logo COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 12 mars 2005      N° 920
Sommaire > Page précédente > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail 

Page 3

Martinique
Bâtiment: des augmentations de salaire dérisoires!

Le 18 février 2005, les patrons du bâtiment représentés par leur Syndicat des Entrepreneurs du BTP de Martinique (SEBTPAM) et l’Intersyndicale des salariés représentant la: CGTM, CDMT, FSM, CFTC, CSTM, l’UGTM, se sont retrouvés pour discuter de la revalorisation des salaires. L’Intersyndicale des salariés réclamait une revalorisation des salaires de 6% pour 2005 et une augmentation de la prime de transport de 50 à 60 euros.
Le patronat a comme d’habitude «fait son cinéma» et il a considéré cette revendication comme excessive… Il a passé son temps à pleurnicher, sur des soi-disant difficultés rencontrées par les patrons dans le bâtiment (les pauvres!).
Après plus de 5 heures de discussion, les deux parties ont signé un accord qui ne représente en définitive que quelques pièces de monnaie pour l’ensemble des ouvriers travaillant dans ce secteur. Il s’agit d’une augmentation de 2,5% à compter du 1er mars 2005, et d’une prime de transport portée à 52 euros.
Si l’on se réfère à la grille des salaires du BTP appliquée avant cet accord, le salaire horaire d’un OQ3 était de 10 euros. Aujourd’hui il verra à la loupe son salaire horaire augmenter de 25 centimes d’euro, soit une augmentation nette mensuelle d’environ 30 euros. Même pas de quoi se payer un véritable repas sur le chantier durant 4 jours.
Les patrons bénéficient de cadeaux fiscaux du projet de Loi programme pour l’Outre-Mer du gouvernement Raffarin - Girardin. Ainsi, depuis cette année, la grande majorité des entreprises du BTP occupant moins de 50 salariés bénéficient d’une exonération totale des cotisations sociales patronales qui a doublé, alors qu’auparavant elles étaient exonérées à 50%. Quant aux entreprises de plus de 50 salariés, elles continuent comme par le passé avec la LOOM (loi d’orientation pour l’Outre Mer de Jospin) de bénéficier d’une exonération à 50 % du montant des cotisations.
Malgré ces somptueux cadeaux, ces patrons avides n’estiment pas que les ouvriers puissent voir une amélioration de leurs conditions. Ils empochent sans scrupule tous ces cadeaux.
Au cours de la négociation, le patronat a qualifié les miettes qu’ils accordent de «maintien du pouvoir d’achat ou de valorisation des salaires». Si le patronat se permet de lancer de tels propos en pleine figure des représentants des organisations syndicales ouvrières, c’est que ces exploiteurs se sentent bien à l’aise pour blablater dans les locaux bien climatisés de la Région. Il faudra donc les faire «suer» bien plus pour obtenir des augmentations de salaire substantielles.



Vers la grève générale le lundi de Pentecôte?

L’objectif du patronat est de faire travailler toujours plus, et gratuitement. Le gouvernement met tout en œuvre pour l’y aider. Ainsi, après la canicule qui a fait des milliers de morts en France en 2003, le Premier ministre Raffarin a décrété que pour aider les personnes âgées, les travailleurs devraient sacrifier une journée fériée. Ce cynisme ne trompe personne. Pas plus que la vignette automobile, dont le montant devait soi-disant bénéficier aux personnes âgées dans le besoin, la journée Raffarin ne permettra pas aux vieilles personnes d’échapper à la misère et à l’abandon quand elles n’ont pas de famille pour les soutenir.
Il s’agit en fait d’une journée de travail gratuite dont le bénéfice ira majoritairement dans la poche de l’employeur. Le montant qui sera récupéré par l’Etat servira à ce que le gouvernement voudra en faire, et il y a de fortes chances qu’il l’utilise pour de nouveaux cadeaux aux patrons.
Dans le privé, certains travailleurs ont eu «le choix»: à savoir le choix de la journée fériée qu’ils sacrifieraient. Dans le public, c’est le lundi de Pentecôte qui a été imposé.
Pour protester contre ce cynisme du gouvernement et la rapacité des patrons, la centrale syndicale CGTG s’apprête à lancer un mot d’ordre de grève et de mobilisation pour le lundi de Pentecôte. Si tous les ans, ce jour là, au lieu d’aller travailler pour rien, les salariés se mobilisent et défilent dans les rues, cela fera sans doute réfléchir les dirigeants.



Guadeloupe
Accord dans les NAO du secteur sucrier

Vendredi 03 mars dernier, représentants des patrons et représentants ouvriers de l’industrie sucrière ont signé un accord: notamment
-une augmentation de 5 % de la prime de transport;
-une augmentation des salaires de 3% au premier janvier 2005 et de 0,50% au mois d’août prochain;
-S’agissant de l’augmentation de salaire, elle fera, en gros, une trentaine d’euros par mois.
C’est toujours bon à prendre. Mais même pour obtenir cette petite augmentation il aura fallu une kyrielle de réunions et discuter pied à pied.



Martinique
Métallurgie: quand les affaires marchent!

Au Bassin de Radoub de Fort de France où est effectué l’entretien des bateaux, aussi bien les entreprises sous-traitantes que les donneurs d’ordre comme l’entreprise Delattre Levivier ont du pain sur la planche.
Contrairement au bruit qui court au sein de Delattre que les affaires ne vont pas bien, que l’entreprise a présenté son dépôt de bilan, pour les ouvriers cela ne tient pas la route. Car ils voient comment les entreprises installées sur le chantier se remplissent les poches, chacune à leur manière. Par exemple la Société Industrielle de Gestion du Bassin de Radoub (SIGBR) qui a pour mission de faire rentrer les bateaux dans le bassin pour entreprendre des réparations, trouve son compte dans l’affaire. Elle semble bien faire ce qu’elle veut. Et si elle ne veut pas faire rentrer de bateaux dans le bassin parce que cela ne l’arrange pas, pour une raison ou une autre, elle ne fait rentrer aucun bateau sans rien demander à personne. Dans ce cas précis, les ouvriers, quelle que soit l’entreprise à laquelle ils sont rattachés, peuvent se retrouver du jour au lendemain au chômage technique.
A tel point que des travailleurs de Delattre se demandent si ce n’est pas la SIGBR qui fait la loi sur le chantier. Ce ne serait pas étonnant, et la Direction de Delattre n’est sans doute pas, elle non plus, innocente, dans cette affaire. C’est la loi du marché des exploiteurs. Finalement, en ayant sous traité de nombreuses opérations, la direction de Delattre a désormais les mains libres pour encaisser du fric sans avoir à régler certains problèmes sur le Bassin. Et lorsqu’il y en a, elle a le culot de dire que ça ne vient pas d’elle. Ainsi, le tour est joué.
Alors toute cette affaire de redressement judiciaire, de dépôt de bilan de l’entreprise Delattre, ne semble être rien d’autre que des «entourloupes » pour se faire de l’argent et … aveugler les ouvriers.
Cette pratique est monnaie courante en Martinique et ailleurs. Elle a pour objectif de licencier le personnel permanent ou trop ancien pour ensuite le remplacer par des intérimaires ou d’autres salariés sous payés et soumis. Malgré ce genre d’affaires, bon nombre d’entreprises qui ont licencié, continuent de recevoir subventions de la Région, et ce depuis des années.
Et pour couronner le tout, durant tout ce processus judiciaire, le personnel licencié est «pris en main» par un administrateur judiciaire trié sur le volet par l’Etat qui, lui, sera chargé d’indemniser les victimes.
Ainsi, après avoir été blanchis par l’Etat et par les hommes politiques locaux, on l’apprend par la suite, ces mêmes patrons licencieurs créent une nouvelle entreprise mais sous un autre nom.
Dans cette société capitaliste où c’est la loi du fric qui prime, «la loi des affaires» comme disent hypocritement les politiques, les travailleurs n’ont rien à attendre ni de l’Etat ni des hommes politiques qui font semblant d’être de leur coté. Il faudrait que les ouvriers se donnent un jour les moyens de se débarrasser de ce système ingrat.



Guadeloupe
Coupe manuelle et main d’oeuvre illégale

Lors d’une interview dans le France-Antilles du mardi 01 mars sur la campagne sucrière 2005, Philippe Aubéry parle, en fin d’entretien, de pénurie de main-d’œuvre dans la canne. Précisons que les Aubéry possédaient autrefois l’usine de Gardel dans la région du Moule. Quant à Philippe Aubéry, il est le président de la commission canne à la chambre d’agriculture. Il est aussi propriétaire d’une exploitation agricole au Comté de Lohéac à Sainte-Rose.
Quand cet homme parle des problèmes du monde agricole il sait bien de quoi il s’agit. Ainsi, parlant de la pénurie de main-d’œuvre, Philippe Aubéry nous dit qu’il n’est pas inquiété par les contraintes matérielles ni par les caprices du temps. Par contre, ce qu’il regrette c’est «le temps de la coupe manuelle». Pour lui, si on utilisait ce système on aurait débuté la récolte à la mi-févier. Mais voilà, il va leur être difficile de trouver de la main-d’œuvre pour les parcelles non mécanisables car «le Guadeloupéen a perdu l’habitude de travailler dans les champs de canne. Ces dernières années, ce sont les ressortissants étrangers qui coupaient la canne manuellement». Et il ajoute que ce n’est plus possible car les autorités ont averti qu’elles allaient être extrêmement vigilantes sur l’emploi d’une main-d’œuvre illégale. Pour lui, les planteurs veulent bien, mais comment gérer la pénurie de main-d’œuvre? S’interroge-t-il.
Nous ne risquons pas trop de nous tromper en disant que Philippe Aubéry se pose une question dont il possède, sans doute, la réponse. Il y a de l’hypocrisie dans son interrogation.
En effet, dans toute l’histoire de la canne, les grands producteurs ont toujours su où se procurer de la main-d’œuvre, - et bon marché s’il vous plaît!-, hier en Afrique et en Inde, voire en Chine ; pourquoi ne pas s’en procurer aujourd’hui en Haïti puisqu’on ne cesse pas de parler de cette main-d’œuvre clandestine? Elle est bon marché puisqu’on ne paie pas le salaire minimum légal pour ces travailleurs. Et surtout qu’à la veille de cette récolte 2005 on n’a jamais autant entendu parler de clandestins haïtiens qui se font appréhender sur les côtes de Guadeloupe. Mais il faut rappeler que, et ce n’est un secret pour personne, depuis des années les capitalistes de la banane utilisent des travailleurs haïtiens clandestinement et plus récemment, dans la canne les exploitants agricoles les utilisent aussi.
Alors Philippe Aubéry ne doit pas se faire trop de soucis car ceux qui veulent se procurer des travailleurs haïtiens clandestinement pour la coupe manuelle de la canne se moquent bien des états d’âmes de l’administration en matière de main-d’œuvre illégale.



Martinique
Grand-Rivière: une nouvelle pompe à subventions

Le Tribunal Mixte de Fort de France a déclaré la liquidation judiciaire de l’habitation Ban Beauséjour (69 ha en bananes) le mardi 1er mars dernier. 23 ouvriers de plus se retrouvent à la rue. Il y avait déjà eu 6 licenciements lors de la mise en redressement judiciaire au cours de l'année 2004.
Cette entreprise comptait 51 salariés, il y a 2 ou 3 ans. De chômage technique en licenciements économiques, en plan de formation, l’effectif n’était plus que 23 au jour de la liquidation.
Au début janvier 2005, le propriétaire de l’habitation Jean-Louis De Lucie de Fossarieu exposait dans une réunion à la population et au maire de la commune son projet d’irriguer cette habitation, ainsi que trois autres à savoir les habitations Potiche, Chêneaux et Perpignan en pompant les eaux de la rivière qui traverse le bourg. Il pourrait ainsi, en 2006, si les conditions le permettent réembaucher les salariés licenciés. Cette promesse verbale semble avoir eu l’assentiment de chacun. Les travaux ont commencé en janvier et le propriétaire veut lancer la culture des maraîchers. Signalons que l’habitation Chêneaux a licencié plusieurs salariés et Perpignan est menacé de liquidation.
Quelques semaines plus tard, des habitants de la commune disent leur opposition au projet sur RFO Télé Martinique. Ils craignent des pollutions, la disparition des écrevisses et la baisse du débit de la rivière. Dans le même reportage le directeur de la Direction de l’Agriculture et de la Forêt (DAF) rassure tout le monde. Selon elle, il n’y a aucun danger, et … ses services veillent à l’affaire.
D’autres craintes non exprimées à RFO ont aussi vu le jour. Certains disent qu’il faut obliger le propriétaire à tenir sa promesse de réembaucher les licenciés et aussi l’empêcher d’utiliser l’eau de la rivière à d’autres projets qu’à celui de l’irrigation des habitations. En effet avec la mise en place d’un port de pêche et d’un port de plaisance, il y a des projets d’agritourisme, de restaurants et d’hôtels prévus par des békés de la région.
Ainsi plusieurs se posent des questions sur l’utilisation réelle de l’eau et le sérieux de la promesse de création d’emplois. La confusion règne d’autant que le propriétaire crie aux «saboteurs d’emplois» à ceux qui s’opposent à son projet. Tout cela ressemble a du déjà vu. Les propriétaires, avec l’aide des élus et de l’administration, ont fait de belles promesses aux ouvriers : vous aurez des indemnités de licenciements élevées, ensuite nous allons changer de culture et quand la crise de la banane va cesser nous allons réembaucher.
En attendant la réalisation de ces promesses les ouvriers se retrouvent sans le sou. Les propriétaires n’ont jamais cherché à les associer à leur projet, ni établi aucun plan pour qu'ils aient un emploi.
Tout en bénéficiant du contrat de progrès de plus de 30 millions d’euros, chaque propriétaire se lance à la chasse aux subventions pour l’amélioration ou l’achat de matériels, ici pour l’irrigation d’une entreprise liquidée.
Les patrons, les élus et l’administration ne manquent pas de toupet ni de mépris pour la population et les ouvriers agricoles. Les ouvriers ont intérêt à ouvrir les yeux. Finalement derrière ces promesses d’emploi pour l’avenir, les patrons de la banane font comme par le passé, mettre en place des pompes à subventions pour assurer leurs profits et préserver leurs richesses au détriment des ouvriers.




Sommaire > Page précédente > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail 

Copyright © 2001-2004 Combat Ouvrier - Tous droits révervés aux militants.

Valid XHTML 1.0! Valid CSS!