juive. Dernièrement il parlait de « pornographie mémorielle » en faisant référence aux commémorations du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration. Ces propos sont tout simplement inacceptables et sots. Il faut les combattre quel que soit leur auteur. Et d’autant plus qu’ils proviennent d’un membre de la communauté noire si souvent sujette au racisme. Ce n’est certainement pas la meilleure façon de lutter contre le racisme anti-noir. Ce n’est certainement pas non plus la meilleure façon de protester contre la mise en arrière plan trop souvent de l’histoire du peuple noir, de l’esclavage et autres oppressions atroces dont le peuple noir est victime. C’est peut être même la pire des manières de faire.
Alors les manifestations de soutien à Dieudonné ont commencé le lendemain de son agression, juste avant son spectacle sur le parvis de l’Atrium. C’est à l’appel du Modémas de Garcin Malsa qu’une manifestation s’est improvisée juste avant le spectacle de l’humoriste avec des prises de parole de différents intervenants. A cette occasion une foule estimée à près d’un millier de personnes, était rassemblée. De nombreux militants politiques, des militants syndicaux et d’associations étaient présents. Certains dirigeants d’organisations politiques (Modémas, Palima) et d’associations antiracistes prirent la parole pour fustiger l’agression dont avait été victime Dieudonné. Les deux représentations de l’humoriste firent salle comble. Et le lendemain, lors de la comparution des quatre prévenus agresseurs devant le tribunal, plusieurs dizaines de personnes étaient venues apporter leur soutien à Dieudonné.
Mais ces manifestations de soutien à Dieudonné vont en fait au-delà du cas Dieudonné, même si elles ont été au départ impulsées par des organisations et personnalités nationalistes. Elles montrent quand même par leur ampleur qu’il existe bien en Martinique comme en Guadeloupe, une profonde aspiration à la dignité, au respect d’un peuple noir si souvent méprisé, dans un pays ou les Békés règnent en maîtres et où tous les postes de direction sont occupés par des Blancs.
Mais loin d’opposer l’oppression et les crimes réalisés contre la communauté juive à ceux perpétrés contre les Noirs, ceux qui entendent faire recouvrer leur dignité aux peuples des Antilles, aux peuples noirs en général, auraient plutôt intérêt à s’en prendre aux racines du mal. Ces racines sont le capitalisme oppresseur qui pour satisfaire ses intérêts et uniquement pour cela opprime des peuples, des communautés, jusqu’à l’esclavage, génocide, colonialisme et bien d’autres formes d’oppression généralisée sur toute la planète.



La journée du 10 mars. Un tremplin?

La journée du 10 mars, après celles des 19 et 20 janvier et du 5 février a mobilisé les travailleurs des secteurs public et privé pour mettre en avant leurs revendications. En France, toutes les centrales syndicales avaient appelé à la grève et à la mobilisation. En Guadeloupe, des syndicats enseignants et la CGTG y appellaient également. En Martinique, à l’invitation de la CGTM, plusieurs réunions se sont tenues et CDMT, CGT-FO, FSU, UNSA, etc. sont tombés d’accord avec elle pour dire que les travailleurs ne pouvaient rester sans réaction.
Pour préparer la mobilisation, des travailleurs se sont réunis dans leurs syndicats, ont discuté, ont fait des assemblées générales pour que les uns et les autres se déterminent.
Les profits colossaux réalisés par les grandes sociétés capitalistes ont fait la Une de l’actualité tout récemment. En Guadeloupe aussi, les patrons s’enrichissent. Les chiffres avancés par certains directeurs d’hôtels pendant la récente grève en témoignent, et les travailleurs membres de Comités d’entreprises ou à la caisse des super-marchés, entre autres, le constatent. Ils ont donc de quoi verser des salaires décents à ceux qui sont à l’origine de ces profits: les travailleurs. De même, l’Etat, qui fait de multiples cadeaux au patronat, aurait de quoi embaucher et améliorer le fonctionnement des services publics, alors qu’il cherche à s’en désengager.
Au lieu de cela, tous les travailleurs, du privé et du public, subissent une régression accélérée de leur niveau de vie et de leurs conditions de travail. Salaires bloqués, perte du pouvoir d’achat, licenciements, explosion de la précarité de l’emploi et de la vie, conditions de travail difficiles et cadences accélérées dues au manque de personnel. Et le gouvernement demande aux salariés de faire des sacrifices: augmentation de cotisations de la CSG, un euro pour la Sécurité Sociale, réduction des effectifs dans les services publics, etc.
Compte tenu de la détermination du gouvernement à poursuivre sa politique, les syndicats proposent aux salariés de montrer la leur. Les journées d’action successives ne seront véritablement efficaces que si elles constituent une étape préparatoire à un mouvement d’ensemble de grande ampleur, à la hauteur des méfaits de la classe dirigeante et des plans scélérats qu’elle projette encore contre la classe ouvrière. Les travailleurs ont les moyens et la force de regagner tout ce qu’ils ont perdu, et plus encore, de forcer patrons et Etat à faire d’importantes concessions.




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