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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 12 mars 2005      N° 920
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Page 2

Martinique
L’éducation à la Britannique, un modèle à ne pas suivre

Le 27 février dernier, lors d’une réunion publique au Marin, des parents d’élèves et des élèves venus s’informer sur l’avenir de l’école ont pu entendre le témoignage très instructif d’une enseignante de collège ayant enseigné en Grande Bretagne vu que ce système inspire largement le gouvernement français actuellement.
Là bas, les professeurs sont présents de l’ouverture à la fermeture de l’établissement. Ils sont seuls à gérer les cours et tous les problèmes rencontrés par les élèves autant dire qu’ils sont débordés, sans l’aide comme dans notre système, d’assistantes sociales, d’infirmières ou de conseillers d’orientation psychologues.
Ils ont du coup peu de temps pour préparer leurs cours et faire leurs corrections. La qualité des cours s’en ressent. Des enseignants surmenés quittent la profession et il y a des problèmes de recrutement.
Dans le secondaire, les professeurs remplacent leurs collègues absents : un professeur d’Espagnol peut remplacer un professeur de mathématiques, autant dire que c’est de la garderie.
On observe un taux d’absentéisme alarmant chez les élèves faute d’un encadrement efficace et de la présence de surveillants et de CPE.
Depuis 10 ans, beaucoup d’écoles en Angleterre ont décidé de quitter le public pour devenir « independant schools » et sont devenues payantes. Le résultat est qu’il y a des écoles de qualité pour ceux qui ont les moyens de payer et l’école publique démunie ou inaccessible aux pauvres.
L’enseignante cite l’exemple d’un collège public où pour 400 places en 6ème, plus de 4000 candidats se présentent avec obligation pour les élèves de pratiquer … deux instruments de musique.
Les écoles, quel que soit leur statut, sont soumises aux objectifs et doivent atteindre un certain niveau de performances sinon elles ferment. Autant dire qu’elles ferment plus souvent dans les quartiers populaires que dans les quartiers bourgeois.
L’équivalent du Bac en France, où seulement 3 matières sont évaluées est obtenu par moins de 35 % des élèves alors qu’ici en Martinique ce sont plus de 60 % des élèves qui l’obtiennent.
On voit que ce système est largement défaillant et qu’il mène une majorité de jeunes à la dérive. C’est pourtant ce système au service des riches et du patronat, dont le pouvoir nous vante les mérites actuellement (on se souvient des propos tenus par Darcos, ex secrétaire du Ministère de l’éducation lors de son passage en Martinique).
Il faut donc que parents et enseignants se mobilisent contre cette loi d’orientation et toute la politique actuelle de réduction des personnels de l’éducation, contre cette casse organisée du service public d’éducation.
Les personnels, les élèves et leurs parents seront dans la rue le 10 Mars pour se faire entendre.



U.S.A.
Abolition de la peine de mort pour les mineurs

Le 1er mars, la peine de mort contre les mineurs de moins de 18 ans a été abolie aux Etats-Unis. En 2002, la Cour Suprême avait également aboli la peine de mort contre les handicapés mentaux.
Cette deuxième victoire contre la peine de mort est le résultat de protestations multiples en particulier à l’échelle internationale qui ont eu lieu et qui se poursuivent contre ce système barbare. Dans certains états américains, la protestation a entraîné la suppression de la peine capitale mais celle-ci demeure encore dans de nombreux états. Le gouvernement américain tient compte d’une opinion majoritaire favorable à la peine de mort. Les problèmes de violence et de délinquance ont renforcé cette opinion. Pourtant la peine de mort n’a pas fait reculer la violence aux Etats-Unis. C’est l’un des pays au monde où la criminalité est la plus importante.
Si une certaine contestation contre la peine de mort a vu le jour aux Etats-Unis, c’est sous la pression des organismes humanitaires à l’échelle internationale qui font valoir le droit international. Ces protestations n’ont pas mis en cause seulement la répression contre les mineurs et les handicapés mentaux mais également l’exécution de personnes innocentes qui se trouvent dans les couloirs de la mort. Certains condamnés à mort ont été libérés des couloirs de la mort après de nombreuses années de prison, lorsque la révision de leur procès a été obtenue de haute lutte et grâce à la mobilisation dans certains états.
Le mouvement international pour la révision du procès de Mumia Abu-Jamal compte également en faveur d’une opinion contre la peine de mort.
La Cour Suprême peut encore reculer si la mobilisation se poursuit à l’échelle internationale mais surtout aux Etats-Unis où les idées les plus réactionnaires sont véhiculées par des mouvements conservateurs. La peine de mort avait déjà été abolie. Elle a été réintroduite en 1976. Il est donc possible d’abolir de nouveau cette machine barbare et moyenâgeuse qui subsiste dans le pays soi-disant le plus moderne du monde. Mais cette fois il s’agira de lutter pour l’abolition définitive de la peine de mort.



Guadeloupe
Les travailleurs qui soutiennent les politiciens xénophobes et les racistes travaillent contre leur propre camp

Une pétition a été mise en circulation qui prétend dénoncer «l’immigration clandestine». En réalité, il s’agit d’une opération politique qui exploite certains sentiments xénophobes existant dans une partie de la population et qu’on avait déjà vu se manifester à l’époque où Ibo Simon sévissait sur les ondes de Canal 10. Depuis, ce chroniqueur xénophobe, acharné contre les Haïtiens, qui racontait tout et n’importe quoi, déversant ses insanités quotidiennement a été traduit en justice et condamné pour différents motifs dont ces campagnes xénophobes à répétition.
Il faut se rappeler qu’au début, c’est Raymond Viviès qui, avait lancé le «produit Ibo» sur le marché politique. Viviès cherchait une voie pour revenir en politique après avoir connu différents échecs. Il a mis Ibo en avant et lui-même a suivi la montée d’Ibo. Les deux compères ont d’ailleurs connu de petits succès électoraux ; ils furent élus conseillers régionaux et municipaux … Comme tels, d’ailleurs ils ont siégé sans trop se faire remarquer dans les assemblées, n’apportant rien de nouveau ou de plus que d’autres conseillers d’autres partis!
Aujourd’hui, R.Viviès est mort et Ibo indisponible, car vu ses condamnations il ne peut plus se présenter aux élections pendant un certain temps. Cela a donc aiguisé l’appétit de certains comme ce chroniqueur de radio et son acolyte de «nofrap» , comme cette pharmacienne enragée de l’anti-haïtianisme! Tous en mal de succès aux élections et de postes électoraux! En jouant sur la corde xénophobe et particulièrement sur les préjugés anti-haïtiens, qu’ils entretiennent et attisent, ils espèrent mobiliser à leur profit la base sociale, électorale d’ Ibo Simon.
Cette base constituée surtout de petits possédants, plus ou moins en difficultés, de déclassés, sans perspectives, d’aigris, toujours prêts à rendre responsables de leurs échecs l’ «étranger», les «Haïtiens»…,
Toute une frange de gens qui ont tenté de faire des affaires et qui n’ont pas trop réussi, rendent responsables de leurs échecs les petites marchandes de colifichet, de marchandises à bas prix vendus sur les trottoirs ou les agriculteurs haïtiens qui viennent vendre leurs produits sur les marchés des villes.
Toute cette base sociale est une manne électorale pour les politiciens qui voudraient bien en profiter à la façon d’Ibo Simon. D’où l’idée de lancer cette pétition. Mais le chroniqueur-radio et son amie de «nofrap» font mieux, il envoient leurs partisans dans le milieu des travailleurs où il veulent faire entrer le poison xénophobe et raciste. On trouve donc des travailleurs peu scrupuleux, peu conscients pour faire signer cette pétition. Certains travailleurs, semble-t-il, la signent.
Ce qu’on doit dire à ces travailleurs et à tous, sur cette affaire, c’est qu’en encourageant une telle campagne par leurs signatures, par leurs propos ou attitude xénophobe, ils servent de marche-pied, d’escabeau pour hisser à des postes deux ou trois politiciens cyniques, sans vergogne, assoiffés de postes qui utiliseront ensuite ces postes et leur notoriété, pour faire une politique contre les travailleurs. Car le milieu xénophobe, iboïste, les amis et partisans de feu Raymond Viviès, ou de la pharmacienne anti-haïtiens sont aussi des acharnés anti-grèves, anti-salariés, toujours les premiers à condamner toute action des salariés pour l’amélioration de leur condition. En renforçant ces gens là les travailleurs peu conscients ou désinformés, ou qui ont peu réfléchi à ce qu’ils signent ou répètent, vont tout simplement aider le camp d’en face, celui des exploiteurs, celui des ennemis des travailleurs…
Dans les entreprises, les travailleurs conscients doivent barrer la route à cette opération xénophobe et anti-salariés.
Il faut demander à ceux qui font signer cette pétition de s’expliquer: quel est l’intérêt pour un travailleur de servir d’escabeau à un chroniqueur radio, à sa compagne politicienne ou à tout autre iboïste anti-ouvrier, anti-syndical? Il faut leur demander des explications sur tous leurs mensonges anti-haïtiens, destinés à faire naître ou à cultiver des préjugés xénophobes.
Il faut montrer à tous les travailleurs que cette campagne est destinée à faire oublier les vrais adversaires et ennemis des travailleurs, les vrais responsables du chômage, de la précarité et des difficultés des pauvres! Ce ne sont pas les Haïtiens qui on créé un volet de près de 50 000 chômeurs en Guadeloupe! Alors ne nous laissons pas abuser par des politiciens et affairistes prêts à tout pour accéder à la mangeoire politique.



Félix Eboué serviteur du colonialisme français (cinquième partie). FIN

Dans les quatre premiers articles sur Félix Eboué nous avons retracé son rôle en Afrique, Martinique et Guadeloupe. Dans ce dernier article nous continuons à évoquer sa politique en Guadeloupe.
Ces articles ont pour but de montrer que Félix Eboué fut surtout un défenseur des intérêts de l’Etat français et donc du colonialisme, défenseur des classes possédantes des grosses sociétés qui faisaient fructifier leurs profits sur l’exploitation des travailleurs des colonies. Il ne fut pas un « défenseur des Noirs». Pourtant ses admirateurs font tout pour en faire un exemple pour la race noire et la rendre fière d’un Noir ayant accédé aux plus hauts postes jamais atteint par un Noir. Une telle fierté n’a pas lieu d’être lorsque l’on démasque la politique du colonialisme français et d’Eboué. En effet, le fait d’avoir trouvé un administrateur noir brillant servit surtout aux gouvernements français à mieux faire passer leur politique d’oppression et de domination des peuples noirs. Eboué même rebelle à Pétain et gaulliste de la première heure en faisant sécession au Tchad et en AEF (Afrique équatoriale française) ne faisait que jeter les bases d’un nouvel appareil d’état qui, dirigé par De Gaulle, allait, après guerre, s’illustrer dans une politique coloniale particulièrement répressive et une politique anti-grève et anti-ouvrière en « métropole» même.
Quelques années avant en Guadeloupe, entre le 20 octobre 1936 et le 26 juillet 1938, dépêché par le gouvernement du front populaire, Eboué s’ingénia à désamorcer les luttes ouvrières. Il le fit habilement en jouant beaucoup sur la fibre raciale. S’il sut éviter le bain de sang pendant son gouvernorat c’est parce que les travailleurs avaient contraint les patrons à lâcher du lest sur les salaires, et qu’Eboué protégeait, même timidement ces petits acquis. Enfin Eboué se voulant humaniste a enrobé son action de principes moraux, de préceptes qui avaient en réalité pour but de faire accepter aux Noirs leur état d’exploités et de colonisés. Les luttes ouvrières et les rébellions qui se succéderont par la suite contre l’oppression dans tout ce qui était alors l’empire colonial français donneront à la politique et aux discours d’Eboué un aspect bien suranné. Cet ancien ordre colonial dont il fut l’un des derniers remparts craquera de toutes part sous les guerres, et les révoltes des « damnés de la terre»

EBOUE, GOUVERNEUR NOIR POUR EVITER L’EXPLOSION SOCIALE
Sur fond de vagues de grèves à La Boucan et ailleurs autour des usines à sucre, Eboué s’indigna, contre ceux, qui selon ses propres termes «invitent les travailleurs à des actes de désordre punis par la loi, pensant sans doute qu’à l’heure où la justice devra frapper ils resteront à l’abri des rigueurs du code ». Il dénonce encore ceux qui, selon ses propres termes, « exploitant la crédulité du peuple, voulant se tailler une popularité malsaine sur les ruines de la démocratie…. », « Ceux là se trompent qui croient surprendre notre vigilance. Je ne veux pas être le gouverneur d’une jacquerie et, je le répète, je ferai tout mon devoir ». On croirait entendre quelque préfet ou autre administrateur pester contre les grèves actuelles de la CGTG ou de l’UGTG. Dans une autre intervention il fit le bilan de…. « Son règne » (ses propres termes) en Guadeloupe.
Donc, menaces voilées, attaques contre les dirigeants syndicaux et ouvriers de l’époque. Eboué est « vigilant », il « règne ». Il ne laissera pas faire n’importe quoi. Les travailleurs doivent entrer dans le rang et accepter l’exploitation sans grève ni révolte. Mais Eboué n’attaqua jamais les patrons, les békés, les exploiteurs de tout poil aussi ouvertement.

« JOUER LE JEU »….ACCEPTER SON SORT DE COLONISÉ?
Les cercles « éboistes », francs maçons-socialistes ( Eboué était franc maçon et socialiste) ou de droite nous ressortent régulièrement le discours d’ Eboué qu’ils ont rendu célèbre: « jouer le jeu », discours qu’il tint le 1er juillet 1937 au lycée Carnot à Pointe à Pitre, adressé à la jeunesse d'Outre-Mer. dont voici quelques extraits:
« Jouer le jeu, c’est être désintéressé, c’est piétiner les préjugés, tous les préjugés et apprendre à baser l’échelle des valeurs sur les critères de l’esprit, jouer le jeu c’est mépriser les intrigues et les cabales, ne jamais abdiquer, malgré les clameurs ou menaces, c’est poursuivre la route droite qu’on s’est tracée, jouer le jeu c’est savoir tirer son chapeau devant les authentiques valeurs qui s’imposent et faire un pied de nez aux pédants et aux attardés, jouer le jeu c’est aimer les hommes, tous les hommes et se dire qu’ils sont tous bâtis sur une commune mesure humaine qui est faite de qualités et de défauts, jouer le jeu, c’est mériter notre libération et signifier la sainteté, la pureté de notre esprit. »
Ce discours est en réalité conciliateur et faux jeton. On demande à la jeunesse noire, la jeunesse de couleur, d’Outre mer, la jeunesse piétinée, discriminée, colonisée, exploitée dans des pays où les puissants ne respectent aucune loi, aucun principe, on lui demande de «tirer son chapeau devant les authentiques valeurs ». Et puis de quelles valeurs parle Eboué? celles du colonialisme? Il demande à la jeunesse d’Outre mer « d’aimer tous les hommes »…peut être, ceux qui tirent sur les ouvriers en grève, ceux de la caste béké, raciste?
Enfin, « jouer le jeu c’est mériter notre libération » mais quelle libération? Si Eboué fait allusion là à l’esclavage, c’est bien hypocrite. Car cette « libération » est due aussi à la lutte armée des esclaves révoltés de St-Domingue, de Guadeloupe et de Martinique, s’il s’agit d’autre chose, de quelle « libération » peut-il donc être question dans un régime colonial où précisément l’homme noir est vassalisé, où sa dignité est foulée aux pieds….
Ce discours rejoint celui de toute une génération de leaders noirs américains et Caribéens populistes qui pensaient que les Noirs devaient avant tout montrer par leur travail, leur probité, leur honnêteté qu’ils pouvaient accéder aux postes et ainsi se faire reconnaître du pouvoir blanc et petit à petit ainsi parvenir à leur émancipation…
Les événements ont montré le contraire. Combien de Noirs ayant suivi ce chemin, ayant fait des études et prouvé leur valeur ont été subordonnés par l’administration coloniale à des Blancs moins compétents! Ce n’est que par la force, la rébellion que le colonialisme français à été contraint de céder après même que les anti-colonialistes aient épuisé de nombreuses formes plus modérées d’accession aux responsabilités. Ce fut le cas en Indochine, en Algérie et ailleurs. En Martinique et en Guadeloupe les avancées vers les libertés démocratiques essentielles, l’égalité sociale ou raciale ont été gagnées par la lutte, la mobilisation, la menace de l’explosion sociale ou armée. C’est en s’engageant dans de telles luttes, en se faisant rebelle que la jeunesse d’Outre mer a gagné en partie sa dignité. Et quand Eboué déclare enfin « jouer le jeu c’est accepter la décision de l’arbitre que vous avez choisi » passe encore, mais quand il ajoute « ou que le libre jeu des institutions vous a imposé »…. D’abord quel « libre jeu »? Ensuite, “accepter ce qui est imposé”? Mais non, voilà qui est proprement inacceptable.

Fin de la série d’article intitulée «Félix Eboué serviteur du colonialisme français. »




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