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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 23 avril 2005      N° 923
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Contre le racket du gouvernement, la mobilisation prend corps

Suite à la canicule qui avait entraîné la mort de 15000 personnes âgées en France en août 2003, le gouvernement a pris une loi dite de solidarité votée en 2004 et censée permettre de dégager des moyens financiers pour venir en aide aux personnes âgées. La solution retenue consiste à faire travailler ceux qui ont un emploi pendant un jour férié, en l’occurrence le lundi de Pentecôte, gratuitement dès cette année 2005.
A l’approche de la date et surtout des déclarations de certains (Douste-Blazy, Breton), l’hostilité est de plus en plus grande contre cette fausse bonne idée, avancée dès juin 2003 par des socialistes de premier plan (Ayrault, maire de Nantes et président des députés socialistes à l’Assemblée nationale, Lebranchu, ex-ministre de la justice). Les personnes âgées ont en effet bon dos, si l’on peut dire. On se retrouverait ainsi dans la situation de la vignette, taxe illégale, mise en place pour soi-disant venir en aide aux personnes âgées, mais qui a alimenté pendant des années le budget général de l’Etat.
Dans l’opération «lundi de Pentecôte», seuls les salariés supporteraient le coût de cette opération: perte d’un jour de congé, allongement de la durée de travail. Et pas les entreprises qui verraient augmenter leurs profits grâce au travail non payé légalement.
Est-ce un hasard si le baron Seillière, du MEDEF a applaudi des deux mains dès le projet connu. Est-ce un hasard si Balladur, celui qui a instauré l’allongement de la durée du travail pour une retraite à taux plein dans le privé a proposé de supprimer deux jours fériés au lieu d’un!
Dans cette période d’attaques générales contre les acquis sociaux qualifiés de privilèges par les classes exploiteuses et leurs représentants gouvernementaux, ces derniers ont recours à toutes sortes de prétextes et d’artifices pour masquer leurs propres responsabilités dans la dégradation de la situation sociale et sanitaire de beaucoup de gens: réduction des crédits alloués aux hôpitaux, exonération de cotisations aux entreprises, refus d’engager une lutte véritable contre le travail au noir et les bas salaires, etc. Et ils entreprennent de culpabiliser les salariés qualifiés d’égoïstes comme l’a fait Breton, le nouveau ministre de l’économie.
Mais de plus en plus, l’arnaque gouvernementale se dévoile et la mobilisation pour mettre en échec ce projet s’organise.
En Martinique, dans l’Education nationale, la quasi totalité des syndicats d’enseignants appellent leurs adhérents à ne pas se rendre dans les établissements scolaires. Et les deux plus importantes associations de parents d’élèves ont d’ores et déjà fait savoir qu’elles demanderaient que les enfants ne soient pas envoyés à l’école ce jour-là. Les syndicats eux aussi appellent à faire grève ce jour là. C’est le cas de la CDMT. La CGTM a déjà lancé l’idée d’un grand «matoutou» le lundi 16.
Ne pas travailler le lundi de Pentecôte est une bonne chose, mais cette action ne serait alors qu’une étape dans le lutte contre la politique anti-sociale de Chirac et de Raffarin. Les travailleurs ont intérêt à se mobiliser pour réclamer le retrait de cette disposition injuste et obliger le gouvernement à aller chercher l’argent là où il est: chez les riches, dans les entreprises qui font des milliards de bénéfice, chez les spéculateurs.



Barbade
Vers la rupture des derniers liens de sujétion coloniale

L’Assemblée de la Barbade a approuvé un texte de loi qui fait de la Cour de Justice Caribéenne la dernière instance en matière d’appel. Jusqu’ici, ce rôle était détenu par le Privy Council britannique, un système issu de l’époque coloniale.
La Barbade, pays indépendant, membre du Commonwealth, est le second Etat après le Guyana à se séparer ainsi de la justice anglaise. Le Guyana avait pris cette décision après l’indépendance, en 1970. En novembre dernier, le Parlement guyanais avait décidé de remplacer sa propre cour d’appel par la cour d’appel caribéenne en tant que dernière instance judiciaire.
Cette séparation juridique de l’ex-puissance coloniale correspond à une tendance actuelle de ces ex-colonies britanniques à recouvrer leur indépendance totale. En effet, bien qu’indépendants, la Barbade comme beaucoup d’autres Etats «anglophones» de la Caraïbe, sont toujours «rattachés à la couronne d’Angleterre». C’est ainsi que, curieusement, la Barbade reste juridiquement une «monarchie constitutionnelle» avec deux chambres, Sénat (21 membres) et Assemblée législative (28 membres). Le pouvoir exécutif est juridiquement, (non en pratique) contrôlé par la Reine d’Angleterre qui est représentée par un Gouverneur général. Owen Arthur, l’actuel premier ministre, a annoncé qu’un référendum serait organisé avant la fin de l’année pour remplacer le système juridiquement «monarchique» par une république parlementaire.
En coupant ainsi peu à peu les derniers liens de sujétion avec l’ex-puissance coloniale, ces politiciens ne prennent aucun risque supplémentaire en fait, par rapport à la situation précédente. Ces démarches ne changeront pas grand-chose à la vie quotidienne des Barbadiens. Par contre Owen comme d’autres politiciens officiels des ex-colonies britanniques qui caressent le même projet tentent d’apparaître à bon compte comme les défenseurs de la «dignité» et de «l’indépendance» de leur peuple en flattant les sentiments nationaux d’une partie de la population.
Quant à l’impérialisme britannique qui, après avoir pillé ces pays et s’être en partie constitué par l’exploitation des esclaves noirs, ayant fait si peu ensuite pour le développement de ses ex-colonies, il joue le jeu de ces équipes dirigeantes caribéennes qu’il contrôle politiquement. Il leur accorde volontiers «l’auréole» qu’ils cherchent et s’appuie sur eux pour asseoir leur contrôle sur leur peuple et contenir ainsi tout mécontentement social éventuel.
Cette «indépendance» n’empêchera pas non plus l’impérialisme nord-américain d’utiliser nombre de ces dirigeants caribéens comme auxiliaires quand il en aura besoin, comme il l’a fait pour l’invasion de la Grenade en 1983.



Dominique
A l’approche des élections générales

Le Premier ministre Roosevelt Skerrit a annoncé la date des prochaines élections: elles auront lieu le 5 mai prochain. Depuis l'indépendance du pays en 1980, les élections ont eu lieu de manière régulière, tous les 5 ans. Mais cette fois, il a fallu attendre près de deux mois pour que le chef du gouvernement accepte d'en informer la population. Bien qu'il se dise confiant dans la victoire de son parti, il semble plutôt que ce retard est dû à la crainte d'un retour au pouvoir de l'opposition. Ce délai a pu permettre à Skerrit de mieux s'organiser sur le terrain. Mais sa politique est impopulaire: sous le prétexte de "sauver le pays d'une totale ruine", il a mené une politique d'austérité, bloquant les salaires de fonctionnaires, réduisant leur nombre, et privatisant plusieurs secteurs, en particulier dans la Santé. La population a vu les impôts augmenter, ainsi que le prix des denrées de première nécessité. Elle s'est donc encore appauvrie, alors que sa couverture sociale était toujours plus réduite.
Dans ce contexte, l'opposition, conduite par Eddison James, a des chances de l'emporter. Ce dernier a déjà été chef du gouvernement, pendant 5 ans, de 1995 à 2000. Il avait perdu de peu les élections au profit de l'actuel Premier ministre car sa politique avait déçu la population. S'il remporte les nouvelles élections, il ne fera sans doute pas mieux qu'il ne l'avait fait auparavant, mais il apparaît, faute de mieux aux yeux d’une partie de la population, comme la seule possibilité de changement par rapport à la politique de Skerrit, tout aussi décevante.
D’où la nécessité en Dominique comme ailleurs de la création d’un parti ouvrier révolutionnaire représentant réellement les intérêts des travailleurs et de l’ensemble des pauvres.



Haïti
Les affaires continuent pour les capitalistes sous la surveillance de “minustah”

Vendredi 15 avril, le premier ministre Gérard Latortue a demandé au Conseil de sécurité de renouveler le mandat du contingent de casques bleus de l’ONU, la MINUSTAH, (mission de l’ONU) pour un an. La fin de leur mandat est prévue pour le 1er juin prochain.
Des représentants du Conseil de sécurité de l’ONU après une visite de quatre jours dans le pays, ont conclu que des «mesures additionnelles seraient nécessaires pour assurer un environnement stable pour le processus politique et constitutionnel d'Haïti.» Autrement dit, augmenter le nombre de militaires au service du gouvernement pour assurer son but principal: les élections. Le gouvernement a maintenu les dates des élections municipales, parlementaires et présidentielles pour les 9 octobre, 13 novembre et 18 décembre prochains.
Ainsi en plus des 6000 Casques bleus présents, quelques 3600 «assistants électoraux» haïtiens, ainsi que la police du pays, devraient être mobilisés afin de renforcer la sécurité et permettre au Premier ministre de dire qu’il a réalisé son contrat.
En attendant les forces de la police haïtienne et les soldats de l'ONU ont répliqué au meurtre d’un soldat philippin tué par des chimères à Cité Soleil. Vendredi 15 avril ils ont attaqué les hommes de Dread Wilmer, chef chimère retranché dans le bidonville, une dizaine d'hommes armés ont été tués lors de cette opération dans le bidonville de Cité Soleil, qui a mobilisé des dizaines de policiers haïtiens et environ 160 casques bleus jordaniens ; deux policiers ont été blessés. Faut-il donc que les soldats de l’ONU soient tués pour que les troupes de l’ONU s’en prennent sérieusement aux bandes armées? Ils ne sont pas si prompts à protéger la population, pourtant sans arrêt sous la menace et les meurtres des chimères.
Alors que les pauvres sont sous les balles dans les quartiers populaires, la Chambre de commerce et de l’industrie d’Haïti a inauguré ses nouveaux locaux à la Cité de l’exposition à Port-au-Prince le vendredi 15 avril. Ces travaux ont été réalisés grâce à une aide financière de cent mille dollars américains du gouvernement de Taïwan.
En cette occasion, le président de la Chambre, Réginald Boulos, a fixé les nouveaux objectifs de l'institution: «une vision moderne au sein du secteur privé, de la défense des intérêts du secteur des affaires par l'élaboration de législations favorables à son épanouissement». Réginald Boulos parle aussi de «favoriser la croissance des entreprises haïtiennes, d'encourager les entreprises à travailler dans un cadre légal et fiscal équitable basé sur l'innovation, la compétitivité et la productivité, de concert avec le gouvernement». Ce sont beaucoup de paroles pour dire que les patrons haïtiens doivent pressurer encore plus les travailleurs qui sont exploités dans les entreprises de textiles ou de transformation dans la zone industrielle ou dans la zone franche.
Les capitalistes haïtiens génèrent leurs profits avec le soutien des capitalistes des pays amis d’Haïti en exploitant la misère qui accule les pauvres, «les djobeurs», les paysans sans terre à se transformer en boat-people.



France
Le gouvernement utilise le langage de la force pour faire reculer le mouvement lycéen

De nombreux lycéens continuent de manifester à Paris et dans certaines villes. Ils occupent des établissements et participent à des manifestations. Le ministre de l’Education François Fillon a finalement reçu une délégation de lycéens, mais cette rencontre n’a rien donné. Il n’est pas revenu sur la réforme qui a été votée. Le seul langage du gouvernement est celui de la force. Plusieurs interventions des forces de police parfois extrêmement brutales ont eu lieu devant les lycées et au cours des manifestations. Le gouvernement réprime pour faire taire ceux qui continuent de protester d’autant que le mouvement marque le pas et touche une minorité d’établissements. Avec l’approche du baccalauréat la contestation s’est affaiblie. Mais le mécontentement demeure latent et risque de rebondir car la réforme sera appliquée dès la rentrée scolaire.




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