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À la Une
ÉditorialAbstention aux Antilles pour le référendum sur la Constitution Européenne
En ce moment, les médias nous parlent beaucoup du prochain référendum. Les ténors de droite ou de gauche défilent pour ratisser quelques suffrages. Ici ce n’est pourtant pas la préoccupation de la majorité de la population laborieuse et nous savons bien que lors de toutes les élections qui concernaient l’Europe il y avait plus de 80% d’abstention.
Alors ce n’est pas à nous, à Combat Ouvrier, d’aller mobiliser des électeurs pour les convaincre de participer au prochain référendum, pour ratifier ou cautionner une constitution conforme aux intérêts des grands possédants. Les patrons, comme ceux du MEDEF que nous avons vus à l’œuvre lors des récentes grèves, ne veulent qu’une chose, revenir le plus en arrière possible sur ce que les travailleurs ont gagné dans les luttes passées. Et l’Europe qu’ils veulent, c’est celle du rabais social pour tous. Ces gens là veulent supprimer les quelques droits des travailleurs et les quelques lois favorables aux femmes, non seulement au niveau de la France mais au niveau de toute l’Europe!
En quoi cette Constitution peut-elle être favorable aux travailleurs en Europe comme aux Antilles? Il s’agit d’un texte qui non seulement présente le système capitaliste comme le meilleur, voire le seul possible, mais qui ne cherche absolument pas à tirer vers le haut les pays où les conditions d’existence des travailleurs sont les moins bonnes, où les libertés démocratiques sont les plus réduites.
Elle ne dit rien qui soit un progrès sur une éventuelle lutte contre le chômage qui affecte les travailleurs, ni sur un salaire minimum commun basé sur le SMIC le plus élevé en Europe, ni sur la limitation des horaires de travail, ni sur les systèmes de santé ou de retraites. Rien non plus sur le droit à l’IVG pour les femmes dans les pays où il n’est même pas reconnu. Alors nous comprenons donc parfaitement l’attitude des classes populaires des Antilles qui ne se sentent pas obligées de participer à une élection qui concerne la mise en place d’une constitution régulant les rapports des Etats dans une Europe contrôlée par les grands capitalistes.
Nous ici, nous sommes des descendants d’un peuple qu’on n’a jamais consulté pour quoi que ce soit d'important concernant son sort, depuis des siècles, nos ancêtres ont été conduits ici par la force, enchaînés, malmenés, brutalisés, fouettés pendant trois siècles. D’autres ont été «importés» d’Inde ou d’Afrique, après l’abolition de l’esclavage dans des conditions inhumaines, pour les besoins des plantations des capitalistes. Puis on nous a attribué la citoyenneté française, on nous a ensuite «départementalisés», «régionalisés», «européanisés», au gré de la politique de l’Etat français.
Alors, on peut comprendre que la majorité des Guadeloupéens et Martiniquais ne se sentent aucune obligation envers certaines élections, européennes ou pas, et moins encore lorsqu’il s’agit d’un référendum sur un texte qui masque les réalités de leur situation!
Cependant, nous sommes solidaires des camarades vivant en France, des organisations ouvrières et révolutionnaires qui appellent à voter NON pour ce référendum en France. Ce sera l’occasion, pour les travailleurs de France, antillais, français ou autres, d’infliger une nouvelle gifle au pouvoir en place et d’apporter une condamnation massive contre toutes les attaques menées contre les travailleurs depuis plusieurs années: retraites, décentralisation des fonctionnaires, diminution des services publics, etc.
Mais en Martinique et en Guadeloupe, une abstention massive localement, tournant autour des 70 à 80 %, sera aussi un vrai désaveu et une condamnation du gouvernement en place.
De toute façon, OUI, NON ou ABSTENTION, cela n’aura pas une grande influence sur notre situation! Les grands trusts qui dominent l’Europe et aussi les Antilles, ne soumettent pas leur pouvoir, ni même la façon dont ils l’exercent aux suffrages populaires. Ce qui va peser pour l’avenir, pour notre avenir, pour améliorer notre situation, pour protéger nos intérêts, ce sont les luttes que nous serons capables de mener, ce sont les manifestations, les grèves, les démonstrations de force que nous serons capables d’organiser.
Martinique
Subventions et fermeture d’entreprise
Il y a deux semaines, l’habitation DESFORT à Trinité était liquidée et 33 salariés jetés à la rue. Dans la même période, les planteurs de banane obtenaient les 32 millions d’euros qu’ils réclamaient de l’Europe et du gouvernement. On aurait pu penser que les difficultés de la banane étaient terminées. En réalité, il n’en est rien ; ces messieurs –dames ont plus d’un tour dans leur sac et le scénario mis en place est semblable aux feuilletons télévisés qui se prolongent à l’infini.
Selon Eric De Lucy, cette somme représente le complément d’aide au titre de l’année 2004 qui permet aux planteurs de percevoir l’intégralité de la recette forfaitaire de référence.
Sur l’année 2004, les planteurs ont reçu plus de 110 millions d’euros de subventions soit plus de 726 millions de francs. Ces sommes proviennent de l’Europe mais aussi de l’état, Conseil Régional, services prévention de la sécurité sociale au titre de renouvellement du matériel pour l’amélioration des conditions de travail et de la sécurité.
Toutes ces sommes sont affectées à l’amélioration des rendements de l’entreprise et des profits.
Sur les 31 millions d’euros obtenus par les planteurs dans le cadre de leur contrat de progrès, 10,8 millions d’euros sont affectés à des programmes marketing réalisés par des agences publicitaires européennes. Dans la foulée l’union des groupements et Karubana (groupement de Guadeloupe) ouvrent de nouveaux bureaux à Rungis.
Au cours de ce mois d’avril, l’union a entamé de nouvelles négociations avec les compagnies de transport CMA, CGM, MAERSH, sur le fret maritime et s’engage par avance à plus de transparence et donc à la communication des accords à tous ses adhérents.
Dans tout cela, les ouvriers sont totalement oubliés et la visite de la ministre de l’outre-mer pour le soutien au oui à la constitution européenne, mais aussi pour présenter le succès de sa démarche en faveur des planteurs l’a bien montré. Tous ces gens, à aucun moment, n’ont parlé des ouvriers alors qu’ils se trouvaient au Lorrain dans le Nord atlantique où il y a eu plus de 200 licenciés depuis janvier 2005.
L’état soutient à fond les gros planteurs qui contrôlent aujourd’hui toute la filière. Ainsi aucun contrôle n’est fait sur l’utilisation des subventions, le secteur de la banane est un secteur confidentiel en Martinique. Personne ne peut donner de chiffres fiables sur le nombre de salariés, sur le nombre de plantations sur l’endettement etc. Et l’état malgré tous ses moyens se garde bien de mettre de l’ordre et de la clarté dans tout cela.
Ainsi l’union des groupements dirigés par les gros planteurs et les békés les plus puissants est la direction politique financière et décisionnelle à côté de laquelle se trouve BANAMART, fusion des ex groupements Gipam et Sicabam avec comme Président Ferdinand Clerence et vice-président Christian Prudent qui sont des petits planteurs. En fait des fantoches pour donner une allure populaire à la chose! Un directeur général commun aux deux organismes assure la liaison.
La restructuration n’est pas terminée. Certains planteurs se rendent en Australie qui s’est lancée à grande échelle dans la production de banane sur des milliers d’hectares avec des hangars automatisés, pour y découvrir de nouvelles méthodes d’exploitation afin d’augmenter les rendements et baisser les salaires.
Près de 500 nouveaux licenciements sont prévus par rapport aux entreprises déjà en redressement ou qui ne paient pas les salaires régulièrement.
Il y a pourtant de l’argent dans ce secteur, les ouvriers doivent se préparer à une lutte rude pour exiger des emplois et pour que des mesures exceptionnelles soient mises en place pour effacer la catastrophe des licenciements qui les touchent. Il faut exiger, par la lutte, la réembauche de tous les licenciés grâce à l’argent public qui a été si généreusement distribué surtout aux gros planteurs.
Refusons le travail obligatoire du lundi de Pentecôte
La grogne monte au sujet du travail forcé du lundi de Pentecôte. La plupart des organisations syndicales en France lancent des appels à la grève ce jour là. La CFTC a même déposé un recours devant le Conseil d’Etat car elle juge cette loi inégale puisque seuls les salariés sont invités à travailler gratuitement un jour férié. Le recours a été rejeté. Certaines organisations de parents d’élèves comme la FCPE demandent de ne pas envoyer les enfants à l’école puisque de toute façon ils ne produisent aucune richesse.
Le gouvernement lance toute une campagne de communication pour faire croire que c’est le travail du lundi de Pentecôte qui permettra d’aider les personnes âgées et handicapées, qu’il faut être solidaire, etc. Mais n’oublions pas qu’au départ c’est la canicule de l’été 2003 où plus de 15 000 personnes âgées ont trouvé la mort qui est à l’origine de cette décision de Raffarin de faire les salariés travailler un jour férié, alors que le gouvernement porte l’entière responsabilité de cette catastrophe.
En réalité il s’agit d’une véritable arnaque car une infime partie des profits (0,3 %) est reversée à l’Etat et ce sont encore les patrons les grands gagnants de cette opération puisqu’ils conservent les profits de cette journée. C’est de plus une attaque en règle contre les 35 heures car il s’agit d’allonger la durée du travail. Si les travailleurs acceptent sans réagir, ces messieurs ne se contenteront pas d’un seul jour férié, mais proposeront de supprimer d’autres jours.
En Guadeloupe et en Martinique, la plupart des organisations syndicales appellent l’ensemble des travailleurs à ne pas travailler le lundi de pentecôte soit certaines appellent à la grève soit d’autres appellent à la «désobéissance civique» et au boycott. Ces appels s’adressent tant aux salariés de la fonction publique qu’à ceux du secteur privé. Certains syndicats, comme la CGTG, ont aussi déposé un préavis de grève et profitent pour mettre en avant des revendications.
Il faut faire ravaler à Raffarin son projet d’allonger la durée du travail par une prétendue journée de «solidarité».
Les travailleurs doivent massivement répondre à l’appel des organisations syndicales et refuser d’aller travailler le 16 mai, pour le seul profit des patrons. Ce qui n’a rien à voir avec la solidarité envers les personnes âgées.
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