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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 4 juin 2005      N° 925

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À la Une

Éditorial

La gifle donnée au gouvernement ne suffira pas: que notre mécontentement éclate dans les entreprises et dans la rue!

En fin de compte, ce sont plus de 462 000 électeurs des Antilles dites «françaises» qui ont rejeté le référendum en votant Non ou en s’abstenant massivement. Ces chiffres montrent qu’une écrasante majorité de la population a refusé de cautionner l’opération politique de Chirac, Raffarin et cie. C’est aussi un désaveu de leur politique et l’expression d’une méfiance et d’un mécontentement importants dans la population contre tout ce qu’ils lui font subir depuis des années. En particulier les couches laborieuses n’attendent rien de bon de ce gouvernement. Celui-ci a perdu tout crédit dans la population. Cependant, même si Chirac vient de changer de Premier ministre, cela ne changera rien à ces attaques contre les couches laborieuses et pauvres et pour deux raisons.
D’abord, quand on entend ce que déclarent les Sarkozy, Villepin ou tous autres caciques de l’UMP ou du centre qui sont susceptibles de revenir, on se rend compte que ces gens là ne renient en rien leur prétendue politique de «réformes». Ils affirment même qu’il faut les accentuer et les accélérer. Autrement dit: casser plus vite la Sécurité sociale, détruire plus fort et plus vite les services publics, privatiser donc plus vite, donner plus d’argent au patronat, installer plus largement la précarité! L’arrogance de ces gens de droite est sans borne! Mais les politiciens de gauche se gardent bien de s’inscrire clairement et fermement contre une telle politique. Ils tiennent volontairement un langage flou, dénonçant le dit «populisme» de ceux qui ont appelé à voter non. Certains disent même, sans fard, «qu’il ne faut pas défendre des choses que nous ne ferons pas au gouvernement». Autrement dit, la gauche socialiste ne veut surtout pas s’engager dans une politique remettant en cause les choix et décisions économiques actuelles. Ils veulent revenir au pouvoir en exploitant éventuellement un ras-le-bol général, mais sans revendications sociales précises. Ils ne veulent surtout pas s’appuyer sur une montée de masses travailleuses en colère, exprimant des revendications économiques bien précises contre la politique économique et sociale du gouvernement actuel et contre les agissements anti-ouvriers du patronat.
Ensuite, cela ne changera rien pour la simple raison que ce sont les patrons qui attaquent le niveau des travailleurs et entretiennent et le chômage et la précarité. Ce ne sont pas les ministres, quels qu’ils soient, fidèles serviteurs des intérêts bourgeois, qui pourront obliger les patrons à changer d’attitude. Ceux-ci n’agissent qu’en fonction de leurs intérêts et donc en rapport avec les profits escomptés. Y compris même si cela provoque difficultés, précarité et misère pour de larges couches de la population.
Rien ne changera pour la population laborieuse par de simples changements politiques à la tête du gouvernement (Premier ministre nouveau) ou à la tête de l’Etat (présidentielles). Les partis politiques et les notables de tous bords ont intérêt, qu’ils soient de droite, du centre ou de gauche à cultiver de telles illusions ou simplement le goût de discutailler ce genre de chose: «Sarkozy est-ce mieux que Villepin, ou que Raffarin ou que Chirac, etc.) Et si Fabius revenait… et Jospin!». Bon! Mais tout cela on l’a déjà vu et revu, expérimenté. Toutes les politiques ont déjà été expérimentées depuis 1981! Et à tour de rôle, ces gens de droite, de gauche ou du centre ont fait la même politique.
Il ne faut rien attendre des prochaines élections législatives, présidentielles ou autres! Les élections se suivent, les politiciens défilent au pouvoir de gauche ou de droite ; et on ne voit ensuite que des mesures gouvernementales contre les travailleurs, contre leurs intérêts. Tandis que le patronat, tout à son aise, bénéficiant de tous les soutiens, de toutes les mesures prises par les gouvernants, de l’argent public qui lui est distribué massivement, continue à nous écraser et à nous réduire à la précarité et même à la misère pour un grand nombre de gens des classes laborieuses.
Alors aujourd’hui, s’il y a une chose dont les travailleurs doivent se convaincre, c’est que la gifle donnée au gouvernement dans l’urne, lors de ce referendum, ne servira à quelque chose que si cela les encourage à s’engager dans des luttes de plus en plus larges, de plus en plus profondes.



Le “NON” est une gifle, mais il faudra un juin 36 ou un mai 68

Comme il était attendu et espéré dans les milieux populaires, le "non" a été largement majoritaire au référendum. Et les résultats par ville ne laissent aucun doute: ce sont surtout les villes ouvrières qui ont rejeté aussi bien la Constitution européenne que ceux qui l'ont proposée et défendue, à commencer par Chirac.
De toute façon, les deux étaient intimement liés tant Chirac, Raffarin, Sarkozy se sont engagés dans la campagne pour le "oui". Le gouvernement mène depuis trois ans une politique particulièrement rétrograde et anti-ouvrière. Ce n'est que justice que la Constitution qu'il patronne comme sa politique soient rejetées.
Ce n'est que justice également que la direction du Parti socialiste porte le discrédit d'un alignement total sur la politique de la droite et de ses chefs de file. Une partie de l'électorat socialiste lui-même a trouvé difficile à avaler qu'après l'avoir appelé à voter pour Chirac en 2002, la direction du Parti socialiste remette le couvert une fois de plus.
Du côté des dirigeants, la victoire du "non" se traduit déjà par la multiplication des manoeuvres politiques. A droite, Sarkozy contre Chirac, à gauche, Fabius contre Hollande, sans parler des autres.
Et qu'en est-il pour les travailleurs? Le soir même du référendum, il y a eu la satisfaction de voir à la télévision la tête déconfite des dirigeants politiques et d'entendre leurs explications emberlificotées. Le PCF mis à part, les dirigeants de tous les grands partis ayant appelé à voter "oui", le désaveu a été infligé à tous ceux qui gouvernent aujourd'hui, comme aux socialistes qui gouvernaient il y a trois ans et qui espèrent gouverner demain.
Ce désaveu pour ces dirigeants politiques ne changera cependant pas en lui-même la situation sociale. Les licenciements et les fermetures d'entreprises continueront tant que les possesseurs de capitaux auront des raisons de penser que c'est un moyen d'augmenter leurs profits. Le pouvoir d'achat des salariés continuera de baisser et la précarité de s'aggraver. Que Chirac décide de changer de Premier ministre, seuls changeront les discours, pas la politique anti-ouvrière. Ils trouveront même le moyen de rejeter sur l'électorat populaire et sur le "non" la responsabilité des mesures d'austérité pour les salariés.
Le ministre de l'Economie, Thierry Breton, a commencé le soir même du référendum en parlant de la difficulté accrue de sa tâche dans les instances européennes. Comme si l'électorat populaire avait des raisons de faciliter son travail de représentant des intérêts patronaux!
Pour Marie-George Buffet, la victoire du "non" se situe "dans la dynamique de rassemblement populaire qui évoque les grands moments du Front populaire ou de mai 68". Pour elle, en juin 36, l'entente des partis de gauche était identique à la vague de grèves et aux occupations d'usines qui ont fait trembler le grand patronat. Mais le gouvernement de Front populaire a surtout servi à lui sauver la mise en arrêtant le mouvement. En 1968, la "dynamique de rassemblement" ne s'est pas du tout manifestée dans les urnes, dont a surgi au contraire une très forte majorité de droite, mais dans les luttes et dans la grève générale.
Pour changer le sort des travailleurs, le "non" ne changera quelque chose que s'il redonne espoir aux travailleurs au point qu'ils se donnent les moyens de se battre non seulement contre un texte de Constitution, mais contre le grand patronat en chair et en os, dans les entreprises. La course au profit, responsable du chômage et des salaires insuffisants, ne vient pas d'un texte constitutionnel mais de la mainmise des possesseurs de capitaux sur toute l'économie.
Les combinaisons politiques qui s'échafaudent aussi bien à droite qu'à gauche visent, d'une manière ou d'une autre, à désarmer les travailleurs.
Alors, le moment de joie fugitif de la soirée électorale passé, c'est de cette capacité des travailleurs à passer à l'offensive contre le patronat dont dépend notre avenir.
Arlette Laguiller



Guadeloupe
SORI: le bras de fer entre grévistes et direction

A l’heure où nous écrivons, cela fait un mois et treize jours que les salariés de la SORI sont en grève. Leur revendication est unique: ils demandent l’embauche définitive d’une jeune femme jusque là en CDD et à qui la direction avait promis, mensongèrement, cette embauche. Le poste existe, il est vacant, mais la direction refuse de céder. Elle a de quoi payer des huissiers, des chargés de la sécurité, des briseurs de grève dont certains viennent de l’hexagone et sont logés à l’hôtel. Elle est capable de perdre des sommes importantes du fait de la grève, mais elle refuse de céder.
Surprise peut-être par l’ampleur du mouvement, sa durée, la direction ne veut pas, et elle le dit clairement, que les grévistes gagnent. Elle tente de casser la solidarité et la détermination des salariés. La combativité des salariés risque en effet de la gêner demain si elle veut imposer toutes les mesures scélérates déjà appliquées à ceux de la SERVAIR dans l’hexagone. La SORI est en effet une société filiale de la SERVAIR, elle-même filiale d’Air France, chargée des repas et du nettoyage dans les avions. La SORI appartient aussi à des actionnaires locaux, qui, tout comme ceux de la SERVAIR, bénéficient ici de lois de défiscalisation et autres avantages substantiels pour les patrons. Les hauts cadres de la SORI viennent de l’hexagone et profitent de gros avantages, hauts salaires, logements, voitures de fonction. Ces gens ne savent pas ce que c’est que des fins de mois difficiles, une famille avec plusieurs chômeurs.
Les grévistes, viennent chaque jour, font des assemblées générales, discutent des actions à mener pour la suite du mouvement. Ils vont en groupes s’adresser à leurs collègues de l’aéroport, quelquefois se fâchent, barrent les entrées de la piste. Des policiers et des gendarmes sont près de la SORI en permanence, moteur en marche. Cela fait dire aux grévistes qu’ils sont traités comme de «dangereux terroristes».
Cette grève est la première grande grève à la SORI, la quasi totalité des salariés est en grève et le mouvement est fort. Beaucoup découvrent avec stupeur combien les patrons peuvent être sans pitié et « d’un autre camp » que les ouvriers. Jusque là, chacun se battait plus ou moins seul pendant des années contre de multiples vexations quotidiennes. Aujourd’hui, la direction patronale apparaît clairement à tous: arrogante, injuste. Et ces traits nettement apparents aujourd’hui ne donnent que plus de force aux grévistes, remontés qu’ils sont.
Les grévistes tiennent bon face à diverses manœuvres de la direction. Celle-ci a essayé de proposer de reprendre le travail en échange du départ du directeur. Bien que celui-ci ne soit pas aimé, bien qu’il ait menti aux grévistes en assurant que les embauches étaient gelées, les grévistes ont considéré que ce départ était le problème des chefs, pas le leur. La direction a tenté de proposer le passage à temps plein des salariés à mi-temps. Ces collègues, anciennement intérimaires doivent vivre avec moins de 500 euros par mois. Là encore la direction se moque du monde. Alors même que 6 personnes partent à la retraite elle ne propose que 3 travailleurs à plein temps. La grève continue.




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