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Liban
L’armée syrienne sur le départ?
Depuis la mort de l’ex Premier ministre Rafic Hariri lors d’un attentat le 14 février, la rue ne désemplit pas. Les manifestants quotidiennement, déambulent dans les rues aux cris de «Syrie dehors». A cela s’ajoutent les pressions de la France, de l’Allemagne et surtout des USA pour réclamer le départ des troupes syriennes du Liban et pour imputer l’attentat à la Syrie. La Syrie annonce pour la fin du mois le redéploiement de ses 14 000 soldats dans la plaine de la Bekaa, à l’Est du Liban et ultérieurement leur retour en Syrie même. Quelques jours auparavant le gouvernement libanais pro-syrien d’Omar Karamé avait démissionné.
C’est une première victoire pour la population du Liban qui désire la fin de l’occupation militaire du pays et espère la tenue d’élections libres dans un proche avenir.
Mais ce départ est avant tout une victoire pour la bourgeoisie chrétienne, qui ne veut plus voir les chars syriens à deux pas de ses banques au moment où ses affaires vont bien et ou elle semble détenir tous les pouvoirs politiques. Elle n’a plus besoin des Syriens pour assurer la sécurité de ses entreprises et de ses banques. Pire, la présence syrienne est un repoussoir pour les investisseurs. Ils n’ont plus besoin d’eux.
Par contre en 1976, les Syriens sont venus avec l’accord tacite de la France et des USA, au moment où une guerre civile faisait rage entre la droite et l’extrême droite chrétienne et le camp dit «palestino-progressiste». L’armée syrienne a sauvé les bourgeois chrétiens à l’époque d’une déroute certaine et surtout a préservé leur domination économique. Aujourd’hui les soldats syriens ne leur sont plus nécessaires. Ce départ souhaité par une large faction des travailleurs libanais n’est pas une solution à tous les problèmes. Au moment où les bourgeois chrétiens et sunnites affichent des gains colossaux le pays s’enfonce dans la crise économique. Les masses laborieuses voient leur situation économique se dégrader et les instances internationales somment les autorités libanaises de lever les taxes pour payer leurs dettes aux banques. L’avenir des pauvres du Liban ne se présente pas sous les meilleurs auspices même si des élections se profilent à l’horizon.
Haïti
Une campagne pro Aristide un an après sa chute
Lundi 28 février dans le bastion des chimères au Bel-Air, des partisans d’Aristide ont défilé pour demander son retour. Ils étaient plusieurs centaines, la police, les unités spéciales ont dispersé la manifestation par des grenades lacrymogènes puis des tirs à balles réelles. Les manifestants ont riposté, le bilan a été de 4 morts parmi les manifestants. Cette manifestation était organisée pour marquer l’anniversaire du départ d’Aristide, il y a un an. Sous la menace d'une insurrection armée et la pression des Etats-Unis, de la France et du Canada, Aristide a laissé le pouvoir le 29 février 2004 et quitté Haïti dans un avion affrété par les Américains. L’ex-président entamait le parcours des dictateurs en exil quand ils ont été lâchés par la grande puissance qui les soutenait.
Il est maintenant en Afrique du Sud. Et de là il manœuvre dans l’espoir de revenir en Haïti. Ainsi dans une interview récente, il avance des arguments «le peuple m’a élu pour 5 ans, je dois finir mon mandat». C’est ce qu’il avait dit en revenant en 1994 et son retour n’a jamais été profitable aux masses laborieuses. Au contraire, les bourgeois se sont enrichis alors que la population des quartiers populaires était rançonnée par des groupes des chimères armés par les gouvernements lavalasse. Et ils continuent aujourd’hui dans les quartiers qu’ils contrôlent.
Durant son passage au pouvoir, Aristide avait choisi de ne pas s’appuyer sur les masses pauvres pour faire pression sur les possédants, il ne toucha à aucun privilège des bourgeois, les rassurant qu’il saurait jouer le rôle d’un digne représentant de la bourgeoisie. Il joua ce rôle malgré une misère effroyable qui s’est accentuée durant son passage à la présidence.
Des promesses faites il n’en a guère tenu, mais c’est surtout en trahissant l’espoir des masses, qu’il a démobilisées, il les a laissées seules, subissant le poids de la pauvreté, face à l’exploitation des patrons, le mépris des banquiers, la violence des polices, puis celle des bandes armées des différentes cliques.
Le gouvernement de Gérard Latortue a un seul souci, celui de réaliser des élections permettant la redistribution des différents postes, de président jusqu’aux maires, aux politiciens qui sont déjà sur les rangs. Ce gouvernement ne se préoccupe du sort de la population que dans les paroles, dans les faits il n’a pas réussi à mettre au pas les chimères, même avec l’appui de 15 000 casques bleus de l’ONU. L’insécurité et la misère sont telles que certains risquent leur vie sur la mer en boat-people et tentent leur chance en émigrant vers les USA, le Canada, les petites Antilles. La plupart est refoulée après avoir tout perdu et subit une humiliation de plus. D’autres demandent un nouveau retour d’Aristide, un nouveau sauveur.
Mais, pour que les masses laborieuses d’Haïti ne soient pas à la merci des politiciens, des hommes soi-disant providentiels comme Aristide dont elles subiront les désillusions, elles ont à construire leur organisation propre qui leur permettra le contrôle sur le gouvernement, la mainmise sur les biens des possédants, les Mews, Brandt, Apaid … et autres, et la réalisation de leurs revendications.
France
Manifestations des lycéens contre la loi Fillon
Depuis les grandes manifestations des 10 et 15 février qui ont mobilisé les lycéens dans toutes les villes de France, le mouvement n’a pas reculé. Des manifestations se poursuivent à Paris et dans différentes villes là où les cours ont repris après les vacances de février.
Le mouvement de protestation des lycéens a obligé le gouvernement à suspendre la réforme du baccalauréat. Mais ce petit recul ne satisfait pas les lycéens qui veulent le retrait total du projet. Le gouvernement veut faire des économies sur le dos de l’éducation en réduisant les matières au strict minimum comme ce qu’il définit comme «socle commun». Il s’agit de: «lire, écrire, cliquer». Tel est le slogan qui est repris par les lycéens dans les manifestations. Le mécontentement s’exprime également contre les discriminations qu’entraîne cette réforme avec un enseignement à deux vitesses qui pénalise les élèves les plus défavorisés. Contrairement à ce que déclare Fillon, c’est dans la rue que la contestation doit se faire, et cela les lycéens l’ont bien compris. Une nouvelle manifestation est prévue le 8 mars.
Comme les lycéens en France, ceux de Guadeloupe ont protesté contre la loi Fillon. Le mardi 22 février ils ont manifesté dans les rues de Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre. Ils ont compris eux aussi que cette réforme vise à limiter les moyens dans l’Education Nationale. Leurs inquiétudes concernant le baccalauréat avec la suppression de certaines options et le remplacement de certaines épreuves par des contrôles continus se justifient. Les moyens font plus cruellement défaut dans les départements d’Outre Mer où les élèves sont confrontés à des retards scolaires plus importants. Cette réforme risque d’accentuer ces retards. Les parents d’élèves et les enseignants ont également réagi et exprimé leurs inquiétudes concernant la baisse du niveau scolaire qui se renforcera avec la loi Fillon.
La Dominique dans l’attente des élections générales
Après la période du carnaval, le pays reste dans l’incertitude quant à la date des élections générales. En principe, celles-ci auraient dû avoir lieu en début d’année, la période de cinq ans étant arrivée à son terme. Depuis les premières élections après l’indépendance de la Dominique (1980), le renouvellement du parlement (et donc du gouvernement) a toujours eu lieu à échéances régulières. Cette fois, le premier ministre Roosevelt SKERRITT a prétendu qu’il attendait que «Dieu lui indique la date des élections ». Finalement, sous la pression de l’opposition, il a déclaré que « Dieu lui avait donné la date», mais qu’il « n’était pas prêt à la révéler » ! A quoi l’opposition a répondu ironiquement qu’il désobéissait même à Dieu.
En fait, le jeune Premier ministre du Labor Party (Parti travailliste) est loin d’être sûr de remporter ces élections. Déjà, il doit sa situation actuelle à deux décès successifs, celui de Rosie DOUGLAS élu en 2000, et mort subitement neuf mois plus tard ; puis celui de Pierre CHARLES en fin 2003, après diverses opérations.
Rosie DOUGLAS, qui fut autrefois un militant proche du castrisme, n’a pas eu le temps de mettre en œuvre sa politique. Mais ses successeurs à la tête du Labor Party, loin de mener une politique sociale, se sont soumis aux conseils du FMI (Fonds Monétaire International) et ont pris des mesures à l’encontre de la population. C’est ainsi que le nombre des fonctionnaires (Civil Servants) a été diminué, leurs salaires bloqués et qu’une politique de privatisation de plusieurs secteurs de la fonction publique a été engagée, notamment chez les travailleurs de la Santé.
Par ailleurs les prix des produits de base et des services (eau, électricité) ainsi que les impôts ont été augmentés. La couverture sociale des salariés est réduite à peu de chose, au point que les gens disent que leur carte de sécurité sociale ne leur sert plus que de carte d’identité. Récemment, un scandale a éclaté à propos de la sécurité sociale. Celle-ci possédait des actions de DOMLEC (compagnie d’électricité de la Dominique) qu’elle a revendues à une banque, mais une partie des actions aurait été vendue à des membres du gouvernement et à leur entourage à des prix préférentiels. Par ailleurs, toujours sur les fonds de la sécu, des actions ont été prises sur la société Marpin (télévision câblée) en commun avec une société américaine. On annonce déjà des licenciements chez Marpin, qui emploie en Dominique plus de 90 salariés. Commentaire des représentants du groupe américain : on a acheté les avoirs de Marpin, pas ses engagements.
Un autre dossier peu clair est celui des relations avec la Chine. Du temps d’Eugénia CHARLES, puis de son successeur et actuel chef de l’opposition Eddison JAMES, la Dominique entretenait des rapports privilégiés avec Taïwan. Le nouveau premier ministre SKERRITT s’est rendu en Chine en 2004, et a rompu les relations avec Taïwan, en échange d’une subvention de 122 millions de dollars US. Là encore, l’opposition réclame des comptes sur l’utilisation de l’argent, et aussi sur les engagements pris par SKERRITT pour obtenir une telle somme. Il reste très évasif sur ces deux points. Un incident a eu lieu en début d’année, lorsque l’ambassadeur de Chine Ye Dabo a exigé du gouvernement qu’il fasse retirer un drapeau taïwanais qu’un particulier avait installé à sa fenêtre, ce qui selon lui est inadmissible car il n’y a qu’une seule Chine. Une bonne partie de la population n’a pas apprécié cette ingérence de l’ambassadeur, concernant un bâtiment privé.
Même si la date des élections n’est pas encore connue, la campagne a largement commencé. Les partisans des deux camps affichent leurs opinions en s’habillant de rouge pour le Dominican Labor Party (au pouvoir), et de bleu pour les tenants de l’United Workers Party (Parti Uni Des Travailleurs, opposition). Lors du dernier carnaval, le calypso qui a remporté le concours s’intitule « the puppet master » qu’on pourrait traduire par « mèt a bwabwa la » « le chef des marionnettes ». Le bwabwa, c’est le premier ministre, et son maître supposé est ASTAPHAN, un avocat membre d’une riche famille d’origine libanaise, conseiller du gouvernement.
On peut dire qu’il y a de fortes chances pour que l’UWP dirigé par Eddison JAMES revienne au pouvoir. Il affirme dans son programme qu’il maintiendra l’emploi dans les services publics (« les gens sont plus importants que le FMI »), mais aussi qu’il rétablira les banques « offshore », qui sont la base des paradis fiscaux et donc favorisent le blanchiment d’argent.
C’est cette crainte d’un retour aux affaires de l’opposition qui incite R. SKERRITT à retarder les élections, sans doute pour finaliser certains projets. De l’argent circule semble-t-il déjà pour acheter certains électeurs influents dans les quartiers ou communes.
Mais ni l’un ni l’autre de ces partis n’offre un réel espoir de vie meilleure pour la population laborieuse de la Dominique. Eddison JAMES, au pouvoir pendant cinq ans de 1995 à 2000, n’a pas au cours de ces 5 ans amélioré le sort des travailleurs et des pauvres. Il l’a d’ailleurs payé à l’époque en perdant (de peu) les élections. Faute de mieux, il apparaît pourtant à beaucoup comme la seule possibilité de changement, face à un gouvernement que sa politique de restrictions et les récentes affaires ont rendu impopulaire.
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