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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 23 avril 2005      N° 923

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À la Une

Éditorial

Guadeloupe
Réunion du Congrès sur l’immigration clandestine. Impuissance et calculs politiciens

Le congrès de Guadeloupe s’est réuni le vendredi 15 avril 2005. Rappelons que le congrès c’est la réunion de deux assemblées départementale et régionale en application de la loi d’orientation pour l’outremer votée sous le gouvernement Jospin.
Tous les débats et interventions ont porté sur le problème de la xénophobie qui fait couler beaucoup de salive en ce moment et «certains» font même circuler une pétition dirigée essentiellement contre les immigrés haïtiens.
Les interventions de plusieurs élus ont insisté sur le fait que ce climat de xénophobie est attisé par certains médias mais ne reposait que sur des rumeurs et des mensonges sur les chiffres des arrivées d’immigrés, sur le nombre d’Haïtiens présents en Guadeloupe! Il n’y a ni vague d’invasion, ni «occupation haïtienne» de la Guadeloupe. En effet, des hommes et femmes politiques dramatisent les situations et mentent effrontément afin de pouvoir créer un climat d’inquiétude. Ils essayent de récupérer les voix d’un certain milieu petit-bourgeois ou déclassé prompt à accuser les Haïtiens de ses difficultés économiques et de ses déceptions dans les affaires.
Mais si les présidents du Conseil régional et du Conseil général ainsi que de nombreux autres conseillers ont bien situé le problème, dénonçant l’oppression et la misère dont ont été victimes Haïti et le peuple haïtien, ils n’ont pu s’empêcher de faire appel à toutes sortes de lois et règlements répressifs qui selon eux permettent d’éviter l’immigration clandestine. Or ce sont justement les barrières légales et le manque d’accueil vis à vis des immigrés arrivant ici qui favorisent la clandestinité, car ils poussent les immigrés à avoir recours aux services d’un certain nombre de passeurs, transporteurs, logeurs, etc. Ces gens profitent de la misère de ceux qui fuient une situation économique et une insécurité devenues insupportables en Haïti et qui les mettent souvent en péril.
Certes le président du Conseil régional a insisté sur la nécessité d’aider au développement d’Haïti tandis que d’autres comme le député Jalton et le député Beaugendre avaient surtout des accents répressifs dans leurs discours. Deux organisations, le PCG et l’UPLG, ont surtout insisté sur l’absence de tout pouvoir des assemblées locales pour «gérer» le problème d’immigration et ils ont appelé à un changement de statut permettant de prendre des décisions localement sans passer par le gouvernement français.
Certes le fait que le congrès se soit tenu sur ces problèmes de l’immigration clandestine et de la xénophobie aura sans doute un effet limitant la marge de manœuvre des margoulins politiques qui exploitent cette situation et espèrent en tirer quelques fruits politiques.
Ces gens, rappelons-le, flattent les idées réactionnaires et extrémistes de droite du milieu qui soutenait Ibo Simon et Raymond Viviès, deux politiciens lepénistes, xénophobes, qui avaient fait du racisme et de la xénophobie leur terrain d’élection. L’un est mort, l’autre est interdit de droits civiques pendant un certain temps. Donc il y a une surenchère menée par certains politiciens, politiciennes pour récupérer à leur profit cet électorat.
Mais l’impression laissée par cette réunion du congrès c’est surtout celle d’un manque d’engagement réel au profit des immigrés haïtiens pour les accueillir dignement, humainement, pour les protéger d’éventuelles menées xénophobes et donc un sentiment d’une certaine impuissance de cette assemblée après plus de cinq heures de débats.
Le Congrès et ses membres ont semblé surtout soucieux de leur image: ne pas apparaître comme complaisants envers la xénophobie, mais ne pas se couper non plus des xénophobes en les assurant qu’il y aurait bien mise en place de mesures répressives!
Pour les immigrés, pauvres gens venus s’échouer sur nos rivages: rien que des bonnes paroles!
C’est aux travailleurs d’avoir l’attitude juste dans cette affaire et de refuser toute caution, toute complaisance envers les menées crapuleuses de quelques excités de la xénophobie, assoiffés de réussite et de postes électoraux. Et en continuant à se battre dans les entreprises pour que les droits sociaux (salaires, protection, etc.) soient intégralement appliqués aux travailleurs immigrés.



Martinique
Montée du mécontement social

Depuis plusieurs semaines, des mouvements de grève se déclenchent un peu partout et dans des secteurs d’activités différents, exigeant la plupart du temps que s’ouvrent des négociations.
La situation est singulière surtout quand on sait que depuis le mouvement de grève générale du 10 mars exigeant l’ouverture des négociations dans tous les secteurs d’activité sur les salaires, le patronat a fait comme à son habitude la sourde oreille!
Il n’empêche que le mécontentement commence à se faire entendre.
La tension monte sur la question sensible du lundi de Pentecôte. Les syndicats enseignants, les syndicats des Collectivités, les Associations de Parents d’élèves également à l’instar des syndicats ouvriers, font des annonces sur le refus de céder sur cette question là, et cela même si le refus des salariés s’exprime isolément pour l’instant.
Par ailleurs des luttes se poursuivent ou émergent. C’est le cas pour les salariés du garage Pérasie en grève depuis plusieurs mois. Ils exigent de Pérasie une meilleure indemnisation plutôt que l’aumône qu’il entend leur faire. Il y a eu ceux de l’ONF avec des actions spectaculaires à la clef (opération molôkoï) réclamant de leur côté une augmentation de leurs primes. Les salariés d’une station service d’essence sollicitent quant à eux la mise en place d’une convention collective de leur secteur d’activité. Les salariés d’Air France ont demandé et obtenu, après s’être mobilisés, la requalification en CDI de plusieurs contrats de travail qui jusque là étaient des CDD. Des ouvriers d’une entreprise du Robert ont bloqué la route nationale durant plusieurs heures pour revendiquer l’ouverture des négociations annuelles obligatoires. Dans le secteur des collectivités territoriales plusieurs mouvements se sont déroulés ces dernières semaines pour exiger la titularisation des emplois précaires qui sont légion dans les Collectivités. Des enseignants du Lycée de Rivière Salée exigent du Recteur un autre traitement de l’emploi dans leur établissement.
Ces mouvements montrent que les travailleurs en ont assez de se voir traiter avec tant de mépris par les patrons et les autorités.
La lutte est le seul langage que comprennent patronat et gouvernement car ces gens n’ont qu’une volonté: museler les travailleurs pour exiger d’eux encore plus de sacrifices que ceux qu’ils acceptent déjà, en utilisant la pression, l’intimidation et la répétition quotidienne des procédures disciplinaires contre les salariés.
Même pour obtenir satisfaction sur des questions concernant des problèmes quotidiens, les salariés comprennent qu’ils ne doivent croire qu’à leurs luttes qu’ils se doivent de construire et renforcer. C’est cette force qui leur sera nécessaire pour faire aboutir leurs revendications.



Guadeloupe
Grève des travailleurs du “Pays de la canne”

Les travailleurs du nouveau site touristique dit «Pays de la canne» de Beauport à Port Louis sont en grève depuis le 1er avril 2005. Ce sont des travailleurs syndiqués à l’UGTG Ils sont salariés de l’Association «DEFI NORD GRANDE TERRE» prestataire de la SEMAG qui gère le site «Pays de la canne». Ils exigent le maintien en contrat à durée indéterminée de tous les travailleurs du «Pays de la Canne».
Ces travailleurs conduisent le petit train et assurent l’entretien du site de la voie ferrée. Ce sont des gens qui ont été embauchés en 2000 en contrats CIA qui ont été transformés depuis en contrats C.E.C. Ce sont eux qui ont mis en valeur le site en défrichant, plantant, créant du coup leurs propres activités.
Aujourd’hui le Président de l’Association, un dénommé Saint Juste Delta, reproche aux salariés des retards et des absences à certaines réunions, il leur reproche de travailler en complément d’heures ailleurs même en dehors de leur temps de travail. Il leur reproche aussi leur refus de travailler sur un petit train sans sécurité. Et c’est tout juste s’il ne leur reproche pas d’être syndiqués à l’UGTG.
Pour l’instant, Delta se tait, la S.E.M.A.G aussi. La communauté des communes du Nord Grande Terre qui a conçu le projet est muette. Il en est de même du Conseil Général propriétaire du site. Finalement tout ce «beau monde» se terre pour le moment.



Martinique
Garage Pérasie: la justice cherche à dégoûter les salariés licenciés

Les salariés avaient saisi la justice pour tenter d’obtenir une expertise des comptes après la mise en liquidation de l’entreprise en janvier 2005. Le mardi 5 avril, le tribunal a rendu sa décision, rejetant la demande des salariés. La raison? Ce n’était pas aux salariés de demander une expertise, mais à l’administrateur judiciaire. Autant dire que ce n’est pas ce dernier, plus pressé de voir cette affaire se terminer et Pérasie mis à l’abri de toute poursuite, qui déposeront une telle demande.
Mais les salariés s’étaient préparés à cette éventualité et ont clairement fait savoir qu’ils n’avaient en rien modifié leurs demandes. Ils continuent de réclamer une enquête sur l’utilisation de l’argent de l’entreprise et un plan social.
Administrateur judiciaire, juges du Tribunal de commerce, le patron Pérasie, tout ce beau monde pensait que cette liquidation passerait comme une lettre à la poste. Mais la détermination des travailleurs leur pose un problème supplémentaire. Et la proposition d’indemnisation de Pérasie de 4000 euros par salarié n’a rien changé. Pour l’heure, les travailleurs continuent d’occuper les locaux en attendant des réponses plus sérieuses à leurs demandes.




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