|
Sommaire > Page précédente > Accueil > Archives > e-mail
Page 4
HAÏTI
La population laborieuse ne peut compter que sur sa force organisée
Mercredi 25, les chimères, supporters d’Aristide, manifestaient dans la zone de Bourdon demandant de nouveau son retour. Lors d’un échange de tirs entre les chimères et les casques bleus de la Minustah, 5 manifestants ont été tués. Ils sont morts au nom du retour d’Aristide.
Aristide est parti depuis plus d’un an et il y a toujours une fraction de la population pauvre qui regrette son départ, elle espérait toujours qu’il aurait fait quelque chose pour eux, qu’il aurait amélioré son sort.
Malgré le pillage des caisses de l’Etat effectué par son dernier gouvernement, il restait encore à Aristide bon nombre de partisans dans la population pauvre. Malgré les chimères qui rançonnaient les quartiers populaires, certains habitants croyaient encore en la bonne foi d’Aristide.
Mais ce qui reste de l’énorme crédit qu’il avait dans la population n’est plus qu’une caricature, un groupe d’hommes armés qui imposent leur loi à certains quartiers pauvres de la capitale. Ce qui reste surtout c’est la démobilisation de la population pauvre. Aristide et les politiciens qui l’entouraient, ceux qui ont surfé sur la vague de son succès et se sont fait un nom dans la politique, n’ont jamais permis aux travailleurs de s’organiser eux-mêmes pour défendre leur propres intérêts.
Aucun de ces hommes et femmes politiques qui se disaient défenseurs des intérêts populaires, n’a mis en place les instruments, les organisations qui auraient pu permettre aux ouvriers, aux djobeurs, aux chômeurs, d’unir leurs forces comme exploités pour faire face aux patrons aux banquiers, aux possédants, afin de lutter pour changer leur sort eux-mêmes.
Ce qui les intéressait, c’était l’exercice d’un pouvoir fantoche et la possibilité minable, pour la plupart d’entre eux, de se faire une situation personnelle ou de l’améliorer. Loin d’aider les masses pauvres à changer leur sort, Aristide et les dirigeants Lavalasse ont au contraire mis au service des possédants leur crédit auprès de la population. Ils ont tout fait pour démobiliser les masses pauvres et ont trahi les espoirs qu’elles avaient mis en eux. Cette démoralisation a finalement laissé Lavalasse seule face à ces ennemis, avec les seuls chimères comme défenseurs.
Aristide parti, la population pauvre ne peut se réjouir non plus, les politiciens qui sont en place rappellent pour beaucoup les pires souvenirs. Ce sont des ennemis ouverts des classes exploitées qui sont au pouvoir: des ex-macoutes, des militaires ou des politiciens compromis avec les dictatures précédentes.
Ils ont beau changer les sigles, les noms de leurs organisations politiques, en faisant des fusions, comme ces prétendus «socialistes» qui viennent de se regrouper en un parti, cela ne cache pas le fait qu’ils sont prêts à justifier toutes les répressions de la police de même que les exactions des patrons d’entreprises. Aucun d’entre eux ne défend les intérêts des travailleurs.
Cette semaine, le prix du carburant a augmenté et les prix des transports publics a augmenté aussi, des altercations nombreuses se sont produites entre les ouvriers qui allaient au travail sur la zone industrielle et les chauffeurs. Comme les salaires des ouvriers n’augmentent pas le prix du trajet vient augmenter les dépenses de ce maigre budget.
Personne ne se soucie de l’opinion et du sort de ces travailleurs exploités cherchant un moyen de se faire respecter. Ni de tous ces pauvres, déclassés, sans emplois, jetés dans la misère et en recherche permanente d’expédients pour survivre.
Ce ne sont évidemment pas les chimères pro-Aristide, qui veulent surtout envenimer la situation pour bien montrer que sans Aristide le calme ne peut revenir, qui aideront les travailleurs. Pas plus que les politiciens actuels qui ont les yeux braqués vers d’hypothétiques élections en octobre. Et encore moins les militaires internationaux qui ont pour mission de mettre en place un gouvernement pour défendre les intérêts de la bourgeoisie locale.
Il reste aux travailleurs à chercher et trouver des solutions pour répondre aux mauvais coups des patrons, aux augmentations des prix, aux révocations, aux salaires de misère, à l’insécurité. C’est, loin des gesticulations impuissantes et grotesques des politiciens, avec leurs élections bidons, la seule façon de sortir du bourbier actuel créé et entretenu par la politique des classes dirigeantes haïtiennes, poussées sur le devant de la scène par leurs maîtres impérialistes. C’est la seule voie de salut pour les classes pauvres.
Martinique
Licenciements dans la banane: administration et reclassement
Aujourd’hui l’administration avance le chiffre de 700 ouvriers licenciés dans la banane. Ce chiffre est faux. Sont ainsi comptabilisés les salariés qui sont passés dans les procédures de redressement et de liquidations. Ne sont pas comptabilisés les pré-retraites, les ouvriers qui ont quitté les entreprises parce qu’ils n’étaient pas payés, les salariés qui se sont retrouvés sans employeur donc jetés à la rue de fait.
L’administration fait tout pour minimiser la catastrophe réelle qui touche les ouvriers et préfère chanter en chœur le refrain de la crise de la banane.
Il y aurait entre 800 et plus de 1000 licenciés.
La cellule de reclassement mise en place pour les ouvriers d’Agriban a pris fin Elle concernait 123 salariés des exploitations Desgazons, Grand-Réduit, Château-Gaillard au Morne Rouge et Petit Galion à Trinité licenciés au mois de juillet 2004, auxquels s’ajoutent les salariés de Saint Michel (15) et de la SAEI (14). A la place, une «société-conseil» va accompagner, pendant un mois et demi, 63 personnes en reconversion professionnelle (stages conventionnées par la région débouchant sur un emploi).
Sur 134 ouvriers adhérents à la cellule, 7 personnes ont retrouvé un emploi!
En réalité la dite société-conseil a joué et continue à jouer un rôle qu’on pourrait qualifier d’un terme à la mode de «soutien psychologique» et maintient l’espoir auprès de la grande partie des ouvriers adhérents à cette cellule. Comme on dit «l’espoir fait vivre», mais un réel emploi encore plus!
L’administration, pleines de principes et de procédures, a montré son insuffisance à tous les niveaux par son refus de mettre en place les mesures exceptionnelles préconisées par le syndicat CGTM de l’agriculture dans un document intitulé «contrat de progrès social». Sous les termes de «transfert de compétences et de mobilité» l’administration dit que les ouvriers doivent répondre à toutes offres d’emplois. Mais les ouvriers jugent, selon le principe gain-perte, que les offres qui leur sont en général proposées aggravent leur situation. Quand toutefois il y en a!
Quant aux élus de la Communauté des communes du nord, qui regroupent 18 communes de Grand Rivière à Case Pilote, donc tout le nord-atlantique et le nord-caraïbes ils sont tout aussi impuissants et peu intéressés ou peu enthousiastes à utiliser tous les outils qu’ils ont en main pour venir en aide aux ouvriers agricoles licenciés de leur propre commune.Certains ont même feint d’ignorer l’ampleur des licenciements.
Devant la nouvelle vague de licenciement qui vient l’administration et les élus ont l’intention de continuer sur la même voie.
Ce n’est pas l’argent qui manque, vu la somme importante consentie récemment aux gros planteurs, par l’Europe et par le gouvernement! Les ouvriers de la banane devront se mobiliser pour faire entendre leur voix, s’ils veulent que l’administration et les élus utilisent les moyens et les ressources qu’ils ont à leur disposition en faveur des ouvriers, comme ils ont su le faire pour aider les planteurs.
TOGO
Manifestations violentes contre des élections présidentielles frauduleuses
En février dernier, des manifestations de grande ampleur ont eu lieu à Lomé, capitale du Togo, pour protester contre l’installation au pouvoir par un coup de force militaire de Faure Gnassingbé, l’un des fils du défunt dictateur. En effet après le décès du dictateur togolais Gnassingbé Eyadéma le 5 février, Faure Gnassingbé a été désigné par l’armée pour lui succéder et a été investi le 7 février, après que son accession au pouvoir ait été avalisée par des députés grâce à une modification expresse de la constitution.
La communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) annonça alors qu’elle imposerait des sanctions au Togo, elle fut suivie par l’Union européenne et par le département d’état américain.
Mais si la communauté internationale fit des déclarations contre ce coup d’état, ce n’était pas pour porter un soutien aux milliers de manifestants qui défilèrent dans les rues de Lomé, ni pour protester contre les tirs des militaires qui ont déjà tué plusieurs manifestants, mais pour s’assurer que des formes dites «démocratiques» seraient respectées. Une façon de dire au nouveau dictateur en herbe qu’il n’était pas seul maître à bord!
Des élections furent alors organisées pour donner satisfaction aux diverses instances internationales. Mais là encore, cela provoqua d’importantes manifestations et mêmes des émeutes contre les énormes fraudes commises durant les élections. Faure G. fut donc proclamé président élu, avec toujours l’armée derrière lui. Mais depuis lors la situation a continué à se dégrader et des groupes armés se seraient même formés ou seraient en passe de l’être.
Pour l’instant, le gouvernement français, dont le Togo est une des chasses gardées en Afrique, nie avoir l’intention d’y intervenir. A moins que les vies des ressortissants français soient mises en danger: air connu! En fait, le gouvernement français verra quoi faire si la situation devenait incontrôlable pour les sbires de Faure G., le nouveau président «auto-proclamé» puis «auto-élu»… par l’armée.
Il y a 60 ans, les femmes ont voté pour la première fois en France, mais les inégalités subsistent
C’est le 29 avril 1945, il y a donc 60 ans, que les femmes en France ont pu voter pour la première fois. L’ordonnance qui leur conférait ce droit avait été signée par de Gaulle le 21 avril 1944, à Alger.
La France a été en la matière un des pays développés les plus retardataires. En Nouvelle Zélande, les femmes votaient depuis 1893, en Australie depuis 1902. Au Canada et en URSS, elles ont obtenu ce droit en 1917. Les femmes turques ont obtenu le droit de vote 10 ans avant les femmes françaises. Au lendemain de la guerre, plusieurs pays d’Europe l’ont accordé. Cela faisait suite aux manifestations et aux actions des suffragettes, depuis le début du siècle.
La révolution française leur avait refusé ce droit malgré la part active que les femmes avaient prise au renversement de la monarchie. En 1795, elles se virent même interdire tout rassemblement à plus de 5 dans la rue et, bien sûr, toute forme de réunion. C’est la version féminine de la loi Le Chapelier, qui interdisait la même chose aux ouvriers.
Après ce premier vote des femmes, beaucoup d’inégalités des plus criantes ont subsisté: par exemple ce n’est qu’en 1965 que les femmes ont obtenu le droit d’exercer une profession sans l’accord de leur mari.
Dans le domaine politique, la parité a été instaurée en 2000: les listes de candidats pour les élections au scrutin proportionnel doivent comporter un nombre égal de femmes et d’hommes. Cependant, au niveau dirigeant des partis, on trouve encore beaucoup plus d’hommes que de femmes. De même au niveau des élus. A l’assemblée nationale, il n’y a que 12% de femmes.
Mais c’est dans le domaine du travail que l’inégalité entre hommes et femmes se fait le plus durement sentir pour les femmes de la classe ouvrière. Le montant des salaires de femmes est de 20% inférieur à celui des hommes, selon les chiffres de l’INSEE. Il faut ajouter à cela que six fois plus de femmes que d’hommes travaillent à temps partiel, qu’il soit imposé par le patron ou par des nécessités familiales, car l’éducation des enfants et le travail domestique restent encore en grande majorité réservés aux femmes et ne sont pas reconnus comme travail. Les femmes touchent les salaires les plus bas: parmi les 10% de personnes les moins bien payées en France, il y a 80% de femmes.
Ces inégalités au niveau du travail et des salaires se répercutent bien entendu sur les retraites: en 2001, la retraite des femmes s’élevait en moyenne à 848 contre 1461 euros pour les hommes.
Ainsi, même si les femmes ont le droit de vote, qu’elles ont obtenu par leurs luttes, si elles ont pu arracher l’égalité dans la loi, dans les faits, les femmes travailleuses sont encore moins bien loties que les hommes dans la société capitaliste. Elles sont encore plus exploitées que leurs camarades masculins. L’égalité réelle entre hommes et femmes passe par la lutte pour l’égalité de tous: la lutte pour renverser la société capitaliste.
|